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S 3. — CAUSES DÉTERMINANTES» MORALES ET PHYSIQUES

Les causes déterminantes, que l’on désigne encore sous le nom d 'occasionnelles, et qui provoquent directement l’aliénation mentale, ont été divisées en causes physiques et en causes morales. Ces causes peuvent avoir une action complexe, et se combiner de mille manières.

Les auteurs ont, de tout temps, signalé deux circonstances principales dans lesquelles la folie tend à se produire. D’une part, ils onl admis des causes matérielles, organiques ou autres, venant exercer une influence funeste, directe ou indirecte, sur le système nerveux; d autre part, ils ont reconnu avec raison, car c’est évidemment la cause la plus fréquente pour les formes essentielles de l'aliénation,

(1) Moreau (de la Sarthe), Encyclopédie mélh., t. IX, p. 143.

•des influences d’une nature moins appréciable, dont l’action sur le

qu’en se servant de l’intermédiaire de cet organe. »

Quoi qu’il en soit, il y a lieu d’examiner, pour l’étude pratique de l’aliénation, ces deux ordres de causes : les causes physiques et les (causes morales; mais, nous devons le dire, elles n’agissent pas toujours d’une manière isolée, le plus souvent elles s’associent entre elles pour déterminer le développement de la maladie mentale.

C’est seulement quand le terrain est suffisamment préparé que la cause devient réellement active ; c’est lorsque l’individu a déjà éprouvé une atteinte plus ou moins profonde dans sa santé, lorsqu'il a été Dagonet. — Maladies mentales. 9

système nerveux est moins facile à saisir et à j*Ten connprendre, mais dont l’existence n’en est pas moins évidente : mous voulons parler des impressions morales. D’où la division établie déjà par EfquiroVet qui mérite d’ètre conservée au point de yue‘pràtiqtre^,de caulra phyStoues et de causes morales. É V % \

sujet à diverses impressions pénibles, qu’on voit la maladie accomplir son évolution.

Causes morales.

S’il est un fait que l’on ne saurait mettre en doute, c’est l’influence que certaines affections de l’âme exercent sur notre organisation. Par quel mystérieux mécanisme cette action vient-elle particulièrement atteindre les organes chargés de présider à l’exercice des facultés intellectuelles? Quelle est la modification morbide apportée à cette portion du cerveau, qui a pour conséquence le trouble, le désordre de l'intelligence? Ce sont là des problèmes qui, probablement, malgré de nombreuses recherches faites à ce sujet, resteront longtemps encore environnés d’obscurité.

Le fait que nous devons nous borner à constater, c’est la prédominance des causes morales sur les causes physiques dans la génération de la folie. « C'est là, dit Parchappe, une vérité acquise à la science, et que l'observation avait enseignée aux anciens; c’est ce que les recherches statistiques ont démontré pour les modernes. »

Sur un relevé statistique que nous avons fait il y a quelques années, nous avons trouvé sur 974 aliénés, chez lesquels il avait été possible de constater la cause de l’aliénation, 405 ayant éprouvé des impressions morales de diverses sortes; c’est un peu plus des deux cinquièmes du chiffre total. Pour Parchappe et Guislain, la proportion serait plus forte, et l'on devrait admettre 66 causes morales pour 100 cas de maladie, les deux tiers.

Chagrins domestiques. — Esquirol considère avec raison les chagrins domestiques comme une des causes d’aliénation les plus fréquentes. « Les chagrins domestiques comprennent les peines, les douleurs, les contrariétés, les infortunes, les discussions de famille ; on ne se persuade pas combien ces causes agissent sur le peuple, principalement sur les femmes (1). »

Qui n'a vu les constitutions les plus robustes fléchir sous le poids des peines endurées au foyer de la famille ; l’inconduite d’un fils, d'une fille, briser le cœur de malheureux parents, dont les plus douces espérances, les plus chères illusions venaient disparaître du même coup ? Combien de fois la raison d’une mère n'a-t-elle pas succombé à cette intarissable douleur causée par la perte de l’enfant auquel elle portait une affection sans bornes; car l’amour maternel dépasse en puissance tous les sentiments qui sont placés au fond du cœur humain.

« Cette espèce de tristesse a une particulière amertume, dit Descartes, en ce qu’elle est toujours jointe à la mémoire du plaisir que nous a donné la jouissance. »

(I) Esquirol, t. Ier, p. 58.

Le chagrin revêt toute espèce de formes; il prend sa source dans une foule de circonstances : revers de fortune, ambition déçue, désordre introduit au sein de la famille, perte d’emploi, remords, jalousie, amour contrarié, telles sont les circonstances que nous voyons se reproduire à chaque instant.

Toutes ces causes se présentent avec un nombre infini de variétés; elles se combinent soit entre elles, soit avec diverses lésions organiques, et leur association prépare plus ou moins rapidement le terrain favorable à l’évolution de la maladie. De là résulte l’impérieuse nécessité, pour le médecin, de tenir compte de ces diverses circonstances et des faits même en apparence les plus insignifiants.

Crainte. — Frayeur. — La crainte et la frayeur sont plus souvent qu’on ne le pense l’origine de dérangements intellectuels et de troubles nerveux.

La frayeur est, on le sait, une des causes les plus fréquentes d’attaques d’épilepsie et d’hystérie.

Esquirol et Guislain ont trouvé, pour cette cause, la proportion d’environ 12 p. 100 chez les aliénés ; nous sommes loin d’avoir rencontré cette fréquence dans nos relevés statistiques. On n’en doil pas moins reconnaître que la frayeur produit des effets redoutables, surtout sur les imaginations ardentes, et notamment sur les enfants. Elle paralyse momentanément les facultés ; sous son influence la respiration est suspendue, la circulation est ralentie, la peau se couvre d’une sueur froide, le sang se retire des extrémités et reflue vers les organes intérieurs. Elle exerce sur les centres nerveux une action tellement marquée que, dans quelques cas, on l'a vue dissiper l’ivresse sur-le-champ, et rappeler l’homme à son bon sens, en présence d’un danger imminent. Certaines conditions organiques peuvent aussi en exagérer les effets, par exemple, la susceptibilité nerveuse, une constitution affaiblie, l’état de vacuité de l’estomac; la période menstruelle, etc.

Causes religieuses. — Le fanatisme religieux, qui a causé tant de folies autrefois, a perdu presque toute son influence aujourd’hui, dit Esquirol, et produit rarement le dérangement des facultés. Cependant il existe des localités où cette cause se rencontre assez fréquemment. On l’observe particulièrement dans les pays où des cultes différents sont en présence, et dans quelques communes où les passions religieuses sont portées à un haut degré d’intensité.

Amour. — « L’amour, qui cause si souvent l’érotomanie et même la nymphomanie dans les pays chauds, a perdu son empire; l’indifférence des esprits a gagné les cœurs, et les passions amoureuses n’ont ni l’exaltation ni la pureté qui engendrentlafolie érotique. » (Esquirol.)

La remarque de ce maître célèbre est juste au fond; malgré cela il l’est pas de médecin qui n’ait eu l’occasion d’observer des exemples

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plus ou moins remarquables d’aliénation déterminés par des chagrins d'amour.

C'osl surtout la lecture assidue d ouvrages romanesques, erotiques, qui de nos jours est une cause puissante d’excentricités maladives; nous avons vu depuis quelque temps ces faits se multiplier. Une littérature plus propre à pervertir le sens moral qu à fortifier 1 intelligence, en surexcitant les passions, tend par cela même à exalter l'imagination, à fausser le jugement, à déplacer les affections naturelles («t légitimes, elle développe par suite une disposition marquée à la folie.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur des influences moiales dont L‘ nombre varie à 1 infini, et dont nous avons voulu seulement faire ressortir l’extrême importance.

Causes physiques.

Affections diverses. — Les causes physiques peuvent exercer leur action de plusieurs manières; tantôt elles agissent mécaniquement et par une sorte d’action directe : telles sont les affections qui produisent la compression, la congestion, l'inflammation du cerveau; tels sont encore les coups, les chutes, les exostoses, les tumeurs, les ossifications, etc. Dans cette classe rentrent les cas toujours graves de délire symptomatique (1).

La folie peut survenir à la suite de l’ingestion de substances qui provoquent un trouble dynamique; tels sont les spiritueux, l’opium, etc.

Lutin, au nombre dos causes physiques, se trouvent diverses affections organiques, la plupart des affections convulsives, dites névroses, et certaines maladies aiguës qui viennent retentir sur le système nerveux.

Quelques troubles fonctionnels, ceux de la menstruation, par exemple, peuvent être invoqués comme une cause déterminante, el même comme la cause prédisposante de l’aliénation; de même que i clle-ci peut, dans quelques circonstances, être considérée comme les ayant déterminés. Dans ce cas, il existe une action réciproque du trouble fonctionnel el de l’état mental.

(.e qu on peut souvent observer, c'est l’influence toute particulière exercée par la lésion organique sur la forme même du délire ; il n’est pas rare de voir ce dernier revêtir une physionomie spéciale et un < a< 1 " ‘ I véritablement caractéristique. Nous aurons à examiner des manifestations délirantes plus ou moins en rapport avec la cause physique, 1 altération organique, qui vient les produire.

Fièvre typhoïde. Le dérangement des facultés a été observé

(1 \oy. chap. Anatomie pathologique.

surtout pondant la convalescence de la fièvre typhoïde. Le désordre consiste dans un état maniaque qui, d’habitude, disparaît assez facilement. mais qui peut aussi affecter un caractère fâcheux. Chomel rapporte, à ce sujet, l’exemple d’une jeune fille entrée en convalescence le vingt-sixième jour d'une fièvre typhoïde extrêmement grave. Après dix-huit ou vingt jours de convalescence, on remarque, sans cause appréciable et sans augmentation dans la fréquence du pouls, un changement notable dans son caractère. Peu à peu sa raison s’altère au point qu’on est obligé de la transporter à la Salpétrière, d’où elle a pu sortir entièrement rétablie après y être restée seulement quinze jours.

Forget (1) cite également l’aliénation comme une complication qu’on peut observer pendant la convalescence de cette maladie. Cet accident se dissiperait, suivant lui, presque constamment; lorsqu’il persiste, il y a lieu de le considérer comme le résultat d’une affection encéphalique à peu près incurable.

Louis (2) a vu deux fois, quand la fièvre avait diminué, ou même au commencement de la convalescence, le délire se caractériser par des idées fixes. « Un malade prétendit, pendant cinq jours de suite, que depuis son admission à l’hôpital il avait été dans son village, et qu’il en avait rapporté des louveteaux qu’il voulait vendre. Pendant cinq jours, quelque objection qu’on lui fit, il resta dans la même illusion, que d’ailleurs il soutenait avec beaucoup de calme. Ce ne fut qu'après ce temps, à la suite d une promenade qu’il venait de faire, qu’il reconnut son erreur. Une jeune fille soutint d'abord, pendant deux jours, que sa sœur était morte; elle l’affirmait avec l’accent de la plus profonde conviction, s’occupant de ses petites nièces, de leur deuil, etc. »

La convalescence d’une fièvre typhoïde doit être considérée comme prédisposant à la folie, par cette raison d’abord qu'elle porte une atteinte profonde au système nerveux, et peut-être plus encore parce qu’elle détermine l’appauvrissement du sang. En effet, la folie persiste tant que dure l’anémie; elle se dissipe à mesure qu’une alimentation réparatrice fait renaître les forces et rétablit les fonctions dans leur état normal.

Pneumonie. — Après la fièvre typhoïde, la pneumonie est peut-être la maladie qui parait le plus prédisposera la folie. Il importe toutefois de séparer le délire qui survient pendant la convalescence, et dont le pronostic est favorable, de celui qui donne tant de gravité à la pneumonie. Dans ce dernier cas, les émotions morales et surtout l’abus des liqueurs alcooliques seraient les causes les plus communes du délire grave, qui serait une véritable complication de la pneumonie, et

(1) Forget, Traité de l'entérite folliculeuse. Paris, 1841.

(2) Louis, Recherches sur la gastro-entérite , t. II, 566.

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contre lequel le professeur Chomel conseillait d'associer, surtout chez les ivrognes, quelque boisson alcoolique à une médication opiacée. C’est seulement lorsque la pneumonie est en voie de résolution que se manifeste cette forme d'aliénation que nous venons d'indiquer, dont le pronostic n'est nullement fâcheux, et qui est en général de courte durée.

Fièvres. — Impaludisme. — Sydenham, Boerhaave, et quelques auteurs allemands, ont signalé les fièvres intermittentes comme pouvant donner lieu à des troubles de l’intelligence. C’est surtout à la suite de récidives fréquentes, lorsqu’il est survenu un état cachectique, quelquefois sous l'influence d’un léger état d’œdème cérébral, qu’on peut observer l’aliénation mentale avec un caractère plus ou moins marqué de stupeur. Friedreich (1) a rassemblé, sous ce rapport, un certain nombre d’observations.

Pour notre part, malgré les fréquentes épidémies de fièvres intermittentes que nous avons pu observer, surtout en Alsace, il ne nous a pas été donné de rencontrer des exemples évidents de fièvres intermittentes compliquées d'aliénation. Cette cause nous paraît fort douteuse. Nous partageons l’opinion de Guislain, et nous croyons, ainsi que nous l’avons dit, qu’il y a lieu dans ce cas de tenir grand compte de la cachexie et de l'appauvrissement du sang. Baillarger pense que les fièvres intermittentes prédisposent à l’aliénation mentale, en agissant d abord comme toutes les affections nerveuses, mais surtout en produisant l’anémie, et par conséquent en augmentant encore l’excitabilité du système nerveux.

\j on a pensé aussi que les fièvres paludéennes, par une sorte de perturbation apportée dans le système nerveux, pouvaient amener une crise lavorable de la folie. Dans ce but on a cherché, notamment en Allemagne, à laire naître artificiellement des accès fébriles, b expérience nous a démontré, à l’asile de Stéphansfeld, que ces accès n ont jamais modifié le délire d’une manière favorable; si quelquefois I agitation maniaque paraît céder momentanément, pendant la pé- ,*1’ *'''vre> e^e reprend souvent avec une intensité plus grande ■ li s que I accès est terminé. Nous ne saurions donc partager l’opinion 1' C|,> nmdecins « qui voudraient voir construire une maison d’aliénés au milieu de terrains marécageux » persuadés des effets bienfaisants que les fièxres intermittentes ne manqueraient pas de produire sur l’aliénation mentale.

Nuu> tromons la confirmation de l’opinion que nous venons '! ' 1111 ^ans 1111 0xC(dlent travail de M. le I)r Duclos, médecin de I asile des aliénés de Betton (Savoie). L’asile de Betton est situé dans N I "ii i < i « >phe de la Maurienne, où les eaux viennent s’accu-

1) Friedreich, Pathologie des maladies psychiques.

muler à certaines époques de l'année, transformant la vallée en une sorte de marais que l’action du soleil, si prolongée qu’elle soit, ne peut dessécher complètement; aussi les fièvres intermittentes y sont-elles endémiques ; elles n’épargnent personne. Après un séjour d’une certaine durée, médecin, employés, malades, tous payent leur tribut à l’influence paludéenne. Quant aux aliénés, les mélancoliques sont devenus plus agités, mais pour retomber bientôt dans une prostration plus morne; les maniaques, d’abord plus calmes, ont été pris ensuite d’une agitation plus grande ; les uns et les autres ont marché plus rapidement vers la démence ; deux maniaques seuls semblent s’être améliorés (1).

11 y a donc lieu de conclure que, dans la majorité des cas, les accès d’impaludisme, surtout en déterminant un état cachectique, exercent une intluence défavorable sur la marche de l’aliénation, et qu’ils tendent plutôt à transformer en démence les diverses formes qui, jusquelà, présentaient encore des chances de guérison.

On a mentionné des troubles psychiques dans différents états fébriles. Les dernières épidémies d 'influenza ont provoqué assez souvent soit des délires fébriles soit des psychoses post fébriles ayant les caractères des psychoses asthéniques ou de simples mélancolies (Kirn) (2). Si les cas étaient en général favorables, quelques-uns ont présenté un pronostic grave.

Affections rhumatismales. — Quoique rares, les cas de délire consécutifs à une diathèse rhumatismale ou goutteuse, ne sauraient être mis en doute. On doit certainement admettre, dans quelques circonstances, une prédisposition à l'aliénation, mais il peut arriver aussi que cette prédisposition n’existe pas, et il faut bien alors reconnaître que le principe morbide vient porter son action sur le cerveau ou ses enveloppes. Suivant le Dr Berthier, la diathèse rhumatismale, lorsqu’elle cause la folie, détermine plus souvent la forme maniaque, qu’il ne faut pas confondre avec le rhumatisme cérébral, état aigu, pyrétique, à marche rapide, et beaucoup plus grave (3).

Affection vermineuse. — On trouve dans la science quelques exemples d’affection vermineuse ayant déterminé l’aliénation, ou plutôt des accès de délire plus ou moins prolongés. Legrand duSaulle a cité des faits intéressants rapportés par les auteurs, notamment de larves logées dans le conduit auditif externe, dans les fosses nasales, dont la présence aurait été une cause de vive irritation, et aurait déterminé des accidents cérébraux. Esquirol et Ferrus ont également rencontré des cas de guérison d’affection maniaque, déterminée par 1 expulsion de vers intestinaux. Ferrus a communiqué à l’Académie de

(1) Duclos, Ann. méd. psych., 1847, p. 150.

(2) Kirn, Ally. Zeitschr. f. Psychiatrie. Vol. 48.

(3) Berthier, Névroses diathésiques , 1875, p. 46.

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médecine I) l’observation d’un aliéné guéri immédiatement après l’expulsion d’un tænia. Frank a vu, chez un juif de la Lithuanie, un délire furieux, causé par des ascarides. Vogel a observé un jeune homme chez lequel deux attaques de manie furieuse, à quelques années l’une de l'autre, se dissipèrent immédiatement après l’expulsion d’une assez grande quantité d'ascarides (2). Un malade, atteint de délire maniaque produit par la présence de vers lombrics dans l’estomac, a été guéri aussitôt après leur expulsion (3). Friedreich (4) a également cité un certain nombre d'observations dans lesquelles la présence d'helminthes, tænias, lombrics, ascarides, auraient provoqué des accès de délire subit; l'expulsion aurait été suivie de la cessation presque immédiate des accidents.

Cette cause, quoique peu fréquente, ne nous paraît pas cependant devoir être mise en doute (5).

Onanisme, excès sexuels. — Plus le système nerveux est excité, plus il s’affaiblit; et plus il s’affaiblit, plus il est disposé à l’excitation. On remarque ici un cercle cruel d’irritation et d’affaissement, dans lequel les forces s’usent et se consument.

En lète des causes qui viennent porter une atteinte profonde au système nerveux, se trouvent l’onanisme et les excès sexuels.

Quelques auteurs, particulièrement Tissot, Deslandes, H. Fournier(G), ont décrit les ravages que ces tristes habitudes ne manquent pas d’exercer sur la constitution physique et morale de l'individu.

Dans l’ordre des altérations physiques, on ne tarde pas à observer l’amaigrissement du sujet, qui se plaint en même temps d'un sentiment de lassitude, d’abattement et d’une sorte de courbature. La physionomie perd sa fraîcheur pour revêtir une teinte grise, terreuse ; les yeux sont entourés d’un cercle gris bleuâtre; l’appétit est capricieux, la digestion paresseuse ; il n'est pas rare de voir survenir, comme conséquence, l’épuisement, et quelquefois la phthisie pulmonaire.

Au point de vue moral, les suites des excès vénériens ne sont pas moins désastreuses: on observe d’habitude une disposition hypocondriaque accompagnée d’idées de suicide; ou bien un état maniaque avec affaiblissement des facultés intellectuelles ; l’incohérence des idées s’ajoute à des erreurs de jugement et à divers troubles de la sensibilité générale.

On peut, en outre, remarquer la lenteur des mouvements, le dégoût

(1) Ferrus, Bull, de l'Acad. de médecine.

(2) Vogel, Ann. mid. psych., 1857, p. 441.

(3) Annales médico-psychologiques, 1845, p. 292.

(4) Friedreich, Pathologie générale.

(5) Davaine, Traité des entozoai res et des maladies vermineuses. 2e édition. Paris,. 1 8 77.

(6) H. Fournier, De l’onanisme, causes, dangers, inconvénients et remèdes. 3e édition. Paris, 1883.

pour toute espèce de travail, et une évidente difficulté pour fixer l’attention. Les onanistes sont craintifs, pusillanimes; un rien les effraye, ils fuient l'éclat de la lumière, le regard des personnes qui les entourent; les plus nobles instincts sont paralysés chez eux; leur regard, lorsqu’il n’est pas hébété, a quelque chose de sournois. Malgré leur état habituel d’apathie et de timidité apparente, ils sont quelquefois sujets à des accès de fureur, et peuvent devenir extrêmement dangereux. Un jeune homme que nous avons observé, et dont la raison s’était égarée à la suite de ces regrettables excès, a voulu, dans un moment de surexcitation sauvage, frapper sa mère d’un coup de couteau.

« Que ne puis-je, dit le Dr Ellis, emmener avec moi, dans mes visites de tous les jours, les tristes victimes de ce vice, et leur faire voir les terribles conséquences de leur funeste passion ! Je pourrais leur montrer des personnes favorisées par la nature des talents les plus distingués et les plus propres à les rendre utiles à la société et à en faire l’ornement, tombées dans un tel état de dégradation physique et morale que le cœur se brise à cette vue ! »

Esquirol signale l’habitude de l’onanisme comme étant aussi commune chez les femmes que chez les hommes; mais elle parait moins funeste chez les premières.

Il fait remarquer que ce vice est souvent la conséquence de l’aliénation et il le signale aussi comme en étant fréquemment le prélude. Il n'est pas rare de voir des malheureux, surtout à la période prodromique de la paralysie générale, poussés irrésistiblement à des excès sexuels. Esquirol fait encore observer justement que la masturbation est un des obstacles qui s’opposent le plus à la guérison des aliénés qui s’y livrent fréquemment, pendant le cours de leur maladie. Les crétins, les imbéciles, les idiots s’y abandonnent avec fureur.

Les auteurs sont partagés sur la fréquence de cette cause dont il est difficile d’obtenir l’aveu, soit du malade lui-même, soit des parents chargés de fournir des renseignements.

Spermatorrhée. — Pollutions. — On a signalé les pertes involontaires du liquide séminal, pour peu qu’elles soient répétées ou abondantes, comme pouvant constituer chez les jeunes sujets une cause déterminante du désordre des facultés. Le professeur Lallemand (l ia recueilli l’histoire de plusieurs de ces malades chez lesquels I impulsion au meurtre existait seule, ou s'accompagnait du penchant au suicide. Ces aberrations intellectuelles étaient tellement sous la dépendance de la spermatorrhée, qu elles disparaissaient aussitôt que les pertes séminales venaient à cesser, et reparaissaient avec la même force quand celles-ci se manifestaient de nouveau.

(1) Lallemand, Des perles séminales involontaires. Paris, 183G-52.

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Le D' Lisle a communiqué (1) le résultat de ses remarques sur ce sujet. 11 a recueilli l’observation de malades chez lesquels il existait depuis plusieurs années des pertes séminales involontaires, et qui présentaient les symptômes suivants : souffrances physiques plus ou moins anciennes, dont le siège et la nature sont difficiles à déterminer; penchant instinctif, irrésistible, à la tristesse, à la mélancolie, et plus tard au suicide ; changement graduel de caractère, d’idées, d’affections, d’habitudes; de temps en temps, faiblesse de l'intelligence, et surtout de la force morale, inaptitude au travail, indécision habituelle, tendance à l’isolement, irritabilité, disposition méfiante et soupçonneuse.

Un de nos malades nous écrit les lignes suivantes : « Je suis un jeune homme de vingt-cinq ans, ayant des pollutions nocturnes qui m’affaiblissent extraordinairement; alors j’ai mal à la colonne vertébrale, mal aux yeux, enfin je suis las et fatigué. Je suis pâle et maigre, mes membres sont dé. charnés ; tout cela provient de la masturbation, que j’ai apprise d’un autre garçon, à l’àge de douze à treize ans. J’ai toujours un grand appétit, mais la digestion ne se fait plus comme autrefois; quand je mange un peu, alors j’ai mal au ventre. 11 y a déjà longtemps que je n’ai plus d’érections, et la nuit la semence s'en va sans la moindre érection. Je crois que les vaisseaux séminaux sont dilatés, qu’ils ne sont plus en état de retenir la semence; ils sont devenus ainsi à force de masturbation. J’ai déjà consulté plusieurs médecins, et cela depuis plusieurs années, mais aucun n’a été en état de me rétablir... »

Suivant le Dr Lisle, la folie qui reconnaît cette cause est rebelle à tou§ les moyens de traitement dirigés contre les affections cérébrales ; elle est au contraire rapidement guérie si l’on remédie aux pertes séminales, et s'il n’existe pas de symptômes de paralysie ni de démence. Nous examinerons plus tard les moyens proposés pour combattre le6 pertes séminales, provoquées ou involontaires, et particulièrement la cautérisation de l’urèthre, employée contre ces dernières par Lallemand.

Menstruation. — Chez les femmes, les désordres de la menstruation peuvent être considérés, dans une foule de circonstances, comme une cause incontestable de l'explosion de la folie. Il est des jeunes filles qui deviennent folles par suite des difficultés mêmes que la menstruation éprouve pour s’établir ; la folié disparaît aussitôt que les règles viennent à se montrer. La suppression brusque de l'écoulement menstruel, quelle qu’en ait été la raison, refroidissement ou impression morale, etc., a été fréquemment la cause déterminante de l'aliénation, qui a pu se dissiper dès que les règles se sont rétablies. Celte influence énergique de la menstruation, sur l'organe cérébral, se

I) Lisle, Bull, de l’Académie du 25 mars 1852.

no

montre chez le plus grand nombre des femmes aliénées, chez lesquelles *e délire s’exaspère au moment de l’apparition de la menstruation, pour diminuer quand l’écoulement se manifeste.

Au début de presque toutes les formes de folie, on peut remarquer la suppression de cette fonction importante.

Nous avons observé une malade, entre autres, prise à chaque époque menstruelle, d’impulsions homicides violentes. Sous l'influence de cette disposition, elle avait tué ses trois enfants, peu de temps avant son arrivée à l’asile de Stéphansfeld.

La puberté peut être chez les jeunes gens, chez les jeunes tilles surtout, la source des accidents névropathiques les plus variables. Le travail physiologique qui s’accomplit alors donne lieu à des passions nouvelles, et à une surexcitation des facultés qui, dans quelques cas, vient imprimer au cerveau une activité désordonnée. « C’est, dit le Dr E. Rousseau, l’aiguillon de l’amour qui se fait sentir, pressant, irrésistible, avec son cortège de joies et de douleurs, d’espérances et de déceptions. Quelquefois c’est une application prématurée à certains travaux abstraits, ou bien une étude mal entendue de la religion, conduisant à des pratiques austères et inconsidérées. »

Chlorose. — Anémie. — Les exemples d’aliénation intimement liée à la chlorose et à un état de chloro-anémie, sont communs dans les annales de la science, et les cas de guérison obtenus uniquement sous l’influence d’un régime tonique ferrugineux et réparateur s’observent, chaque jour, dans les établissements d’aliénés.

La plupart des affections aiguës graves, certaines diathèses, paraissent agir sans doute en portant sur les centres nerveux une action spéciale ; mais c’est surtout en déterminant un état d’anémie profonde qu’elles viennent produire des accidents névropathiques de diverses sortes.

On observe chaque jour de malheureuses femmes, des jeunes filles dont la figure pâle, les muqueuses décolorées, la teinte bleuâtre des sclérotiques, les palpitations, le bruit du souffle artériel, indiquent suffisamment une affection chlorotique arrivée à un degré élevé. Dans la plupart des cas, il suffit de préparations ferrugineuses et d'un régime substantiel pour voir disparaître, en même temps que la chlorose, les symptômes nerveux qui en étaient la conséquence.

« N’est-ce pas une chose bien digne de la méditation des physiologistes et de l’attention des praticiens, que cet antagonisme perpétuel entre le sang et les nerfs; entre la prédominance de la force d'assimilation et la prédominance des phénomènes nerveux ? Antagonisme duquel il résulte que, plus le système nutritif et les phénomènes végétatifs sont pauvres et languissants, plus la quantité du sang est diminuée, plus ce liquide est dépouillé de ses parties organisables, plus aussi les phénomènes sont mobiles, exaltés, irréguliers et désordon-

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nés»(l). Le cerveau ne trouvant plus dans le fluide sanguin les conditions physiologiques de sa nutrition, doit nécessairement éprouver un trouble fonctionnel plus ou moins profond. Il peut se développer, d’après Sandras et Valleix (2) sous l'influence de l’état chlorotique, des paralysies que l’on guérit par le fer. La chlorose étant au fond une anémie, il n'est pas surprenant qu’on ait observé dans cette maladie des troubles cérébraux, qui accompagnent cette altération du sang. Ils sont quelquefois portés à un si haut degré, qu’on a noté l’existence d'une véritable manie. Pour Sandras, toutes les formes de l’aliénation mentale peuvent avoir également leur origine dans la chlorose et dans l’anémie.

Boureau (3) fait remarquer qu’à l'altération sensorielle se mêlent souvent, chez les femmes hallucinées, des troubles de la constitution physico-chimique du sang; que les unes sont chlorotiques ou anémiques ; que les autres présentent tous les symptômes de la pléthore, etc. Dans ces différents cas, ce serait se tromper, dit-il, que de mettre l’altération du sang sous la dépendance de l’affection nerveuse, car les désordres nerveux sont presque toujours produits, comme le prouve l’observation, par la lésion du liquide circulatoire.

La chloro-anémie, dit avec raison Hildebrand, favorise les stases sanguines locales, les congestions cérébrales; dans quelques cas même, on a vu se produire des inflammations partielles d’encéphalite limitée avec taches jaunâtres, le ramollissement et l’ulcération de diverses parties de la substance cérébrale, particulièrement de la substance grise.

Nous examinerons, dans le chapitre consacré aux formes d’aliéna- ■ lion mentale dites secondaires, d’autres causes déterminantes du développement de cette maladie, tels que Y état puerpéral, les névroses,. les diverses intoxications, l 'alcoolisme, etc.

Nous terminerons ce chapitre « des causes » en résumant quelques études qui ont été publiées à propos du traumatisme, sur ce que l’on a désigné sous le nom de névrose traumatique et sur les accidents de chemins de fer, que Erichsen a particulièrement décrite sous la dénomination de spinal concussion.

Traumatisme. — Le traumatisme peut être une cause d’aliénation mentale, mais surtout de troubles nerveux qui se rapprochent de ceux qui caractérisent la folie. Nous avons exposé quelques considérations à ce sujet dans notre chapitre sur la paralysie générale.

On peut admettre que, dans la plupart des cas où l’aliénation mentale s’est développée à la suite d’uue cause traumatique, il existait chez l’individu, soit une prédisposition héréditaire plus ou moins-

(1) Trousseau, Mat. méd., t. Ior, p. 551.

(2) Valleix, Guide du médecin praticien , 5e édition, Paris, 1866, t, IL

(3) Boureau, Mémoire pour le prix Esquirol. Ann. méd. psych., 1854.

marquée, soit un état névropathique dont les symptômes ont revêtu une forme plus grave à la suite de la blessure, de la commotion cérébrale, déterminée par l'accident et particulièrement à la suite de l'émotion profonde qui en est résultée.

La question du traumatisme, considéré comme cause du développement plus ou moins rapide ou tardif d'un état d'aliénation mentale, est environnée de grandes difficultés. « 11 fut un temps oit l’on crovait. que les coups, les blessures graves à la tête pouvaient non seulement ne pas causer de dommage, mais au contraire développer des aptitudes nouvelles, changer en intelligence supérieure des facultés jusquelà au-dessous de la moyenne (1). »

Nous résumons succinctement les observations présentées, sous ce rapport, dans l’excellent travail que nous citons.

L’influence des traumatismes crâniens sur laproduction des maladies mentales ne paraît pas avoir été étudiée avec le soin désirable. Il faut en accuser surtout la difficulté et l’obscurité du problème; il est, en effet, très rare de voir la folie succéder directement aux accidents traumatiques.

Foville (2) admettait que l’altération du caractère et des sentiments affectifs qui succède si fréquemment aux coups sur la tête, et qui n’est souvent que passagère, pouvait s’expliquer par des causes morales, le chagrin, l’inquiétude de l’avenir, l’affaiblissement lié à la convalescence, etc. A propos même de l’épilepsie qui succède à certaines lésions crâniennes, il croyait qu’on pouvait se demander, si elle n'était pas souvent consécutive à l 'impression morale , déterminée par l’accident, plutôt que symptomatique de la lésion crânienne elle-même.

Esquirol d’autre part avait écrit: « Les chutes sur la tête, même dès la première enfance, prédisposent à la folie et en sont quelquefois la cause excitante. Ces chutes ou les coups sur la tête, précèdent de plusieurs années l’explosion du délire » (3).

Griesinger, ajoute Christian (4), est un de ceux qui ont le plus insisté sur la grande importance de cet élément étiologique. Toutes les plaies de tête graves, ont suivant lui, une influence considérable sur le développement de la folie, soit qu’il y ait simplement commotion du cerveau, soit qu’il existe des fractures du crâne, des épanchements sanguins ou des pertes de substance cérébrale, etc. Dans d’autres cas, au contraire, ce n’est que longtemps après la blessure, un an, deux ans, six ans, quelquefois même dix ans après, que 1 on voit éclater la maladie mentale (o).

(1) Christian, Archives de neurologie, nos 52 et 53.

(2) Foville, Ann. méd. psych., 1881, p. 359.

(3) Esquirol, op. cit., t. Ier, p. 35.

(4) Christian, toc. cit.

(5) Griesinger, trad. Doumic, p. 211.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Schlager (de Vienne) (1) a essayé le premier d’apporter quelques données précises ; sur 500 aliénés qu'il a examinés, il a trouvé 49 cas (42 hommes, 7 femmes), de folie traumatique. Dans 19 cas, la maladie mentale éclate moins d’un an après l’accident; mais très souvent beaucoup plus tard et quatre fois après plus de dix ans. Schlager semble disposé à admettre que le traumatisme imprime à la folie un certain cachet, qui se manifeste par une grande tendance aux congestions après de minimes ingestions d’alcool, une émotivité exagérée, des hyperesthésies oculaires, etc. Le pronostic lui paraît défavorable ; sept fois il observa la paralysie générale. Enfin l’autopsie qu'il put pratiquer dix fois, lui permit de constater l’existence de cicatrices osseuses, d’adhérences de la dure-mère au crâne, etc.

Si, ajoute Christian, Schlager a la tendance de faire de la folie consécutive au traumatisme une folie particulière, une folie traumatique , cette tendance est encore bien plus accusée dans le travail publié par Skae.

Krafft-Ebing (2) distingue trois cas : 1° ceux dans lesquels la folie est la conséquence directe, unique et immédiate du traumatisme ; 2° ceux dans lesquels la folie ne survient qu’après une période prodromique plus ou moins longue, caractérisée par des modifications de l’humeur, des habitudes, du caractère ; 3° ceux enfin dans lesquels le traumatisme ne crée qu’une prédisposition à la folie, celle-ci n’éclatant que plus tard, sous l’influence d’une cause occasionnelle.

Christian fait remarquer que les auteurs les plus récents admettent tous que la folie peut être l’une des suites éloignées d’un traumatisme du crâne; mais leur attention parait s’être portée trop exclusivement sur la paralysie générale et l’épilepsie.

Quoi qu’il en soit, on doit admettre que les lésions crâniennes agissent diversement suivant leur nature et leur mode d’action. L’ébranlement du cerveau, la commotion qui en résulte, peuvent se traduire par des symptômes immédiats qui sont d’observation vulgaire. Tels sont les troubles sensitifs, douleur plus ou moins vive d’oreilles, bruits de cloches, quelquefois hallucinations de l’odorat, comme Christian en a rapporté quelques exemples (3). Des troubles de la motilité peuvent également se manifester, engourdissement du bras ou de la jambe, hémiplégies ou monoplégies passagères, convulsions, etc.

Quant aux troubles intellectuels, ils peuvent aller du simple vertige ou de l’étourdissement jusqu’à la perte de connaissance complète avec résolution des membres. Il est un symptôme qui fréquemment persiste pendant plusieurs heures, ou même plusieurs jours, et qui, à lui

(1) Schlager (de Vienne), Zeitschrift der Gesellsch. der Wiener Aerzte, VIII, p. 454.

(2) Krafft-Ebing, Ueber die durch Gehirnerschülterung und Kopferletzung hervor gerufenen psychischen Krankheiten. Erlangen, 18G8.

(3) Christian, art. Hallucinations du Dict. encycl. des sciences méd.

seul, prouve combien le cerveau a été profondément ébranlé, c'esl l 'amnésie traumatique.

Motet, Maudsley, d’autres auteurs ont cité des exemples de perte de mémoire qui avaient duré plusieurs mois ; on a encore observé des cas de demi-stupeur et d'automatisme inconscient, pendant lesquels l'individu continue à remplir des actes, souvent très compliqués, qu’il avait commencés ou projetés, avant l’accès, et dont il ne conserve aucun souvenir. Ce sont là des phénomènes que l’on doit considérer comme les symptômes primaires du traumatisme du crâne; ils ont en général une courte durée, et ils disparaissent sans laisser de trace apparente. Le blessé paraît complètement revenu à son état de santé antérieur.

Les accidents secondaires sont d’une autre nature, ils se manifestent le second ou le troisième jour après l’accident, sous forme de méningite, à' encéphalite, d 'abcès cérébraux, etc. Ce sont des troubles inflammatoires sur lesquels nous n’avons pas à insister et qui, en cas de guérison, peuvent porter une atteinte plus ou moins profonde sur l’intelligence, le caractère et la sensibilité morale.

Les accidents tertiaires sont ceux qui surviennent après un temps souvent fort long, chez les individus qui ont eu, à un moment donné, les accidents primaires ou secondaires dont nous venons de parler, et qui en ont paru définitivement guéris. On comprend qu'ils ne se manifestent pas nécessairement et qu’ils dépendent de conditions particulières; la guérison des lésions plus ou moins immédiates, déterminées par le traumatisme, peut être définitive.

Nous résumerons les particularités développées par Christian.

L’arrêt du développement de l’intelligence est fréquent, quand l'accident se produit dans l’enfance; dans d’autres cas, l’intelligence se développe d’une façon irrégulière et détermine un état de dégénérescence mentale, comme nous en avons nous-même cité des exemples (1 . Les individus restent bizarres, mal équilibrés, impulsifs, incapables d’un travail soutenu, ce sont les cérébraux de Lasègue. Ces cas sont encore assez fréquents.

Les changements d’humeur et de caractère peuvent se manifester chez les jeunes gens à la suite de coups sur la tête. Gall cite le cas d un jeune homme qui devint voleur, à la suite d’une blessure à la tète suivie de guérison. Il n’avait jusque-là présenté aucun penchant au vol. D'autres sont devenus alcooliques après leur accident, de telle sorte que celui-ci devait être incriminé. L’épilepsie, les attaques épileptiformes sont l’une des conséquences les plus fréquentes des traumatismes crâniens. Il n’est pas rare de voir survenir 1 épilepsie d’abord, la folie ensuite.

(1) Voy. chap. Dégénérescence mentale.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Christian remarque qu'il n’y a pas lieu d’admettre en principe une l'orme de folie spéciale, dite folie traumatique , comme Schlager, Skae et Krafft-Ebing ont cherché à le faire.

Rien n’est en effet variable comme l’action du choc traumatique, comme ses résultats prochains; il n’est même pas possible de savoir exactement quelle est la partie de l’encéphale définitivement atteinte. Le traumatisme d’ailleurs n’agit jamais seul, il n'agit pas autrement que toutes les causes que nous évoquons dans l’étiologie des maladies mentales : comme cause déterminante, souvent prédisposante. Il intervient surtout en faisant du cerveau un locus minoris resistenliæ, quand il n’existe aucune prédisposition antérieure, — ou, tout au contraire, il met en jeu les prédispositions latentes.

« C’est ainsi, ajoute Christian , que l'on peut voir survenir l’une ou l’autre des maladies mentales : manie, délire de persécutions, folie circulaire ou démence, épilepsie, paralysie générale. Le traumatisme ne saurait, en général, imprimer à la folie qui en est la conséquence, un même caractère spécial; la démence seule présente peut-être un cachet particulier qui lui mériterait le nom d 'encéphalite chronique de cause traumatique. Elle rappelle quelques-uns des caractères de la paralysie générale, mais elle a une marche plus lente, on n'observe pas le tremblement de la parole, et les idées de grandeurs s’accompagnent d’autres troubles cérébraux, tels que la céphalalgie, les vertiges, les éclipses de mémoire, etc. » (1).

Suivant l’auteur que nous citons, le pronostic de la folie, survenant à la suite d’un traumatisme du crâne, est toujours grave, ce qui s’explique puisqu’on ne saurait la rattacher qu’à une altération plus ou moins profonde et plus ou moins étendue de la substance cérébrale.

Accidents de chemins de fer. — Les accidents de chemins de fer ont, depuis quelque temps, beaucoup attiré l’attention des médecins.

Le « spinal concussion » d’Erichsen et d’autres auteurs peut déterminer une affection psychique, que le docteur Yibert a particulièrement étudiée (2).

Dans quelques cas rares, dit-il, à la suite de ces accidents, les blessés ont présenté les signes de la commotion cérébrale classique. Chez d’autres, il n’y a pas même eu de perte complète de connaissance après l’accident, mais celui-ci avait déterminé un état cérébral particulier, principalement caractérisé par une sorte d’hébétude, de demiinconscience et d’automatisme cérébral. 11 peut arriver que tout se borne d’abord à cette paresse intellectuelle qui disparait elle-même presque complètement en quelques jours; le blessé se croit guéri, reprend ses occupations et se félicite d’avoir échappé à si bon compte

(1) Christian, op. cit., p. 41, 42.

(2) Ch. Vibert, La névrose traumatique. Paris, 1893.

aux conséquences de l’accident; ce n’est qu’après plusieu rs semaines que l’on voit apparaitre les troubles cérébraux, d’abord légers, mais qui augmentent graduellement et lentement.

Parmi les troubles de l’intelligence, la diminution de la mémoire est peut-être le plus constant; c’est même souvent le symptôme durable que l’on constate à la suite des accidents dans lesquels la tête a reçu un choc ou un traumatisme analogue. Les blessés deviennent incapables de garder le souvenir des faits récents, des menus événements de la journée, des détails de la besogne à accomplir; ils sont obligés d’écrire sur un carnet tout ce qui concerne le travail pour éviter des omissions perpétuelles. A un degré plus avancé, et en général chez les blessés qui présentent d’autres troubles cérébraux, il y a, outre cette diminution de la mémoire courante, des lacunes graves portant sur des notions acquises antérieurement au traumatisme; le malade oublie l'âge de ses enfants, la date des principaux événements de sa vie, les règles élémentaires du calcul, quelquefois, c’est surtout la mémoire des mots qui est diminuée; un blessé reconnaîtra ses amis, mais ne peut se rappeler leur nom.

L’attention est aussi une des facultés le plus constamment et le plus profondément atteintes. Le malade ne peut se livrera un travail prolongé, les conversations sont ordinairement pénibles. Le caractère subit des changements profonds, le malade devient triste et irascible, et très émotionnable. Il est pris d’une sorte d’anxiété insurmontable qui amène des crises de larmes et de sanglots ; ce symptôme comporte un pronostic fâcheux, à moins qu’il ne s’agisse d’un sujet antérieurement névropathe. L’insommie, les cauchemars fréquents, la céphalalgie se remarquent souvent ; quelques-uns ont une véritable agoraphobie. Dans quelques cas, on observe de véritables accès de manie. On peut aussi noter quelques troubles des organes des sens, de l’ouïe, de la vue, du goût, de l’odorat, de la sensibilité générale, de la motilité.

Il est permis de croire, ajoute l’auteur dont nous analysons le travail, que chez les victimes des accidents de chemins de fer ou de traumatismes analogues, il se produit le plus souvent des lésions matérielles, des ecchymoses, de petits épanchements sanguins, occupant surtout la surface du cerveau et des autres parties de l’encéphale. Ces lésions sont quelquefois silencieuses et inoffensives par elles-mêmes; c’est la réaction inflammatoire qu’elles provoquent et la méningo-encéphalite qui s’établit consécutivement, à une époque plus ou moins tardive, qui sont la cause et qui marquent le point de départ des troubles que l on voit se développer graduellement. Erichsen (1) et Vibert i2) ont obser\é des blessés qui ont succombé en peu de temps à une commotion cérébrale, dont on ne put trouver aucune trace matérielle appréciable.

(1) Erichsen, On Railway and other injuries of the nervous System. London, 1880.

(2) Vibert, La névrose traumatique, Paris, 1893.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Ce fait difficile à expliquer mérite d’être signalé et de figurer dans l’histoire des traumatismes cérébraux.

Lorsque les symptômes cérébraux sont accentués, lorsque surtout ils suivent une marche envahissante, le pronostic est naturellement grave, mais il est impossible de le formuler avant qu'il se soit écoulé au moins un mois ou six semaines depuis l’accident.

Westphal, cité par Yibert, avait en 1878, publié d'importantes considérations sur ce sujet. Quatre malades, étudiés surtout au point de vue mental, avaient présenté des troubles psychiques analogues : anxiété, tristesse, émotivité exagérée, irascibilité, impressionnabilité au bruit, à la lumière, impossibilité de se livrer à un travail intellectuel, maux de tête, vertiges, insommie. La frayeur ressentie au moment de l’accident paraissait surtout avoir été la cause de ces troubles psychiques. On a, en effet, remarqué dans certaines observations, des mécaniciens et des chauffeurs, qui avaient été menacés d’un accident imminent, mais qu’on avait pu conjurer, et qui ont été atteints de troubles nerveux semblables, poussés quelquefois à tel point qu’ils avaient dû renoncer à leur service. Erichsen a fait remarquer aussi que des personnes qui dormaient au moment où l’accident se produisait avaient échappé, en général, aux troubles psychiques consécutifs.

Charcot (1) considère ces troubles comme des manifestations de l’hystérie, maladie qui, restée latente jusque-là, se serait révélée à la suite du traumatisme. Cette opinion a été vivement combattue par les auteurs allemands, Westphal et Oppenheim. Les troubles de la sensibilité cutanée et sensorielle n’appartiennent pas, en effet, exclusivement à l’hystérie ; on les retrouve dans l’épilepsie, l’alcoolisme, la chorée, la neurasthénie, divers états nerveux, etc... D’un autre côté, admettre, comme le fait Charcot, que l’anxiété, la tristesse, la dépression morale, sont des manifestations psychiques de l'hystérie, c’est élargir encore le cadre de la symptomatologie, déjà presque illimitée de cette névrose.

Quoi qu’il en soit, les désordres psychiques, chez les victimes des accidents de chemins de fer, sont les plus constants : ils ne font pour ainsi dire jamais défaut, à un degré plus au moins accentué. Le malade présente un habitus particulier, il devient sombre, taciturne, n’accusant pas de lui-même ce qu’il éprouve, ne se livrant pas facilement au médecin, recherchant la solitude, restant souvent dans un coin obscur de la chambre pour éviter la lumière vive, qui lui est ordinairement pénible, ainsi que le bruit. 11 décrit ses accès d’anxiété qui le prennent souvent sans cause appréciable, qui lui occasionnent un malaise indéfinissable, lui donnent parfois la sensation qu’il aurait s'il venait de commettre un crime ou si un malheur immense venait

(1) Charcot, Les accidents de chemins de fer [Ann. d'hyg., 1889, t. XXI, p. 127).

de s'abattre sur lui; ces accès s’accompagnent quelquefois de pleurs et de sanglots. Les malades s’attendrissent et pleurent pour le motif le plus futile et sont eux-mêmes honteux de cette émotivité morbide; ils ont des accès de colère aussi fréquents que peu justifiés.

Les troubles de l’intelligence, la diminution de la mémoire, de l’attention, sont indiqués par les auteurs allemands, mais non pas signalés comme très fréquents et très intenses. Les malades conservent la justesse de leurs idées; quelques-uns présentent cependant de courtes périodes d’obnubilation intellectuelle après des accès convulsifs, des pertes de connaissance ou des vertiges.

Dans un second groupe de symptômes, il faut ranger les douleurs dans la tête et dans la nuque, l’insommie et les cauchemars, les vertiges, les pertes de connaissance, les accès convulsifs reproduisant quelquefois exactement les caractères des attaques d’épilepsie.

Dans un troisième groupe enlin, on trouve l’anesthésie sensitive et sensorielle répartie irrégulièrement sur les divers points du corps, les troubles de la motilité consistant en parésies, tremblements et contractures, etc. On peut alors supposer que l’accident a déterminé des foyers de myélite ou d’encéphalite.

Chez quelques malades, la guérison quoique lente a pu être obtenue ; d'autres sont restés dans le même état pendant plusieurs années; d'autres, qui pouvaient d’abord paraître assez légèrement atteints, ont présenté, au bout d'une ou de plusieurs années, une aggravation considérable.

En résumé, beaucoup de ces symptômes hystéroïdes sont dus à des troubles fonctionnels du cerveau plutôt que de la moelle.

Le traumatisme, d’après l’opinion de M. Charcot, ne créé pas une affection nerveuse sui generis. 11 agit chez les prédisposés , de par leur hérédité nerveuse, pour déterminer l’apparition d’alfections que les progrès récents de la neuropathologie permettent parfaitement de classer.

Les deux affections qui s’observent le plus fréquemment sont la neurasthénie et l’hystérie, sans préjudice, du reste, d’autres affections du système nerveux, organiques ou non. Le traumatisme est, en résumé, cause occasionnelle, la prédisposition restant la cause véritablement efficiente. Ce qui montre bien l’influence de la prédis position, c’est qu’on y voit aussi l’aliénation mentale avec suicide, la paralysie générale, le delirium tremens, survenant chez un alcoolique traumatisé (1).

La névrose traumatique (hystéro-neurasthénie traumatique peut aussi se développer chez des petits enfants avec des caractères fondamentaux, modifiés seulement dans leur expression qui correspond au développement mental encore rudimentaire de l’enfant (2).

(1) Gilles de la Tourette, Annales d'hygiène et de médecine legale, 1888.

(2) Vibert, La névrose traumatique chez les enfants (Annales d’hyg., août 1892,

t. XXVIII, p. 139).

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