CONGESTION. — AGITATION, STUPEUR, MARASME
vulsif. Ils ne goûtent pas un instant de sommeil ; leur face est pâle, les yeux sont brillants et convulsés, et ce n’est qu’à la dérobée qu’on peut leur faire avaler quelques aliments. J’ai vu des situations pareilles durer plusieurs mois sans que les bains prolongés, l’opium à haute dose, aient pu amener un repos momentané. L’agitation se traduit parfois par un rire strident et continu qui fait un singulier contraste avec l’air d’hébétement et de torpeur de la plupart des alcoolisés chroniques. Lorsque le calme se rétablit, les malades sont prostrés ; le marasme nerveux s’empare d’eux et la mort ne tarde pas à terminer une aussi triste existence. D’un autre côté, ces aliénés au type de fureur continue peuvent succomber sans avoir présenté aucun trouble apparent dans les fonctions musculaires, aucun tremblement des membres ou de la parole, ainsi que cela se voit lorsqu’il y a complication de périencéphalite.
Dans les commencements de ma pratique, je croyais que l’état congestionnaire du cerveau devait être l’expression la plus ordinaire et la plus certaine d’une maladie qui se révélait à mon observation par des symptômes aussi graves que ceux que je viens de décrire. Et cependant l’accumulation du sang dans le cerveau ou dans ses membranes n’était pas, à l’autopsie, plus considérable que dans quelques cas qui ne sont pas accompagnés d’une aussi grande excitation cérébrale. Bien mieux, le cerveau et la moelle épinière m’ont paru alors plus exsangues qu’à l’état ordinaire, mais il y avait des lésions spéciales du cœur, qui était hypertrophié, et du foie, qui présentait un état granulé. J’ai rencontré parfois aussi tous les signes caractéristiques de la maladie de Bright, sans que, pendant l’existence des malades, mon attention ait été éveillée sur ce point par des symptômes bien caractérisés. Dans d’autres circonstances, j’ai été témoin de l’invasion soudaine de la démence avec prostration des forces, anéantissement général suivi d’une terminaison fatale. Dans ces cas, une mort aussi prompte a lieu d’étonner la famille et déjoue
(1) Il ne faudrait pas croire que ces exceptions ne rentrent pas dans une loi générale particulière à l’évolution des maladies du système nerveux. Car, ainsi que j’ai souvent eu occasion de le démontrer, tous les phénomènes pathologiques de ce système se commandent et s’enchaînent successivement. Les cas d’intoxication alcoolique avec fureur continue et absence de ces lésions cérébrales qui sont le résultat forcé d’un état chronique franchem'ent accusé se trouvent surtout chez les individus héréditairement prédisposés à l’aliénation. Que l’on veuille bien se rappeler ce que j’ai dit du tempérament de ces malades, des singulières anomalies de leurs fonctions digestives, de la facilité avec laquelle ils délirent, des périodes alternantes d’excitation et de dépression que l’on observe chez les" aliénés héréditaires, et l’on ne sera plus étonné que l’intoxication alcoolique produise des délires aussi violents, sans compromission apparente de la substance cérébrale.