‹ Traité des maladies mentalesChapitre 68 sur 306 · DE LA CONGESTION COMME CAUSE DE DÉLIRE · texte numérisé non relu

DE LA CONGESTION COMME CAUSE DE DÉLIRE

répétition périodique de cet état congestif a déjà déterminé un état de mélancolie spéciale et une disposition des plus marquées au suicide. Néanmoins, dans les intervalles de repos que lui laisse l’état congestionnaire, le malade s’occupe de ses affaires, il est d’une raison parfaite, il apprécie très bien sa situation ; mais encore une fois, l’élément étiologique, la congestion, pèse de tout son poids dans le pronostic d’une pareille situation commune à beaucoup d’individus dont l’affection, une fois entrée dans cette phase progressive, peut se résumer dans un accès de manie continue, se terminer par la paralysie générale ou par l’épilepsie.

C’est là ce que j’ai observé dans une foule de circonstances chez des aliénés dont l’état mental se caractérise par des paroxysmes de manie périodique, chez des mélancoliques même, dans le cerveau desquels le sang veineux reste stagnant et ne se renouvelle pas dans les conditions physiologiques d’une hématose de bonne nature. Les individus affectés de maladies du cœur, ceux encore qui se livrent à desœxcès de boisson ^ aussi bien que ceux qui ont éprouvé l’effet de l’insolation, sont soumis à 4es congestions cérébrales, et l’on comprend combien la répétition périodique du même phénomène peut apporter de désordres dans l’exercice normal des fonctions cérébrales.

Lorsqu’on l’examine à ce point de Vue, on comprend la gravité des problèmes que soulève l’étude de la congestion cérébrale , et nous avons là une nouvelle preuve de la difficulté qu’il y a d’étudier les causes dans leur isolement. Tout est connexe dans la pathogénie des affections mentales, et en dehors de l’observation physiologique et psychologique des faits, l’étiologie ne nous présenterait que l’exposé des causes les plus diverses, les plus disparates, dont il serait impossible de comprendre la signification véritable. Le traitement serait pareillement soumis aux incertitudes les plus grandes, si l’on oubliait que les causes produisent des effets qui à leur tour deviennent cawses, et font naître dans l’économie des troubles qui ne peuvent être combattus avec succès qu’à la condition de remonter à leur véritable origine. C’est sous l’influence de cette manière de voir que M. le docteur Bouchet émet, à propos de la congestion cérébrale, des réflexions judicieuses qui ne seront pas déplacées dans cette partie étiologique.

« La congestion cérébrale, dit ce savant médecin, existe en effet souvent par elle-même, par la prédisposition de l’organe qu’elle envahit et la cause accidentelle qui la produit ; ou bien elle est suscitée et, entretenue par une cause permanente, résidant dans un point limité du cerveau ou même dans les autres organes viscéraux. Cette influence des causes éloignées sur la production de la congestion cérébrale â été niée, ou du moins

ÉKOLOGLE. — HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE.

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mise en doute par quelques médecins qui n’ont vu dans les deux faits qu’une simple coïncidence. J’ai trop souvent été à même de constater ces rapports de cause à effet pour hésiter à les admettre, non pas dans tous les cas, mais du moins dans un grand nombre. L’ancien soldat qui, lorsqu’il souffre d’une vieille blessure, devient impatient, irritable, colère ; le vieillard constipé qui est triste, morose, jusqu’à ce qu’il ait été à la garderobe ; la jeune fille qui, pendant ou avant l’éruption de ses règles, souffre de la tête, éprouve du malaise, sent des bourdonnements d’oreilles, ou commet des actions bizarres ; la femme en couches qui perd connaissance dans des convulsions passagères, de même que l’enfant tourmenté par des vers intestinaux, me semblent affectés de congestion cérébrale dont la cause réside autre part que dans le cerveau; et quoique ces causes, toujours persistantes dans quelques-uns des cas, ne produisent pas continuellement le même résultat, il me semble impossible de ne pas voir entre eux un rapport direct (1). »

§ VIII. — Hémorrhagie cérébrale.

Les réflexions que j’ai émises à propos de la congestion peuvent également s’appliquer à l’hémorrhagie cérébrale, à la cérébrite aiguë et à ces états pathologiques désignés sous les noms induration^ ée ramollissement, à' encéphalite diffuse. Les causes présumées , et , soit dit en passant, si contestées, de ces diverses affections cérébrales idiopathiques, sont également applicables à l’aliénation ; ce sont les prédispositions de l’âge et du sexe, les excès alcooliques, l’insolation, les maladies préexistantes de l’économie, les dispositions héréditaires, finalement l’état congestif.

Dans l’enchaînement parfois si complexe des causes^ qui déterminent les affections de la masse encéphalique, il est souvent difficile de bien préciser l’élément étiologique qui a formé le premier anneau de cette chaîne de causes et d’effets qui à leur tour deviennent des causes. Il n’est donc pas surprenant qu’en aliénation mentale il soit souvent impossible de déterminer si telle ou telle situation mentale dépend d’une affection cérébrale primitive, ou si l’affection cérébrale a été consécutive à telle ou telle autre cause soit de l’ordre moral, soit de l’ordre physique. Les exemples de ce genre se présentent journellement à l’observation ; je n’en citerai qu’iiii des plus-récents dont j’ai été témoin.

Affections du cervelet. — Une jeune fille de dix-sept ans, jusque-là bien portante, montre des dispositions à la chlorose sans que cependant

(1) Annales médico-psychologiques, t. XIV, p. 163,

TROUBLES CÉRÉBKAUX EN RAPPORT AVEC L’hÉMORRHAGIE. U1 sa santé générale en ait été sérieusement affectée ; elle est seulement d’un caractère plus difficile, plus irritable, et éprouva un jour une émotion morale des plus vives, en se trouvant au milieu d’une grande foule, séparée d’un enfant dont la garde lui avait été confiée. Elle retourne chez elle avec des dispositions à une migraine qui augmente tous les jours d’intensité, et elle est sujette à des exacerbations maniaques qui nécessitent son isolement à l’asile. Les accès sont intermittents et accompagnés de convulsions ; dans les intervalles, elle jouit de sa raison et se plaint seulement d’une douleur insupportable à la région cervicale. Lorsqu’elle est soumise à mon observation, je constate la grande difficulté de la marche èt un strabisme prononcé. La figure est pâle, altérée; les douleurs à la partie postérieure de la tête sont des plus vives, et les convulsions dont je suis le témoin, et après lesquelles sa raison se trouble, ne sont autres que de véritables accès épileptiques. Mais, vers le sixième jour de son entrée à l’asile, la maladie prend un tel caractère d’intensité, que la malade finit par succomber au milieu de convulsions violentes. A l’autopsie, le cerveau est sain. Extérieurement, le cervelet paraît sain aussi, mais on sent à la pression qu’il est ramolli ; la coupe transversale des lobes cérébelleux laisse voir que l’organe est à l’état de putrilage, sans qu’il soit possible de déterminer si une hémorrhagie primitive dans la substance du cervelet a été la cause de la lésion pathologique que je viens d’indiquer.

Ce fait, si simple en apparence, nous laisse cependant dans le doute de savoir si l’affection du cervelet a été le point de départ primitif des désordres observés, ainsi que des dispositions névropathiques signalées, ou bien si ces mêmes dispositions,, ainsique l’émotion morale si vive qu’a subie çette jeune fille, n’ont pas déterminé la maladie, de l’organe (1).

Quoi qu’il en soit, si je cite parmi les causes d’aliénation l’hémorrhagie cérébrale et d’autres affections du cerveau qui, par elles-mêmes, constituent déjà des entités morbides distinctes, c’est que, sous l’influence de telle ou telle lésion cérébrale, ainsi que de l’aggravation de la lésion, tantôt un état mental d’une nature indécise peut revêtir une forme plus franche et plus facile à classer en aliénation, tantôt un état bien réel de folie peut se transformer en un autre dont le pronostic est bien plus grave.

(l) Dans les Médico-Chirurgical Transactions, févr. 1850, p. 20,0 et suiv., on trouvera un exemple très remarquable d’apoplexie du cervelet, avec troubles généraux de l’intelligence et tendances érotiques fortement prononcées. L’Union médicale de 1855 contient également un fait de ramollissement aigu du cervelet , accompagné de délire, d’hallucination, et suivi de mort.

ÉTIOLOGIE.— HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE.

J’ai plusieurs fois^ eu lieu d’observer les conséquences d’une hémorrhagie cérébrale remontant à une époque éloignée, et ne laissant chez les individus qu’un état de lenteur ou de faiblesse intellectuelle qui n’inquiétait pas autrement la famille , et ne leur paraissait pas nécessiter l’intervention d’un médecin spécial. Mais tout à coup la scène change, le malade s’excite, il émet des idées incohérentes et se livre à des actes insolites; on a vu dans ces circonstances des hémiplégiques être pris d’une activité incessante et ne pas rester un moment en place. Ce sont là les prodromes d’un nouveau travail pathologique du cerveau, qui nécessite une intervention médicale; j’en ai cité un exemple remarquable.

L’affection , ai -je dit , peut se transformer en une autre dont le pronostic est des plus graves. Un de nos malades, ouvrier mineur, avait été atteint d’apoplexie -cérébrale au milieu d’une besogne opiniâtre et exécutée dans les conditions les plus funestes; il travaillait depuis quelques jours le corps à moitié plongé dans l’eau et la tête incessamment exposée aux rayons d’un soleil ardent. C’est dans ces circonstances qu’il fut frappé d’apoplexie foudroyante et pris ultérieurement d’un délire aigu. Le malade resta hémiplégique, mais depuis quelques mois, tout délire avait disparu. Cet homme était d’une grande activité, et, malgré son hémiplégie , rendait service aux autres aliénés de l’asile. Je ne vis aucune difficulté, sur sa demande, de te renvoyer dans sa famille, lorsque quelques changements dans son caractère et ses habitudes me déterminèrent à prolonger l’épreuve. Le malade s’isolait plus volontiers de ses camarades ; on le voyait rire sans motifs et parler seul. Interrogé sur sa santé, il - prétendait ne s’être jamais si bien porté; il marchait en effet avec une facilité plus grande et déployait une activité anormale.

Dans le même temps ,' un embarras de la prononciation , que nous n’avions pas encore remarqué, éveilla toutes nos préoccupations, et, vers le vingtième jour des changements que j’indique, le malade fut pris d’un délire furieux , avec la systématisation la plus prononcée que j’aie encore vue en fait d’idées de grandeurs. Il était tour à tour millionnaire, roi, empereur-, pape et Dieu ; ce délire persista avec des intermittences de torpeur et de tristesse jusqu’à la fin de l’existence de ce malheureux, qui mourut dans les derniers degrés de la paralysie générale.

Nous' trouvâmes à l’autopsie un ancien foyer cicatrisé ; mais autour de ce foyer, la consistance de la pulpe cérébrale était diminuée, et en même temps les méninges étaient épaissies , opaques , adhérentes à la substance corticale, qui était ramollie et s’enlevait par plaques épaisses avec la piemère. Je pourrais citer plusieurs cas de ces transformations pathologiques , mais nous aurons occasion de revenir sur cette importante ma-

LÉSIONS TRAUMATIQUES.— COUPS.— CHUTES SUR LA TÊTE. 163 tière dans la description de la paralysie générale. Nous pouvons constater seulement que ces transformations sont plus fréquentes qu’on ne le suppose, et c’est ce que l’on observe principalement dans les coups reçus sur la tête , dans les chutes sur cet organe, et dans les différentes maladies de l’oreille qui peuvent propager une inflammation au cerveau et à ses membranes.

§ IX. — hésioas traumatiques, coups, chutes, afiPections de l’oreille interne comme point de départ de troubles intellectuels.

Lésions traumatiques. — Toutes les lésions traumatiques de la tête, soit qu’elles amènent la fracture des os , les épanchements sanguins , la perte, de substance cérébrale , sont d’une grande importance dans l’étiologie des affections mentales. M. le docteur Griesinger, dans l’ouvrage déjà cité , émet la remarque pratique très importante que ces sortes de lésions, qui se compliquent ultérieurement de manie et se terminent par la démence; ne produisent souvent ces manifestations anormales de l’intelligence que très longtemps après l’accident survenu. On a observé des troubles cérébraux se manifestant des années après une chute ou un coup sur la tête ; mais il est bon d’ajouter^que l’on n’avait pas été sans remarquer un affaiblissement intellectuel progressif, ainsi que certaines excentricités de caractère. Les individus qui ont éprouvé des accidents de ce genre se plaignent parfois de' céphalalgie, d’étourdissements, et accusent différents autres phénomènes qui doivent reporter l’attention du médecin sur la cause primitive. Ne peut-on pas supposer que, dans les cas de ce genre, il s’est formé à la longue des collections purulentes, de petits épanchements sanguins , et que la tolérance du cerveau a cessé au moment où, pour une cause ou pour une autre, il s’est produit un nouveau travail de décomposition dans les kystes renfermant du sang ou du pus, d’où il résulte que l’inflammation s’est ultérieurement étendue au cerveau et à ses membranes ? D’autres fois, et l’anatomie pathologique a vérifié le fait , ce sont des exostoses qui se forment avec lenteur et qui déterminent la compression du cerveau , c’est une carie de la table interne qui, se continuant d’une manière insidieuse, provoque l’hypérémie et amène des exsudations de diverses sortes. Il faut bien avouer que, dans d’autres circonstances , les recherches nécroscopiques n’ont amené aucun résultat , et que l’on en est réduit à supposer dans ces cas que le seul fait de la commotion cérébrale a créé chez l’individu une disposition spéciale à l’irritabilité. Ceci est un fait d’observation incontestable, et l’on a remarqué que les causes morales les plus insignifiantes peuvent, dans des situations pareilles, déterminer un accès d’aliénation.

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ÉTIOLOGIE.— AFFECTIONS CÉUÉIJKALES.

La science possède quelques cas de délire chronique provoqués par les causes ci-dessus mentionnées. Le nombre de ces faits serait plus considérable , si les tendances scientifiques de notre époque n’avaient pas accordé aux causes dites morales une trop grande prédominance dans la pathogénie des maladies mentales.

Chutes sur la tète. — On peut lire dans les Annales médico-psychologiques (t. VII, p. 313) une observation de M. le docteur Pereira, d’Orléans, où il s’agit d’une femme qui, après une chute sur la tête, donna des signes évidents d’aliénation. Elle mourut au bout de quatre mois, sans paralysie ni convulsions. L’autopsie révéla un abcès enkysté volumineux siégeant dans le lobe antérieur, avec ramollissement de la substance cérébrale ambiante.

Une femme de quarante-cinq ans fit une chute sur la tête du haut d’un escalier, et entra à l’IIôtel-Dieu, dans le service de M. Chassaignac, le 10 juin 1845. La malade, à son entrée, présentait un délire des plus violents, s’agitait dans son lit, ne répondait aux questions qu’on lui adressait que par des paroles incohérentes. Du reste, elle parlait continuellement, sans qu’il fût possible de reconnaître à travers la diffusion de ses paroles à quel ordre d’idées se rattachait son délire. Elle cherchait à se lever, se découvrait de manière à faire penser qu’elle avait perdu toute retenue ; il n’existait pas de fièvre.

M. Chassaignac diagnostiqua un délire nerveux, et quelques sangsues derrière les oreilles, quelques potions laudanisées, et ultérieurement quelques vésicatoires aux cuisses pour combattre l’état de torpeur consécutif jugèrent la question et amenèrent la guérison après quelques jours.

Nous devons malheureusement avouer que les délires chroniques qui suivent les lésions traumatiques du cerveau, ou qui succèdent à la simple commotion, impliquent un pronostic des plus graves, et ma pratique particulière me fournit un assez grand nombre de ces cas terminés d’une manière fatale.

Chez un gendarme, à peine âgé de trente-cinq ans, il existait un délire des plus singuliers. Des exacerbations fugaces étaient suivies d’un état de torpeur extrême. Depuis longtemps on remarquait chez ce militaire un grand affaissement de l’intelligence ; il était futile dans ses actes, prompt à la colère, perdait la mémoire, pleurait sans motifs et se livrait ensuite à des gaietés exagérées. Une tendance particulière au vol, jointe à des prétentions ridicules d’avancement, me firent soupçonner les prodromes d’une paralysie générale. Je fus longtemps à ignorer la cause de tous ces phénomènes nerveux maladifs, lorsque j’appris que ce militaire avait fait une chute de cheval il y avait cinq ans, et que la tête avait fortement

DES MALADIES DE l’oUEILLE COMME CAUSE DE DÉîARE. porté sur le sol. On ne vit dans les accidents consécutifs qu’une simple commotion cérébrale, et cet homme put reprendre son service. Il éprouva même quelque amélioration à l’asile, à la suite d’un traitement antiphlogistique et il quitta prématurément l’hospice; mais j’ai eu occasion de le revoir depuis. L’affaiblissement intellectuel avait augmenté; la parole était devenue plus embarrassée, et mes prévisions primitives se confirmèrent. Un an après sa première sortie, le malade succom ba à la paralysie générale.

Affections de l’oreille. — Les maladies cérébrales résultant de l’inflammation de l’oreille interne avec propagation aux méninges sont d’une gravité extrême. Dans son ouvrage sur les Formes principales de la folie, M. le docteur Jacobi cite plusieurs exemples de ce genre, et qui tous ont eu une terminaison malheureuse. « Rien de plus commun, dit M. le docteur Roynbee, chirurgien auriste de l’hôpital Sainte-Marie à Londres, que d’observer des affections profondes du cerveau et de ses membranes à la suite des maladies anciennes et chroniques de l’oreille. » Morgagni, Itard, Lallemand, en France; Abercrombie, Bright, Watson et Bury, en Angleterre, ont publié sur ce point de pathologie des recherches importantes ; mais tous les cas de cette espèce ont été décrits indistinctement. Or, en descendant dans l’étude des faits, le médecin anglais a pu se convaincre que cette généralisation présentée d’une manière absolue était inexacte. Il s’est chargé, pour ce qui le regarde, de démontrer que chacune des cavités particulières de l’oreille a, si l’on peut s’exprimer ainsi, une circonscription morbide, autrement dit, qu’elle communique la maladie dont elle est atteinte à une division particulière de l’encéphale. Les recherches du savant professeur lui font adopter les divisions suivantes :

1“ Les affections du méat auditif externe et des cellules mastoïdiennes déterminent une maladie dans le sinus latéral et dans le cervelet.

2" Les affections de la cavité tympanique produisent une maladie du cerveau. -

3“ Les affections du ventricule et du limaçon amènent une maladie de la moelle allongée.

M. Roynbee reconnaît que les maladies de l’oreille,- telles que l’inflammation catarrhale chronique qui affecte la couche dermoïde de la membrane muqueuse du tympan, le méat ou l'a membrane muqueuse delà cavité tympanique, peuvent avoir des conséquences funestes immédiates, ou n’en présenter que de longues années après l’invasion du mal. Mais il est bon de se rappeler que les os du crâne, la dure-mère et la substance du cerveau peuvent subir une désorganisation lente, sans traduire leur souffrance par quelques symptômes de nature à faire prévoir une mala-

lZl6 ÉTIOLOGIE.— Li:^IONS DES NERFS PÉIIIPIIÉIUQÜES.

die aussi formidable, si l’on en excepte cependant l’otorrliée. Quoi qu’il en soit, l’honorable savant en arrive à poser une conclusion dont l’importance est des plus grandes (1). « Toute personne, dit-il, affectée d'inflammation catarrhale chronique de la couche dermoïde du méat, dé la membrane du tympan ou de la muqueuse de la cavité tympanique, ne peut être considérée comme à Vabride la. propagation de la maladie aux os du crâne, au cerveau ou ci ses membranes, et il suffit alors de la cause occasionnelle la plus insignifiante, d'un accès de fièvre, d'un rhume ou d’un coup sur la tête, etc. , pour amener l'explosion de symptùmes qui, règle générale, se terminent d'une manière funeste. » Ajoutons que dans ces mêmes conditions pathologiques, l’intercurrence delà cause morale la plus insignifiante en apparence peut déterminer l’explosion de la folie.

§ X, — Zufluence sympathique exercée sur le cerveau par les lésions des nerfs périphériques et par les aEFcctious cutanées.

Plus nous étudions les innombrables impressions dont le cerveau est le centre, plus nous devons élargir le cercle des causes. Cette méthode, que justifie d’ailleurs l’étude des fonctions physiologiques, est la seule qui puisse apporter quelque certitude dans les indications curatives.

On trouve dans les auteurs, et j’y comprends ceux même qui n’ont pas fait de l’aliénation mentale le sujet spécial de leurs études, de nombreux exemples qui prouvent la spontanéité avec laquelle le délire peut naître sous l’influence des lésions ou de l’irritation du système nerveux périphérique.

M. le docteur Griesinger cite l’observation d’une femme hystérique chez laquelle une lésion accidentelle du globe oculaire causa une profonde mélancolie. Herzog a vu l’opération du strabisme être suivie d’un accès de manie. Dans une note à l’Institut (janvier 1843), M. le docteur Foville cite des exemples nombreux d’affections du cervelet après des lésions des nerfs de la cinquième paire et du nerf acoustique. On sait que des corps étrangers introduits dans la plante des pieds peuvent causer des convulsions, l’épilepsie, le tétanos et de véritables accès maniaques. Beaucoup de faits de ce genre ont été enregistrés sous le nom de délire nerveux, mais ils ne s’en rattachent pas moins à l’histoire éloignée ou prochaine des causes de l’aliénation mentale.

Les affections cutanées ont une propension particulière, dit M. le docteur Guislain, à se porter sur le système cérébral. 11 en est ainsi delà teigne, de la gale, de l’herpès, de la rougeole, de la scarlatine, de l’érysipèle. La pellagre, maladie endémique dans quelques provinces du nord

(1) Mémoires de la Société médico-chirurgicale de Londres, t. XVI de la 2' série.

RÉPERCÜSSIÔNS CüTaNÊES.— ÉRYSIPÈLE (dÉLIUE). 147

de ritalie et du midi de la France, exerce une influence spéciale sur le moral de ceux qui sont atteints de cette singulière affection ; elle les prédispose à la mélancolie, au suicide, à la paralysie (1).

« Les maladies dartreuses, dit encore le savant médecin des aliénés de l’asile de Gand, attaquent le moral lorsque, par exemple, dans une éruption, celle-ci ne se montre pas à l’époque de son apparition ordinaire; ou bien encore dans le cas d’une forte débilitation de tout le système qui empêche l’élément morbide de se porter à la peau, ou bien enfin l’état mental succède à la répercussion d’une dartre qui s’est faite sous l’emploi de quelque moyen topique astringent. J’ai constaté ce phénomène à la suite d’un traitement hydrothérapique.

» Le vice dartreux est, plus souvent qu’on ne le pense, la cause d’une aliénation symptomatique. Il m’est arrivé plusieurs fois de voir l’aliénation disparaître grâce à l’apparition d’une éruption dartreuse dont le m.alade avait été atteint antérieurement. . . Je me rappelle avoir rencontré des ophtlialmies combattues par des moyens répercussifs, produire l’aliénation ; une première fois, c’était une mélancolie, une autre fois c’était une paralysie générale (2)... »-

M. Baillarger cite trois cas d’érysipèle de la face et du cuir chevelu qui ont donné lieu à la paralysie générale. S’il est désormais un fait bien démontré dans l’iiistoire de la paralysie générale, dit cet auteur, c’est assurément l’influence des congestions cérébrales sur 1-a production de cette maladie. Aussi, en étudiant avec soin l’étiologie, s’aperçoit-on que toutes les causes ont agi en provoquant des congestions do l’encéphale ; tels sont en premier rang, les suppressions d’écoulements sanguins, les excès de boissons, les excès vénériens, les commotions du cerveau chez des sujets d’un tempérament pléthorique, l’épilepsie.

J’ai vu, pour ma part, la paralysie générale se produire chez un individu de quai’ante-cinq ans , d’une constitution pléthorique, d’une stature athlétique, qui, après une longue course, s’étant reposé sur l’herbe, eut le visage exposé aux ardeurs du soleil. L’érysipèle s’étendit au cuir chevelu et détermina un délire presque instantané qui sembla céder d’abord aux déplétions sanguines et aux révulsifs. Mais pendant les six mois qui suivirent cet accident, cet individu fut soumis à des congestions sanguines

(1) Il ne faut pas oublier, ainsi que je l’ai établi dans mon Traité des dégénérescencès, que l’affection de la peau chez les pellagreux n’est que le symptôme d’une maladie interne causée, selon toute probabilité, par une nourriture le plus ordinairement exclusive et souvent viciée, le maïs. (Voyez Traité des dégénérescences, chap. ni. De V intoxication produite par les substances alimentaires altérées.)

(2) Guislain, ouvr. cü., t. II, p. 82,

l/l8 ÉTIOLOGIE. - UIIUMATL-MS CÉllÉBiUL.

fréquentes, et lorsqu’il fut confié à mes soins, la paralysie générale était

un fait confirmé.

Les considérations qui précèdent m’engagent <à parler des complications cérébrales qui coïncident avec l’existence d’un rhumatisme articulaire.

§ XI. — Rhuaiatisme cérébral.

C’est dans ces derniers temps que l’attention a surtout été portée sur le délire qui coïncide avec l’existence d’un rlmmatisrae cérébral. Cependant, en lisant le Traité de la mélancolie par Lorry, on y trouve un article intitulé : Métastasés arthriticœ ah animi affectibus. Cet auteur dit ; « Le rhumatisme peut, dans un mouvement désordonné, subit et imprévu de l’àrae, prendre la forme de l’apoplexie et de la frénésie, et causer la mort. »

Mais, ainsi que je le disais, c’est surtout dans ces derniers temps que nos divers recueils scientilicjues ont publié un assez grand nomijre de faits de délire, de véritables états d’aliénation en rapport avec des affections rhumatismales. Ces observations ont fait renaître des débats touchant des questions souvent agitées en médecine. Le rhumatisme cérébral est-il le résultat d’une apoplexie séreuse avec ou sans épanchement? Peut-on le considérer comme une inflammation latente des séreuses, comme une variété de la méningite ? Cette maladie est- elle bien le résultat d’une métastase, puisque étant donné un état arthritique aigu avec épanchement, les accidents au cerveau ne se sont pas moins manifestés avec persistance de l’épanchement dans les articulations? Toutes ces questions présentent de grandes difficultés, vu que nous ne possédons que peu d’autopsies dans les circonstances où des malades ont succombé à un état rhumatismal du cerveau, et que dans la plupart des ouvertures cadavériques qui ont eu lieu, on n’a rien trouvé. Toutefois, quand on connaît les rapports qui existent entre le rhumatisme et l’état névralgique, ori ne saurait contester à la plupart des délires qui surviennent dans les conditions maladives ci-dessus mentionnées, le caractère du délire m'veux, quoique dans d’autres cas il y ait les signes évidents de méningite et d’épanchement dans le cerveau. D’un autre côté, la promptitude avec laquelle les malades succombent parfois doit mettre le médecin en garde contre les moindres phénomènes délii-ants qui arrivent dans le cours d’une affection rhumatismale. Citons quelques exemples :

1“ Une femme de quarante-cinq ans environ, fort impressionnable, était retenue au lit par un rhumatisme articulaire aigu, quand, dit M. Hervez de Chégoin, il survint de la céphalalgie avec agitation sin-

DU DÉLIRE DANS SES RAPPORTS AVEC LE RHÜ.V.AIISME CÉRÉBRAL. 1^l9 gulière. On pria M. Hervez de se trouver le lendemain avec le médecin de la malade ; mais le rendez-vous devint inutile, cette femme succomba dans la nuit.

La rapidité de la mort pendant la durée d’un rhumatisme articulaire détermine cet honorable médecin à rattacher à la même cause la lésion cérébrale qui avait occasionné une mort si prompte et si imprévue.

2" Vers le cinquantième jour d’un état rhumatismal avec gonflement des pieds et des mains, malaise général, chez un individu qui avait eu, il y a cinq ans, un rhumatisme articulaire aigu, il y eut tout à coup de l’exaltation. Le malade pleure, prie, s’agite, s’impatiente et délire. Il tombe ensuite dans l’assoupissement et continue à délirer. Des sangsues derrière les, oreilles, des révulsifs, semblent calmer la situation, mais le malade a des hallucinations et un véritable état de folie. Malgré la médication la plus active (ventouses, vésicatoires aux extrémités et sur la tête, calomel à haute dose, etc.), l’assoupissement devint continu et le malade succomba le septième jour. Il n’est pas dit dans l’observation si l’on employa le sulfate de quinine.

3° La troisième observation, qui se rapporte à un malade d’une imagination très vive, sujet au rhumatisme articulaire et délirant chaque fois qu’il était pris de son mal, suscite une réflexion qui a son importance dans l’étiologie des maladies nerveuses. U n’est pas d’affection qui dans telle ou telle phase de son développement ne puisse amener le délire ; cependant le tempérament de certains individus les prédispose d’une manière plus spéciale à ce phénomène. Le moindre troubledans l’économie surexcite chez eux le système nerveux au point de provoquer le délire. La même chose s’observe chez les enfants. Le sujet de la troisième observation de M. Chégoin se trouvait dan s ces dispositions. Medgré les saignées, les ventouses, les purgatifs, il ne cessa de délirer pendant vingt jours, et il était d’une agitation et d’une loquacité extrêmes. Néanmoins le malade fut sauvé, et M. Chégoin se demande s’il n’est pas permis de croire que la membrane fibreuse du cerveau ait été aussi le siège de la maladie, et s’il n’y a pas un rhumatisme cérébral fibreux comme il y en a un séreux. En effet, nous retrouvons ici les mêmés conditions d’organisation qu’aux articulations, et chaque forme paraît avoir ses symptômes propres. Dans l’une, excitation, délire, qui peuvent durer plusieurs semaines au même degré sans entraîner la mort; dans l’autre, excitation passagère suivie d’un épanchement promptement mortel, ou d’une accumulation progressive qui permet encore un léger délire avec alternatives d’assoupissement et qui finit par devenir continu dans un temps qui doit sans doute varier... [Gazette des hôpitaux, du 2 janvier 1845.)

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