INTERPRÉTATION DU PHÉNOMÈNE FOLIE
but que de bien déterminer les bases scientifiques de la spécialité que nous cultivons. Les maladies que nous avons à décrire sont occasionnées par des causes naturelles, et les moyens que nous avons à leur opposer sont des moyens exclusivement médicaux. Toutefois il est intéressant dé savoir ce qui, à toutes les époques^ peut occasionner le mouvement rétrograde de la science, fausser les idées sur la nature des phénomènes qui se passent dans la sphère du système nerveux, et signaler en quoi l’esprit d’erreur, d’ignorance et de mensonge est l’élénient qui apporte le plus d’obstacle à la marche de l’humanité et à l’amélioration intelléctuelle physicpjie et morale de l’individu. C’est là le but suprême de nos recherches, et ce que nous avons à dire à ce sujet ne peut être interprété dans un autre sens.
Le moyen âge, ainsi que je l’établissais dans mes Études cliniques est en général, dans l’ordre des idées comme dans l’ordre du temps, la transition nécessaire entre la pensée antique et la pensée moderne. C’est l’époque où les idées anciennes, reçues avec confiance par les esprits nouveaux encore, mais imbus du christianisme, se transforment lentement, mais progressivement, sous l’action incessante du dogme religieux, et finissent par laisser la place aux idées générales qui ont créé et qui constituent encore la science au moment actuel.
Nous trouvons vivant au moyen âge cette opinion si répandue encore en Orient, que l’aliénation mentale n’est qu’une espèce d’inspiration supérieure, la possession d’une intelligence humaine par une influence démoniaque. On comprend assez coihbien cette opinion était contraire par son principe même à toute étude scientifique du phénomène de la folie. Simple dépendance non plus de la nature immuable des êtres, mais de la volonté arbitraire d’une puissance supérieure à l’homme, ce phénomène n’avait plus de lois fixes qui pussent devenir l’objet d’une théorie, et l’on ne pouvait plus l’atteindre que par des moyens surnaturels. Aussi dans la haute antiquité, où l’on regardait, comme nous l’avons vu, ces influences démoniaques comme salutaires, le fou était un objet de respect, et il s’agissait moins de le guérir que de l’entourer de vénération et d’en faire une espèce d’intermédiaire entre l’homme et la divinité irritée. Chez les savants du moyen âge, qui admettaient ces influences comme venant de Satan, on pouvait bien chercher à délivrer le malheureux aliéné, seulement le moyen de délivrance n’était pas le remède, c’était l’exorcisme. Or, encore une fois, chercher à ne voir dans la folie que le résultat d’une action démoniaque, c’était se résoudre logiquement à n’en pas chercher les lois.
(1) Voyez mes Études cliniques, t. P § iv, p. 187.