‹ Traité des maladies mentalesChapitre 265 sur 306 · MOYENS PROPHYLACTIQUES · texte numérisé non relu

MOYENS PROPHYLACTIQUES

l’hygiène physique et morale applicable aux jeunes hystériques. Une femme hystérique ne devra pas allaiter son enfant, parce qu’elle ne peut lui donner que des matériaux nutritifs de mauvaise qualité, et parce que, s’il n’est pas prouvé que son lait contienne des éléments propres à augmenter la susceptibilité nerveuse de l’enfant, il est au moins certain qu’il ne peut pas contenir ceux qui sont nécessaires à l’établissement d’une bonne hématose (1). M. Briquet a largement exposé tous les soins dont il faut environner la première enfance des sujets prédisposés à l’hystérie, soit en vertu de leur tempérament, soit en vertu de leurs prédispositions héréditaires. Rien n’est indilférent à cette période de la vie. « Un lait nutritif, le séjour à la campagne, l’exposition habituelle au grand air, les bains frais souvent répétés, une grande sobriété dans les caresses, et beaucoup de réserve dans les expressions de tendresse, seront, dit M. Briquet , les éléments indispensables à l’éducation de la première enfance. » Viennent ensuite tous les soins relatifs à l’hygiène des fonctions organiques, nourriture^ vêtements, exercices, embrassant les premières périodes de la vie , et reportant naturellement lès préoccupations des familles et des médecins vers cette époque solennelle de l’existence où la jeune fille devient pubère.

Dans les diverses observations de folie hystérique de cet ouvrage, j’ai moi-même fixé l’attention sur les singulières anomalies de la menstruation chez les jeunes hystériques. Ma conviction intime est que la situation est des plus graves lorsque la précocité de la menstruation coïncide avec un dévéloppement anormal des facultés intellectuelles, avec certaines bizarreries de caractère, et ultérieurement avec des conditions pathologiques signalées par l’état anémique ou chlorotique, par un temps d’arrêt dans la croissance des malades, et souvent aussi par la torpeur de l’intelligence et par l’indifférence des sentiments.

Les considérations des auteurs , à propos de tous ces soins prophylactiques, ont eu trop généralement en vue l’hygiène des jeunes hystériques de la classe aisée de la société. La preuve en est dans les minutieux détails à propos desquels ils entrent sur l’inconvénient des bals, des spectacles, de l’étude de la musique, d’une précoce éducation qui surexcite le développement des facultés intellectuelles et affectives. Il s’ensuit que la médication hygiénique qu’ils exposent, et dont je suis loin de contester la valeur, ne peut être appliquée à la classe pauvre. Il est inutile de prescrire aux malheureux « d’éviter soigneusement tout ce qui peut éveiller les sentiments trop affectueux ». C’est l’inverse au contraire qui

(1) Briquet, ovw. cit., p. 609 (4’'* partie. Traitement de Vhystérie).

TRAITEMENT DE LA FOLIE HYSTÉRIQUE, a lieu dans un grand nombre de cas, et mon expérience m’a appris que les mauvais traitements, l’absence d’une nourriture suffisamment réparatrice, l’application trop précoce des jeunes sujets à un travail sédentaire et au-dessus de leurs forces, étaient des générateurs aussi puissants de l’hystérie que « l’habitude dans laquelle on est de beaucoup caresser les jeunes personnes ; de ne leur jamais parler que du ton le plus affectueux, de leur donner, comme on dit, un bon cœur; de s’efforcer à développer en elles les sentiments d’attachement, ce qui augmente encore cette tendance, et finit par développer chez elles la suraffectivité, mère de l’hystérie. »

Si donc l’hystérie tend à se généraliser dans toutes les classes de la société, c’est qu’il existe des causes complexes et multiples de cette néwose. En dehors de la prédisposition héréditaire dont nous avons appris à connaître la valeur, cette affection se relie d’une manière si intime aux habitudes hygiéniques et professionnelles des malades, que les médecins devront puiser dans cette donnée étiologique les principales indications du traitement prophylactique et curatif. J’ai vu l’hystérie se développer chez de robustes habitantes de la campagne, qui passaient sans transition du séjour des champs à celui des villes. Et, dans les campagnes même, j’ai constaté sur une large échelle l’influence fatale des occupations sédentaires auxquelles les exigences d’une industrie plus rémunératrice que le travail des champs astreignaient de jeunes filles dès l’âge de cinq à six ans (1).

La première direction que je donne à mon traitement dans les cas de névrose hystérique est inspirée par la nature de la cause, et souvent des causes qui font naître cette névi’ose. Et comme, d’un autre côté, les manifestations morbides de l’être intellectuel et sensible ne sont pas toujours, il s’en faut, en rapport avec les troubles de la menstruation, je ne manque pas de m’éclairer de toutes les circonstances qui ont développé l’état névropathique des malades. Chez les très jeunes sujets, l’hystérie ne devra jamais être traitée comme une affection légère, et il faut, à tout prix, éviter l’enchaînement progressif et forcé des phénomènes pathologiques qui constituent la maladie dans son développement.

(1) On peut avoir une idée de l’influence exercée par certaines professions sur le développement de l’hystérie, en lisant le travail intitulé : La broderie et les brodeuses vosgiennes, par M. leMocteur Haxo, ancien chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Maurice, à Épinal. Je suis convaincu que la prédominance de la névrose hystérique dans la classe ouvrière de la ville de Rouen provient du travail précoce des enfants dans les fabriques, de l’insuffisance et de la mauvaise qualité de la nourriture, et souvent aussi, il faut bien l’avouer, des rapprochements prématurés entre individus de sexe différent.

changements d’occupation, de milieu. — isolement. 729

Dans la classe aisée de la société, il est plus facile de réaliser le traitement qui consiste à changer le genre de l’existence et l’hygiène physique et morale des malades. Une simple suspension des habitudes ordinaires de la vie, un déplacement, un voyage, suffisent souvent pour rétablir l’équilibre et l’harmonie des fonctions nerveuses. Dans les classes pauvres, vouées par nécessité à un genre de travail compromettant, pour la santé des fonctions nerveuses, les conseils sont plus difficiles à suivre. Néanmoins les avis d’un médecin prudent éclaireront, dans plus d’une occasion, les familles sur les dangers de soustraire les enfants par des transitions trop brusques à la vie bienfaisante des champs, pour les reléguer dans les villes, ou les livrer aux occupations trop sédentaires des fabriques.

Isolement. — En parlant de l’isolement, je ne veux pas faire allusion au placement des malades dans une maison spécialement consacrée aux maladies mentales. La névrose hystérique développe, chez ceux qui en souffrent, une irritabilité telle que le simple changement de milieu suffit pour apaiser les exacerbations du délire le plus violent. Une jeune fille de seize ans nous est amenée dernièrement, en proie à l’exaltation la plus grande. C’était une jeune ouvrière des fabriques, dont le tempérament hystérique coïncidait avec un arrêt de développement très commun chez les jeunes filles vouées au travail des manufactures. Trois jours après son entrée, et grâce à quelques bains d’affusion, elle sortait de son délire, comme d’un sommeil pénible, ne sachant ni ce qui lui était arrivé, ni comment on l’avait amenée. J’ai souvent regretté le manque d’institutions spéciales consacrées à cette catégorie de malades dont le placement dans une maison d’aliénés peut compromettre l’avenir, car on ne connaît que trop les préjugés qui s’attachent aux individus qui ont été traités comme aliénés. La réflexion queje fais ici pour les hystériques s’applique également aux premiers accidents de l’hypochondrie. Si, dans beaucoup de circonstances, nous avons à nous plaindre de la temporisation des familles, il est d’autres situations où, par une précipitation trop grande, on compromet, ainsi que je le disais, les intérêts des malades.

Une jeune femme de vingt-huit ans, pour laquelle j’avais été consulté, éprouva, à la suite de contrariétés de famille, des accès hystériques. L’intelligence était légèrement troublée, la mémoire affaiblie; les actes étaient devenus irréguliers, et une irritabilité très grande dominait la Situation de la malade. On avait pareillement remarqué des troubles dans les fonctions intérieures ou assimilatrices. Il existait de l’anorexie, de l’aménorrhée, et un état semi-chlorotique et choréique assez prononcé, La malade, comme il arrive d’ordinaire dans cette situa-

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