‹ Traité des maladies mentalesChapitre 94 sur 306 · INFLUENCE DES IMPRESSIONS DANS LE JEUNE ACE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES IMPRESSIONS DANS LE JEUNE ACE

dans le jeune âge ne sont pas .un des côtés les moins délicats de ces études sur l’action exercée par les causes morales. Nous avons déjà vu dansTliistorique des causes prédisposantes générales, que l’enfance n’a pas toujours été préservée des influences épidémiques de l’ordre moral qui, à diverses périodes historiques, ont jeté de si profondes perturbations dans les esprits. Examinée chez les enfants, la question n’en offre pas moins des problèmes fort difficiles à résoudre. La mobilité du jeune âge, ditEsquirol, mettant l’enfant à l’abri des impressions fortes et durables, le préserverait absolument de la lypémanie, si l’enfance était exempte de toute passion; mais la jalousie, ajoute cet auteur, empoisonne quelquefois les douces jouissances du jeune âge, et produit une vraie mélancolie avec délire. Quelques enfants, jaloux de la tendresse et des caresses de leur mère, deviennent pâles, maigrissent, tombent dans le marasme et meurent. Les enfants sont aussi exposés, mais plus rarement, à la nostalgie.

On n’a peut-être pas assez étudié l’influence ultérieure exercée sur l’organisme parles impressions reçues dans le jeune âge. On sait pourtant la fatigante insistance avec laquelle nous sommes souvent poursuivis par le souvenir de certains faits dont nous avons été les témoins involontaires, de certaines paroles que nous avons entendues malgré nous, et que nous voudrions effacer de notre mémoire. Si donc certaines impressions morales peuvent être si vives, même dans l’âge mûr, il est bien permis d’admettre que l’organisation cérébrale des enfants les rend plus aptes encore à subir l’influence de certaines impressions demauvaise nature. J’ai souvent été, pour ma part, douloureusement affecté parle délire obscène de jeunes filles élevées dans les meilleures conditions morales, sous l’œil vigilant de leurs parents, ou bien dans le milieu des couvents. Comment pourrait-on comprendre que les paroles les plus immondes, au point de vue de la technique ordurière, sont prononcées par ces jeunes filles innocentes et pures, si [l’on n’admettait pas que des choses involontairement entendues, que des actes dont elles ont été les témoins non moins involontaires, ont laissé dans le cerveau de l’enfant une impression particulière, et déterminé une certaine association d’idées dont la maladie nerveuse intercurrente ravive le souvenir que l’on pourrait croire effacé?

Au point de vue de la pathogénie des affections mentales, de leur pro-^ phylaxie efde leur traitement, cette question a une importance si grande, que l’on me pardonnera volontiers de la reprendre d’un peu plus haut, et de reproduire sous ce rapport la manière dont je l’ai envisagée dans mes Etudes cliniques.

Dans son Traité de philosophie , M. le docteur Bûchez dit avec justesse que la puissance intellectuelle, résultat de la réunion de l’âme à l’orga-

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