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HYGIÈNE DES ENFANTS NÉS DE PARENTS ALIÉNÉS

Hygiène, prophylaxie et éducation spéciale des enfants nés dans des conditions d’hérédité de mauvaise nature. — Les médecins sont plus souvent consultés, à propos des conséquences malheureuses des mariages chez les individus qui ont transmis à leurs enfants de mauvaises conditions héréditaires, que sur l’opportunité de ces mariages. Il est inutile d’énumérer tous les motifs qui portent les familles à éviter de recourir à l’avis des médecins. Lors même que ceux-ci sont consultés, la situation leur est exposée de manière à égarer leur jugement. La confiance des parents est bien forcée dans les cas où ils ne peuvent cacher la situation de leurs enfants. Mais cette situation elle-même marche vers son évolution ultérieure d’unê manière si insidieuse, que le rôle et le devoir des médecins sont de prévenir les parents. Ceux-ci ne se doutent pas à combien d’accidents leurs enfants sont exposés dans les cas de prédispositions héréditaires.

Il n’est presque pas de phase de leur existence , dit avec raison M. le docteur Calmeil, où les sujets prédisposés par l’hérédité aux phlegmasies des centres nerveux intracrâniens n’aient bien à gagner à être placés sous la direction de médecins habiles. Les conseils de ce sage et savant praticien ont une telle importance, au point de vue de l’hygiène et de la prophylaxie, que je ne puis faire autrement, dans l’intérêt des familles et des instituteurs, que de les transcrire textuellement.

« Pendant que ces individus confinent encore à l’enfance, le médecin qui aura bien voulu se charger de leur donner ses soins devra souvent intervenir pour recommander aux personnes qui les entourent ou qui les élèvent de leur éviter les châtiments et les réprimandes, car si Ton irrite leur caractère, si on les expose à des émotions trop vives, trop souvent répétées, on court risque de provoquer leur colère, et ils passent facilement de la colère aux convulsions. D’un autre côté, les enfants qui doivent le jour à des mélancoliques sont disposés tantôt à la frayeur, tantôt aux atteintes de la jalousie. L’expérience du médecin ne manquera pas de signaler à temps ces divers écueils à la sollicitude des mères et des nour-

tutelle fut donné à cet imbécile qui, livré, à lui-même, ne pouvait, en raison de ses tendances maladives, que devenir un être très dangereux.

On consultera avec fruit, à propos des complications qu’amène la consanguinité, l’excellen't ouvrage de M. le professeur Devay : Traité spécial d’hygiène des familles, particulièrement dans ses rapports avec le mariage au physique et au moral et les maladies héréditaires {?sris, 1858). Il résulte, en effet, d’une double statistique établie par l’auteur, et portant sur un total de 121 faits, que près d’un cinquième des mariages consanguins demeurent stériles, et que les enfants qui en naissent meurent pour la plupart, restent cacochymes, idiots ou sujets à une foule d’infirmités-

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rices, afin qu’elles s’appliquent sans cesse à les éviter ou à en atténuer les effets.

» Lorsque les sujets prédisposés aux dérangements du système nerveux sont arrivés à l’âge où l’on a l’habitude de leur faire fréquenter les écoles et les lycées, les médecins leur rendront d’importants services en intervenant à propos auprès des instituteurs, auprès des maîtres, pour les guider dans la manière dont ils devront s’y prendre pour développer leur intelligence sans la fatiguer. Quelques-uns de ces enfants, remplis d’ardeur pour l’étude, demanderont à être retenus plutôt que stimulés, car leur élan tient parfois déjà à un excès de surexcitation cérébrale. D’autres, doués de peu de moyens, ne devront point être surmenés, ni châtiés comme des paresseux. On achèverait de les abrutir en usant à leur égard de pareils procédés. D’autres enfin devront être éloignés des milieux où l’on enseigne, car la nullité absolue de leur intelligence les exposerait à être incessamment bafoués par leurs condisciples. Mais souvent l’intervention des médecins est nécessaire pour faire goûter aux parents et aux maîtres des préceptes d’une aussi grande simplicité.

» Beaucoup de ces enfants sont enclins et livrés à l’onanisme; certains penchants, beaucoup d’instincts se montrent d’autant plus impérieux chez eux que le niveau de l’intelligence est plus abaissé. On devra donc surveiller assidûment les habitudes de ces enfants, les obliger à vivre sous les yeux de leurs proches, à exercer leur système musculaire, et à fuir l’isolement. Les attaques convulsives sont des accidents fréquents sur les enfants dont nous nous occupons.

» Le choix d’une carrière, d’une profession, d’un état, n’est nullement indifférent pour ceux dont les prédispositions nerveuses et intellectuelles commandent une prévoyance de tous les instants. Il appartient encore à notre science de leur venir en aide et de leur servir de guide dans chacune de ces circonstances.

» Les carrières qui exposent aux luttes de l’ambition, aux vicissitudes et aux déceptions de la fortune, ne conviennent nullement à cette catégorie d’individus. Il en est de même des professions qui réclament une activité incessante dans les facultés de l’intelligence, telles que celles d’avocat, de professeur, de médecin ; de même des professions où l’imagination demande à être maintenue dans un état presque continuel d’exaltation, comme cela a lieu chez les poètes, les compositeurs, les gens de lettres et les peintres. On devra prendre à tâche de les éloigner de toutes ces professions.

» Ils devront fuir les professions d’aubergistes, de cafetiers, de liquoristes, et en général toutes celles qui exposent beaucoup de ceux qui

ÉDUCATION ET PÉDAGOGIE DES ÊTRES DÉGÉNÉRÉS. 6Zll

y sont attachés à des habitudes d’intempérance faciles et presque inévitables.

» En revanche, les emplois quiipourront les mettre à l’abri de la gêne, sans réclamer une grande activité dans les conceptions; les carrières commerciales qui pourront les faire vivre dans l’aisance, sans les fatiguer de préoccupations ; les travaux de la campagne et de l’agriculture; les états de jardinier, de laboureur, d’ébéniste, leur conviendront parfaitement.

» Les conseils de la médecine devront les guider aussi dans le choix des milieux où ils devront viser à fixer leur habitation. C’est surtout dans les villes opulentes, dans les centres de population les plus actifs que ta tourmente des besoins et des passions a coutume d’exercer sa principale influence; que l’homme trouve plus de facilité à assouvir ses passions, à abuser des jouissances de la vie et des excitants en tout geni’e; c’est aussi de pareils milieux qu’on voit surgir en plus grand nombre toutes les affections nerveuses. Il sera donc rationnel de leur signaler tous ces écueils, et de chercher à leur inspirer le goût de la campagne et de l’air tranquille des champs.

» Les enfants qui naissent dans des conditions plus ou moins prononcées d’imbécillité ou d’idiotisme, qui se font remarquer en outre par des symptômes incomplets d’hémiplégie, par des phénomènes permanents de contracture, par l’atrophie d’un membre ou de leur côté paralysé, et souvent par l’intensité de l’épilepsie dont ils sont encore affligés , portent presque constamment dans le cerveau des foyers d’encéphalite anciens à l’état celluleux. 11 n’est pas toujours facile de décider si ces foyers d’encéphalite ont pris naissance sous l’influence d’une cause réflexe, ou sous l’influence d’une cause traumatique. Mais, comme bn entend presque toujours affirmer aux mères de ces enfants qu’elles ont été exposées , pendant la gestation, soit à de fortes commotions morales, soit à des ébranlements physiques, les médecins ne doivent pas craindre de répéter souvent aux femmes enceintes, et surtout à celles qui le sont pour la première fois, qu’elles s’exposeraient à donner le jour à des enfants inintelligents et contrefaits, en négligeant les précautions qui doivent les mettre à l’abri tant des influences morales violentes que des coups et des chutes. » (Calmeil, ouw. cité, p. 650 et suiv.)

Éducation et pédagogie spéciales des êtres dégénérés. — Quant à ce qui regarde l’éducation spéciale applicable à toutes les variétés dégénérées comprises sous les noms à.’enfants arriérés, imbéciles, idiots, crétins, j’ai déjà fait entrevoir que les principes de cette éducation qui repose non-seulement sur des données générales, mais sur des données

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