‹ Traité des maladies mentalesChapitre 252 sur 306 · TEMPÉRAMENT ET CARACTÈRE DES ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENT ET CARACTÈRE DES ÉPILEPTIQUES

d’aliénation ne guérit point (1). Néanmoins ce maître éminent n’a pu passer sous silence les perturbations intellectuelles tout à fait caractéristiques qui sont la conséquence de l’épilepsie.

« Quelques-uns de ces malades sont plus irritables, plus colères, dit Esquirol ; quelques autres ont les facultés intellectuelles plus exaltées, la veille et le jour de l’explosion de l’accès (2) . L’état d’un épileptique averti par des phénomènes internes est si pénible, si douloureux pour plusieurs épileptiques, qu’ils désirent vivement que l’accès éclate, recherchant les circonstances que l’expérience leur a appris être favorables à l’invasion des accès. Il est des épileptiques qui, dans ce but, boivent du vin, des liqueurs ; il en est d’autres qui s’excitent à la colère en cherchant querelle au premier venu (3). L’épilepsie n’est pas seulement une maladie épouvantable par la violence de ses symptômes, désespérante par son incurabilité, elle l’est encore ses funestes effets sur le physique et le moral de ceux qui en sont atteints. Les uns sont les conséquences nécessaires de la répétition des accès; les autres sont accidentels et peuvent être prévenus (4) . Les fonctions de la vie organique s’altèrent, languis sent. Les épileptiques sont sujets à la cardialgie, aux flatuosités, aux lassitudes spontanées ; au tremblement ; ils font peu d’exercice, ils tombent dans l’obésité ou l’amaigrissement ; ils sont très enclins aux plaisirs de l’amour, à l’onanisme. Peut-être les excès auxquels ils se livrent produisent-ils les lésions organiques et les désordres qui se manifestent lorsque l’épilepsie a persisté pendant longtemps. En général, les épileptiques ne parviennent pas à une longue vieillesse. Les fonctions cérébrales, les facultés intellectuelles se dégradent peu à peu (5). »

« Sur 339 épileptiques, ajoute encore Esquirol, 12 sont monomaniaques [délire pjartiel) , 30 sont maniaques, parmi elles quelques-unes ont du penchant au suicide, et ont fait plusieurs tentatives pour se détruire; 34 sont furieuses ; chez 3, la fureur n’éclate qu’après l’accès; 145 sont en démence, 8 sont idiotes ; l’une d’elles n’est épileptique que depuis sept ou huit mois et n’a eu que cinq accès; 50 sont habituellement raisonnables, mais elles ont des absences de mémoire plus ou moins fréquentes, ou bien des idées exaltées ; quelques-unes ont un délire fugace ; toutes ont de la tendance vers la démence ; 60 n’ont aucune aberration

(1) Esquirol, Des maladies mentales, 1. 1, p. 317, article Épilepsie. — Je ne puis trop recommander la lecture de ce travail qui, quoique datant de 1815, renferme sur l’étiologie de l’épilepsie, sur sa marche et sur son traitement, sur les troubles que cette névrose apporte dans l’exercice des facultés, les idées les plus saines et les plus pratiques.

(2) Esquirol, art. cit., p. 279. — (3) Ibid., p. 280. — (4) Ibid., p. 282. — (5) Ibid,, p. 283.

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