ONANISME.— INFLUENCE SUR LES TROUBLES CÉRÉBRAUX
ne s’était rendu maître de sa personne. L’aveu que me fit ce jeune homme des relations qui existaient entre ses accès épileptiques et ses habitudes onanistiques me fit diriger tous mes efforts vers sa moralisation. J’ai rarement obtenu, dans la pratique si pénible des maladies mentales, un résultat aussi consolant. Les accès diminuèrent de fréquence et d'intensité avec la disparition progressive des funestes habitudes de ce malade. Les facultés intellectuelles reprirent une énergie nouvelle, et une épreuve de dix-huit mois me mit à même de constater une guérison qui ne s’est pas démentie depuis six ans, et qui a non-seulement permis à ce jeune homme d’être rendu à la liberté, mais de pouvoir remplir au dehors une fonction honorable.
Les. succès de ce genre sont impossibles avec les onanistes qui se livrent en secret à leur vice détestable. Je ne sais en vérité quel nom donner à l’état mental de certains individus que j’ai pu observer, et qui, après avoir passé par tous les degvés de la mélancolie avec débilité progressive de l’intelligence, sont tombés ultérieurement dans l’idiotisme le plus irrémédiable et le plus dégradant. J’ai vu chez un jeune séminariste des habitudes onanistiques effrénées amener transitoirement des accès de fureur érotique pendant lesquels ce malheureux ne respectait ni ses sœurs ni l’auteur de ses jours. Lorsqu’il fut confié à mes soins , il en était réduit à un état de complète hébétude ; il avait perdu tout souvenir ; il n’existait pas chez lui la moindre trace de ses connaissances antérieures, qui avaient été variées, à ce que l’on m’assurait. Il n’avait même conservé aucun des instincts les plus naturels à l’homme : c’était un être dégrade, un idiot dans la plus complète acception de ce mot.
« L’hahitude des attouchements solitaires, dit M. Guislain, fait naître une foule de maux (l). Elle s’annonce d’abord par une notable décomposition des traits, une expression toute particulière de la figure. . . . Chez les femmes eUe amène souvent les flueurs blanches.. des crampes d’estomac , et des douleurs abdominales s’y rattachent fréquemment....
» Ce sont des douleurs ressenties dans le trajet des trompes , ayant leur point de départ dans la région des ovaires ; ce sont aussi des syncopes , des palpitations de cœur simulant les affections anatomiques de cet organe, mais que le mariage ou basa fœtida font disparaître.
)) C’est une grande excitabilité de la rétine. . . ; c’est un tremblement des membres, ce sont des accès hystériques, c’est l’asthme.. .; c’est l’épilepsie.
(1 ) Je me plais à citer les appréciations de ce médecin auquel m’unissent d’étroites sympathies, qui de tous les modernes me semble celui qui est entré le plus intimement dans l’explication de ce grand fait pathologique qui détermine de si étranges perturbations intellectuelles, de si terribles souffrances morales.
ÉTIOLOGIE.— ONANISME. — INFLUENCES.
Cetto dernière maladie nst souvent la conséquence des émissions spermatiques fréquemment provoquées.....
» C’est l’aliénation mentale , la mélancolie , la manie ; c’est le suicide, la démence, la démence avec paralysie surtout.
» Voici un jeune homme de vingt -huit ans environ que la masturbation a réduit à un état auquel on peut donner le nom de démence et de manie.
» On ne peut lui laisser l’usage libre de ses mains , et l’on est obligé de le soumettre à une surveillance rigoureuse, afin d’empêcher au moins le jour qu’il ne se livre à ses habitudes d’excitation.
» L’influence de cette cause se fait connaître chez 'lui à je ne sais quelles craintes et quels fantômes qui assiègent son esprit... .
» On constate chez lui une sensiblerie, une hypochondrie toutes spéciales ; une profonde indifférence de caractère , un affaiblissement musculaire général.
» 11 est des sujets que cette cause jette dans un état de prostration extrême , d’autant plus prompte à naître que les excès sont commis plus immédiatement à la période de puberté.
» Lorsque vous voyez une jeune personne de l’un et de l’autre sexe devenir aliénée, il ne faut jamais perdre de vue les rapports génésiques. Ces rapports peuvent être l’amour, un amour violent, contrarié, un amour malheureux , et alors il est facile de saisir la connexion qui existe entre ces causes et le trouble mental ; mais quand l’aliénation se déclare sans qu’on puisse indiquer la source du mal , il faut, chez les jeunes sujets et dans l’immense majorité des cas , diriger son attention sqf le vice de l’onanisme (1).
» C’est parmi les personnes jeunes qu’il faut principalement soupçonner l’existence de cette cause. Néanmoins les émissions spermatiques peuvent , chez les hommes mariés , engendrer l’aliénation mentale. Cela arrive principalement chez lès riches qui mènent une vie inactive et se livrent , dans l’intimité conjugale , à des rapports abusifs. Esquirol a dit que l’aliénation mentale, chez les riches, provient souvent de l’onanisme, et l’expérience prouve la justesse de cette obsefvation (2). »
(1) Ce précepte est excessivement important dans le traitement de l’hystérie, névrose si souvent aggravée par les habitudes onanistiques, si tant est que dans beaucoup de cas elle ne soit pas la conséquence de cette funeste habitude.
(2) Guislain, ouvr. cil., t. II, p. 6! , 62. Cette dernière observation renferme un grand intérêt pratique. Ce n’est qu’après une longue expérience du traitement des maladies nerveuses que je me suis aperçu que plus d’une affection de ce genre, avec complication d’hypochondrie, de débilité intellectuelle, de manifestations névralgiques douloureuses, de tics choréiques, d’accidents cataleptiques et épileptiformes, devait être attribuée, dans la classe riche, à l’abus des plaisirs vénériens, et cela chez l’un et l’autre sexe.
PERTES séminales. — TROUBLES CÉRÉBRAUX COKSÉCÜTtES. 179 Pertes séminales inroioutasres. — La question des pertes sétninales involontaires se rattache à celle de l’onanisme , au moins pour ce qui regarde certaines conséquences, puisqu’il est hors de doute que les émissions spermatiques souvent sollicitées , aussi bien que les pertes involontaires de ce liquide, exercent sur l’économie une grande influence débilitante. On sait, d’un autre côté, que, en dehors de la folie proprement dite, la débilité intellectuelle , l’affaiblissement de la mémoire surtout , suivent de près les émissions trop fréquentes. Toutefois, dit M. Guislain, il n’est pas moins constant qu’on voit bien des personnes atteintes de pertes spermatiques involontaires arriver à un âge avancé sans présenter le moindre symptôme d’une maladie mentale.
Dans un mémoire intitulé ; Des pertes séminales involontaires et de leur influence sur la production de la folie , lu à l’Académie de médecine le 23 mars 1851 , M. le docteur Lisle est plus exclusif que la plupart des auteurs qui se sont occupés des maladies nerveuses. Voici quelles sont ses conclusions :
« 1° Les pertes séminales involontaires exercent une influence des plus pernicieuses sur le système nerveux, et deviennent à la longue une cause fréquente de folie.
» 2° Elles impriment aux symptômes de cette maladie un cachet tout particulier qui permet de distinguer les individus qui en sont atteints des autres aliénés.
» 3° La folie causée par des pertes séminales est rebelle à tous les moyens de traitement dirigés uniquement contre l’affection du cerveau,
» k° Elle guérit au contraire rapidement, et à peu près constamment, lorsqu’on est parvenu à faire cesser les pertes involontaires de semence , et lorsque d’ailleurs les malades ne sont ni paralytiques ni en démence.
» 5° La théorie moderne qui regarde la folie comme une maladie primitivement et essentiellement cérébrale , ri est donc pas vraie d’une manière absolue. Il existe dans la science des faits constants qui prouvent que , dans un certain nombre de cas , le cerveau n’est affecté que sympathiquement et secondairement à la souffrance d’un autre organe. »
Les conclusions, un peu trop absolues peut-être , de ce mémoire ont été combattues par M. le docteur Belhomme (1) au point de vue de la folie sympathique surtout, que l’auteur, moins exclusif qu’on ne le pense sous ce rapport , admet dans un certain nombre de circonstances ; .et il rapporte, à l’appui, des troubles intellectuels compliqués d’aiïections de
(1) Union médicale, 8 avril 1851.
180 ÉTIOLOGIE. — pertes SÉMINALES,
l’utérus (hypertrophie du col , polypes) , et qui ont disparu complètement avec la guérison de la maladie utérine.
Pour en revenir aux pertes séminales , M. Belhomme dit qu’indépendamment des observations de Lallemand qui ont attiré l’attention des observateurs sur l’influence des pertes séminales involontaires dans la production de la folie , M. Deslandes , dans son Traité de V onanisme , a déjà appelé la discussion sur ce sujet. « L’affaiblissement des facultés intellectuelles peut aller jusqu’à l’idiotisme et l’abrutissement le plus complet ; presque toujours alors le cerveau et ses dépendances, sont profondément lésés, ce qu’annoncent certains symptômes, comme la perte de la vue , de l’ouïe , des accès convulsifs , la paralysie , etc . » M. Des¬
landes rapporte , il est vrai , quelques faits qui prouvent que les pertes séminales volontaires ou involontaires déterminent des accès d’hypocbondrie, de mélancolie, avec idées de suicide, etc..... Mais ce qui paraît prouvé à M. Belhomme , c’est que le genre de folie qu’amènent les pertes séminales serait plutôt la démence que toute autre forme d’aliénation.
11 est inutile de nous étendre plus longtemps sur les dissentiments des auteurs , lorsque ces dissentiments ne détruisent pas le fait étiologique si important qui nous occupe , et qu’ils ne portent que sur la fréquence de l’aliénation , la forme qu’affecte cette maladie, et sur la théorie des faits sympathiques. Il résultera pour nous, des observations qui pi’écèdent, la conviction qu’en dehors des conséquences ordinaires des excès vénériens, onanistiques et des pollutions involontaires (marasme physique, abrutissement., démence, idiotisme), il est des troubles cérébraux particuliers qui sont en rapport avec les pollutions involontaires ; ce sont l’hypochondrie, la dépression mélancolique, compliquées parfois de tendances au suicide.
€e qui n’est pas moins avéré, c’est que les travaux de Lallemand ont amené d’autres praticiens à rechercher la cause de certains accidents nerveux dans une affection qui, combattue avec succès, a fait disparaître les phénomènes anormaux de l’ordre intellectuel et moral qui en étaient la conséquence. C’est ainsi que M, le docteur Hubert Yalleroux, étant parvenu à découvrir qu’un cas d’hypochondrie, avec aphonie et pertes séminales, était dû à un rétrécissement organique de l’urèthre, a obtenu une pleine guérison par la dilatation de l’obstacle (1).
(1) Annales médico-psychologiques, t. II, p. 324. Nous citerons cet exemple, lorsque nous aurons particulièrement à nous occuper du traitement. M. le docteur Griesinger rapporte que les travaux de Lallemand l’ayant déterminé à rechercher les cas de folie qui peuvent être en rapport avec les pollutions involontaires, il a trouvé deux malades chez lesquels ce rapport semblait exister. Il a employé la cautérisation, recommandée