FOURMILLEMENTS. — CRAMPES. — CONVULSIONS
souvent les prévisions du médecin, les malades ayant depuis longtemps cessé leurs excès alcooliques (1).
Fourmillements , crampes , convulsions ; anesthésies , hyperes* thésies; paralysies; hallucinations spéciales» — Avant de parler des troubles particuliers des facultés intellectuelles et affections chez les malades exposés aux diverses causes d’intoxication, je vais résumer les principales autres lésions éprouvées par le système nerveux.
Fourmillements. — Ce singulier phénomène, que les malades alcoolisés se plaignent de percevoir vers les extrémités inférieures, est souvent accusé par eux avant de s’endormir. Ils disent positivement sentir des fourmis ou d’autres animaux qui remontent des extrémités inférieures vers les bras et les mains, et qui redescendent le long du tronc. Ce symptôme, à peu près invariable dans l’alcoolisme, ne se retrouve pas avec la même régularité dans les empoisonnements par l’opium et par le plomb. Dans les intoxications par les céréales altérées, les malades se plaignent aussi de ressentir des fourmillements dans les pieds , dans les mains, le tout accompagné d’un état assez vague d’anesthésie et de surdité.
Crampes, convulsions. — Les crampes et les convulsions sont les phénomènes pathologiques les plus constants des diverses intoxications chroniques. Chez les buveurs d’alcool , où nous avons plus d’occasions d’observer ces symptômes que chez les fumeurs d’opium, les crampes
(1) Je fus un jour appelé par un des praticiens les plus distingués de notre ville, M. le docteur Lebrument, pour voir un de ses malades chez lequel une transition subite à la démence faisait, à juste raison, craindre une affection sérieuse du cerveau. M. *** était un homme de quarante-cinq à cinquante ans, d’une haute intelligence. Il avait eu, douze ou quinze ans auparavant, la funeste habitude de se livrer à des excès d’alcool, et plusieurs accès de delirium tremens avaient compromis son existence. Mais ce malade avait réagi fortement contre ses propres tendances ; il s’était volontairement isolé du monde et de toutes les occasions qui auraient pu l’entraîner à faire des excès. Depuis quelques années déjà il avait pu reprendre ses affaires, et sa santé physique et morale était aussi satisfaisante que possible. Toutefois, dans ces derniers temps, et sans que le malade eût commis de nouveaux excès, sa famille fut justement alarmée par les symptômes qui caractérisent ordinairement l’intoxication alcoolique, tels que vomissements opiniâtres, diarrhée, crampes, etc. Cette situation fut combattue par tous les moyens appropriés à la circonstance, lorsque M. ***, qui avait jusqu’alors conservé toutes ses facultés, perdit tout à coup la mémoire et tomba dans un état voisin de l’enfance. Au' moment où je le vis, la figure était pâle, le pouls irrégulier et petit ; la parole ne présentait aucun embarras, mais le malade ne retrouvait plus ses idées et reconnaissait à peine son entourage. La prostration était extrême, et je crus devoir relever les forces en prescrivant des toniques et même des boissons alcoolisées; mais après quelques jours de l’état que je décris, la terminaison fatale eut lieu. L’autopsie ne put être faite, mais tout me porte à penser que nous n’aurions trouvé aucune lésion indiquant la congestion du cerveau.
65Zl PARALYSIE.— ANESTHÉSIE.— HYPEKESTHÉSIE.
sont ordinairement précédées d’un léger tremblement de la maie, facile à vérifier quand on fait étendre le bras aux malades. On connaît la violence des crampes et des convulsions dans l’intoxication saturnine, et, sans chercher la vérification de ces faits dans l’histoire des épidémies anciennes, ainsique je l’ai tenté dans mes Dégénérescences, on a pu signaler très souvent, dans ces derniers temps, les douleurs et l’engourdissement produits par les céréales altérées. On a désigné sous le nom d’acrodynie, une maladie qui a régné endémiquement à Paris en 1828 et 1829, et qui n’avait d’autre cause appréciable que l’altération des substances alimentaires. Enfin, les convulsions qui apparaissent dans les dernières périodes de l’alcoolisme, de l’intoxication plombique et saturnine, etc., sont tout à fait semblables à ce que l’on voit dans l’épilepsie.
Paralysie , anesthésie , hyperesthésie. — La paralysie des membres supérieurs ou inférieurs, dans les diverses intoxications, coïncide ordinairement avec une diminution notable de la sensibilité. Les malades se plaignent de l’espèce d’engourdissement qu’ils éprouvent dans les pieds et dans les mains. Ils deviennent inhabiles à saisir les objets, et la sensation tactile disparaît progressivement. Dans les intoxications par les céréales altérées, les mêmes faits se produisent. Dans les épidémies d’ergotisme convulsif et gangréneux , les auteurs racontent que chez les individus empoisonnés, les doigts et les orteils restaient comme privés de sentiment, et la circulation ne revenait aux extrémités que sous l’influence d’un travail manuel actif. Le sens du tact était comme aboli, au point que les malades saisissaient des corps brûlants et s’enfonçaient des aiguilles dans les chairs sans éprouver de douleur. Mais bientôt, à cet état anesthésique, succédait un ensemble de phénomènes caractérisés par les spasmes que j’ai déjà signalés, par des crampes et des manifestations tellement douloureuses, qu’on a vu des malades chercher dans le suicide un remède aux maux intolérables qu’ils éprouvaient.
Ce n’est pas seulement chez les buveurs d’alcool et les fumeurs d’opium que' l’on observe cet état d’hyperesthésie, mais les intoxications minérales chez les ouvriers qui travaillent le plomb et chez les doreiirs sur métaux, les empoisonnements par les céréales altérées {ergotisme convulsif), déterminent des phénomènes identiques. Les uns, dit M. Tanquerel des Planches, dans son excellent Traité des maladies de plomb, quittent et reprennent alternativement la position horizontale. D’autres se placent transversalement sur leur lit, et en sortent subitement pour se promener en soutenant un instant leur ventre avec leur main; mais bientôt l’activité de la douleur les force à diminuer leur marche; quelques-uns se roulent dans leur lit ou même par terre, se mettent en double et se pelo-