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ÉTIOLOGIE, ETC.— INFLUENCE DE LA LUNE ET DES PLANÈTES

On a énormément écrit sur les influences planétaires, sur celle de la lune surtout, mais nous demandons d’être dispensé d’entrer à ce propos dans des considérations particulières. Nous y verrions figurer les plus grands noms de la science sans qu’il nous soit possible, au milieu de tant d’opinions contradictoires, de nous arrêter avec certitude à un ensemble de faits parfaitement démontrés. Je ne nie pas les coïncidences établies par quelques auteurs entre l’explosion de certaines maladies nerveuses et les phases lunaires ; mais jusqu’à ce que l’observation ultérieure nous ait appris le rôle que Joue la périodicité dans le retour de ces maladies, bien loin de voir 'des rapports essentiels entre telle affection et telle influence planétaire, nous n’y verrons qu’une simple coïncidence (1).

« L’influence de la lune et des planètes sur le développement des maladies a été pour les médecins, dit M. le professeur Chomel, un fréquent sujet de discussion. Si ces astres n’ont aucune influence sur la température et l’humidité de l’air , ajoute cet auteur , il est très vraisemblable qu’ils n’en exercent aucune sur l’économie animale. Mais si, comme l’ont prétendu quelques physiciens, les tempêtes, la direction des vents étaient soumises aux phases lunaires, il serait possible que cet astre eût aussi une influence directe sur l’économie ; il serait démontré qu’il pourrait agir directement sur elle (2). »

Encore une fois, nous ne voulons pas nier d’une manière absolue les influences des agents météorologiques sur la santé physique et morale de l’homme, mais il nous serait difficile, dans l’état actuel de la science, de formuler d’une manière exacte les relations qu’il peut y avoir entre certaines névroses et les vents régnants, par exemple, et le plus ou moins d’électricité répandue dans l’atmosphère; et cependant ces influences existent. On sait que, sous l’empire du vent du midi qui passe sur les sables brûlants du désert, il résulte un anéantissement de toutes les facultés intellectuelles qui va parfois jusqu’à provoquer le suicide, et la statistique prouve que ce dernier phénomène est plus commun dans telle saison que dans telle autre. Le même fait se reproduit non-seulement

n’est pas changé, et cependant les morts volontaires y ont progressivement doublé depuis quarante ans... Je ne veux pas nier qu’un ciel nébuleux et sombre ne dispose aux idées tristes et mélancoliques, et ne puisse entrer pour quelque chose dans la production du suicide ; mais je pense, avec Esquirol, que l’autorité de Montesquieu en a imposé, et qu’on a répété son assertion sans y regarder assez.

(1) On peut, à ce sujet, consulter l’ouvrage de M. le docteur Foissac : De la météorologie dans ses rapports avec la science de l’homme, et principalement avec la médecine et l’hygiène publique. Paris, 1854. Voyez le chapitre xiv (t. Il), De l’influence des phases lunaires sur l’homme physique et l’homme moral.

(2) Chomel, Éléments de pathologie généralë , p. 56.

LA CALENTÜRE (encéphalite DES NAVIGATEURS). 95

pour l’aliénation en général, mais pour beaucoup d’autres névroses et d’affections chroniques de l’organisme (1).

Cette influence est tellement incontestable, que dans des circonstances déterminées, elle n’agit plus seulement comme cause prédisposante générale, mais comme cause efficace dans la production de délires instantanés et souvent terribles dans leurs conséquences. Ceci ne peut être ignoré des médecins dont les études sur les perturbations du système nerveux ne doivent exclure la connaissance d’aucune des manifestations anormales dues à Faction du monde physique.

On sait que sous l’influence de la chaleur des tropiques, les marins sont soumis à une affection singulière appelée la calenture, et qui consisté dans le désir immodéré et même irrésistible de se jeter à la mer.

« Toutefois cet entraînement impérieux ne peut être donné, dit M. le docteur Falret , comme l’expression d’un penchant au suicide , mais comme le résultat des illusions et des hallucinations qu’éprouvent les malades. En effet, la mer leur apparaît comme une plaine semée de gazon et émailléè de fleurs; ils sont avides d’aller déployer leurs mouvements dans des campagnes fertiles, fraîches et arrosées, auxquelles leur imagination prête encore l’ombrage et les parfums des bosquets les plus délicieux.... Encore une fois, ajoute ce savant médecin, nous ne voyons dans ces phénomènes aucun indice de la volonté de se délivrer d’une existence importune, quoique, au rapport des observateurs, ces malades aient tous besoin de la surveillance la plus active. Ils sont infatigables à chercher l’occasion de s’élancer du bâtiment, comme il est très commun, du reste, de voir les frénétiques vouloir s’échapper de leur lit et se précipiter par les Croisées. La résistance qu’On oppose aux uns et aux autres contribue à provoquer des vociférations, des menaces, des actes violents et quelquefois un délire furieux.... La calenture n’est autre chose c^eY arachnite ou V encéphalite des navigateurs, quoiqu’on ait signalé quelques cas exceptionnels de'calenture sans fièvre (2). »

Les Américains et lês Anglais désignent encore sous la dénomination the horrors^ un phénomène nerveux dû probablement à la même cause-, bien que le fait ait lieu dans la saison d’hiver, mais il s’agit de remarquer

{4) Quant à ce qui regarde l’état physiologique et moral des malades renfermés dans les asiles , nous savons par expérience que tout changement de temps amène généralement une recrudescence dans leur agitation. La lune peut aussi agir par la modification apportée à la lumière. On sait qu’une lumière trop éclatante est peu favorable à là sédation des phénomènes nerveux , car, encore une fois, la nullité des effets chimiques ou calorifiques de la lune a été parfaitement démontrée.

(2) Falret, Du délire. Paris, 1839, p. 21,

96 ÉTIOLOGIE, ETC.— ACCIDENTS NERVEUX CHEZ LES NAVIGATEURS, qu’il a lieu après la transition subite d’une température extrême à une autre. Des éléments de diverse nature viennent encore compliquer la situation, ainsi qu’on peut le voir dans la relation d’un voyage autour du monde accompli de \8Uli à 18ii7, par M. le comte Charles de Gortz. Voici comment M. Dietrich expose le fait dans les Annales allemandes de la médecine mentale:

« Le the horrors, dit-il, se manifeste généralement dans la saison d’hiver, lorsque après une longue et pénible traversée, les marins, ayant mis pied à terre, se placent sans précautions autour d’un poêle ardent et se livrent, suivant l’usage, aux excès de tous genres. C’est en rentrant à bord que se déclarent les symptômes du terrible mal. Ceux qui en sont frappés, sont poussés par une puissance irrésistible à se précipiter dans la mer, soit que le vertige les saisisse au milieu de leurs travaux, au sommet des mâts, soit qu’il survienne durant le sommeil, dont les malades sortent violemment en poussant un hurlement affreux.

» Le capitaine d’un vaisseau, avisant un jeune matelot debout sur le pont, la physionomie renversée, lui demande ce qu’il a? « Je n’en sais rien,» dit-il. Et à l’instant il s’élance dans l’abîme et disparaît. Suivant le narrateur, témoin oculaire de ces faits, les infortunés qui résistent à cet entraînement fatal se rétablissent lentement. Deux matelots, miraculeusement sauvés par son intervention opportune, avouèrent ne posséder, au moment de leur funeste détermination, aucune conscience de leur état. »

On reconnaît dans ces détails une affection compliquée d’un certain degré d’intoxication par l’alcool, mais on ne saurait contester qu’en dehors de ce dernier agent, il ne se développe, sous l’influence des grandes chaleurs et de certains vents, des manifestations étranges dans les fonctions du système nerveux. Ce qui n’est pas moins certain, c’est que si tous les individus soumis à Faction des mêmes causes éprouvent généralement des phénomènes semblables, ils sont cependant plus ou moins aptes à délirer selon leurs dispositions morales préexistantes, la force du caractère, et surtout selon le degré de l’impressionnabilité du système nerveux. On connaît les modifications spéciales que l’âge, le sexe, le tempérament, la nature des événements religieux, politiques ou sociaux, apportent au développement plus ou moins intense des phénomènes anormaux de la sensibilité. Néanmoins il est on ne peut plus important, pour bien apprécier l’action des causes prédisposantes générales, de faire Impart des causes temporaires et des causes permanentes.

On conçoit , en effet , que ce que nous avons dit pour les causes de l’ordre moral puisse, jusqu’à un certain point, s’appliquer aux causes de l’ordre physique. Ce n’est pas seulement le fonctionnement normal des

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