PÉRIENCÉPHALITK CHRONIQUE DIFFUSE (OBSERVATION
C’est dans cette période de convalescence, six semaines environ après les premiers accidents dont j’ai parlé, que, me trouvant à Paris, je reçus la visite inattendue de notre malade que j’avais quitté, il y avait cinq ou six jours à peine, passablement souffrant, maussade et déprimé. Il semblait maintenant heureux et satisfait. Il venait, dit-il, à Pari.s, pour me communiquer un projet capital , et m’associer jà une opération commerciale où il y avait des millions à gagner.
Si je n’avais déjàété bien édifié sur le diagnostic d’une folie paralytique, cette révélation soudaine m’aurait suffisamment éclairé. A cette raanir festation d’idée des grandeurs se joignit une expansivité très grande. Le malade souriait à tout le monde, il était heureux, content au delà de toute expression. Il s’avançait vers des étrangers, leur serrant la main, et croyait reconnaître d’anciens amis. Je prévins immédiatement la famille pour venir sur place et empêcher les transactions que notre paralysé était sur le point de contracter ; je me contentai, pour ne pas trop l’irriter, de lui laisser acheter quelques colifichets de peu de valeur, auxquels cependant il attachait un grand prix ; et s’il avait été seul et livré à lui-même. Une se serait pas fait faute de prendre à l’étalage des boutiques les objets les plus disparates (1). Quelque temps après son retour, il eut encore une nouvelle attaque congestive, moins grave cependant que la première, et suivie d’une période de rémission pendant laquelle les idées étaient plus claires, la marche, autrefois chancelante, plus assurée, et le mouvement ondulatoire des lèvres, quand il parlait, moins prononcé (2). Les parents
dans de grandes opérations commerciales ou financières, compromettent leur fortune et celles de leurs clients. J’ai pu, dans plus d’une circonstance, préserver de catastrophes imminentes des individus en plein développement de paralysie, en éclairant les familles sur une situation dont elles se doutaient à peine ; jamais, à les en croire, leurs malades n’avaient montré autant de lucidité et d’activité dans la gestion de leurs affaires. Que de services les médecins ne peuvent-ils pas rendre aux familles et à la société, sinon dans la période de terminaison de certaines maladies incurables, mais dans la phase d’incubation et de développement, alors qu’eux seuls peuvent éclairer la situation.
(1) J’ai déjà signalé, à propos des actes délirants dés aliénés, la tendance particulière des paralysés au vol. {Du vol dans ses rapports et ses causes maladives, p. 410. )
(2) Il existe dans cette maladie des périodes de rémission vraiment incroyables et qui peuvent faire croire à une guérison, a Les changements heureux qui surviennent de temps à autre, dit M. le docteur Calmeil, soit dans les conditions de l’intelligence, soit dans l’accomplissement des actes musculaires, sur un certain nombre d’aliénés affectés de paralysie générale encore peu avancée, semblent tenir à un ralentissement momentané, à une sorte de rémittence de l’état inflammatoire de la substance nerveuse encéphalique. Toujours est-il que dans cette période les malades étonnent parfois leur entourage par le déploiement d’une activité nouvelle qui peut facilement les illusionner. Ils font de longues courses à cheval ou à pied, soignent leur toilette, cultivent la musique.