‹ Traité des maladies mentalesChapitre 218 sur 306 · PÉRIODE CONFIRMÉE. — ISOLEMENT DES MALADES · texte numérisé non relu

PÉRIODE CONFIRMÉE. — ISOLEMENT DES MALADES

gement de milieu. Dans une foule de situations névropathiques, autres que l’aliénation, il m’a suffi de conseiller le déplacement des malades, l’interruption momentanée de leurs occupations ordinaires, pour voir s’évanouir ce retour périodique de phénomènes nerveux maladifs, qui semblaient être en rapport avec la monotonie des mêmes sensations et la répétition fatigante des mêmes actes. Bien mieux, j’ai vu, dans la période confirmée de la folie héréditaire, l’isolement dans une maison de santé produire un effet si instantané sur les conditions névropathiques du malade, que la guérison a, pour ainsi dire, été subite. Les parents, étonnés d’un changement aussi prompt, se repentent alors d’une décision qui leur paraît avoir été prise avec trop de promptitude ; ils regrettent, mais bien à tort souvent, d’avoir subi les avis du médecin qui a conseillé l’isolement de leur malade (1 ).

Cependant il est bon d’examiner dans quelles circonstances il faut séparer l’aliéné de sa famille, afin d’avoir une règle de conduite qui guide le médecin et éclaire les parents. L’isolement doit être prescrit lorsque le trouble survenu dans le système nerveux change la nature des sensations et les rend souvent douloureuses ; que les rapports avec le monde extérieur ne sont plus les mêmes ; qu’au dehors tout semble bouleversé. « Le malade, ajoute Esquirol, qui trace d’une manière incomparable les règles à suivre en des occurrences pareilles ; le malade, qui ne croit plus que la cause de ces phénomènes soit en lui, est en désaccord avec tout ce qu’il voit et tout ce qu’il entend, ce qui exalte ses idées et le met en contradiction avec les autres et avec lui-même. Il se persuade qu’on veut le contrarier parce qu’on désapprouve ses excès et ses écarts. Ne comprenant pas ce qu’on lui dit, il s’impatiente, il interprète le plus souvent mal les paroles qu’on lui adresse ; les témoignages de l’affection la plus tendre sont pris pour des injures, ou pour des énigmes qu’il ne peut deviner ; les soins les plus empressés sont des vexations ; son cœur ne se nourrit bientôt plus que de défiance. L’aliéné devient timide, ombrageux; il craint tout ce qui l’approche; ses soupçons s’étendent aux personnes qui lui étaient le plus chères ; la conviction que chacun s’at-

(I) Les parents ont plus souvent à se reprocher d’avoir trop tardé à isoler leur malade. Je ne puis cependant me dispenser d’appeler à ce propos l’attention des médecins sur l’intimité du fait pathologique . Il est incontestable qu’un premier accès d’aliénation chez un individu héréditairement prédisposé à cette maladie peut parcourir ses phases avec une rapidité très grande, et, à moins de contre-indications spéciales’ tirées des tendances du malade au suicide, à l’homicide ou à tout autre acte malfaisant, les médecins agiront sagement d’essayer les moyens que la thérapeutique met à leur disposition avant de conseiller l’isolement.

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