‹ Traité des maladies mentalesChapitre 45 sur 306 · DOCTRINE DE GALL , INTERPRÉTÉE PAR M. FLOÜRENS · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE GALL , INTERPRÉTÉE PAR M. FLOÜRENS

comme l’organe des facultés intellectuelles et morales ; qu’à l’exception du cerveau, aucun des systèmes nerveux ne peut être considéré comme le siège des facultés intellectuelles et des qualités morales, et enfin que la folie a son siège immédiat dans le cerveau.

Ces trois propositions fondamentales sont admises sans réserve par les contradicteurs les plus puissants de la phrénologie, a En effet, si l’on en excepte le cerveau, dit M. Flourens, à quel organe s’adressera -t-on pour en faire le siège des facultés intellectuelles et des qualités morales? Sera-ce au cœur? Mais le cœur n’est qu’un muscle, absolument et purement un muscle. Au diaphragme? Mais le diaphragme n’est encore qu’un muscle, un muscle tendineux et pas auüœ chose. Au foie, aux reins? Mais les reins sécrètent l’urine ; et d’ailleurs la destruction, l’ablation de ces deux viscères n’abolit, n’altère en rien, ni les facultés intellectuelles, ni les facultés morales (1) . »

« Gall passe ensuite en revue, continue M. Flourens, toutes les parties du système nerveux autres que le cerveau ; tous les plexus, tous les ganglions du grand sympathique, tous les nerfs de la moelle épinière, la moelle épinière elle-même ; tous les organes des sens et leurs nerfs , tous les organes externes d’un usage particulier, tels que les pieds, les mains, la queue. On essaye, dit-il plaisamment, de déduire l’instinct ou les aptitudes industrielles de la queue du castor, de la trompe de l’éléphant, de l'œil, de l’oreillè et de la main; et il conclut qu’il ne faut chercher la cause des inclinations, des penchants, des instincts, des affections, des passions, en un mot de tout ce qui est faculté intellectuelle , de tout ce qui est qualité morale, que dans le cerveau. C’est le cerveau i dit Gall, qui est exclusivement l’organe de toutes les facultés intellectuelles et de toutes les qualités morales.

(1) M.. Flourens veut parler ici d'expériences faites sur les animaux; car, pour ce qui regarde l’homme, nous ne pourrions dire d’une manière absolue que la destruction ou l’altération des grands viscères de l’économie n’influe en rien sur les facultés intellectuelles et sur les qualités morales. Seulement, dans ces cas, le cerveau souffre par sympathie, per consensus, comme disaient les anciens. C’est ce qui faisait dire à Pinel, que le siège primitif de la manie est dans la région de l’estomac, et, que c’est de ce centre que se propage, comme par mie espèce d’irradiation, le trouble de l'entendement. Esquirol dit aussi ; « Tantôt tes extrémités du système nerveux et les foyers de sensibilité placés dans diverses régions, tantôt l’appareil digestif, tantôt le foie et ses dépendances.... sont d’abord le siège du mal. »

Peut-on déduire de là que ces grands médecins déniaient au cerveau les fonctions qui lui sont propres? Je ne le pense pas, pour ce qui regarde Esquirol surtout. Seulement il est à regretter qu’une plus grande exactitude dans l’exposition de l’idée cliéz ces auteurs n’ait pas enlevé toute cause de doute. Toujours le cerveau est le siège de la maladie, mais il n’est pas toujours le siège de la cause.

» Tout le monde sent, en effet, et d’un sentiment absolu, intime, que le travail de l’esprit a lieu dans la tête ; que les idées d’où naissent les affections, les passions, ont leur siège dans le cerveau ; qu’une trop grande ou trop longue contention d’esprit fatigue, surexcite, épuise cet organe. Chacun sait, et par expérience de chaque jour, qu’une lésion quelconque de ce même organe (une commotion, une inflammation, une blessure), pour peu qu’elle soit grave, rend tout travail intellectuel, toute application de la pensée impossible (1). »

C’est l’anatomie pathologique du cerveau, à laquelle nous réservons un chapitre tout à fait spécial , qui nous donnera la démonstration la plus irrécusable de cette vérité. Nous nous en tenons en ce moment à la preuve philosophique, autrement dit à la preuve proclamée par le sens commun, et à laquelle nous avons vu, dans nos prolégomènes, qu’ont adhéré les grands médecins de l’antiquité et les philosophes de toutes les écoles (2).

« Ce n’est pas proprement, dit Descartes, en tant que l’âme est dans les membres qui servent d’organes aux sens extérieurs, que l’âme sent, mais en tant qu’elle est dans le cerveau où elle exerce cette faculté qu’on appelle le sens commun (3) . . . . L’âme, dit-il encore, ne peut souffrir immédiatement que par le cerveau.... Je remarque enfin, dit-il, que l’esprit ne reçoit pas l’impression de toutes les parties du corps, mais seulement du cerveau.... (â). »

« Voilà sur tout ce grand sujet, dit M. Flourens, la véritable et fondamentale doctrine. Descartes l’avait indiquée, et Gall l’a définitivement établie dans la science. Le sens ne reçoit que V impression, et c’est dans le cerveau seul que se fait \di. perception ; c’est dans le cerveau seul que siège la faculté supérieure, la faculté intellectuelle ; c’est dans le cerveau seul que l’âme réside.

» Prenant chaque sens en particulier, Gall les exclut tous l’un après l’autre de toute participation immédiate aux fonctions de l’intelligence. Loin de se développer en raison directe de l’intelligence, la plupart se

(1) Flourens, De la vie et de l'intelligence. Paris, 1858, p. 153. Pour se faire une idée de l’état de la question et de son importance , il faut, consulter un autre ouvrage de M. Flourens, Examen de la phrénologie (Paris, 1851). J’ai tenu à faire ressortir les services rendus à la science par Gall en citant l’appréciation d’un savant qui a précisément combattu avec le plus de logique les opinions qui font la base du système phrénologique de l’auteur allemand.

(2) Pour ce qui regarde la démonstration de ce fait au moyen des données que fournissent la physiologie du cerveau et les expériences faites sur le système' nerveux, on consultera avec fruit l’important ouvra'ge de M. Flourens.

(3) ÜSuvres de Descartes, t. V, p. 34. — (4) Ibid., p, 34.

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