DU MAGNÉTISME.— CRITIQUE DE LA MÉTHODE
» Quinze jours après, même essai et même retour. Il fallut donc se rendre, et, pendant six mois consécutifs, la jeune enfant fut magnétisée par le docteur Saint-Évron, qui y mit une patience et une persévérance bien dignes d’un succès que nous ne balançons pas à attribuer à lui seul, et qui lui donne les plus justes titres à la reconnaissance delà famille. »
Ce traitement a été suivi par plusieurs médecins de Rouen, et principalement par les docteurs Blanche, Desbois, Despréaux et Védie. La guérison ne s’est pas démentie. La jeune fille est aujourd’hui une femme mariée, mère de famille, et sa santé est très satisfaisante.
Dans l’état actuel de la science, les faits de ce genre ne se commentent pas; il faut se contenter d’indiquer les résultats inouïs obtenus dans des circonstances déterminées. Mais en faisant au magnétisme la part qui peut lui revenir dans le traitement des maladies nerveuses, il est juste d’assigner à son action ses limites naturelles. Je ne pense pas, et Esquirol en avait déjà fait l’essai, que le magnétisme puisse être de quelque utilité dans la folie confirmée. « Le magnétisme, dit Esquirol, a été expérimenté surtout en Allemagne ; les faits rapportés en France, a cet égard, ne sont ni exacts ni bien observés. En 1813 et 1816, j’ai fait des expériences avec M. Faria sur onze femmes aliénées ou monomaniaques. Une ?>ein\e^ éminemment hystérique^ a cédé à l’influence magnétique; mais son délire n’a éprouvé aucun changement. Le magnétisme ne produisit aucun effet sur les dix autres aliénées.... J’ai répété plusieurs fois, avec divers magnétiseurs, les mêmes essais, sans avoir obtenu de succès. » (Esquirol, t. I, p. 155.)
Mais si le magnétisme n’est d’aucune utilité dans la folie, il ne s’ensuit pas qu’il ne puisse rendre quelques services dans ces hystéries complexes qui n’ont cédé à aucun moyen, et dans lesquelles il existe même des troubles notables de l’intelligence et des sentiments. J’ai vu M. le docteur Bulard calmer, au moyen du magnétisme, et faire disparaître complètement chez une aliénée hystérique, des spasmes violents, des hoquets, des convulsions des membres qu’aucune force humaine n’était capable d’arrêter. Dans son sommeil, cette malade rendait une quantité incroyable de gaz, et lorsqu’elle se réveillait, elle était considérablement soulagée. Les spasmes et les convulsions cessaient pendant quelques jours, et les exacerbations de cette hystérique, ses idées de suicide, disparaissaient. Dans le traitement des maladies nerveuses, on doit déjà s’estimer très heureux lorsqu’on parvient à suspendre, ne fût-ce que pendant quelque temps, les douleurs et les exacerbations des malades. Je ne rejetterai , jamais, pour ma part, aucun modifieateur de l’ordre physique ou de l’ordre ,^moral, capable d’amener un résultat qui permet