DOCTRINE DE GALL , INTERPRÉTÉE PAR M. FLOURENS
développent en raison inverse. Le goût, l’odorat, sont plus développés dans le quadrupède que dans l’homme ; la vue, l’ouïe, le sont plus dans l’oiseau que dans le quadrupède. Le cerveau seul se développe partout en raison de l’intelligence. La perte d’un sens n’entraîne pas la perte de l’intelligence. Elle survit au sens de la vue, à celui de l’ouïe, elle survivrait à tous. Il suffit d’interrompre la communication d’un sens quelconque avec le cerveau pour que ce sens soit perdu. La seule compression du cerveau qui abolit l’intelligence, les abolit tous. Loin donc d’être les organes de l’intelligence, les organes des sens ne sont pas même organes des sens ; ils n’exercent cette fonction d’organès des sens que par l’intelligence, et cette intelligence ne réside que dans le cerveau.
» Le cerveau seul, continueM. Flourens, est donc l’organe de l’âme, et de l’âme dans toute la plénitude de ses fonctions ; il est le siège de toutes les qualités morales comme de toutes les facultés intellectuelles, de la folie comme de la raison, il est le siège de toutes les îperceptions, car aucune perception ne se fait dans les sens... Gall l’a très bien dit, ce n’est pas de la queue du castor que vient l’instinct de bâtir, ni du bec et des pieds de l’oiseau que vient l’instinct de se construire un nid, etc...
)) En résumé, Gall a ramené le moral à V intellectuel , il a ramené les qualités morales au même siège, au même organe que \e& facultés intellectuelles; il a ramené la folié au même siège que la raison, dont elle n’est que le trouble, il a retranché aux sens ce qu’on leur accordait de trop ; il a rendu au cerveau tout ce qu’on lui ôtait à tort ; en un mot, il a restitué au cerveau tout son domaine (1) . »
Comment faut-il entendre maintenant que le cerveau soit l’organe de l’intelligence? Cette question si simple en apparence mérite cependant un examen particulier. Il nous paraît important, dans un ouvrage élémentaire, de ne laisser planer aucun doute sur la démarcation qu’il s’agit d’établir entre les doctrines qui veulent que le cerveau soit l’organe producteur de l’intelligence, et les errements d’un spiritualisme exclusif qui voudrait soustraire les manifestations intellectuelles à l’influence que les maladies cérébrales exercent sur nos facultés. INous introduirons dans ce débat doctrinal l’autorité d’un homme versé dans la matière, et qui établit avec une rare lucidité les termes dans lesquels la. question doit être posée et étudiée. Voici comment s’exprime M. le docteur Foville dans' son Traité de la physiologie et d.e la pathologie du système nerveux cérébro-spinaL
(I) Flourens, ouvr. cil., p. 152 à 154, chap. x, Gall.
« Au lieu de s’en tenir, dit M. le docteur Foville, à ce simple fait, que les manifestations de rintelligence sont liées à l’action du système nerveux, quelques savants ont cru pouvoir aller plus loin. De l’influence qu’exercent sur les facultés intellectuelles les maladies du cerveau, ils ont conclu que le cerveau est l’organe producteur de l’intelligence, et ont ainsi formulé une doctrine purement matérialiste.
» Des philosophes d’une autre école, répugnant à admettre ces conclusions, ont rapproché beaucoup d’exemples de maladies du cerveau dans lesquelles l’intelligence n’avait pas subi de troubles appréciables, et, opposant ces faits aux matérialistes, ils ont cru pouvoir conclure que les maladies du cerveau n’exerçaient pas l’influence qu’on voulait leur attribuer sur les manifestations intellectuelles.
» Si, pour être jugée, cette question ne demandait que la vérilication des raisons sur lesquelles s’appuient les matérialistes et les spiritualistes dont je viens de parler, ce serait un simple problème de clinique et d’anatomie pathologique. La solution dépendrait de la présence ou de l’absence des maladies cérébrales dans le cadavre de ceux qui ont offert des dérangements intellectuels. Cette manière d’argumenter peut paraître vicieuse.
» Les matérialistes qui déduisent des effets produits par les lésions du cerveau sur les manifestations intellectuelles, que le cerveau est l’organe producteur de l’intelligence, raisonnent comme le feraient ceux qui, de ce que les lésions de l’œil troublent ou abolissent le sens de la vue, concluraient que l’œil est l’organe producteur de la lumière et des images. »
» D’un autre côté, les spiritualistes qui nient l’influence des lésions cérébrales sur les manifestations de l’intelligence, commettent une erreur dont les conséquences semblent également dangereuses.
» On conçoit, en effet, que du moment que l’on aurait prouvé la coïncidence des altérations de l’intelligence avec celles du cerveau, et suivant moi, cette coïncidence n’est pas difficile à établir dans le plus grand nombre des cas, la cause de ces spiritualistes serait perdue.
» Mais c’est précisément parce que les désordres intellectuels trouvent leur explication dans les désordres des organes nécessaires aux manifestations de l’intelligence qu’on est fondé à regarder le principe de l’intelligence comme inaltérable par lui-même. Que si l’on refuse d’expliquer ces désordres par ceux des instruments nécessaires à ces manifestations, il faudra de deux choses l’une : ou nier ces altérations, ce. qui est contraire à l’évidence ; ou bien, en les reconnaissant, sans les expliquer par le dérangement des organes, admettre que l’intelligence est directement