‹ Traité des maladies mentalesChapitre 95 sur 306 · ÉTIOLOGIE. — IMPRESSIONS REÇUES DANS LE JEUNE AGE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE. — IMPRESSIONS REÇUES DANS LE JEUNE AGE

nisme, n’est rien de plus qu’un germe qui, de même que l’œuf renfermé dans l’ovaire, a besoin d’être fécondé pour produire un germe nouveau. Ce savant médecin admet en conséquence que dans la génération intellectuelle, c’est l’enseignement qui est chargé de V œuvre de la fécon-. dation.

Mais cet enseignement a besoin d’être défini dans son application. 11 peut se diviser en plusieurs périodes. La première n’est qu’une espèce d’incubation morale. L’enfant est pour ainsi dire passif ; il accepte les impressions qui lui sont données, comme une terre accepte la semence. Dans la seconde période, l’intelligence est déjà capable de comparer les motifs des actions prescrites, et la notion différentielle du bien et du mal ^qui s’élève progressivement à l’état de connaissance, rapproche de plus en plus l’enfant de l’époque où il sera responsable de ses actes. Dans la troisième période enfin, l’homme, jouissant de la plénitude de sa liberté, perfectionne par ses propres forces l’enseignement qui a fécondé son intelligence. Cet enseignement devient entre ses mains un moyen d’action sur ses semblables. Il remplit à leur égard une fonction, et l’on peut dire sans exagération qu’après avoir été fécondé , il féconde à son tour.

Si cette évolution de l’esprit humain suivait constamment sa marche naturelle, nous n’aurions pas à nous occuper d’une manière aussi géné-’ raie de l’aberration de Fintelligence et delà dépravation des sentiments. Mais il existe, et nous l’avons exposé avec un soin particulier, des causes nombreuses qui, s’attaquant à l’intelligence et aux sentiments, constituent cet état déplorable désigné sous le nom de folie. Ces causes agissent avec une intensité non moins grande dans la sphère de l’ordre moral que dans celle de l’ordre physique. Ce qui nous reste à dire fera mieux ressortir encore les conséquences extraordinaires que les premières impressions subies dans notre enfance exercent sur nos destinées intellectuelles futures.

Quelques exemples pris au hasard dans l’immense collection des faits qui constituent l’histoire de l’intelligence humaine serviront à mieux faire comprendre notre pensée, et si nous ne pouvons expliquer toujours ce merveilleux phénomène, nous aurons au moins livré aux maîtres et aux parents des exemples dignes de leur sollicitude.

Un père, plein de tendresse, apportait dans le berceau de son enfant de la mousse et des fleurs ; il prenait plaisir à renouveler tous les jours ce petit cadeau reçu chaque fois avec de véritables transports d’allégresse et de joie. Le bonheur de vivre au milieu des fleurs développa chez ce jeune enfant un besoin qu’il chercha à satisfaire lui-même, à mesure qu’il grandissait, et ces premières impressions de Linné exercèrent, il est permis

LEUR INFLUENCE SUR LE DÉVELOPPEMENT ULTÉRIEUR DES FACULTÉS. 237 de le supposer, une cei'taine influence sur le génie de l’illustre auteur de la classification des plantes (1).

L’émotion qu’une symphonie funèbre, exécutée à la mort de son père, développa dans le cœur d’un enfant de cinq ans, fit naître des dispositions non moins merveilleuses chez le célèbre compositeur J. -A. Hiller.

J. Haydn faisait remonter ses premières dispositions musicales à l’époque où ses sens perçurent, pour la première fois, les chants avec lesquels sa mère avait l’habitude de le bercer. Lorsque ses parents exécutaient sur le clavecin quelques-unes de ces mélodies populaires, qui, en Allemagne, charment les loisirs des familles, l’ânie de cet enfant pressentait déjà ces divines harmonies qui révélèrent plus tard au monde musical l’auteur de la Création et de tant d’autres compositions célèbres.

Un Jeune enfant d’une constitution frêle et délicate, d’une nature timide et réservée, ne pouvait assez rassasier son esprit en lisant la biographie des hommes célèbres dans l’art de la guerre. Rien n’annonçait alors au monde le grand capitaine qui un jour ferait trembter Louis XIV, et mettrait la France à deux doigts de sa perte.

Si donc le milieu favorable où se développent les premières impressions de l’enfant exerce une influence si marquée sur ses dispositions intellectuelles futures, on conçoit que l’état contraire puisse amener aussi les plus déplorables résultats (2).

L’association des impressions qui constitue, lorsqu’elle est normale, un des développements fondamentaux de l’éducabilité humaine, devient, dit M. le docteur Cerise dans son ouvrage des fonctions nerveuses, lorsqu’elle est anormale, un des éléments principaux de la surexcitation nerveuse. Or, il est des personnes, ajoute ce médecin, qu’une prédisposition semble avoir fatalement condamnées à subir dans leurs impressions les associations les plus bizarres, les plus vicieuses et les plus funestes.

J’ai cité dans le premier volume de mes Études cliniques, p. 226, l’observation d’une jeune fille dont les tendances dépravées dès l’âge de quatre ans ainenèrent un état névropathique caractérisé par la perversion de tous les sentiments et par l’envie de tuer sa mère. L’interrogatoire auquel fut soumise cette enfant âgée de huit ans à l’époque de la perpétration des faits qui lui sont imputés révèle des faits qu’elle avoue avec le

(1) Schubert, Geschîchte der Seele, p. 480.

(2) Il est bien entendu que je ne donne pas ces faits comme le résultat nécessaire des ■ conditions dans lesquelles les enfants ont été placés. Il faut bien admettre certaines dispositions organiques préexistantes. Mais ces conditions organiques elles-mêmes n’amèneraient qu’un résultat bien incomplet, si l’éducation était nulle ou dirigée dans un sens contraire à ces dispositions natives.

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