‹ Traité des maladies mentalesChapitre 2 sur 115 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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PRÉFACE

Le Traité des maladies mentales que nous soumettons à l’appréciation de nos lecteurs, est le résultat d’une longue expérience, acquise dans les grands établissements d’aliénés de Stéphansfeld (Bas-Rhin) de 1850-1867 et de Sainte-Anne (Paris) de 1867 à 1888, où nous avons été successivement médecin en chef.

La première édition de ce Traité, qui a été publiée en 1862, « constituait, a dit le Dr Rousseau (1), le premier inventaire de la science psychiatrique, dont il constatait les richesses en même temps qu’il en signalait les imperfections ».

La seconde édition a nécessité de nombreuses additions.

La publication actuelle nous a obligé à un remaniement considérable, elle est donc en quelque sorte une œuvre nouvelle.

Un Traité, qui a pour objet l’enseignement des maladies mentales, et qui est destiné aux praticiens et aux élèves, ne doit pas seulement contenir des recherches personnelles; il doit surtout résumer d’une manière aussi exacte que possible les données scientifiques que le lecteur tient à acquérir. Dans ce but, nous avons puisé à un grand nombre de sources d’information et dans les travaux récemment publiés de J. Falret, Motet, Bouchereau, Christian, Ritti, B. Bail, Bourneville, Paul Garnier, Féré, Séglas, Chaslin, etc. en France.; de Schitle, Krafft-Ebing, Mendel, Wernicke, Tuczek, Ivræpelin, Hack-Tuke, J. Morel, etc. à l’étranger.

Nous nous sommes assuré, pour reviser notre œuvre, du concours de deux médecins versés dans la pratique des maladies mentales, le Dr Jules Dagonet, médecin-adjoint de l'asile Sainte- Anne et le Dr G. Duhamel, ancien interne des Asiles d’aliénés de la Seine, médecin directeur d’une maison de santé.

(1) Rousseau, Ann. méil.-psych., 1862, p. 711.

PRÉFACE

Les troubles psychiques qui caractérisent 1 aliénation mentale sont aussi nombreux et aussi variables que les manifestations de la pensée ; ils reconnaissent les causes les plus diverses : on comprend dès lors qu'ils se prêtent difficilement à un classement méthodique. Pourtant il existe, au point de vue clinique, des groupes symptomatologiques admis par la plupart des aliénistes. Baillarger (après Esquirol), et le Congrès des médecins aliénistes de 1889 ont généralement adopté ces groupes comme base de classification : c’est aussi la méthode que nous avons cru devoir suivre pour la description des formes principales que présente l’aliénation mentale..

La symptomatologie générale a dû nécessairement recevoir un développement assez considérable, en rapport avec les progrès que l’étude de l’aliénation mentale a réalisés. Les troubles de la personnalité , si bien étudiés par Paul Janet, par le professeur Ribot, par les Drs Cotard et Séglas, et d’autres, ont fait l’objet d’une analyse particulière. Les idées, les sentiments, la volonté, le caractère se transforment profondément chez l'aliéné. Quelques malades ont conscience de cette transformation, surtout au début, de leur affection, ils s’étonnent alors de ce qui se passe en eux, ils cherchent à se l’expliquer. Mais à mesure que la maladie progresse, que le trouble se généralise, la conscience de cette nouvelle situation disparaît à son tour, les erreurs des sens el les conceptions délirantes les plus singulières sont aveuglément acceptées.

Nous avons consacré un important chapitre aux délires systématisés chroniques , désignés ordinairement sous le nom de Paranoïa par les auteurs allemands. Le type de ces délires est représenté par le délire des persécutions, décrit par Lasègue. Nous retrouverons les systèmes délirants et les idées fixes dans la paralysie générale, dans plusieurs psychoses, etc. Ils ne sont donc pas spéciaux à telle ou telle forme, mais ils représentent seulement une des grandes lignes du tableau symptomatologique. La marche chronique est un des principaux caractères de ce groupe de délires. Le système délirant germe dans la conscience de l’individu et devient, suivant le terrrain, dépressif ou expansif.

PRÉFACE

VU

La dégénérescence , dont la théorie a été admirablement établie par J. -B. Morel, est étudiée dans un chapitre spécial. Elle caractérise certaines formes vésaniques anormales ; mais il faut se garder d'en étendre outre mesure les limites, comme l'ont fait certains auteurs qui rangent sous cette étiquette les états psycho-pathiques les plus variables, et toute forme d’aliénation qui rentre malaisément dans les cadres ordinairement adoptés. C’est là, d’après nous, une source fâcheuse de confusion.

Nous étudions ensuite les formes secondaires (folies névrosiques, infectieuses et toxiques). Al alcoolisme méritait, par son importance pathologique, la place qui lui a été donnée.

« Les excès alcooliques entraînent fréquemment la paralysie générale » (1). Al anatomie pathologique de cette dernière affection a été exposée avec le plus grand soin par le Dr J. Dagonet ; ce chapitre résume les travaux récents de Tuczek et de Schütz. La disparition progressive des fibres nerveuses encéphaliques dans la paralysie générale doit être actuellement considérée comme une lésion en système, comparable à la dégénérescence des cordons latéraux et postérieurs de la moelle. C’est avec les lésions interstitielles, découvertes par Rokitansky, le fait caractéristique de l’anatomie pathologique de cette affection.

Nous avons jugé utile pour le médecin praticien, souvent appelé à donner un avis dans les circonstances les plus graves, d’ajouter à notre Traité un chapitre de Médecine légale , où se trouvent condensées les connaissances nécessaires pour l’expertise.

A la description des diverses formes d’aliénation, nous avons joint des photographies représentant un certain nombre de types d’aliénés. La physionomie reproduit souvent avec fidélité les émotions qui agitent l’esprit; ces portraits serviront à rendre plus saisissante et plus claire la description des manifestations extérieures des vésanies.

Enfin le D1 A. Giraud, médecin directeur de l’asile de Saint- Yon, près llouen, a bien voulu se charger de reviser et de compléter le chapitre Administration. Ce chapitre est un guide

(1) II. Dagonet, Gaz. méd. de Strasbourg , 20 juillet 1851.

PRÉFACE

administratif indispensable à ceux qui s’intéressent au fonctionnement et à la gestion des établissements d'aliénés publics et privés ; le lecteur y trouvera clairement exposés, avec tous les commentaires désirables, les lois et les règlements qu’il lui importe de connaître.

Nous espérons que ce Traité recevra du public médical un favorable accueil; nous souhaitons, surtout, qu’il puisse contribuer à fixer l’attention des médecins sur les affections mentales, dont l'étude, quelque peu dédaignée autrefois, est devenue de jour en jour plus importante et plus nécessaire. On comprend mieux aujourd’hui l’intérêt profond de cette étude. Nous en avons pour preuve les importants travaux publiés par un grand nombre île savants aliénistes, Baillarger, Meynert, Westphal, Flechsig, Hitzig et tant d’autres. Une intelligence supérieure qui tout à coup s’obscurcit, un désordre, puis une déchéance souvent irrémédiable frappant les cerveaux en apparence les mieux organisés, quel spectacle est plus saisissant et plus triste, quel sujet plus digne des méditations et des recherches du philosophe et du médecin ?

Janvier 1894.

H. DAGONET,

Médecin honoraire de l’Asile Sainte-Anne, Ex-professeur agrégé de la Faculté de médecine de Strasbourg.

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