DU MAKIAGE CHEZ LES ALIÉNÉS HÉRÉDITAIRES
Maintenant la folie peut, il est vrai, n’être pas entachée d’hérédité. C’est un phénomène pathologique pouf ainsi dire personnel à l’individu atteint, mais il surgit souvent des complications qui font craindre avec juste raison qu’un mariage projeté dans ces circonstances ne soit le point de départ de transmissions héréditaires de mauvaise nature pour les enfants. Je reviendrai sur ce point à propos des folies hystériques^ épileptiques, hypochondriaques.
Du mariage des individus nés de parents aliénés. — La conduite à tenir dans ces situations délicates se déduit de tout ce que nous avons dit sur la coordination pathologique des phénomènes héréditaires. D’un père ou d’une mère aliénés peuvent naître des enfants aliénés et d’autres préservés. J’en ai donné la raison ; la fécondation ne correspond pas toujours à ces phases maladives fréquentes chez les êtres névropathiques, et qui, en raison de leur tempérament spécial, sont, d’une manière périodique , sujets à telle ou telle anomalie ou dérangement des fonctions nerveuses. La différence extrême des aptitudes intellectuelles et morales et des conditions physiques chez les enfants nés dans des circonstances semblables, en est la preuve. Un homme d’une intelligence supérieure peut, ainsi que nous l’avons vu, avoir pour frère un imbécile ou un idiot.
Je crois que, dans les cas de ce genre, on peut se prononcer hardiment, et, tout en faisant ses réserves, on est fondé à avoir un légitime espoir que l’hérédité pourra être enrayée dans sa marche. On a même le droit d’espérer que, grâce à l’intervention d’un sang nouveau, les enfants issus de ce mariage remonteront la marche ascendante des phénomènes dans le sens d’une régénération heureuse (1).
D’un autre côté, la naissance des enfants peut avoir eu lieu avant la manifestation d’un phénomène névropathique de nature inquiétante chez les ascendants, et, dans ces cas, les craintes d’hérédité sont bien
accidentelles que J’ai décrites, et qui, lorsqu’elles sont disparues, permettent au cerveau de reprendre l’exercice de ses fonctions. La longueur même de la maladie, ses complications diverses, n’empêchent pas de porter un jugement favorable.
(1) C’est dans ce sens que Je me suis prononcé tout récemment à propos d’un Jeune homme dont la mère est malade à notre asile et dont la grand’mère a également été aliénée. Sa sœur est très faible d’intelligence, et les enfants de celle-ci sont imbéciles. J’ai donné cette observation, p. 535 (exemple de folie héréditaire à forme progressive). Quoique le Jeune homme, ai-je dit, soit d’une nature excitable, légèrement irrégulière, il se présente cependant, au point de vue physique et moral, avec des qualités si soUdes, que Je crois pouvoir faire une exception en sa faveur. D’un autre côté, une règle absolue de conduite est difficile à tracer dans des occurrences semblables ; il faut savoir s’inspirer de l’examen direct des faits, ne rien omettre dans l’enseignement que nous offrent ces faits, ne rien exagérer non plus dans le sens d’un pronostic fatal.
Dü MARIAGE CHEZ LES ALIÉNÉS HÉRÉDITAIRES.
amoindries. La paralysie progressive frappe souvent les parents dont les enfants sont nés dans les meilleures conditions. J’ai toujours tenu à rassurer les familles sur les conséquences d’un mariage projeté (1), alors que les choses s’étaient passées ainsi que je le dis.
Mais les conditions sont bien autrement graves quand la folie des ascendants se transmet chez les descendants avec ces transformations à évolution progressive dont j’ai parlé (p. 533), et qu’elle se révèle par de la faiblesse intellectuelle congénitale, par des tendances précoces pour le mal, et par tous les caractères de l’ordre intellectuel physique et moral qui révèlent l’élément de la dégénérescence.
Je ne reviendrai pas sur ces caractères que j’ai longuement exposés, et qui sont particuliers à la classe si dangereuse des aliénés héréditaires à évolution progressive. Le mariage ne doit pas seulement être interdit au point de vue moral, mais au point de vue physique, car ces êtres dégénérés présentent souvent, ainsi que je l’ai dit, de grandes anomalies du système de la génération. Dans tous les cas, lorsqu’on croit devoir se prononcer favorablement, il faut encore savoir si les conjoints ne sont pas unis par des liens de consanguinité. S’il en est ainsi, il faudrait s’opposer au mariage; il n’y a pas d’espérance alors de voir les enfants remonter la marche ascendante des phénomènes régénérateurs (2).
(1) Il est bien entendu que l’avis favorable que l’on donne dans des circonstances pareilles ne doit pas faire négliger les soins d’hygiène et de prophylaxie. On est en droit de recommander une hygiène spéciale aux familles qui vous consultent, et dans l’intérêt des individus qui contractent mariage, et ‘dans l’intérêt des enfants qui en naîtront. Nous avons vu que les simples dispositions congestives des parents peuvent se transmettre aux enfants et faire surgir des phénomènes névropathiques à évolution similaire ou progressive. Quelquefois aussi la folie, comme les autres maladies, reste stationnaire et saute une génération. Mais comment tout prévoir ! Aussi ne puis-je avoir la prétention de tracer ici des règles fixes, immuables. Qui pourrait d’ailleurs espérer ne se tromper jamais dans des circonstances aussi délicates ! (Voyez Exemples de folies héréditaires dues à la simple exagération du tempérament nerveux chez les enfants, p. S21.)
(2) Un jeune homme, né d’un père ivrogne, et frappé congénitalement dans son état intellectuel physique et moral, avait montré de bonne heure les perversions des sentiments propres aux malades issus de parents alcoolisés. Il était du reste d’une intelligence faible et n’avait jamais pu dépasser un degré très limité d’instruction. Je dus néanmoins, pour des causes indépendantes de ma volonté, le faire sortir de l’asile où il était confié à mes soins. Livré à lui-même, il fut capté par une famille qui désirait s’allier à lui par un motif d’intérêt, car ce jeune dégénéré jouissait d’une grande fortune et il était arrivé à sa majorité. Je dénonçai le fait au procureur général, qui s’opposa au mariage déjà publié. Il s’en suivit un grand procès dans lequel mes opinions furent vivement critiquées par l’avocat de ce jeune homme. Je fus cependant assez heureux de voir triompher, au nom de la morale et de la science, les principes que j’avais émis sur les transmissions héréditaires de mauvaise nature. Le mariage fut rompu, et un conseil de