MARIAGE, RAPPORTS SEXUELS
thique se compliquait de folie, et qu’elle avait déjà subi cette transformation si grave que j’ai décrite sous le nom de folie hystérique. Une jeune fille de vingt ans, une forte et robuste campagnarde, était sur le point de contracter un mariage, lorsque, devant les parents assemblés, un sien cousin crut devoir se permettre quelques privautés, ainsi que cela arrive aux individus mal élevés. La pudeur de cette fille fut vivement alarmée, et les accidents névropathiques qui en furent la conséquence ne permirent pas de célébrer le mariage. Il y avait chez elle prédominance de phénomènes hystériques qui se compliquèrent d’un état de terreur indicible avec tendance au suicide. La malade fut placée à Saint-Yon, où elle guérit. Cependant, depuis son retour, il suffisait que devant elle on parlât mariage pour provoquer immédiatement une véritable répulsion maladive. Elle vécut cinq années dans cet état, et nous a été ramenée dernièrement avec les mêmes manifestations délirantes : terreur générale, hallucinations, horreur instinctive à la vue d’un homme, tendance au suicide. Je cite cet exemple pour faire ressortir l’étrange impressionna bilité de quelques jeunes filles prédisposées à l’hystérie, et l’inefficacité du mariage contracté dans des conditions pareilles. . .
La situation est différente lorsque l’hystérie a été simple dans son évolution, c’est-à-dire dégagée de ces complications qui, au physique comme au moral, en font une des névroses les plus difficiles à guérir. J’ai pu, dans des occurrences pareilles, conseiller le mariage, et j’ai signalé des cas où une union bien assortie aurait pu prévenir des accidents qui, par la suite, sont devenus irrémédiables.
Mais, à propos de mariage encore, croit-on qu’il suffise au médecin de poser la nécessité de son indication? Conçoit-on rien de plus vague et d’aussi imparfaitement défini qu’un pareil conseil ? Op recommande les rapprochements sexuels, le mariage, en un mot, mais de quel mariage s’agit-il? Les médecins sont-ils libres, sous ce rapport, de faire naître les occasions et de réaliser les indications de l’ordre intellectuel, physique et moral qu’ils prescrivent? Peuvent-ils empêcher les unions que dicte l’intérêt, unions qui jettent la jeune fille dans les bras d’un vieillard, d’un être qui lui est antipathique, et souvent d’un débauché ? On le voit donc, le mariage lui-même, tel qu’il est compris dans notre état social, est pour la jeune hystérique environné de périls de toutes sortes. Le médecin, appelé à donner son opinion, ne devra jamais le faire d’une manière vague et générale; il ne formulera son traitement que vis-à-vis des situations parfaitement définies, et qui lui auront été exposées avec le désir bien sincère d’être éclairé par ses conseils, dirigé par sa science, son expérience et sa probité.
736 COMPLICATIONS DE l’ HYSTÉRIE. — TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE.
Hystérie compliquée de folie et d’autres troubles et anomalies de l’ordre physiologique et moral. — Je me Suis élevé COlltre l’isolernent trop prompt dans les institutions d’aliénés de jeunes hystériques, chez lesquelles une explosion subite de délire pourrait, à la rigueur, être suivie d’une sédation non moins instantanée des phénomènes perturbateurs de l’intelligence.
Mais, d’un,autre côté, j’ai déjà eu l’occasion de blâmer la faiblesse des parents qui, dans des circonstances où la folie est bien caractérisée, ne peuvent se résoudre à isoler leurs malades. Et pourtant, s’il existe une chance de guérison pour ces malheureuses hystériques , chez lesquelles l’enchaînement forcé des phénomènes pathologiques amène des manifestations délirantes si intenses et parfois si dangereuses, c’est dans le traitement spécialement consacré aux aliénés de nos asiles. En signalant la gravité du pronostic de ces folies au type éminemment périodique, j’ai avancé une idée qui, à première vue, peut sembler paradoxale, à savoir, que le trouble des facultés intellectuelles n’était jamais en rapport chez ces sortes de malades avec la gravité des désordres fonctionnels. En effet, l’intelligence est d’autant moins exposée à être troublée d’une manière radicale , que les perturbations et souffrances de l’organisme nous offrent l’ensemble plus complet des névropathies bizarres extraordinaires et propres à l’hystérie.
Cependant il n’est pas rare que, dans nos asiles , l’hystérie se montre avec les symptômes morbides qui lui sont propres : spasmes, étouffements, convulsions, anesthésie, hype^^esthésie, pjaralysie, toux, hémipdégie, troubles sensoriaux de toutes sortes, émaciation, vomissements, marasme. J’ai cité un fait de ce genre (p. 674) ; j’ai promis d’y l’evenir, parce que le traitement que j’ai employé chez cette jeune hystérique peut être généralisé, et qu’en signalant ce que j’ai fait dans cette circonstance, je serai dispensé d’entrer dans les détails de la thérapeutique générale applicable aux hystériques, méthode qui laisse toujours beaucoup de vague et d’incertitude dans l’esprit.
Méthode antiphlogistique; traitement de l’hémoptysie. — La jeune hystérique, à laquelle va s’appliquer la série des moyens curatifs qui suivent était sujette à des hémoptysies redoutables, Les accès de toux hystérique étaient suivis d’un état apoplectique des poumons, et les saignées du bras ou du pied étaient rigoureusement indiquées. Une saignée dérivative du pied, de 250 à 300 grammes, quelques applications de ventouses scarifiées, tantôt à la région épigastrique, tantôt le long du rachis, suffisaient pour faire disparaître les accidents. Malgré son état d’anémie, la malade fut saignée sept ou huit fois, et eut autant d’applications de
TUAITEMENT DE LA TOUX HYSTÉRIQUE, DES VOMISSEMENTS. 737 ventouses, sans compter les sangsues à la partie interne des cuisses, pour rappeler le flux menstruel complètement disparu. Cependant, ditM. Briquet, et je suis de son avis, les évacuations sanguines ne peuvent être conseillées comme traitement général; la très grande majorité des hystériques se trouverait mal de la saignée du bras ou du pied. On a vu, dans un certain nombre de cas, l’hystérie elle-même ou les attaques hystériques, être le résultat immédiat des saignées.
.l’ajouterai, d’un autre côté, que des hystériques subiront des évacuations sanguines dans des proportions à peine croyables. Je ne veux pas excuser les exagérations qui ont eu lieu sous ce rapport, mais il est vraiment des circonstances où les saignées, générales ou locales, soulagent seules les hystériques. M. Briquet en cite un cas remarquable à propos d’une jeune malade dont l’observation lui est commune avecM. Guillot, et chez laquelle des saignées générales et de fréquentes applications de ventouses scarifiées le long du rachis ont amené une amélioration qui n’avait pu être réalisée avant cela par aucun autre moyen. Les indications se résument dans les préceptes' suivants : « Les évacuations sanguines peuvent être utiles dans les cas où les malades sont sous l’influence d’une diathèse hémorrhagique très notable ou sous celle de la suppression ou de l’absence des menstrues ou d’hémorrhagies habituelles. Dans ces derniers cas, les applications de sangsues à l’anus ou à la vulve sont ce qui convient le mieux, et ces cas sont, comme on l’a vu, extrêmement nombreux... Enfin, lorsque les accidents hystériques sont très intenses, ou lorsqu’ils se succèdent avec rapidité, et que le pouls est fréquent, qu’il existe un état fébrile très marqué, on peut avoir recours aux évacuations sanguines, et on le fait avec succès, mais seulement comme moyen momentané, et non pas comme traitement à fond. » (Briquet, ouvr. cité^ p. 645.)
H^percsthéisie, gastralgie, toux hystérique, chlorose, xomisse-
'iuents,ete. — Je renonce à décrire les innombrables formules employées dans l’exacerbation de la douleur chez les hystériques. J’ai administré, comme tous les médecins, les antispasmodiques, les narcotiques, l’opium surtout, sous toutes leurs formes, j’ai obtenu des succès, j’ai échoué dans d’autres circonstances, soit avec ces moyens, soit avec d’autres médicaments tels que le sulfate de quinine, l’émétisation, le chloroforme. Il est bon de constater d’abord que les accidents qui compliquent l’hystérie ont un caractère tellement intermittent, qu’il est difficile de rapporter leur disparition , presque subite dans beaucoup de cas, à l’emploi de telle ou telle médication. Je signalerai cependant les inhalations d’un mélange de chloroforme et d’éther comme m’ayant rendu le
738 ÉTHÉllISAÏION'.— NARCOTIQUES.™ STUPÉFIANTS, ETC.
plus de service dans la toux hystérique qui avait résisté à tout autre
moyen (1).
D’un autre côté, il importe de ne pas se faire illusion sur la valeur des médications, tant internes qu’externes, pour combattre les accidents nerveux de toutes sortes qui compliquent l’hystérie. Souvent ces accidents
(1) J’ai réussi dans deux circonstances, une première fois avec l’emploi d’un vésicatoire sur la région épigastrique, et dans une autre occasion avec des ventouses scarifiées sur la même partie. Dans les gastralgies qui compliquent souvent l’hystérie, on peut recourir à l’emplâtre recommandé par M. Delfau :
Thériaque . 15 grammes.
Camphre en poudre . 5 —
Asa fœtida . 5 —
On fait un mélange homogène que l’on étend sur un morceau de sparadrap de l’étendue de 0”,10 carrés ; on applique cet emplâtre sur la région épigastrique. Cet emploi extérieur de l’asa fœtida aurait, au dire de M. Delfau, l’avantage d’éviter les renvois si désagréables que cause l’usage intérieur de cette substance. C’est d’après le même principe que des médecins anglais ont recours aux lavements médicamenteux. Toutefois, lorsque la gastralgie est intense, excessivement douloureuse et accompagnée de suffocations, de spasmes on ne peut plus violents, il faut aller aux indieations les plus pressées, et les inhalations éthérées, les cataplasmes très chauds et laudanisés sur l’estomac, l’eau tiède à l’intérieur, avec addition de quelques gouttes de laudanum, dans le but d’amener des vomissements, sont encore, malgré la vulgarité de ce dernier moyen, les remèdes palliatifs qui rendent le plus de service aux médecins.
Les narcotiques et médicaments spéciaux qui ont été le plus prônés contre l’hystérie ont été l’opium, la belladone, le seigle ergoté, le tabac, le chanvre indien, la jusquiame, le colchique, le musc, le castoréum, etc. Les partisans les plus décidés de l’opium, en France, ont été MM . Gendrin et Rostan ; le premier de ces médecins a administré ce médicament depuis la dose de 5 jusqu’à 75 centigrammes dans les vingt-quatre heures. M. Rostan a employé aussi la poudre de belladone à doses progressives. On s’arrête quand on voit les symptômes d’intoxication.
Romberg regarde dans beaucoup de cas l’opium comme indispensable. Il emploie aussi, pour abréger les accès, l’émétique et l’arsenic. Ce dernier médicament est donné par lui à la dose de 3 à 4 gouttes par jour de la solution de Fowler. Ce médecin distingué considère, dansquelques cas, l’arsenic non-seulement comme un palliatif, mais comme un véritable spécifique. L’émétique a pareillement été vanté par MM. Clarke et Conolly dans des accès violents. M. le docteur Debregne est aussi très grand partisan de l’opium, qu’il associe à la belladone, au camphre et à l’asa fœtida. Voici la formule de ses pilules :
pLdre d’ asa fœtida . | aa 15 grammes.
Extrait de belladone ..... 4®'^, 80
Extrait gommeux d’opium . . 1S'',20
Pour 120 pilules, à prendre 2 et ultérieurement 6 par jour.
Enfin, parmi les remèdes, en désespoir de cause,' le citerai l’emploi de la strychnine par M. le docteur Mathieu {Gazette médicale de Lyon, 1853). Ce praticien aurait employé avec succès ce médicament à la dose de 2 à 3 centigrammes dans dès complications de paralysie de l’œsophage.
USAGE DE LA VIANDE CRUE. — ÉLECTRICITÉ, EARADISATION, ETC. 739 sont transitoires, je le sais, et disparaissent sans emploi d’un traitement spécial. Dans d’autres circonstances, il sont plus permanents et dépendent de causes qui ont profondément altéré la constitution des malades. Je n’ai jamais compris que certaines paralysies et hyperesthésies, que certains états chlorotiques avec vomissements, marasme, émaciation générale, puissent être guéris avec les ferrugineux, le quinquina, l’iode, et d’autres médicaments toniques ou reconstitutifs , lorsque les hystériques ne peuvent digérer leur nourriture et qu’elles la vomissent. Dans les cas de ce genre, et la malade dont j’indique le traitement en était un exemple, je suis exclusivement préoccupé de l’idée de pouvoir rétablir la vitalité des fonctions digestives au moyen d’une nourriture que les hystériques puissent supporter et absorber.
Je me suis bien trouvé alors d’employer la viande crue. C’est là encore un de ces médicaments dont l’usage peut être réalisé dans les familles les plus pauvres. La viande est hachée ; on la saupoudre de sel, de poivre ; on l’arrose avec du jus de citron, et on l’étend entre deux morceaux de pain. J’ai vu des hystériques qui rejetaient toute espèce d’aliments, conserver de la viande ainsi préparée, et qui, bien loin de leur causer de la répugnance, leur semblait préférable à toute autre nourriture (1).
Dans les cas d’hyperesthésie des membres inférieurs, j’ai eu recours avec succès, chez la jeune malade en question, à l’enveloppement au moyen d’un bandage mouillé [sudation locale). La faradisation de la peau, faite au moyen des courants électriques que donnent les appareils de "MM. Duchenne (de Boulogne), Morin etLegepdre, est encore un traitement qui parfois réussit. Pour suivre le conseil de M. Briquet, on s’arrange pour que le courant pénètre dans l’épaisseur de la peau sans aller plus profondément, en opérant à l’aide de deux pinceaux métalliques, ou d’une éponge mouillée et d’un, pinceau qu’on promène pendant une, deux et au plus trois minutes, sur toute l’étendue du lieu où siège la douleur, et en ne cessant que quand on est assuré que l’hyperesthésie est dissipée. Le passage du courant à travers la peau s’accompagne d’une série d’étincelles électriques, parties de l’extrémité des fils du pinceau. Ces étincelles provoquent bientôt de la rougeur et de la chaleur à l’endroit faradisé , et surtout il se produit une douleur tellement vive, qu’il serait impossible de la supporter au delà de quelques minutes. «Assez souvent, ajoute M. Briquet, une seule faradisation suffit pour enlever la douleur; quelquefois il en
(1) Je me suis bien trouvé, dans quelques circonstances, de la phospholéine de M. le docteur Baud, Prendre une cuillerée à bouche ou deux dans du chocolat ou du lait.
7^lO MÉDICATION TONIQUE. — QUINQUINA, FEU, IODE.
faut deux le même jour, et si, à la seconde, on n’a pas réussi à modifier la douleur, il faut renoncer au traitement. » {Loc. cit., p. 668.)
Pour en revenir à la malade qui forme le sujet de ces indications, je dus m’en tenir , tout en combattant les accidents intercurrents, l’émoptysie, la toux, les- vomissements, l’hyperesthésie, a reconstituer son tempérament, à combattre l’anémie, la chlorose , les vomissements. Je m’adressai d’abord aux fonctions digestives, dont je cherchai à réveiller l’activité. Ce n’est qu’après ce premier résultat obtenu qu’il me fut possible de recourir aux sels d’iode et de fer, aux préparations toniques, telles que le quinquina. En règle générale, ce n’est qu’à cette période de reconstitution que ces médicaments spéciaux agissent selon leur nature propre, et s’assimilent à l’économie. En dehors des principes hygiéniques que je pose, je ne regarde les nombreux agents spécifiques dans l’hystérie que comme des palliatifs qui ne remédient pas essentiellement à la situation, et qui n’ont d’utilité réelle que dans l’hystérie simple.
Dans nos asiles le traitement si difficile de la folie hystérique se complète par les exercices corporels et intellectuels, par la régularité de l’existence et par l’appel énergique qui est fait en temps opportun à toutes les forces morales des malades. On connaît maintenant l’impressionnabilité extrême de ces êtres souffrants, et les crises morales ont peutêtre chez eux plus d’avantages que les crises de l’ordre physique. Je vais en donner la raison dans un instant, à propos des crises chez les épileptiques et les hypochondriaques. Toujours est-il que cette jeune malade qui nous était arrivée dans un état pitoyable, tant au point de vue physique qu’au point de vue intellectuel, sortit de l’asile complètement guérie, après deux ans de traitement. Je neveux pas m’appuyer exclusivement sur ce fait pour déduire un pronostic trop favorable dans des situations analogues. Je sais, par expérience, combien la guérison radicale des névroses elles- mêmes, et, à plus forte raison, des névroses transformées, est chose difficile. Il y a lieu d’espérer toutefois que les succès seront plus nombreux et plus certains, lorsqu’un diagnostic plus sûr et plus éclairé nous aura appris à remonter aux causes spéciales qui déterminent des phénomènes morbides si complexes; lorsque, d’un autre côté, la vulgarisation des moyens hydrothérapiques nous aura convaincu que la reconstitution du tempérament de ces malades par les moyens hygiéniques est la meilleure condition de leur rétablissement complet. On l’a vu, du reste, par l’exemple cité, et j’insiste sur ce point, que les médicaments les plus actifs, les plus héroïques même, restent sans efficacité, sont plus nuisibles qu’utiles , lorsque le tempérament des malades n’est pas disposé à les tolérer.