RÉGIME DI ÉTÉTIQÜE. — TRAITEMENT MORAL
injectées seulement qu'à l’état ordinaire, quelques auteurs (1), et en particulier le savant médecin suédois, M. le docteur Magnus Huss, admettent une espèce d’acticn s2oécifique de l’alcool sur le cerveau. Je ne vois rien qui puisse faire rejeter d’une manière absolue cette théorie dans ces cas extrêmes, où, chez l’individu empoisonné, l’existence s’éteint au milieu des convulsions les plus formidables, sans que les lésions trouvées dans le cerveau soient de nature à expliquer de pareilles manifestations morbides. Le même phénomène s’observe à propos de l’action exercée par d’autres agents intoxicants. On sait que le virus rabique peut produire de véritables accès maniaques avec fureur, sans que les lésions trouvées à l’autopsie puissent expliquer la violence des actes et le désordre extrême des idées et des actes.
Quelques réflexions sur le traitement moral appliqué aux individus dominés par leurs funestes penchants alcooliques termineront ce que j’ai à dire sur les folies par intoxication. La croyance à rinefficacité de toute influence morale sur les malades dominés par cette détestable tendance est malheureusement chose trop universellement admise pour que l’on puisse espérer combattre de prime abord, et avec succès, un pareil préjugé. Je ne parlerais pas de l’emploi de l’eau chaude mélangée d’une partie d’alcool avec addition d’émétique ou d’ipéca, si ce moyen n’avait pas été conseillé par de célèbres médecins, afin de guérir les alcoolisés par le dégoût que doit amener un breuvage aussi nauséabond. Que cette méthode ait paru avoir quelques succès dans les hôpitaux des pays qui fournissent beaucoup d’alcoolisés, cela est possible, mais on ne pourra
(1) Chez une jeune femme de vingt-quatre ans, qui nous a été amenée dans le dernier degré de fureur et de délire alcoolique, et qui succomba deux jours après son entrée, voici ce que j’ai trouvé, U est bon de constater d’abord que, sous l’influence de chagrins domestiques, cette femme, qui était débitante de boissons, se, livrait depuis plus d’un an, et en cachette, à ses funestes ^penchants .
L’amaigrissement était extrême ; le cadavre présentait l’état de marasme et de cachexie. Les yeux étaient profondément enfoncés dans leurs orbites. Nous constatâmes une grande opacité de l’arachnoïde. Cette membrane adhérait avec la dure-mère, surtout à la partie antérieure des hémisphères cérébraux. Il existait aussi une infiltration sousarachnoïdienne considérable. Les poumons étaient sains, très perméables à l’air (cependant dans les cas de ce genre il n’est pas rare de les trouver congestionnés). Le cœur, les reins, la rate, ne présentaient aucune trace de phlegmasie ou de lésion fonctionnelle. Mais le foie était considérablement hypertrophié ; il avait un tiers de son poids en plus qu’à l’état normal. 11 était d’une teinte jaune uniforme, et les granulations rouges avaient, disparu. La membrane muqueuse de l’estomac était considérablement injectée. Le canal intestinal nous offrait en divers endroits des plaques rougeâtres et tous les signes d’une entérite chronique. {Exlrail des registres médicaux de Saini-Yon.)
668 rOLIES HYSTÉIUQUE, ÉPILEPTIQUE, HYPOC0ONDKIAQÜE.
atteindre par ce procédé les individus qui vivent dans leurs familles et qui savent se soustraire à l’autorité médicale.
Faut-il donc désespérer d’exercer, sur un certain nombre d’individus aux penchants alcooliques prononcés, une influence morale d’une nature préservatrice et curative? Je ne le pense pas. Je pourrais citer plus d’un exemple où des malheureux qui avaient cédé à des entraînements primitifs, ont, grâce au concours moral de leurs médecins, lutté avec énergie et avec succès contre des penchants que l’on avait crus irrésistibles. Il est arrivé, dans quelques circonstances, que l’isolement volontaire et prolongé auquel ils se sont condamnés dans une maison de santé a consolidé une guérison dont le point de départ était déjà dans la volonté ferme qu’ils avaient de changer de conduite. Mais, en dehors de ce concours volontaire de leur part, je pense que, dans un très grand nombre de circonstances, l’autorité ne devrait pas attendre le certificat confirmatif de la folie pour ordonner l’isolement de ceux chez lesquels les excès de boissons alcooliques ont passé à l’état d’habitude chronique.