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PÉRIODE INITIALE. — HYDROTHÉRAPIE

tion, était en outre tourmentée par une constipation des plus opiniâtres. Je ne crus pas que la guérison ne dût s’obtenir qu’à la condition de placer la malade dans un établissement d’aliénés. Elle suivit un traitement hydrothérapique dans l’établissement de M. le docteur Bottentuit, à Rouen, et, après un mois d’emploi méthodique d’affusions, précédées de transpiration au moyen de l’emmaillottement, la guérison fut inaugurée. On n’employa d’autre moyen, contre la chlorose, qu’un régime fortifiant et une nourriture substantielle ; on suspendit l’emploi des médicaments dont on avait fait abus. L’anorexie, la constipation, et tous les autres phénomènes morbides ne tardèrent pas à disparaître, et la crainte d’une folie complète fut ainsi conjurée.

Une jeune demoiselle de vingt ans, à laquelle je donnais des soins, éprouvait, sous une influence hystérique, les perturbations les plus extraordinaires de l’intelligence. L’accès de délire était pour ainsi dire subit; elle ressentait des mouvements vertigineux, comme dans l’épi-' lepsie, et avait des hallucinations terrifiantes. Dans ces moments, il fallait prendre les précautions les plus grandes pour qu’elle ne réalisât pas ses impulsions suicides. Les antispasmodiques les plus énergiques n’amenaient qu’un soulagement momentané. Les emménagogues rétablirent les règles sans modifier d’une manière notable la situation mentale. On allait se décider à la placer dans un établissement d’aliénés, lorsque mon intervention fit essayer l’hydrothérapie, qui seule amena une amélioration telle, que la jeune malade put rester dans sa famille et y achever sa guérison. ■

J’ai dû pareillement le salut de plusieurs hystériques et hypochom driaques au traitement que je leur avais fait suivre dans l’établissement du docteur Gillebert d’Hercourt (1), et il est incontestable pour moi que ces mêmes malades, placés dans des asiles d’aliénés, auraient vu leur situation empirer. Le pronostic est tout différent, lorsque les névrosés hystériques et hypochon driaques ont déjà subi les transformations qui constituent l’état de folie que j’ai si minutieusement décrit ; je vais en parler dans un instant. Je désire seulement m’appuyer sur l’autorité des médecins non aliénistes pour fàire ressortir les bons avantages des bains froids et de la méthode hydrothérapique dans l’hystérie.

Hydrothérapie. — « L’hystérie est une maladie si commune, dit M. le docteur Becquerel (2) , et, en même temps, qui fait souffrir pendant si

(1) Au château de Saint-Genis-Laval, près Lyon. Je ne puis m’empêcher, à propos d’hydrothérapie, d’émettre le regret que dans nos hôpitajix ordinaires, et même dans nos asiles d’aliénés, il soit fait si peu de chose en faveur de cette puissante médication.

(2) Conférences cliniques sur l’hydrothérapie, par M. le docteur Becquerel, recuefl-

PÉRIODE INITIALE. — HyDROTHÉRAPIE.

longtemps un si grand nombre de femmes, que l’on a employé pour la combattre presque tous les médicaments de la matière médicale. Malheureusement, la plupart des médicaments successivement employés n’ont que trop souvent échoué. L’hydrothérapie est, je crois, destinée à remplacer toutes ces médications, et c’est certainement une des maladies dans lesquelles ce moyen a le plus de chances de réussir d’une manière complète et constante.

» Depuis trois ans, toutes les hystériques que j’ai reçues à l’hôpital, et un certain nombre de celles que j’ai vues en ville, et qui ont bien voulu s’y soumettre, n’ont été traitées que par l’hydrothérapie. Je puis dire avec assurance que toutes les fois qu’on a voulu se soumettre d’une manière suivie et rationnelle à cette médication, l’hystérie a guéri.

» La première condition à demander à une hystérique qui consent ou

lies à la Pitié par M. le docteur Violette (Paris, 1859). M. Becquerel fait remarquer avec justesse que, dans l’état ordinaire, toute application d’eau froide doit être suivie d’uné réaction convenable. On aide à cette' réaction par des frictions sèches, et surtout par l’exercice que l’on prend après l’affusion. Chez quelques chlorotiques, la réaction s’opère difficilement, surtout en hiver ; on peut avoir recours au liniment suivant, préconisé par M. Becquerel :

Alcool de mélisse. .

Baume de Fioravanti

Alcool camphré. . .

Ammoniaque liquide

Dans les campagnes, où le médecin est loin de toute institution hydrothérapique, il pourra toujours recourir à la sudation par l’emmaillottement. C’est le moyen que préfère M. le docteur Gillebert d’Hercourt; il lui trouve une portée physiologique et thérapeutique plus utile que la transpiration au moyen de l’eau vaporisée à l’aide de la chaleur. Le malade est placé dans un drap préliminairement mouillé et tordu, afin que l’humidité soit également répartié. On étend le drap sur une paillasse, et le malade est enveloppé promptement et méthodiquement au point d’être privé de la liberté de ses mouvements. On aide ensuite à la réaction par l’emmaillottement au moyen de couvertures de laine et en couvrant les malades avec un édredon. Au bout d’une ^demi-heure, trois quarts d’heure, une heure, selon le tempérament des individus, la réaction s’établit. Une chaleur douce et uniforme se répand partout ; ils transpirent, et l’on aide à la transpiration en leur faisant avaler, quelques verres d’eau fraîche. En sortant de ce bain de transpiration, les malades éprouvent un bonheur très grand à être enveloppés de draps mouillés avec lesquels on opère de vives frictions sur le corps. Un simple instrument tel que l’on en emploie pour l’arrosage des jardins suffit pour donner des affusions et diriger un jet d’eau très vif sur telle ou telle partie du corps plus fortement névropathisée et qui est le siège de quelque névralgie spéciale. Dans quelques circonstances, surtout chez les personnes âgées, j’ai recours aux bains tièdes prolongés et aux affusions avec l’eau tiède. J’ai vu chez des malades très impressionnables les affusions froides amener des crises nerveuses très douloureuses et très prolongées qu’il faut éviter. Dans tous les cab, il en est qu’il faut initier progressivement à la méthode.

I âa 30 grammes.

10 grammes.

DE l’hydrothérapie DANS l’hYSTÉRIE.

qui désire être traitée par l’hydrothérapie, c’est de s’y soumettre assez souvent pour que la médication puisse agir d’une manière suivie, et réussir ainsi complètement : c’est quelquefois trois, quatre, cinq, six mois, qu’il faut pour faire disparaître un état hystérique ancien et intense.

» On peut en quelque sorte distinguer deux états différents, quoique de même nature au fond, dans l’hystérie : 1" l’état hystérique ou^ si l’on aime mieux, la constitution, le tempérament nerveux excessif propre, aux hystériques, si commun chez un grand nombre de femmes, et qui présente de temps en temps un certain nombre d’accidents variés plus ou moins intenses, lesquels constituent précisément le deuxième état ; 2“ les accidents hystériques si complexes et si nombreux, tels que les convulsions, les hyperesthésies, les anesthésies, etc.

» Quel que soit celui de ces deux états, l’iiystéricisme ou les accidents hystériques, en face duquel on se trouve, le médecin, à mon avis, ne doit pas hésiter; il doit conseiller l’hydrothérapie d’une manière suivie et employée avec assez d’énergie.

» Je n’ai jamais eu l’occasion de faire porter une malade sous la douche froide pendant les convulsions hystériques. Je ne doute pas que son administration ne mette une fin rapide à la crise convulsive, et M. Fleury a souvent confirmé par l’expérience la justesse de ma prévision. L’hyperesthésie et les diverses douleurs hystériques, quel que soit leur siège, doivent être traitées par les applications froides et sédatives. L’anesthésie, au contraire, doit être combattue par des douches froides en jet d’une notable énergie et dirigé sur la partie insensible.

)) J’ai eu plusieurs fois occasion de me louer des bons effets des douches froides,- et plus spécialement administrées sur l’abdomen, pour combattre la tympanite hystérique. Je crois qu’on ne doit employer dans ce cas que des douches d’une faible portée; les douches énergiques pourraient avoir quelque inconvénient, si on les dirigeait directement sur l’abdomen. La paraplégie hystériquh guérit parfaitement par l’emploi du traitement hydrothérapique, mais il faut continuer longtemps son application pour obtenir un succès. J’en ai recueilli deux belles observations dans mon service. ))

J’ai peu de chose à ajouter à ces conseils, et ne puis que renvoyer à ce que j’ai déjà dit sur V emploi de V hydrothérapie dans les accès de surexcitation nerveuse^ chez des malades réfractaires aux médicaments ou épuisés par une médication trop active (p,,599 et suiv. de cet ouvragé). J’appuierai seulement, avec Fauteur des réflexions qu’on vient de lire, sur la persistance, la méthode et la régularité qu’il faut mettre dans l’emploi de l’hy-

MARIAGE, Rapports sexüels. 733

dro thérapie, à propos de l’hystérie et d’autres affections nerveuses. Le caractère éminemment périodique de ces maladies fait souvent croire à une guérison radicale, alors qu’il n’existe qu’une simple rémission, et le tempérament de ces malades les porte à quitter un moyen curatif avec le même empressement qu’elles ont mis à l’adopter.

D’un autre côté, l’expérience nous apprend que ces sortes de malades, les hystériques et les épileptiques surtout, ne sont jamais si près d’avoir un accès que lorsqu’ils accusent un bien-être excessif et qu’ils se croient à jamais débarrassés de leur triste infirmité. Il n’est pas rare qu’ils fassent partager leur illusion aux médecins qui les soignent. Pour moi, j’ai souvent vu les crises hystériques et épileptiques reparaître inopinément au milieu de la santé la plus florissante.

Mariage , rapports sexuels. — L’idée bien plus nette qu’il est permis de se faire aujourd’hui de l’hystérie et des causes de cette névrose si complexe, permet déjuger à quel point les anciens étaient dans l’erreur, lorsqu’ils faisaient du mariage et des rapports sexuels en général la panacée de l’hystérie. Nous avons vu cette névrose, avec ou sans complication de folie, se développer chez des filles non nubiles, chez des femmes mariées, chez d’autres qui avaient passé l’âge de retour. Les tableaux statistiques de M. Briquet nous apprennent en outre que , toute comparaison gardée, l’hystérie est bien plus fréquente chez les filles publiques que dans toute autre catégorie sociale. Il y a cependant parmi les gens du monde, et même parmi beaucoup de médecins, dit M. Sandras, une sorte d’article de foi qui fait regarder le mariage comme un bon remède contre l’hystérie. On sait avec quelle crudité d’expressions les anciens conseillaient non-seulement le mariage, mais toutes sortes de frictions qui ne pouvaient qu’irriter les organes génitaux et provoquer des désirs que la maladie par elle-même ne développe pas. Nous avnus vu, en effet, que la manifestation des tendances érotiques est chose rare chez les hystériques.

« Tout ce que je puis dire à ce sujet, ajoute M. Sandras, c’est que j’ai vu au contraire quelques cas d’hystérie provoqués et entretenus par le coït chez les femmes qui n’y étaient d’ailleurs pas sujettes. Je n ai j aman rencontré un cas dans lequel l’usage, ou même l’abus des plaisirs vénériens ait amené ou la diminution ou la guérison de l’hystérie. Il résulte de mon expérience et des confidences que j’ai reçues, dit toujours cet excellent praticien, que les femmes hystériques ne sont pas plus disposées que les autres à prendre une part active dans les rapports sexuels ; quo le contraire serait plutôt vrai, et que l’hystérie, quand elle préexiste, n’est pas modifiée par l’emploi de ce remède. Il est vrai de dire, néan—

TRAITEMENT DE l’HYSTÉRIE.

moins, pour quelques femmes, que des désirs non satisfaits leur occasionnent quelquefois des affections nerveuses plus ou moins graves. » [Sandras, ouvr. cit., t. I, p. 193 (1).]

Cette grave question du mariage à conseiller dans quelques cas de névrose hystérique est toujours embarrassante pour le médecin ; elle peut même amener des conséquences dont peut avoir à souffrir sa moralité. C’est là un souvenir très vif qui m’est resté d’une excellente leçon clinique cle Chomel sur ce sujet. Il s’agissait d’une jeune fille de vingt ans, dont l’état hystérique, avec toutes ses complications, avait été attribué à une vive impression morale, à une frayeur très grande. « Nous lui avons demandé, dit Chomel, si elle avait eu des rapports sexuels. Nous avons été conduit à faire cette question par l’opinion qui domine chez le peuple, et même chez quelques médecins, que les rapprochements des sexes sont salutaires dans ces sortes d’affections. Elle nous a répondu affirmativement, ajoutant qu’elle l’avait fait d’après le conseil d’un médecin. Nous ne voulons pas discuter ici la question de moralité dans ces sortes de conseils, quoique cette question soit d’une haute gravité; nous nous bornerons à dire que ces conseils sont absurdes et souvent préjudiciables sous le rapport physique comme sous le rapport moral. En effet, dès qu’on a conseillé à une jeune femme de se livrer aux rapprochements sexuels dans l’intérêt de sa santé, qui est-ce qui peut prévoir où l’entraînera cette pratique qu’elle croira d’abord salutaire? D’un autre coté, combien n’y a-t-il pas de femmes auxquelles ces rapprochements sont plus nuisibles qu’utiles? Aussi jamais un médecin qui se respecte ne devra donner de pareils conseils. » [Clinique de Chomel, Gazette des hôpitaux, 23 février 1843.)

Aux considérations que j’ai déjà émises sur les indications prophylactiques fournies par le mariage (page 634 de cet ouvrage) j’ajouterai les suivantes, spécialement applicables aux hystériques.

Lorsque j’ai été consulté sur l’utilité du mariage chez de jeunes hystériques, j’ai toujours répondu négativement, lorsque la situation névropa-

(1) Voyez, dans la partie étiologique de cet ouvrage, Pertes séminales, excès vénériens, continence forcée, leur influence sur la production des troubles cérébraux, p. 180 et suiv. — Influence de l’amour, folie amoureuse, p. 218 et suiv. — Attentat à la pudeur, etc., p. 341. On peut encore ajouter aux considérations ci-dessus émises ce que la statistique nous enseigne du développement moins considérable de l’hystérie chez les classes vouées au célibat, chez les religieuses, par exemple. Je suis néanmoins de l’avis de M. Sandras, que des désirs non satisfaits occasionnent parfois des affections plus ou moins graves. D’un autre côté, j’ai déjà exprimé mon opinion sur l’incontestable avantage prophylactique du mariage fait dans de bonnes conditions.

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