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DES CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES

§ — Considérations préliminaires.

Les causes prédisposantes individuelles, dit M. Chomel , sont bien plus nombreuses que les causes prédisposantes générales, parce qu’il est une multitude de circonstances qui peuvent agir sur les individus isolés, et qui ne peuvent pas être communes à un grand nombre; tandis que parmi les causes prédisposantes générales dont nous avons parlé, il en est qui peuvent devenir causes individuelles : tels sont l’âge, le sexe, la profession, etc. Nous n’aurons à revenir sur ces dernières causes que s’il est nécessaire de compléter certains faits utiles à l’étude des maladies mentales considérées dans l’action individuelle exercée par ces causes.

Il n’est aucune des divisions ordinaires des causes, tant en pathologie générale qu’en pathologie spéciale, qui ne soit pareillement applicable à l’aliénation mentale-. Nous reconnaissons des causes prédisposantes individuelles qui créent de véritables aptitudes aux maladies mentales : tels sont Yhérédité, Véducation et le tempérament propre à chaque individu.

412 ÉTIOLOGIE. — CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVlDUtLLES.

C’est ce que les auteurs allemands désignent sous le nom de constitution psychique et somatique, et ce qui est encore compris d’une manière générale sous la dénomination à' idiosijncrasie .

Nous admettons la grande division des causes morales et des causes physiques. Les impressions vives, telles que la crainte et la frayeur, la colère, la haine, la jalousie, l’exagération du sentiment religieux, l’amour trompé ou contrarié, toutes les passions enfin , ont été classées parmi les causes morales. A ces causes s’en rattachent aussi d’autres, inhérentes à la famille : la misère, les chagrins, les revers de fortune et tous les sentiments d’une nature triste et déprimante. Quelques auteurs y ajoutent aussi les passions agréables et l’exagération dans les travaux intellectuels.

Sous la désignation de causes physiques, nous comprenons les maladies qui peuvent atteindre l’organisme et dont nous croyons devoir faire deux catégories distinctes. Danslapremière, Usera question de certaines causes cpui, en s’attaquant à des appareils fonctionnels de l’économie, déterminent déjà par elles-mêmes des maladies préexistantes à l’aliénation mentale, et qui servent de base à cette dernière affection : telles sont l’hystérie, l’hypochondrie, l’épilepsie. Ces névroses jouissent du singulier et fatal privilège d’être facilement transformables ; l’aliénation qu’elles provoquent dans des circonstances déterminées se produit sous une forme qu’il n’est plus possible de confondre avec une autre, et la généralisation de ce fait important sera le point de départ de la classification ultérieure que j’aurai à proposer. Dans la deuxième catégorie des causes physiques, je range toutes les lésions et tous les désordi’es de l’organisme à la Suite desquels il peut survenir un trouble durable dans l’exercice des facultés intellectuelles. Je ne connais, dans le cadre nosologique, aucune maladie qui n’ait donné lieu à la manifestation de ce délire permanent qui est pour moi Yexpression symptomatique des conditions pathologiques anormales, fatales, temporaires ou durables, qui s'établissent entre l'organisme malade et l'intelligence , et qui déterminent irrésistiblement le délire des idées et des actes. Cette définition de la folie, que j’ai donnée dès le début de mon œuvre , dominera l’étude de tous ces états anormaux de l’intelligence dont l’interprétation ne saurait être comprise en dehors de la lésion préexistante ou concomitante du système nerveux. Dans cette même partie étiologique, j’aurai à parler de causes physiologiques, de cames spécifiques et de causes mixtes. Quelques mots suffiront pour mettre le lecteur au courant de la valeur que j’attache à ces termes.

La menstruation est une fonction physiologique ; la grossesse, l’accouchement, la lactation, sont pareillement des situations qui doivent être considérées au même point de vue; ce ne sont point là des maladies. J’en

COXSiDÉ UÀTlüNS PRÉLIM IN A IlVES .

dil’ai autant de la puberté, quoique ce soit souvent un état de pénible transition pour le. jeune âge, et qu’il coïncide parfois avec des perturbations de l’intelligence. Cependant, quoique la menstruation, la grossesse, l’accouchement, l’évolution pénible de la puberté, puissent déterminer la folie dans certaines circonstances. J’ai cru devoir faire une distinction entre ces causes physiologiques et les causes maladives proprement dites.

Les causes détei’minantes spécifiques ou essentielles ont pour caractère particulier de produire des maladies qu’elles seules peuvent engendrer, telles sont les diverses intoxications. Je n’admets pas avec Chomel que ces causes soient inaccessibles aux explications de la physique et de la chimie (1); en effet, les intoxications par V alcool, Vopiurn, le plomb, le mercure, le miasme paludéen, déterminent dans l’organisme des lésions dont il est possible de suivi’e les progrès. La physique, la chimie, interviennent aussi bien que la physiologie et l’anatomie pathologique dans l’explication des faits. Nous constatons ces faits à leur origine, ils se révèlent par des symptômes qui leur sont propres, et ils produisent invariablement dans la sphère des fonctions physiologiques et intellectuelles, des lésions et des troubles qui soïxV identiquement les mêmes chez tous les individus exposés à l’action de ces causes. C’est ce qui nous a décidé à leur donner le nom àe causes spécifiques. D’un autre côté, la description des maladies nerveuses amenées par les agents intoxîcants confirmera le fait capital qui domine notre classification, à savoir : que la nature du déliré est toujours en rapport avec la nature de la cause et la gravité de la lésion (2) .

Enfin, la dénomination de causes mixtes est plutôt l’expression d’une complexité dans le Jeu des influences, qu’elle n’est celle d’un élément étiologique toujours le même et toujours facile à définir dans le mode de son action. Quand nous parlons de causes mixtes en aliénation, nous voulons dire que la maladie finale est le plus ordinairement produite par un ensemble de causes dont les unes sont prédisposantes et les autres déterminantes. En effet, en dehors des causes dites spécifiques, on dirait que pour amener un résultat ultime, il faut toujours un . ensemble de causes de l’ordre moral et de l’ordre physique. C’est ainsi que le fait de la grossesse, de la parturition, ne serait pas toujours par lui-même une

. (1) Chomel, Pathologie générale, 4« édition, p. 35.

(2) L’hérédité , dans quelques circonstances , peut être aussi considérée comme une cause spécifique. En effet, la transmission progressive de certains éléments morbifiques amène invariablement un état de dégénérescence qui se traduit par l’imbécillité et l’idiotie dans quelques cas, et par la manifestation de troubles spéciaux de l’intelligence et des sentiments dans quelques autres. Au reste, la preuve en sera donnée dans le chapitre des Maladies mentales en rapport avec le principe héréditaire {Folies héréditaires).

i'Ui ÉTIOLOGIE. - HÉRÉDITÉ.— MANIÈRE DE e’eNVISAGER.

cause de l’aliénation , si ces conditions physiologiques ne rendaient pas la femme plus accessible aux influences de l’ordre moral. Je pourrais en dire autant de toutes les autres causes, et c’est ce qui m’a fait avancer, dans mes Études cliniques , qu’à la rigueur il n’y a pas de causes exclusivement physiques, de causes exclusivement morales. Les conditions de la dualité humaine se relient en effet d’une façon si intime que, selon l’expression d’un physiologiste allemand, la rnatihe et Vesprit, une fois réunis pour constituer le corps et Vâme, ne doivent plus être compris qw comme une unité.

Ces réflexions préliminaires m’ont paru indispensables comme initiation à l’étude des causes considérées au point de vue de la classification, du diagnostic, du pronostic, ainsi que du traitement des différentes maladies mentales. Je vais maintenant étudier à part l’action de chaque cause ou de chaque ordre de causes, dans la production de la folie,

§ II. — Hérédité.

Les études de plus en plus approfondies sur l’hérédité dans les maladies assignent naturellement à cette cause une place des plus importantes dans l’étiologie des affections mentales. Les évaluations statistiques sur la fréquence de l’hérédité sont excessivement variables, et dépendent autant des éléments d’observation que les auteurs avaient à leur disposition que de la manière d’interpréter le fait hérédité.

Burrows admet l’hérédité dans les six septièmes des cas ; c’est là le chiffre le plus élevé qu’aucune statistique ait atteint. Esquirol, sur 265 malades, a compté 140 fois l’hérédité. M. Guislain l’évalue au quart des autres. Sur 200 aliénés atteints de manie (forme aiguë), M. Jacobi estime que l’hérédité s’est montrée dans la proportion de 1 sur 5. J’ai moiméme établi que l’hérédité intervenait dans le cinquième des cas soumis à mon observation ; mais toutes ces différences dans l’évaluation des chiffres ne sont pas de nature à enlever à l’hérédité sa valeur étiologique. Il s’agit d’examiner la question au point de vue de la saine observation, et de faire la part des circonstances au milieu desquelles ont vécu les auteurs. C’est ce que je vais résumer dans les propositions qui suivent ;

1“ L’hérédité se rencontrera plus souvent dans les milieux où les mariages se font entre individus trop rapprochés par le lien de la consanguinité ; c’est ce que démontrent une foule de faits irrécusables. L’aliénation s’est montrée plus fréquemment dans les grandes familles de certaines contrées, et a amené dans beaucoup de circonstances l’abâtardissement progressif des individus, et même l’extinction de la race.

DE LA FRÉQUENCE DE l’hÉRÉDITÉ.— ODlNtONS DES AUTEURS. 115 « C’est pour la même raison, dit ledocteur Griesinger(l), que l’aliénation a été plus fréquemment remarquée chez les Israélites de quelques contrées, et que dans l’établissement d’York exclusivement destiné aux quakers, on a calculé que cette cause figurait pour le tiers des admissions. »

Dans les asiles où l’on ne reçoit que des affections aiguës, je m’explique facilement que l’hérédité n’atteigne pas un chiffre aussi élevé. La filiation des individus aliénés avec leurs ascendants s’établit dans ce cas par le caractère plus ou moins excentrique ou irritable des individus, leur moralité, leur manière de vivre, par certaines maladies autres que l’aliénation bien plus encore que par la folie proprement dite. 11 n’en est pas de même dans les asiles où l’on reçoit les épileptiques, les idiots, les imbéciles, les incurables de toutes les catégories. L’hérédité apparaît alors dans dés proportions plus considérables, et cette circonstance suffirait déjà à elle seule pour expliquer les différences qui existent entre les statistiques des médecins.

2° Ce qu’il importe de remarquer, dit M. le docteur Guislain, c’est que la transmission n’est pas toujours directe; c’est que le père d’un aliéné peut ne pas avoir été atteint, tandis que le grand-père, une tante, un oncle, un cousin, peuvent avoir offert les symptômes de cette affection. A ce point de vue d’évaluation que l’on ne doit pas négliger, il est évident que telle statistique qui ne comprendra que les ascendants dirécts, fournira moins de cas d’hérédité que telle autre statistique où l’on tient compte des éléments collatéraux.

3° Des auteurs modernes, MM. Griesinger, Moreau (de Tours), Guislain et différents aliénistes, ont insisté sur l’importance qu’il y avait à faire entrer dans la statistique des affections héréditaires, non-seulement les aliénations des parents, mais les maladies nerveuses dont ils étafent atteints. Combien de fois, en effet, n’avons-nous pas vu l’épilepsie, l’hystérie ou riiypOchondrie des ascendants, produire les formes les plus variées des égarements de la raison chez les descendants? On observe ordinairement alors dans la famille, comme chez l’individu, un enchaînement de phénomènes pathologiques qui se commandent et s’engendrent d’une manière successive. C’est un ascendant qui n’avait qu’un caractère excentrique et désordonné; son fils s’est fait remarquer par des tendances hypochondriaques très prononcées, et ce n’est que chez l’arrière-petit-fils que s’est développée la mélancolie avec suicide.

Si nous poursuivons plus loin cet enchaînement de transmissions héréditaires de mauvaise nature, nous voyons l’imbécillité ou l’idiotie

(1) Ouvr. cil., p. 113, § Hérédité.

116 ÉTIOLOGIE.— UÉRÉDITÉ.— MaNIÉUE DE l’eNVISâGEU.

inaugurer l’existence des enfants, à moins que la stérilité des parents, ce qui est déjà un phénomène significatif dans ce cas, ne vienne mettre un terme à Cette succession d’autant plus désastreuse que malheureusement encore elle se transmet souvent par voie collatérale. J’ai donné mes soins à trois frères également remarquables par les formes variées de leur affection mentale. L’un était un maniaque aux accès périodiques et désordonnés, le second un mélancolique réduit par sa stupeur à un état purement automatique, et le troisième se signalait par une irascibilité extrême et par des tendances au suicide. Un quatrième frère se faisait remarquer par de grandes dispositions artistiques, mais il était d’une nature craintive et soupçonneuse. Le grand-père de ces enfants était aliéné. Leur père n’avait jamais pu se fixer à rien d’utile; et un oncle, médecin célèbre, était fort connu, par ses bizarreries et ses excentricités.

Il est incontestable que bien des circonstances sont de nature à briser cet enchaînement pour ainsi dire fatal de faits pathologiques. Les alliances régénératrices, et une direction spéciale, hygiénique, intellectuelle et morale donnée aux descendants, peuvent arrêter ces derniers sur la pente d’une dégradation successive. Cependant l’observateur rigoureux se tiendra en garde contre la marche insidieuse des transmissions héréditaires qui tantôt sautent une génération (1 ), et tantôt se révèlent chez les descendants par des névropathies douloureuses ou bizarres, parfois aussi par des excentricités de caractère et des tendances immorales, par une propension souvent insurmontable au suicide, ou bien encore par la faiblesse de l’intelligence. J’aurai à citer des exemples de tous ces phénomènes dans la pathologie spéciale où je devrai m’occuper d’une manière plus particulière des transformations morbides de l’hérédité. Ce n’est pas à dire cependant que des maladies nerveuses de même nature ne puissent se transmettre avec tons leurs caractères des ascendants aux descendants, cela se voit surtout pour le suicide, mais ce n’est pas généralement la règle. On risquerait de se faire une fausse idée de l’hérédité, si on ne l’envisageait au point de vue de ces transformations qui ouvrent un champ si vaste au pronostic et au traitement des maladies nerveuses (2).

(1) M. Moreau (de Tours) fait observer avec raison que cette loi d’interruption ne s’applique pas aux enfants imbéciles ou idiots. Mais j’ai remarqué encore un autre fait qui mérite d’être signalé : il peut arriver que la folie reste à l’état d’incubation chez les parents, et que les enfants soient d’abord frappés de la maladie. Tous les médecins d’asiles ont pu vérifier ce fait. Il leur est arrivé de recevoir d’abord les enfants comme aliénés, puis les parents ont été placés ultérieurement.

(2) On cite, il est vrai, certains faits exceptionnels qui, bien loin de contredire la loi des transformations successives, ne font que la confirmer. On a vu des intelligences d’élite.

FRÉQUENCE DE L’hÉUÉDITÉ. ~ OPINIONS DES AUTEURS. H 7

Est-ce par la mère, est-ce par le père que la transmission héréditaire se fait avec plus de fréquence? Cette question ne laisse pas d’avoir une assez grande importance dans les conseils que le médecin peut avoir à donner au sujet des mariages à contracter. Esquirol était d’avis que la mère transmet plus souvent l’hérédité que le père, et M. le docteur Baillarger, sur une statistique de ü53 cas d’hérédité, a calculé que l’influence maternelle prédominait dans le tiers des cas. Le même observateur aurait remarqué que dans le cas d’hérédité maternelle, les filles seraient plus exposées encore à contracter la maladie.

Au reste, la simple induction philosophique peut venir en aide à cette donnée statistique. « Les maladies de la mère, dit Chomel, se transmettent peut-être plus communément encore que celles du père, non-seulement parce qu’il ne peut y avoir d’incertitude sur la maternité, mais encore parce que la femme qui a une part égale à celle de l’homme dans l’acte de la conception, fournit au développement du fœtus pendant toute la durée de la vie intra-utérine, et le nourrit encore de sa propre substance pendant toute la durée de l’allaitement. 11 est donc naturel de croire que la mère a une plus grande part que le père dans la constitution des enfants et dans leurs prédispositions morbifiques. Ajoutons enfin à l’appui de cette opinion, que dans le croisement des races d’animaux, l’influence inégale des deux sexes se montre manifestement ; le mulet issu de la jument et del’àne est incomparablement plus grand et plus fort que celui qui provient d’un croisement inverse (-1). »

Nous terminerons ces considérations générales sur l’hérédité par une autre demande. Quel rapport héréditaire y a-t-il à établir entre la folie et d’autres maladies qui ne seraient pas des affections nerveuses proprement dites, telles que la phthisie, le cancer? Les auteurs qui sont pour l’affirmative n’ont pas fait attention qu’à ce point de vue, il n’y aurait plus un seul cas d’aliénation quine se rattacherait par le côté héréditaire à des affections antérieures des ascendants. Quelle est la famille qui, sous ce rap-

de véritables génies dans des familles qui comptaient des aliénés. Cela est parfaitement juste; mais si l’on réfléchit que les frères ou sœurs de ces hommes hors ligne étaient des individus fort médiocres, que plus d’une fois même ils ont été atteints d’aliénation, on n’en sera que plus porté à réfléchir sur les points si multiples et si intéressants de la question de l’hérédité . On connaît l’existence si souvent douloureuse des hommes de génie', et les historiens appuient volontiers sur les excentricités de caractère chez leur héros, et sur d’autres conditions intellectuelles, physiques et morales, qui n’offrent rien de mystérieux aux médecins familiarisés avec la question des transmissions héréditaires.

(1) Chomel, Pathologie générale, p. 59. Il est indispensable, si l’on veut avoir une notion complète de l’hérédité, de consulter le savant ouvrage de M. Lucas sur cette matière : Traité pathologique et physiologique de l’hérédité naturelle. Paris, 1847.

ÉTIOLOGIE.— HÉRÉDITÉ.— ÉDUCATION.

port, pourrait se dire exempte de toute filiation héréditaire? Je sais que l’exemple de ce qui se passe dans la génération de la phthisie est assez spécieux. Les statistiques de MM. Briquet, Louis et autres savants médecins, ont constaté que tous les enfants phthisiques ne naissent pas toujours de parents atteints de la même maladie. Mais sans compter que la phthisie peut être une affection spontanée, encore peut-on admettre que cette maladie doive le caractère de son hérédité à d’autres lésions de l’organisme constatées chez les parents.

Quoi qu’il en soit , nous nous en tiendrons^ pour ce qui regarde l’aliénation , aux rapports qui existent entre cette maladie et d’autres affections du système nerveux, et le champ de l’observation sera encore assez vaste (1). M. le docteur Cerise , défendant au sein de la Société médicopsychologique la manière dont j’avais compris la question de l’hérédité, a émis à ce sujet des réflexions que Je suis heureux de reproduire : « Une perversion organique, dit ce savant médecin, ne peut engendrer indifféremment toutes sortes de maladies. Nous avons une méthode en histoire naturelle; on n’y comprend pas la transmission d’un genre à un autre. On voudrait , en pathologie , nous faire admettre que la phthisie exerce une influence héréditaire sur le développement de la folie. Je comprends qu’on dise que les affections nerveuses constituant une famille se trans-^ forment et se transmettent transformées. Je comprends qu’une mère hystérique puisse avoir des enfants atteints d’aliénation mentale; les affections nerveuses peuvent se transformer et passer de l’une à l’autre. Mais de ce qu’on a constaté la phthisie, la scrofule ou le rhumatisme chez les ascendants de certains aliénés, il ne faut pas se hâter de conclure à une transmission héréditaire (2). »

§ III, — Éducation.

L’éducation des enfants, dit Pinel, peut être dirigée tellement à contresens , et ses effets se combiner si bien avec une faiblesse originaire de l’entendement, qu’il y ait du doute sur ce que l’on doit attribuer à l’une de ces causes plutôt qu’à l’autre. '

(1) On conçoit encore qu’en dehors de la théorie des transformations, la folie puisse éclater chez un individu dont les ascendants sont morts d’hémorrhagie cérébrale, par exemple. Je connais plusieurs aliénés dans les familles desquels les congestions cérébrales et les apoplexies ont été fréquentes. Mais, dans ces cas, rien ne répugne à admettre que chez les ascendants il se crée des tempéraments éminemment aptes à contracter l’aliénation. On remarque généralement chez ces malades une grande irascibilité.

(2) Société médico-psychologique, séance du 29 juin 1857.

VICES d’éducation. — INFLUENCE SUR LE SYSTÈME NERVEUX.

(( Il serait difficile, ajoute cet auteur, de citer un exemple de ce genre plus frappant que celui de deux frères mineurs dont l’examen juridique m’avait été confié. Orphelins dès l’âge le plus tendre, ils avaient été élevés, par un contraste singulier, d’un côté dans la mollesse la plus efféminée par leur gouvernante, et de l’autre avec une rudesse extrême par un instituteur dur, emporté et morose. Soit vice d’une instruction pareille , soit disposition primitive , l’entendement de ces enfants resta sans se développer, et leur corps affaibli fut sujet à des maux variés qui ne laissèrent plus de doute , à l’époque de la puberté , sur le vrai caractère d’une sorte de démence. Ils étaient l’un et l’autre de la stature ordinaire d’un jeune homme de vingt à vingt-deux ans lors de l’examen que j’en ai fait; mais leur entendement faible et détérioré semblait les rapprocher de l’instinct d’un enfant de trois à quatre ans ; mêines gestes , mêmes propos, mêmes goûts pour les jeux de l’enfance. Le langage de l’un et de l’autre, plein de volubilité, ne laissait entendre que les premières syllabes des mots et devenait souvent inintelligible. Ils avaient coutume , comme par une sorte d’habitude automatique, de finir leur journée par une scène attendrissante. Recueillis au coin de leur chambre, ils rappelaient avec une vive effusion de cœur, et au milieu des soupirs et des sanglots, les tristes pertes qu’ils avaient faites de leurs paiœnts dans un âge tendre; parlaient avec reconnaissance des soins que leur gouvernante leur avait prodigués , mais ne prononçaient qu’avec un sentiment d’horreur et avec des imprécations le nom odieux de leur instituteur (1).»

Les influences funestes exercées par une mauvaise éducation peuvent être envisagées de différentes manièi’es. Les traitements barbares , ou tout au moins la sévérité outrée, l’éveil trop précoce, chez les enfants, d’idées intellectuelles qu’ils ne sont pas en état de comprendre, de sentiments qui ne sont pas en rapport avec leur âge , le manque absolu d’éducation dans un cas, la direction vicieuse dans un autre, sont autant de circonstances qui agissent d’une manière funeste sur le cerveau des enfants et déterminent une démence précoce. Personne ne lira ces lignes sans qu’il lui vienne en mémoire des exemples pris dans le cercle de ses propres observations. ,

M. le docteur Guislain, se demandant pourquoi on rencontre parmi les enfants des villes de si petites figures et de si gros crânes , pourquoi ces créatures vous étonnent par leurs répliques , par leur prodigieuse mémoire, par leurs causeries , répond que ce phénomène s’opère sous

{i) Vmel, Traité médico-philosophique, n .

ÉTIOLOGIE.— ÉDUCATION.

l’influence d’agacements continuels qui ont appelé la vie de tout le corps au pôle cérébral. « Ainsi, ajoute cet auteur, s’explique en grande partie la différence de caractère et d’organisation de l’enfant de la campagne et de celui de la ville.

« Les enfants des campagnes sojit continuellement au grand air ; ils développent leurs muscles en s’agitant et en courant; plus âgés, ils ne vont pas chercher des impressions dans les spectacles et les réunions musicales.

» Ils ne reçoivent une instruction littéraire et artistique sérieuse qu’à cette époque de la vie où le corps a pris un certain développement : on aurait tort de croire qu’une éducation surexcitante profite en réalité à l’enfant ; la précocité , sous ce rapport , provoque sa ruine en l’épuisant. On a remarqué qu’en général c’est moins la ville que la campagne qui fournit les génies les plus solides (1). »

L’auteur que je cite entre ensuite dans d’intéressants détails sur la nécessité qu’il y a, pour les parents et les maîtres de la jeunesse, de limiter chez les enfants l’empire de la volonté, et de ne pas permettre qu’elle s’égare; une sage répression doit peser sur ses impulsions, et le savant médecin de Gand voit une source féconde de maladies mentales dans cette tendance de la jeunesse à secouer de bonne heure tout élément disciplinaire, et à se soustraire aux conséquences salutaires de la douleur, des privations et de la contrainte morale. Sous ce rapport , les idées de 'M. le docteur Guislain sont trop importantes pour que je ne les livre pas dans toute leur originalité aux méditations des parents et des maîtres de la jeunesse :

« A sa première évolution, l’homme a besoin de s’habituer aux contretemps, aux adversités, à une contrainte sagement combinée.

» Je veux qu’il n’obtienne pas toujours ce que ses goûts, ses caprices d’enfant lui font désirer. Une impressionnabilité morale trop vive, une volonté toujours proraptaà se manifester, peuvent devenir une cause puissante de maladies mentales.

» C’est surtout parmi les sujets incapables de supporter le chagrin que vous rencontrerez le plus d’aliénés; c’est surtout parmi les caractères prompts à éprouver des émotions, à s’effrayer, que vous trouverez la prédisposition à ces maladies.

» Il faut que l’enfant apprenne à souffrir les contrariétés , à se résigner dans les revers.

» De bonne heure il doit se faire aux intempéries des sentiments, des passions , comme il doit se faire aux intempéries de l’air .

(1) Guislain, Leçons sur les phrénopalfiies, t, II, p. 33.

VICES ü’ÉDUCATtON. — INt’LLIEXCE SUR LE SYSTÈME NERVEUX, 121

» La faiblesse de caractère dans la lutte contre les obstacles prédispose aux maladies mentales. »

L’importance de ces principes en fait d’éducation ne saurait être contestée. Dans nos asiles, nous sommes plus à même que personne d’observer les funestes effets d’une éducation dont le principal but, il faut bien le reconnaître , est de suractiver les aptitudes intellectuelles aux dépens de l’hygiène physique et morale qui doit faire la base de toute bonne éducation. Je saisirai même cette occasion pour signaler un vice propre à notre époque. Il existe une tendance, malheureusement trop commune dans notre société , qui consiste à développer les individus en leur donnant une éducation qui tantôt provoque des besoins qu’il est impossible de satisfaire, et tantôt ne ménage pas assez la transition d’une forme d’existence à une autre. Je m’explique par un des exemples que j’ai sous les yeux.

Dans une famille de riches agriculteurs, où l’on ne comptait aucun fait d’hérédité maladive, l’unique préoccupation des parents fut de rêver pour leurs enfants une position sociale supérieure, dans leur idée, à celle qu’ils avaient eux-mêmes. Le bon sens naturel de ces paysans ne tarda pas à s’égarer au milieu de ces projets ambitieux. Ils avaient deux enfants, un garçon et une tille , fortement constitués l’un et l’autre et déjà accoutumés à l’existence heureuse et salutaire de la campagne. Ces jeunes êtres en furent arrachés pour se préparer dorénavant , dans les pensionnats d’une grande ville, aux destinées nouvelles qui leur étaient réservées. Hâtons-nous de dire que cette expérience leur fut également fatale à l’un et à l’autre. Lejeune homme fut atteint d’une maladie de langueur dont on méconnut le véritable caractère ; il se livra à l’onanisme et mourut tuberculeux , après avoir donné , vers l’âge de dix-sept à dix-huit ans, les preuves d’un affaiblissement successif de l’intelligence et de tendances excentriques et maniaques. Chez la jeune fille , on fut obligé d’employer une contrainte incessante pour appliquer sa robuste constitution à l’existence intime des pensionnats destinés à la classe riche. L’étude de la musique , la fréquentation précoce des spectacles , la. vue d’un luxe nouveau développèrent de bonne heure chez cette robuste viL lageoise des accès hystériques , et sa constitution fut modifiée au point que l’élément névropathique domina bientôt l’ensemble de ses fonctions, et constitua chez elle un tempérament des plus nerveux. Le mariage n’apporta aucun soulagement à cette situation. A son premier accouchement, la jeune femme fut atteinte d’une manie aiguë, et depuis quinze ans elle offre le triste spectacle d’une folie périodique qui se renouvelle tous les mois avec une régularité désespérante, et ne lui laisse, dans les

ÉTIOLOGIE. — ÉDUCATION. — TEMPÉRAMENT.

quelques jours de rémittence dont elle jouit, qu’une intelligence appauvrie et un caractère enfantin.

J’ai cité cet exemple entre une foule d’autres, mais personne n’en tirera, je pense, des conclusions hostiles à l’éducation appliquée à la classe ignorante. Je parle de circonstances exceptionnelles où l’éducation mal dirigée peut être nuisible , où le changement brusque des habitudes antérieures peut modifier d’une manière fâcheuse la constitution, et amener la prédominance du tempérament àxinei'veux. Je signale en même temps un des travers de notre époque , qui consiste à former plutôt l’esprit que le cœur des individus ; mais il me serait facile de citer bien des exemples aussi où le défaut de toute instruction et de toute éducation a fait naître l’hébétement intellectuel, et a propagé, dans, certaines familles, les plus mauvaises dispositions instinctives.

§ IV. — Su tempérament comme cause prédisposante à l’aliénation mentale.

La question spéciale des tempéraments, sur laquelle il y aurait tant de considérations à établir, rentre dans la grande question de l’hérédité. C’est à ce point de vue seulement que j’en dirai quelques mots, mon intention n’étant point d’aborder l’étude des tempéraments, qui est plus du ressort de la physiologie que de celui de nos recherches actuelles sur les causes éloignées ou prochaines de l’aliénation mentale.

Le tempérament nerveux est admis par tous les médecins ; c’est celui qui, d’après M. le professeur Chomel, prédispose particulièrement à l’hystérie, àl’hypochondrie, aux convulsions, au trouble des sensations et des facultés intellectuelles, à la mélancolie, à la manie... Il ajoute aux sym^ ptômes ordinaires des maladies aiguës des troubles variés de l’innervation qui en changent la physionomie, en rendent la marche irrégulière et le diagnostic plus difficile (1).

Il est rare que le tempérament nerveux avec la prédominance de l’élément douloureux, avec les anomalies les plus extraordinaires dans la sphère de la sensibilité morale et des fonctions intellectuelles, ne soit pas le résultat des transmissions héréditaires, ou tout au moins d’une éducation vicieuse, d’un changement brusque dans les habitudes, ainsi que j’en ai donné des exemples. Une impressionnabilité très grande, une excitabilité excessive, sont les principaux apanages de ces natures également remarquables par le contraste de leurs bonnes qualités et de leurs intolérables défauts. « Ce n’est pas, dit M. le docteur Sandras, que les per-

(1) Chomel, Pathologie générale, p. 60 et 90.

Dü TEMPÉRAMENT NERVEUX COMME PRÉDISPOSITION A LA FOLIE. 123 sonnes qui souffrent de situations pareilles aillent jusqu’à se livrer, sans le savoir, à des écarts que repousseraient leur raison, leur éducation et leurs habitudes ; elles se comportent à cet égard comme tous les autres membres de la famille humaine ; mais dans des limites encore raisonnables, elles se montrent beaucoup plus impressionnables, plus expansives et plus changeantes que les autres ; un rayon de soleil les égayé, un nuage les assombrit, l’état électrique de l’atmosphère les tourmente, les excite ou les accable ; les affections douces et gaies, aussi bien que les plus tristes et les plus vives, les trouvent éminemment accessibles ; les occupations les plus sérieuses, les choses trop continues les effrayent, les repoussent ou les fatiguent à l’excès. Elles se livrent aux entraînements de leur cœur, de leurs sens, de leur esprit avec passion ; elles se dévouent avec courage ; mais ce n’est que dans les grandes occasions, quand leur système nerveux est monté à un haut diapason, qu’elles peuvent soutenir l’effort qu’elles ont commencé. Et alors on est étonné de la puissance que la volonté leur donne, des efforts qu’elles peuvent faire, des épreuves de toutes sortes qu’elles peuvent supporter. Rien n’est plus admirable que cet état nerveux quand il est au service d’une bonne tête et d’un bon cœur. J’en ai connu des exemples prodigieux. Il faut que j’ajoute aussi que là où manquent la tête et le cœur, cet état nerveux est une des misères les plus tristes qui affligent l’espèce humaine. Alors la raison ne réprime rien, ne corrige rien, ne gouverne rien ; les affections sont nulles, et toute la machine n’est plus conduite que par un sensualisme dégoûtant dans l’état de santé, ou par un égoïsme déraisonnable dans l’état de maladie. Les névropathiques sont par excellence les gens des extrêmes , surtout au moral (1 )., »

J’ai dit que le tempérament en question était souvent héréditaire, et, dans ce cas, rien n’est si commun que de voir cet état nerveux se transformer en aliénation mentale sous l’influence de la moindre cause intercurrente, soit de l’ordre physique, soit de l’ordre moral. Les transformations de cette nature ne doivent pas nous paraître extraordinaires. Contentons-nous d’indiquer le fait, nous réservant de décrire dans la symptomatologie l’ensemble des phénomènes pathologiques que présentent ces malades.

Mais si, dans beaucoup de circonstances, l’état névropathique peut être considéré comme la période d’incubation de la folie, il est incontestable qu’un grand nombre de personnes souffrent toute leur vie d’un état pareil sans jamais franchir la ligne de démarcation, si difficile par¬

ti) Sandras, Traité pratique des maladies nerveuses, t. I, p . 22, § De Vétat nerveux.

124 ÉTIÜLOGIË.— TEMPÉUAWKM',— KÉVROsES.

fois à bien préciser, qui sépare la raison de la folie. 1 1 arrive encore que les souffrances dont elles se plaignent, migraine, ti'onble et perversion des sens, anomalies dans les fonefions digestives, privation de sommeil, hyperesthésies et anesthésies diverses, répartition inégale de la chaleur à la périphérie, alternatives de dépression et d'excitation, de torpeur extrême et de vigueur insolite, de tristesse et de gaieté excessive, il arrive, dis-je, que cet ensemble de souffrances qui alternent et se commandent réciproquement, se résument parfois dans une névralgie spéciale, dans un tic douloureux ou cnnvulsif ou dans telle ou telle autre névrose parfaitement caractérisée.

S’il en est ainsi, et l’observation journalière nous contirme ce fait, comment s’étomïer si, dans d’autres occasions, l’état nerveux se transforme en cette névrose capitale qui comprend toutes les autres, je veux parler de la folie. Lorsque pareil accident arrive, personne n’en est surpris. On est généralement disposé dans le monde à considérer les individus névropathiques comme des candidats à la folie; on est d’autant moins indulgent pour ces sortes de malades, qu’ils sont généralement égoïstes, et font énormément souffrir leur entourage. J’ai vu pour ma part beaucoup d’états nerveux se changer en aliénation mentale, et j’ai pu remarquer, en maintes circonstances, la justesse de l’observation des parents, lorsqu’ils affirment que, chez leurs malades, la folie n’est rien de plus que l'exagération du caractère habituel.

Mais si de simples états de souffrance qu’il est impossible en médecine de définir autrement que par une acception générale, tempérament nerveux, état nerveux, sont capables de créer l’aliénation mentale, à plus forte raison doit-il en être ainsi pour d’autres névroses parfaitement caractérisées , telles que l’hystérie , l’hypochondrie et l’épilepsie. Nous allons en dire quelques mots. '

g V. — Des névroses considérées . comme cause d’aliénation. Hystérie , hypochondrie , épilepsie. Des transformations pathologiques que subissent les névroses , et de la forme particulière du délire. Polie hystérique, folie bypocbondriaque, folie épileptique.

Je n’ai pas à discuter en ce moment la nature de l’hystérie, de l’hypochondrie ou de l’épilepsie ; la symptomatologie de ces affections ne rentre pas davantage dans le plan que je me suis imposé. Je m’en tiens exclusivement au point étiologique, et je désire faire ressortir combien il importe aux progrès de la classification que les maladies que nous traitons soient rattachées à leur véritable origine. D’un autre côté, il est indispensable d’être fixé sur la voleur étiologique de l’hystérie, de l’épilepsie et de l’hypochondrie. Jusqu’à quel point est-il permis de ranger au

HYSTÉHÎE.— HŸPÔCHONDIUE.— ÉPILEPSIE. 125

nombre des causes des névroses qui par elles-mêmes forment des entités pathologiques parfaitement distinctes et très bien délimitées? Cette nomenclature nosologique pourrait en effet paraître une chose étrange, si nous ne prévenions d’avance que toutes les causes qui déterminent l’hystérie, l’épilepsie, l’hypochondrie, peuvent en même temps amener l’aliénation mentale. J’ajouterai même, pour mieux faire comprendre ma pensée, que toutes les folies à base hystérique, épileptique et hypochondriaque, ne sont, dans mon idée, que des névroses transformées. Cette explication préliminaire était indispensable, afin que dans l’esprit du lecteur il ne restât aucun doute sur la manière dont nous comprenons le phénomène cause.

Hj'stéfic. — Lorsque chez une jeune fille, avec ou sans prédominance du tempérament nerveux, il existe une série d’accidents qui se révèlent par des étouffements, des spasmes, des hoquets fatigants, des pleurs ou des rires inextinguibles ; lorsqu’à ces phénomènes prodromiques il en succède d’autres qui se produisent sous forme de convulsions avec sensation d’une boule, d’un globe qui partirait ou^du nombril ou de l’épigastre, et remonterait plus ou moins vite vers la gorge, on ne peut hésiter sur la nature du mal, et l’on sait que l’on a à combattre une névrose hystérique.

Mais ce que n’ignorent pas non plus les médecins familiarisés avec la nature des affections nerveuses, c’est que lorsque ces accidents se répètent, les choses ne se passent point toujours avec cette régularité qui fait qu’une crise succédant à une autre crise, la malade se trouve parfaitement bien portante dans les intervalles, et que l’on n’observe aucune anomalie, ni dans la sphère du système nerveux moteur et sensitif, ni dans la sphère des fonctions intellectuelles et affectives.

Dans le cas de répétition et d’aggravation des phénomènes morbides, l’affection hystérique revêt un caractère de plus en plus inquiétant, et l’observateur voit se dérouler sous ses yeux la série de tous ces accidents névropathiques qui semblent s’engendrer et se commander réciproquement. C’est un cercle fatal que la malade parcourt irrévocablement, et ce qu’il y a de remarquable, c’est que chacune de ces évolutions semble augmenter chez elle l’impressionnabilité et la susceptibilité du système nerveux. Poursuivons cet examen dans la sphère des fonctions intellectuelles, et nous verrons que les changements opérés sont dignes de fixer notre attention lorsqu’il s’agit de remonter au véritable principe étiologique des maladies.

De brusques revirements dans le caractère des jeunes hystériques, des tristesses sans motif, de subites.transitions à une gaieté exagérée, sont les premiers symptômes qui frappent les parents ; mais l’inquiétude aug-

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