‹ Traité des maladies mentalesChapitre 264 sur 306 · COORDINATION DES PHÉNOMÈNES PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

COORDINATION DES PHÉNOMÈNES PATHOLOGIQUES

nostic, du diagnostic différentiel, des terminaisons les plus ordinaires de ces affections, de l’état de la science à propos des lésions pathologiques, et d’arriver ainsi, par une transition naturelle, au traitement de ces sortes de vésanies.

Les folies hystérique^ épileptique^ hypochondriaque , ont entre elles plusieurs analogies ; elles présentent aussi des différences quant au sexe, à l’âge des malades, au siège de la maladie, au pronostic et au traitement.

L’hystérie est une maladie propre à la femme; je ne saurais nier, cependant qu’il ne puisse, chez des Jeunes gens lymphatiques, anémiques et essentiellement névropathiques, prédisposés en outre par l’héréditéj se développer des phénomènes au caractère hystérique franchement accusé. Les observations de M. Briquet et de plusieurs auteurs en font foi(l); mais il ne m’a jamais été donné d’observer chez l’homme les transformations pathologiques ultérieures qui constituent la folie hystérique.

La folie hystérique a été observée dans nos asiles chez des jeunes filles, chez des femmes mariées et chez des veuves, mais la proportion est plus considérable chez les jeunes filles de dix-sept à vingt-cinq ans, quoique j’aie cependant cité des cas de folie hystérique chez de vieilles demoiselles de cinquante, soixante et soixante et dix ans (2). Dans les observations que j’ai données, la plupart des aliénées hystériques avaient subi des perturbations notables du côté des fonctions utérines. La menstruation trop hâtive avait porté une atteinte très grave à leur santé. D’un autre côté, la précocité anormale des facultés intellectuelles, établissant un défaut d’équilibre entre les fonctions du système nerveux et les fonctions

(1) La Gazette médicale de Paris, du 28 février 1848, renferme une relation d’hystérie chez l’homme, publiée parM. Mouchet, interne. — V Union médicale du 28 sep-tembre 1848 contient aussi une observation des plus intéressantes d’hystérie chez un jeune homme affligé de scrofules, de gastrite chronique, de palpitations, d’hémoptysies, etc., et qui, de plus, faisait des excès vénériens depuis l’âge de quinze ans, et devait le jour à une mère hystérique. Ce cas a été recueilli par M. Desterne, dans le service de Requin, à la Maison de santé. — La Gazette des hôpitaux du 25 novembre 1848 renferme également un cas du même genre, observé dans le service de M. Vigla, et je pourrais en citer beaucoup d’autres dont on peut lire les relations dans les ouvrages de MM. Georget, Ollivier (d’Angers), Sandras, Félix Voisin, Billod, Cerise et autres médecins très compétents en maladies nerveuses.

(2) Sur 330 hystériques ayant dépassé la puberté, observées par M. Briquet. 152 étaient mariées ou l’avaient été. Quant à l’âge, sur 431 malades, 66 étaient âgées de moins de 10 ans ; 98 avaient de 10 à 15 ans ; 140 de 15 à 20 ; 71 de 20 à 23. L’hystérie va alors en diminuant. De 60 à 80, contrairement à ce que j’ai observé, M. Briquet n’a pas rencontré de femmes hystériques

DANS LES FOLIES HYSTÉRIQUE, ÉPILEPTIQUE, HYPÛCHONDRIAQUE. 719 des autres systèmes de l’économie, il a été facile de se rendre compte des perturbations de l’ordre intellectuel, physique et moral, qui ont pu en être la conséquence.

J’ai remarqué que la folie épileptique était en proportions égales dans les deux sexes ; quant à la folie hypochondriaque, elle se rencontre incontestablement dans de plus grandes proportions chez l’homme que chez la femme, quoique cette dernière soit loin d’en être exempte. 11 est donc bien inexact de dire que l’hystérie est l’hypochondrie de la femme. Ces deux névroses sont deux entités morbides parfaitement distinctes.

Les folies hystérique, épileptique, hypochondriaque, ne sauraient être confondues avec d’autres variétés d’aliénation, et il est toujours facile de les distinguer entre elles. Le diagnostic s’établit non -seulement par la différence des manifestations délirantes, par le contraste des mœurs, des habitudes, du caractère, qui existent entre ces diverses catégories, mais aussi par les dissemblances entre les troubles des fonctions nerveuses.

La violence du délire des hystériques, dans quelques circonstances, a pu faire supposer une encéphalite, mais l’erreur ne peut être de longue durée. Le cessation de l’état délirant est le plus ordinairement aussi instantanée que son apparition. Il est des cas cependant où le délire avec agitation peut avoir une durée considérable (spatium longius recipiens), mais le caractère de cette agitation maniaque est tout à fait différent de ce que l’on voit dans l’intoxication alcoolique, par exemple, et dans les différentes affections cérébrales idiopathiques. Il suffit parfois d’éthériser les malades pour faire cesser les accidents et provoquer des crises qui dégagent l’hystérie du trouble momentané des facultés intellectuelles. Cette névrose apparaît alors avec les caractères qui lui sont propres : succession de pleurs et de rires, suffocations, sensations d’une boule qui monte de l’épigastre au larynx , avec manifestation de paroles niaises, futiles et d’actes désordonnés qui sont propres aux hystériques. Je me suis quelquefois servi de ce moyen d’investigation dans des cas difficiles d’expertise médico-légale (1). Le délire épileptique est toujours précédé ou suivi de crises convulsives ; il n’en est pas de même pour la folie hystérique, qui paraît exister d’une manière plus indépendante de la névrose qui lui a fourni les premiers éléments de son activité. Quant à la folie hypochondriaque, les transformations sont plus lentes à s’opérer; la nature des tendances maladives chez ces sortes d’aliénés les porte également au suicide et à l’homicide, cela est vrai ; mais je n’ai jamais obsèrvé la même instantanéité dans l’apparition et la disparition des accès. La douleur,

(1) De l’éthérisatim dans la folie, au ‘point de vue du diagnostic et de la médecine légale, par le docteur Morel (Archives générales de médecine, février 1854).

720 COORDINATION DES PHÉNOMÈNES PaTHOLOGIQL’ES

avec ses manifestations les plus diverses, se produit pareillement dans les transformations morbides que présentent ces trois névroses essentielles. Toutefois on n’observe pas, dans l’épilepsie et l’liy|)Ocliondrie, le cortège aussi complet des sensations douloureuses, ainsi que les différentes perturbations de l’ordre intellectuel physique et moral que l’on rencontre dans l’hystérie et dans ses complications diverses.

Les actes délirants chez les hystériques ont généralement un caractère moins dangereux que chez les épileptiques et chez les délirants par persécution [hypochondrie transformée). Le suicide et l’homicide sont plus spécialement une des conséquences de ces dernières vésanies. Les hystériques ont plus de tendance à commettre des actes ridicules, désordonnés, excentriques. Le vol, l’incendie, sont des manifestations qui apparaissent le plus souvent chez ces malades. Ce n’est pas que, dans les transformations diverses de la névrose hystérique, il ne se produise aussi des actes dangereux, tels que le suicide et l’homicide, des délires furieux avec production des instincts les plus dangereux et les plus dépravés ; j’en ai cité de nombreux exemples. Je rappellerai aussi, malgré quelques observations que j’ai données de succubes et d’incubes, que les délires érotiques sont rares chez nos aliénées hystériques. Enfin, les manifestations morbides si complexes de cette névrose se rencontrent avec le caractère de l’endémicité, bien plus facilement que pour l’épilepsie et l’hypochondrie. L’histoire de certaines folies épidémiques religieuses nous révèle, sous ce rapport, un des côtés les plus intéressants de l’étude des aberrations de l’esprit humain.

Je n’aborderai qu’avec la plus grande circonspection l’étude du siège de ces différentes névroses et des lésions qu’ont présentées les individus qui ont succombé dans des crises hystériques , épileptiques, ou dans le marasme de l’hypochondrie. Des questions de ce genre ne peuvent être élucidées convenablement que dans des mcmograpliies spéciales, et le but de cet ouvrage est plutôt de traiter des folies hystérique , épileptique, hypochondriaque, que des névroses qui donnent naissance à ces vésanies. Il importe cependant de faire ressortir à quel point les théories scientifiques ont influencé le traitement de ces diverses névroses et celui de leurs complications. Je ne m’attacherai en ce moment qu’à l’hystérie. L’esprit qui me guide dans ces courtes recherches indiquera assez que les théories n’ont de valeur à mes yeux que lorsqu’elles peuvent nous amener à des indications plus rigoureuses et plus rationnelles, au point de vue du traitement.

Lorsque l’hystérie, par exemple, était considérée comme une affection essentielle de l’utérus, on conçoit que les idées thérapeutiques ont dû

DANS LES FOLIES HYSTERIQUE, ÉPILEPTIQUE, HYPOCHüNDRlÂQUE. 721 prendre une direction en rapport avec la théorie. Les opinions des médecins se sont modifiées lorsqu’il a été prouvé que des phénomènes hystériformes avaient lieu chez l’homme, et que les accès convulsifs propres à l’hystérie se présentaient également chez de jeunes filles non pubères, chez de véritables enfants. Sous l’influence de ces idées nouvelles, Sydenham rattacha les affections nerveuses spasmodiques de la femme à une intempérie de V innervation y à ce qu’il appelait ataxia spirituum animalitmi, et la dénomination hystérie devint synonyme d’affection nerveuse, Boerhaave, Van Swieten et Tissot ne firent que marcher sur les traces du célèbre médecin anglais.

On connaît les efforts tentés par MM. Dubois (d’Amiens), Landouzy, Romberg, etc., pour déterminer de nouveau les caractères de l’hystérie proprement dite. Dans un travail plus récent ; Études sur les causes organiques et le rnode de production des affections dites hystériques^ M. le docteur Schützenberger (de Strasbourg) nous paraît avoir bien résumé la question étiologique et historique, en rattachant à trois groupes distincts les idées des auteurs sur la cause de l’hystérie :

1“ Dans une première théorie, la plus ancienne, la cause organique de la perturbation fonctionnelle est placée dans l’utérus.

2“ Une deuxième fixe le point de départ des accidents hystériques dans les organes centraux de l’innervation.

3“ Une troisième indique un état morbide local du système nerveux.

M. Schützenberger a placé le siège de l’hystérie dans les ovaires, et il a basé son opinion sur ce fait mal interprété, d’après M- Briquet, que la douleur provoque la- pression des parois abdominales au-dessus du pli de l’aine. Nous résumerions toutes les opinions desmédcins, à propos ^du siège de l’hystérie, que nous verrions tour à tour l’encéphale, l’utérus ou ses annexes , la moelle épinière et l’axe cérébro-spinal être, d’après ces auteurs, le siège de l’utérus. J’avoue avoir réagi, dans jmes étüdès cliniques, contre l’opinion trop exclusive, à mon sens, des observateurs qui plaçaient exclusivement dans l’encéphale le siège de l’hystérie. Toutefois il est permis de croire que le désaccord des auteurs vient en partie de la signification diflérente que l’on donne aux mots siège ^ cause et nature d’une maladie, ainsi qu’à la divergence dans la manière de compi’endre Faction des causes, soit physiques, soit morales, sur les manifestations morbides du système nerveux. Je suis heureux de voir aujourd’hui que la manière dont M. Briquet comprend la question est nonseulement de nature à l’éclairer, mais à jeter un nouveau jour sur la manière de traiter cette névrose, ainsi que les complications qui en sont la conséquence. Or, parmi ces complications, la folié hystérique n’est pas

722 THÉORIES SUR LA NATURE ET LE SIEGE DE l’HYSTÉRIE,

une des moins importantes, et nous avons intérêt à bien spécifier le

point de départ de cette grave vésanie.

a Les termes de mobilité, d’instabilité, de susceptibilité de l’encéphale, dit M. le docteur Briquet, sont évidemment trop généraux, et s’appliquent aussi bien aux névropathiques et aux hypochondriaques qu’aux hystériques. Il fallait donc particulariser, et c’est ce qu’a très judicieusement fait M. Forget, en disant que l’hystérie dépendait d’une susceptibilité spéciale, sans néanmoins indiquer en quoi consistait cette spécialité. Je pense que dans l’état actuel de mes connaissances, on peut arriver à faire cette indication. Il est de toute certitude :

» 1“ Qu’il existe dans l’axe encéphalo-racliidien une division du système nerveux consacrée à recevoir les impressions affectives, c’est-à-dire l’action des causes qui, venues du dehors ou de l’intimité des organes , produisent le plaisir ou la douleur, tant physiques que psychiques ;

» 2“ Que le degré de la susceptibilité de cette portion de l’encéphale est à peu près indépendant des degrés plus ou moins élevés de l’intelligence ;

» 3“ Que la femme, pour remplir sa mission providentielle, devait présenter cette susceptibilité à un degré bien supérieur à celui de l’homme ;

» 4" Que l’action sur l’encéphale des modificateurs produisant la douleur ou le plaisir provoque une sensation qui va le plus souvent jusqu’au degré de la passion ;

» 5° Que chaque sensation un peu vive ou chaque passion se manifeste à l’extérieur par des signes particuliers à chacune d’elles.

» Or, on a vu par l’analyse qui en a été faite dans le cours de cet ouvrage ; 1° Que les causes prédisposantes de l’hystérie se réduisaient à augmenter l’impressionnabilité du système nerveux cérébral , soit en produisant un affaiblissement de la constitution, soit en augmentant directement l’irritabilité du système nerveux; 2° que les causes déterminantes, à leur tour, étaient toutes des agents qui diminuaient la force avec laquelle l’encéphale résiste aux impressions, ou qui produisaient euxmêmes ces impressions; 3“ que les divers phénomènes morbides qui caractérisent l’hystérie n’étaient que la répétition d’un certain nombre des actes vitaux par lesquels se manifestent les passions ; k° que les manifestations suscitées par les impressions qui produisent la peine, la souffrance et la douleur, ou qui déterminent des sensations brusquée et violentes, étaient presque les seules que reproduisent les troubles hystériques ; 5° enfin, il a été constaté que les agents capables de produire la souffrance, tant physique que morale, étaient les seuls qui pussent produire l’hystérie.

» Il résulte de là qu’on peut considérer l’hystérie comme le produit

THÉORIÉS-SÜR LA NATURE ET LE SIÈGE DE l’hYSTÉRIE. 723

de la souffrance de la portion de l’encéphale destinée à recevoir les inapressions affectives et les sensations. Cette souffrance, provoquée par des causes physiques ou morales antipathiques à l’économie, se traduit à l’extérieur par les phénomènes propres à la manifestation des divers genres de souffrance, soit physique, soit morale, et ce sont ces phénomènes qui constituent le caractère de l’hystérie.

» Comme l’anatomie pathologique n’a encore constaté l’existence d’aucune trace matérielle de cette souffrance de l’encéphale, on peut dire que l’hystérie est une maladie consistant dans une névrose de la portion d’encéphale destinée à recevoir les impressions affectives et les sensations, névrose qui se traduit au dehors par des phénomènes analogues à ceux qui se produisent dans la manifestation des divers genres de souffrance. ■%,

M Tel est le fond de l’hystérie simple, de celle qui se réduit aux phé- ' nomènes fondamentaux et caractéristiques de cette maladie.

» Ainsi considérée, l’hystérie n’est qu’une manifestation passionnelle, et si la cause qui la produit est feible, ou n’a agi que pendant un laps de temps assez court, la maladie se borne à des troubles qui ne durent que peu de temps ; puis elle cesse, et tout rentre dans l’ordre, ainsi qu’on le voit chez les femmes impressionnables qu’une émotion morale a saisies. C’est là l’hystérie momentanée.

» Mais si la cause productrice a plus d’énergie, si son action se fait sentir, soit d’une manière continue, soit avec des retours fréquents, la susceptibilité de la portion affective de l’encéphale ira croissant graduellement : d’abord l’encéphale ne réagira que faiblement, et il ne le fera d’une manière prononcée que quand de nouvelles causes de souffrances viendront à agir. Cet état constitue l’hystérie légère, celle qui cède par le simple éloignement des causes de perturbation.

» Si, au contraire, les causes continuent à agir pendant longtemps, comme cela se voit chez des enfants maltraités, chez des femmes malheureuses dans leur ménage, chez les sujets en proie à de profonds chagrins ou bien à une préoccupation continuelle de l’esprit, la susceptibilité morbide de la portion affective de l’encéphale arrivera à un degré élevé, et alors cette portion d’encéphale exercera constamment et continuellement sa réaction ; celle-ci pourra s’étendre à tous les organes qui servent de moyens de manifestations de cette réaction. Or, comme presque tous les organes principaux peuvent devenir le théâtre de ces manifestations, il en résultera qu’à ce degré tous les organes de l’économie pouiTont être troublés. Bien plus, il arrivera un moment où la susceptibilité morbide sera portée à son summum par l’intensité et par

724 THÉORIES SUR LA NATURE ET LE SIÈGE DE l’hYSTÉRIE.

la durée de la souffrance occasionnée par les agents hystérifiques, et alors les réactions qu’elle exercera ne suivront plus le type normal. Les actes qui constituent les manifestations passionnelles seront augmentés, annihilés ou pervertis. La portion affective de l’encéphale deviendra, qu’on me passe le mot, presque folle; ses réactions ne seront plus normalement dirigées, et alors elles se manifesteront par les actes que l’âge, la constitution, l’habitude, ont rendus familiers aux malades, ou bien ces manifestations, au lieu d’être celles des passions tristes, seront celles des passions gaies.

» Ce n’est pas tout. En butte à des réactions presque continuelles, les organes qui en seront le siège finiront par se troubler, leur sensibilité s’exaltera, il y surviendra des névroses ou des phlegmasies qui, à leur tour, venant compliquer la scène, arriveront eux aussi à être des centres d’une réaction qui s’étendra plus ou moins loin. Si c’est l’encéphale qui est principalement influencé, on verra se produire la variété infinie de troubles cérébraux, le coma, la catalepsie, le délire, l’extase, etc., qu’on sait accompagner si fréquemment l’hystérie. Si c’est l’estomac, on verra arriver tous les troubles de la gastralgie, puis ceux de la gastrite, les vomissements, le soda, le pyrosis, l’anorexie, la dyspepsie, et par suite le défaut de nutrition. Si c’est l’utérus, il surviendra dans cet organe des douleurs, des écoulements, puis la métrite et toutes ses conséquences. Il en sera de même pour le cœur, pour les poumons et pour les appareils musculaires.

» Le degré de susceptibilité de la portion affective de l’encéphale produit par l’hérédité ou par l’organisation, l’action des causes prédisposantes, détermineront le degré d’activité que devra avoir la cause déterminante pour donner lieu à l’hystérie.

» Ainsi, des sujets très prédisposés deviendront hystériques pour la cause la plus légère. L’affaiblissement que produisent les longues maladies, les affections graves, les traitements débilitants, le défaut d’alimentation seront l’une des plus puissantes de ces prédispositions ; elles le seront quelquefois à un point tel que l’hystérie a paru , dans quelques-uns de ces cas, se produire sans causes déterminantes, c’est-à-dire sans que des causes accidentelles aient agi d’une manière sensible. Mais, en scrutant avec soin les cas de ce genre, on finira toujours par reconnaître l’existence d’une de ces causes, ou par trouver dans la souffrance et le malaise intérieur qui suivent les états de débilité la raison suffisante de l’apparition de l’hystérie.

» Cette théorie, qui fait de l’encéphale le siège de l’hystérie, ne repousse pas l’admission des cas dans lesquels la souffrance physique et prolongée, partant d’un organe malade, vient, par son action sur l’encéphale, exciter

THÉORIES SUR LA NATURE ET LE SIÈGE DE l’bYSTÉRIE. 725

la portion affective de cet organe, et donner ainsi naissance à l’hystérie. Mais qu’on fasse bien attention que cet organe souffrant n’est pas plus le siège de l’hystérie que la personne qui, apprenant une mauvaise nouvelle à une femme, lui donne une attaque de convulsions, ne serait elle-même le siège de la névrose hystérique. Dans l’un et l’autre cas, il faut voir des causes, et non un siège de maladie. Le siège de l’hystérie est dans l’organe qui sent l’influence des causes de cette maladie, et qui gouverne tous les actes vitaux desquels elle se compose. Ce ne sont ni l’utérus ni l’estomac qui sentent les peines morales, ce ne sont point eux qui ressentent les douleurs dont ils ne sont pas le siège; ces organes n’éprouvent quelque chose que quand l’encéphale a dirigé vers eux ses manifestations.

» On trouvera dans cette simple explication la réfutation de cette opinion qui veut que le siège de l’hystérie soit partout. Évidemment le point de souffrance qui, par suite, pourra affecter l’encéphale, peut être partout, mais, comme je viens de le dire, le lieu où réside la cause, soit prédisposante, soit déterminante, de l’hystérie, n’est pas le lieu où cette maladie siège. »

J’ai cité tout au long les idées de M. Briquet, à propos du siège, de la nature et des complications de l’hystérie ; Je l’ai fait surtout dans l’intérêt du traitement, dont Je vais parler. Mais, encore une fois, mon intention n’était pas de suivre les auteurs sur le terrain de théories plus ou moins contestables, à propos du siège et de la nature des névroses hystériques, épileptiques, hypochondriaques. Ces recherches auraient dépassé le but que Je me propose dans ce traité des maladies mentales. L’esprit dans lequel cet ouvrage est conçu fait ressortir la connexité intime qui existe entre la cause et la manifestation morbide qui en est la conséquence nécessaire. 11 est bien plus utile, ainsi que le dit M. Briquet, d’étudier les conditions sous lesquelles se produisent les maladies. Ce principe, appliqué à l’hystérie, l’épilepsie, l’hypochondrie et aux troubles intellectuels qui en sont la conséquence, nous permettra d’émettre dans un instant quelques considérations pratiques qui ne seront pas sans importance pour le traitement de ces affections si communes, et en même temps si difficiles et si complexes (1).

(1) Pour comprendre la vérité de cette assertion, il n’y a qu’à consulter les données anatomo-pathologiques que possède la science. Pour ce qui regarde l’hystérie, par exemple, M. le docteur Landouzy, dont on connaît les opinions, a constaté que sur 67 faits anatomo-pathologiques, l’hystérie a coïncidé 53 fois avec des altérations matérielles de l’appareil générateur. Il faut encore ajouter que, pour le même auteur, la maladie, dans 18 cas, a disparu avec l’affection génitale. Mais les auteurs qui s’éloignent des idées

726 TRAITEMENT DE LA FOLIE iWsTÉRIQUE.

Quelques mots sur le pronostic nous serviront de transition au traitement de la folie hystérique, épileptique, liypochondriaque.

Si ces névroses offrent déjà par elles-mêmes un pronostic très grave, si les conséquences, lorsque l’affection se prolonge, sont si désastreuses pour les malades, à plus forte raison est-on en droit de porter un pronostic fâcheux lorsque ces états pathologiques du système nerveux se compliquent de trouble des facultés intellectuelles et de perversion des sentiments. L’intercurrence des prédispositions héréditaires n’est pas une des complications les moins défavorables des folies qui nous occupent. Toutefois nous avons eu si souvent occasion d’insister sur la succession et la dépendance réciproque des phénomènes pathologiques du système nerveux, que l’on nous saura gré d’émettre la réflexion consolante, que beaucoup des transformations morbides qui font le sujet de nos études actuelles pourraient être évitées si, dès le principe, une médication rationnelle était opposée au mal. Ma conviction, du reste, ne repose pas seulement sur un espoir plus ou moins problématique ; elle s’appuie sur des faits de guérison bien réels, bien positifs, ainsi que je vais le démontrer dans l’article qui suit.

§ Vï. — Traitement des folies hystérique , épileptique , hypochondriaque.

Considérations préliminaires. — Les rapports fondamentaux des folies hystérique, épileptique, hypochondriaque, avec les névroses qui leur donnent naissance, nous imposent l’obligation de rattacher les premières indications thérapeutiques de ces vésanies aux troubles et perturbations diverses que ces états névropathiques déterminent dans les fonctions physiologiques, intellectuelles et affectives de ceux qui en sont atteints. Cette nécessité est d’autant plus rigoureuse, qu’une triste expérience nous a appris à quel point la situation était grave, lorsque la folie devait sa naissance à la transformation d’une névrose. Il se crée alors un ordre de faits pathologiques nouveaux qui tendent à prendre un caractère de plus en plus indépendant de leur origînejset qui se terminent d’une nianière fâcheuse lorsque rien n’a été tenté pour empêcher la succession, l’enchaînement, ainsi que la dépendance fatale des phénomènes morbides.

Hystérie ; moyens prophylactiques. — TouS leS auteurS qui Se SOnt spécialement occupés de l’hystérie, et en particulier M. le docteur Briquet, sont entrés dans de nombreuses considérations prophylactiques sur

théoriques de M. Landouzy ne donneront pas la même interprétation à ces faits pathologiques ; ils n’y verront que les conséquences de l’état névropathique général.

Page 1