‹ Traité des maladies mentalesChapitre 54 sur 306 · DÉPRAVATION DES MŒURS.— ÉDUCATION VICIEUSE · texte numérisé non relu

DÉPRAVATION DES MŒURS.— ÉDUCATION VICIEUSE

des idées spéculatives et des innovations dangereuses. La religion n’intervient que comme cérémonial dans les actes les plus solennels de la vie; elle n’apporte plus aux malheureux ses consolations et ses espérances. Lamorale religieuse neguideplus la raison dans le sentier étroit et difficile de la vie. Le froid égoïsme a desséché toutes les sources du sentiment; il n’y a plus d’affections domestiques, ni de respect, ni d’amour, ni d’au-, torité... Chacun vit pour soi ; personne ne forme plus de ces sages combinaisons qui lient à la génération future la génération présente. »

Tout en faisant la part des nombreuses exceptions que comporte une appréciation aussi succincte de l’état général des esprits, on ne saurait nier que les influences désOrganisatrices qui agissent d’une manière progressive et continue sur l’intelligence et les sentiments d’un peuple ne soient de nature à amener les résultats les plus désastreux. D’ailleurs, le plus ou moins d’efficacité de ces causes dépendra du plus ou moins de dépravation existant dans les diverses couches sociales. La dissolution dans les mœurs, si on l’examine au triple point de vue de ses conséquences hygiéniques, intellectuelles et morales, en d’autres termes, en ce qui touche aux intérêts les plus immédiats du corps, de l’esprit et du cœur, me fera émettre dans le cours de cet ouvrage des réflexions que je livre d’avance et sans arrière-pensée au jugement des hommes impartiaux, des vrais amis de l’humanité.

Je ne crains pas que les idées que j’aurai à émettre m’exposent à l’accusation de dénigrer mon époque et de ne pas rendre un hommage assez complet au siècle des lumières ; mais, si j’avais besoin d’une justification, j’en appellerais aux opinions que j’ai exposées dans mon Imité des dégénérescences. Je ne suis mû par aucune idée systématique hostile, et l’on peut voir déjà, par ce qui précède, que je me suis fait le champion le plus décidé de l’influence régénératrice exercée par la civilisation. Toutefois on ne saurait nier qu’au sein de cette civilisation, dont nous avons le droit d’être fiers, la dissolution dans les mœurs ne constitue des causes actives de dégénérescence intellectuelle, physique et morale, et que des fractions plus ou moins considérables d u corps social ne soient exposées à contracter des affections dont le germe fatal se transmet aux générations à venir, et développe chez celles-ci des types d’une dégradation progressive.

Ainsi considérée, l’aliénation mentale prend, on le voit, des proportions énormes. Les recherches qu’elle provoque n’atteignent plus seulement l’étude de ces délires systématiques désignés sous le nom de folie, et que les personnes étrangères à la science reconnaissent à la bizarrerie des idées et à l’excentricité des actes du plus grand nombre des aliénés ; mais elles comprennent encore la connaissance de ces états

ÉTIOLOGIE , ETC , — MOEÜRS . — ÉDUCATION .

névropathiques et dégénératifs qui tantôt sont le fait de transmissions héréditaires de mauvaise nature , et tantôt le . résultat de ces causes générales dont nous apprécions en ce moment l’influence.

Ainsi donc, toutes les situations pathologiques qui de près ou de loin sont le produit de ces causes appartiennent au domaine de nos études sur les maladies nerveuses. L’aliénation ne consiste pas seulement dans l’impossibilité de juger sainement les choses. Ce n’est pas un délire plus ou moins général, plus ou moins chronique qui constitue l’essence de la maladie; mais la faiblesse intellectuelle congénitale, l’extrême difficulté pour l’individu de diriger ses actes vers un but utile et moral, ses mauvaises tendances instinctives, ont une signification plus importante; elles indiquent que dans ce cas l’affection mentale se rattache à des. prédispositions héréditaires. Sans doute on constate souvent chez les parents l’existence de maladies nerveuses transmissibles ; mais, dans d’autres et très nombreuses circonstances, on signale la débauche ou telle autre passion de mauvaise nature, l’intempérance surtout et l’ivrognerie. On est conséquemment en droit d’affirmer que la dépravation des mœurs chez les ascendants est, entre autres causes, celle qui prédispose le plus activement aux maladies mentales, et qui engendre le plus ordinairement ces états congénitaux qu’on désigne vulgairement sous les noms d’imbécillité et d’idiotie. Toutefois l’examen approfondi de la question se rattachant plus particulièrement à l’étude des influences héréditaires, nous en parlerons dans le chapitre des prédispositions individuelles.

Éducation. — La cause que l’on désigne sous le nom. à' é ducation aussi l’une des plus complexes qui existent, selon qu’on l’examiné au point de vue individuel, ou au point de vue de l’action générale exercée par le manque d’instruction, ou par la tendance vicieuse imprimée à l’éducation intellectuelle et morale d’un peuple. Il est inutile, je pense, d’insister sur les fatales conséquences du défaut d’instruction. Néanmoins quelques auteurs, et M. Gueury entre autres, s’appuyant sur des faits statistiques, ont conclu, contrairement à l’opinion générale, que les crimes sont d’autant plus fréquents dans chaque département que l’instruction y ^est. plus répandue. D’un autre côté, M. le docteur Lisle, se fondant également sur des recherches, statistiques extrêmement consciencieuses, se croit en droit de poser comme une loi générale, que depuis longtemps la fréquence des suicides est en raison directe de Vétat de L’instruction; cependant l’auteur se hâte d’ajouter que ces chiffres condamnent beaucoup moins l’instruction en elle-même que la direction vicieuse qui lui a été donnée depuis le commencement du siècle. Je cite les propres paroles de l’auteur :

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