‹ Traité des maladies mentalesChapitre 24 sur 306 · TRAITEMENT PHYSIQUE ET MORAL DE C. AURELIANÜS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PHYSIQUE ET MORAL DE C. AURELIANÜS

garrotter ceux qui n’extraY^agueut que dans leurs discours, ou qui ne s’agitent que légèrement; maü il est. à propos de lier ceux qui sont furieux, de crainte qu ils ne se fassent mal à eux-mêmes ou aux autres. 11 ne faut point en croire un frénétique qu’on a lié et qui feint d’avoir recouvré la raison, afin qu’on le délie. On ne doit point se laisser toucher de compassion, tel bon sens qu’il puisse faire paraître dans ses discours C’est une ruse que sa folie même lui suggère; il en est qui doivent être sévèrement réprimés : Sunt quidam fustigandi (1). »

Que la méthode d’Asclépiade et de Celse ait paru à quelques modernes, et en particulier à Heinroth (2), être la formule la plus, vraie du traitement moral des aliénés, ceci n’a rien qui doive nous étonner. Le traitement dérive incontestablement, ainsi que nous l’avons dit déjà, de la théorie que l’on se fait sur les causes éloignées ou prochaines d’une maladie, et Heinroth, qui a proclamé Asclépiade le véritable fondateur du traitement moral des aliénés, regardait ceux-ci plutôt comme des coupables que commje des malades. Leur raison s’était obscurcie parce que leur âme avait été contaminée par la déviation de la loi mmrale, autrement dit par le péché dont ils avaient volontairement assumé sur eux toute la responsabilité et toutes les conséquences. Telle était la base de la manière de voir de Heinroth, dont nous examinerons ultérieurement la théorie. '

Disons, en attendant, qu’il n’est pas nécessaire d’arriver à l’époque moderne pour constater la réaction contre les moyens coercitifs en général, et contre le traitement par l’intimidation qui a eu une si grande vogue dans ces derniers temps. Les preuves se déduisent des préceptes de ceux qui nous ont enseigné la voie dans laquelle on est entré aujour-, d’hui, à la plus grande gloire de l’humanité. Ces préceptes sont trop importants pour ne pas les citer textuellement :

« S’ils s’agitent et se laissent difficilement contenir, dit Cælius Aurelianus, s’ils sont irrités par la solitude, il faut recourir à un certain nombre de surveillants, et leur ordonner de se rendre maîtres des malades pour ainsi dire sans qu’ils s’en aperçoivent, en s’approchant d’eux comme pour leur faire des frictions, afin de ne jamais les provoquer. Si la vue des hommes les irrite, et seulement dans des cas très rares, on emploiera les ligatures, mais avec les plus grandes précautions, sans aucune secousse, en recouvrant attentivement toutes les articulations, et avec soin de ne se servir que de liens d’une texture molle et délicate, car les

(1) Celse, liv. m.

(2) Nous aurons occasion de parler de Heinroth dans l’examen des doctrines en aliénation chez les modernes.

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moyens de répression employés sans ménagement augmentent et font naître

la fureur au lieu de l’apaiser (1). »

Ces principes suffisaient pour garantir la responsabilité de ceux qui remplissent auprès des aliénés des fonctions parfois périlleuses, mais notre auteur ne s’en tient pas aux indications précitées. Il entre d’une manière plus intime dans l’examen de la question telle qu’elle s’offre à lui, et par l’étude des fonctions physiologiques chez les aliénés, et par la connaissance qu’il a de leurs habitudes, de leurs mœurs et des dispositions maladives de leur esprit. Écoutons-le plutôt, car sa doctrine doit être considérée comme le code de la thérapeutique morale des anciens :

« Si la maladie, au lieu de se guérir, demeure ou s’aggrave, Soranus conseille de revenir aux moyens mis en usage, aux applications, aux embrocations, aux ventouses, à la section des cheveux, à l’exposition du corps aux ardeurs du soleil, pourvu que la tête soit soustraite à son action, aux sinapismes, aux violents exercices de diverses natures. Il établit bien, au reste, la distinction d’une durée réelle de la maladie et de la persistance de quelques symptômes qui n’indiqueraient qu’une influence toute naturelle de la loi de l’habitude.... Ils prescrivent, dit-il, de les placer dans tous les cas dans l’obscurité, sans examiner si fréquemment l’absence de la lumière ne les irrite pas (2), sans s’assurer si cette condition ne peut pas contribuer à embarrasser la tête plus qu’elle ne l’est. ... Ils conseillent aussi une abstinence immodérée, sans aucune exception, oubliant que c’est un moyen sûr de jeter quelquefois le malade dans une faiblesse mortelle et de le soustraire à l’action des moyens qui pourraient être mis en usage, s’il était moins épuisé... . Ils semblent plutôt délirer eux-iiiêmes qu’être disposés à guérir leurs malades , lorsqu’ils les comparent à des bêtes féroces qu’on adoucit par la privation des aliments et par les tourments de la soif. Séduits sans doute par la même erreur, ils veulent qu’on les enchaîne cruellement, sans penser que leurs membres

(1) Cælius Aurelianus, Acul., lib. I, cap. ix (traduction de M. Trélat).

(2) Il faut rendre la justice à Asclépiade et à Celse qu’ils se distinguaient de ces médecins à idées systématiques, et qu’ils savaient faire la part du tempérament de certains aliénés. « Les anciens, dit Celse, tenaient ordinairement de pareils malades dans les ténèbres, parce qu’ils pensaient qu’il était dangereux qu’un frénétique aperçût quelque objet qui pût l’épouvanter, et qu’ils croyaient quel’obscurité même contribuait en quelque chose à la tranquillité de l’esprit. Mais Asclépiade prétend qu’il n’y a rien de plus capable d’épouvanter que les ténèbres, et qu’ainsi on doit toujours laisser .les frénétiques exposés à la lumière. Ni l’une ni l’autre de ces maximes ne doit être constamment observée : il est des frénétiques que la clarté épouvante, il en est que les ténèbres troublent ; il en est enfin sur lesquels ni les ténèbres ni la clarté ne font aucune impression. » (Celse, liv. III, cliap.viii.)

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