‹ Traité des maladies mentalesChapitre 269 sur 306 · HYSTÉRIE GUÉRIE PAR LE MAGNÉTISME · texte numérisé non relu

HYSTÉRIE GUÉRIE PAR LE MAGNÉTISME

térieur, et les douches et les compresses d’eau froide à l’extérieur. Cet honorable médecin, qui déploya dans ce traitement si long, car il ne dura pas moins de trois ans, un tact remarquable et une patience à toute épreuve, est parvenu d’abord à rompre la périodicité des accès ; puis à diminuer leur intensité et leur durée. Enfin il a eu la satisfaction de les voir cesser complètement, et il croit pouvoir affirmer que madame est radicalement guérie de sa catalepsie.

2° Hystérie chez une enfant de treize ans ; phénomènes convulsifs, opisthotonos , emprosthotonos. Guérison par le magnétisme animal.

— Je ne voulais donner que l’abrégé d’une observation de guérison par le magnétisme publiée par M. le docteur Vingtrinier (de Rouen) ; mais ce fait m’a paru si intéressant, que je laisse parler l’auteur sans rien enlever à l’originalité de son récit.

« Une jeune fille de bonne et modeste maison, bien simple, bien naïve, une enfant que j’ai mise au monde, que j’ai toujours soignée avec intérêt et amitié, ainsi que ses bons parents ; une jeune fille de treize ans, dis-je, nous a fourni ce fait curieux au dernier degré, fait qui n’a guère d’exemples dans les annales de la médecine, mais qui en a beaucoup plus dans les faits de possession diabolique.

» Occupée de ses étude?, dans une pension à la campagne, la jeune fille était bien portante, quoique faible, lorsqu’il Jui survint des douleürs dans le ventre et de la sensibilité à l’extérieur, surtout au milieu de la région abdominale. On la fit revenir à la maison paternelle.

)) Bientôt les douleurs augmentèrent ; la sensibilité surtout devint remarquable par la production de la douleur au plus léger toucher ; elle s’étendit ensuite dans les côtés.

)) Du reste, point de fièvre, mais peu d’appétit; tristesse, souffrance dans les mouvements.

» Après deux mois d’un traitement inauguré en janvier et février 1848, qu’il est inutile de détailler, rien n’amenait de rémission; plusieurs consultations furent faites qui conclurent à l’existence d’une inflammation du péritoine, à des engorgements mésentériques, et à une influence particulière de l’utérus, peut-être disposé à la menstruation.

» Un traitement dirigé en ce sens n’amena aucune amélioration. Bien mieux, pendant sa durée la jeune fille fut prise, en même temps que de ces douleurs continues du ventre, de crises convulsives ; ce furent d’abord des secousses musculaires, puis des roideurs et immobilités tétaniques dans les membres supérieurs et inférieurs.

» Après, ce furent des mouvements séparés des membres supérieurs et inférieurs : ainsi, pendant des heures entières, elle frappait des mains

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sur le lit comme font les femmes qui battent la lessive, ou bien c’étaient les pieds qui , sans discontinuer d’un moment , frappaient sur la coucbe, de manière à user la peau des talons.

» D’autres fois c’étaient des crises de roideur générale et tétanique de tout lé corps, de manière que la tête et les pieds se rapprochaient, soit en avant, soit en arrière, pour mettre le corps dans l’état qu’on appelle Yopisfhotonos (courbure du corps en arrière) et Y emprosthotonos (courbure du corps en avant).

» D’autres , fois l’enfant appuyait sa tête et ses talons sur .son lit, soulevait le corps jet s’enlevait en saut de carpe à une certaine hauteur. Si l’on n’avait été là jour et nuit, elle se fût certainement blessée horriblement; ces crises-là, déjà bien extraordinaires, devaient cependant être dépassées en intensité par les crises qui suivirent. D’abord elles se renouvelaient deux, trois et cinq fois par jour ; elles durèrent ensuite une, deux et trois heures, et enfin allèrent jusqu’à persister, sans laisser le moindre repos, pendant vingt-deux heures sur vingt-quatre.

» Or, tant que la crise durait, l’enfant ne pouvait ni boire ni manger ; les muscles de la déglutition étaient en état de spasme et de contraction, comme tout le reste du système musculaire de la vie animale. Mais voici une autre et bien étonnante aberration des organes du mouvement qui survint dans le temps où les convulsions persistèrent pendant quinze, vingt et vingt-deux heures sans aucune rémission.

» 11 arriva, et cinquante fois peut-être, qu’après avoir fait le saut de carpe et avoir été reçue par son gardien, qui était un homme très fort et qui y prenait autant d’attention que d’intérêt, l’enfant était forcée de prendre toutes sortes de poses bizarres, comme la pose de la défense, de la menace, de la prière, de la colère, etc. Enfin, un jour survint le phénomène convulsif le plus inexplicable encore qu’il nous ait été donné d’observer. Jetée roide et droite sur les bras de son gardien, la jeune fille se prit à tourner sur elle-même, comme fait un poulet à la broche, et avec tant de rapidité, qu’on pouvait à peine compter ces rotations du corps. J’ai vu de mes yeux, et plusieurs fois, tous ces accidents, et particulièrement le dernier, auquel je n^ai voulu croire, je l’avoue, qü’après l’avoir vu : j’ai compté une fois vingt-lmit rotations, une autre fois quinze, une autre six, et en mon absence le gardien en a compté jusqu’à quarante sans aucun temps d’arrêt. Je me demande si les plus célèbres équilibristes pourraient faire de pareils tours d’agilité.

» Remarquons que l’intelligence restait presque toujours intacte au milieu de tous ces mouvements fatigants; l’enfant entendait tout ce qu’on disait, mais ne pouvait ni articuler un mot, ni même pousser un

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cri, malgré l’envie qu’elle en avait. Cela peut surprendre, ainsi que l’absence de convulsions dans les muscles de la face. Jamais la malade n’a fait une grimace et n’a eu le trismus.

» Pendant deux mois entiers que ces accidents se développèrent graduellement pour arriver à un degré inimaginable, la pauvre petite fille, d’ailleurs très frêle, arriva à un état de dépérissement extrême ; privée d’aliments et ne pouvant en avaler aucun, même dans les intervalles des crises, qui étaient devenus d’ailleurs fort courts, on conçoit qu’il n’était pas possible qu’elle vécût longtemps.

» Les essais de toutes sortes de remèdes n’amenaient aucun soulagement, ou semblaient même augmenter le mal. Dans le bain, par exemple, elle devenait oppressée, et ses douleurs de ventre étaient plus intolérables. La peau en cet endroit était tellement douloureuse, que la crainte d’être touchée du bout du doigt la faisait trembler, et d’ailleurs la peau de toute la surface avait acquis une sensibilité anormale dont on voit peü d’exemples.

» A bout de toutes mes ressources , nous arrivâmes, en désespoir de cause, à parler du magnétisme animal dans une consultation où assistaient les docteurs Blanche et Desbois. Les parents n’avaient jamais entendu parler du magnétisme, autrement que comme une jonglerie, de sorte que ce ne futqu’après une certaine insistance de notre part, et après avoir bien vu l’inutilité de nos remèdes, qu’ils se décidèrent à laisser entreprendre la magnétisation.

,» Je dirai pourtant que le chloroforme arrêtait assez promptement les convulsions, mais elles revenaient , 'et nous avons craint d’en continuer l’usage. D’ailleurs l’enfant nous affirmait qu’elle souffrait intérieurement davantage , et qu’elle préférait avoir des (îonvulsions plutôt que ces suspensions douloureuses.

» Enfin une crise de vingt-deux heures non interrompue et la syncope qui la suivit décidèrent tout le monde; la mort devenait imminente. Nous confiâmes la jeune malade au docteur Saint-Évron, dont les études spéciales, la connaissance pratique des opérations magnétiques et la bonne foi, étaient une garantie pour la famille et pour nous-même. C’était le 25 mars.

» Chose vraiment miraculeuse, à la première magnétisation d’un quart d’heure seulement, les crises furent arrêtées, l’enfant fut livrée au sommeil ; elle eut ensuite la possibilité de boire sans peine, et même de manger un potage. Le somnambulisme se déclara dès cette première tentative.

» A partir du 27, la malade put prendre des bains, et elle s’y trouva bien tant qu’elle fut en état magnétique.

» Les crises, qui étaient tantôt fréquentes et courtes, tantôt très longues,

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devinrent de courte durée, moins fortes, et s’éloignèrent, pour disparaître tout à fait après six mois entiers d’opérations magnétiques, faites deux fois par jour.

» Enfin, après ce temps, elle fut complètement guérie, et il n’est pas survenu un seul accident depuis deux ans bientôt que cette cure s’est faite sous nos yeux et sous ceux des médecins que j’ai conviés à en être les témoins.

» Les règles ne se sont montrées que bien longtemps-après la guérison, la première apparition s’est faite le 1 2 juillet 1849.

» Beaucoup de choses qu’il serait trop long de dire ici furent très remarquables chez cette entant pendant ses extases magnétiques ou somnambuliques ; je dirai seulement ceci :

» La sensibilité du ventre et de toute la peau disparaissait ; on pouvait toucher, frapper même partout sans occasionner de douleur.

' » La station et la marche, qui étaient devenues impossibles, se faisaient

parfaitement au point de courir et jouer dans cet état de toutes les manières; plusieurs fois elle a fait des promenades d’une lieue et plus, lorsque, un quart d’heure avant l’opération magnétique, comme une minute après, elle ne pouvait mettre un pied devant l’autre.

» L’usage des bains, auparavant pénible, était agréable.

» La digestion se faisait bien ; les évacuations alvines étaient normales.

» La tenue modeste de l’enfant prenait un air- d’importance, et son intelligence timide devenait active et quelquefois fort remarquable.

» La mémoire ne consérvait rien de ce qui s’était passé dans l’état magnétique.

)) Aussitôt relevée de cet état, la sensibilité et l’impossibilité de se souvenir revenaient.

» Elle prédisait assez exactement ses crises, reconnaissait l’eau magnétisée et refusait l’autre.

» Enfin, pendant cinq ou six mois consécutifs, notre jeune fille a vécu de deux existences intellectuelles et matérielles tout à fait distinctes l’une de l’autre. Deux mémoires, deux séries de pensées, comme deux états distincts dans la physiologie des organes de la digestion, du mouvement et de la sensibilité. Nous remarquerons encore, comme un fait curieux, que plusieurs fois son état magnétique s’est produit spontanément.

» Il n’est pas inutile de dire que le mieux qui suivit presque immédiatement les effets magnétiques fit penser aux parents et à moi-même que ce mieux n’était peut-être arrivé que parce que la maladie était à sa fin. On cessa alors pendant deux ou trois jours l’opération, et pendant ce temps les convulsions recommencèrent de plus belle.

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