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ARTICLE II MANIE CHRONIQUE

Le passage de la manie aiguë à la manie chronique donne lieu à des symptômes variables, difficiles à bien définir, mais qui ne sauraient, dans la plupart des cas, échapper à une observation attentive

et exercée.

Voici quelques-uns des caractères qui peuvent permettre de distinguer l’état franchement aigu de 1 état devenu chronique. Comme pour

(1) Esquirol, t. II, p. 212.

(2) J. Dagonet, Bull, d: médecine mentale de Belgique, mars 1893.

(3) Esquirol, t. II, p. 218.

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la manie aiguë, la physionomie présente certaines particularités : le regard a quelque chose de vague et d’incertain; on peut lire sur la ligure des malades le désordre de la pensée, mais elle ne reflète plus l'état d’agitation désordonnée et le bouleversement, en quelque sorte actif, des facultés. La tenue du malade peut toujours être négligée et malpropre, mais rien ne vient plus indiquer les impulsions violentes

et instinctives qu’on remarque dans la manie aiguë. La mobilité, l’agitation, la fureur ont perdu de leur intensité; on les observe seulement dans les moments d’exacerbation passagère, lorsque réapparaissent des accès d'agitation maniaque. Les fonctions physiques reprennent jusqu’à un certain point leur ancienne régularité, la constitution s’améliore, le sommeil devient calme, l’appétit est normal, dans la plupart des cas il est plutôt exagéré*. La digestion ne présente plus les irrégularités qui existaient à la période aiguë de la maladie.

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Manie chronique; agitation constante, parfois impulsions violentes, d’autres fois rires continuels et grimaces.

PATHOLOGIE SPÉCIALE

La menstruation reparaît chez la plupart des femmes, et, lorsqu’elle a lieu, elle ne produit plus une acerbation aussi marquée du trouble cérébral.

Les malades peuvent encore avoir de la tendance à se livrer à des actes de destruction; mais ils le font tranquillement, passivement, comme par habitude. Quelques auteurs, J. Falret entre autres, ont signalé les mouvements convulsifs et les vacillations involontaires de l’œil comme un symptôme indiquant un état devenu incurable.

Au point de vue moral, on observe un défaut plus ou moins complet de réaction aux stimulants ordinaires ; l’impressionnabilité du malade est sensiblement diminuée. Ce n’est plus cette haine passionnée qui naguère déchaînait le maniaque contre les personnes mêmes auxquelles il portait autrefois une tendre affection; au contraire, tous les sentiments sont à peu près remplacés par l'indifférence. On ne rencontre plus cette joie expansive, ces transports, ces craintes brusques et non motivées qui le saisissaient autrefois pour le quitter l’instant d'après : l’impassibilité la plus absolue semble désormais présider aux actes du malade.

Les facultés intellectuelles ont, elles aussi, perdu ce degré d’activité qui donnait à l’entendement du maniaque une étonnante vivacité, à l’expression de ses idées une remarquable netteté et quelque chose d’imagé et d’éloquent. Le malade reconnaît à peine ses parents, ses amis; tout se confond dans son esprit, les faits d’autrefoi s avec ceux d’aujourd'hui. Les paroles sont incohérentes; les m ots se suivent sans ordre, les phrases sans liaison. La mémoire, sans avoir cependant subi un affaiblissement réel, ne présente plus le degré d’activité que l’on remarquait dans la forme aiguë de la maladie.

De quelque manière qu'on agisse sur l’esprit du malade, quelque forte que soit l’impression (et c’est là un caractère essentiel), il n’est plus possible désormais d’obtenir ce résultat remarquable que nous avons constaté dans la manie aiguë, et qui consiste à fixer momentanément par une vive impression l’attention du malade, à le ramener au sentiment de lui-même, et à lui rendre pourquelques instants l'usage de la raison.

Marche, durée de la manie chronique. — La manie chronique a une marche lente ; elle peut durer des années entières, sans faire d’autres progrès, et sans apporter aucune perturbation dans l’existence matérielle.

Dans les premiers temps, elle donne lieu à des accès d’agitation plus ou moins fréquents, qui présentent à peu près les mêmes symptômes que l’état aigu. Ils vont s’affaiblissant d’année en année et s’éloignent de plus en plus.

La manie chronique est la conséquence la plus ordinaire de la manie aiguë; elle peut aussi survenir d’einbtée à la suite d'autres

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formes d’aliénation dans lesquelles le délire partiel se serait peu ù peu généralisé. Elle peut revêtir des nuances diverses, comme la manie aiguë; elle s'accompagne quelquefois d'idées fixes prédominantes.

Ajoutons, enfin, quelle est le résultat de lésions méningitiques,sur lesquelles nous avons à dire quelques mots; elle tend à se transformer en démence à mesure que les exsudats plastiques elles infiltrations séreuses qui se font à la surface et dans les ventricules du cerveau, font eux-mêmes des progrès.

Fig. 9. — Manie chronique; agitation constante; la malade est devenue démente : elle se plaît à faire des grimaces. (Collection du I)r Malfilàtre.)

L’observation suivante nous a paru intéressante à citer :

Mademoiselle F... est d’une grande mobilité, elle ne peut rester un moment à la même place ; elle va d’une malade à l'autre pour les taquiner, leur enlever les objets qui leur appartiennent: elle s’expose souvent par là à recevoir quelques coups. De temps à autre, elle est prise d’accès d’agitation sous l’influence desquels elle brise tout, déchire ses habits, parle avec vivacité et tient des propos dont il est impossible de comprendre la signification. Ses habits sont en désordre, déchirés, ses cheveux dérangés, sa tenue malpropre. Elle répond d’une façon incohérente aux questions qui lui sont faites; toujours elle parle seule, elle est indifférente à ce qui se passe autour d'elle, et loutà l'ail insensible à l'égard de sa famille. 11 est impossible de fixer son attention; elle oublie, après avoir commencé une phrase, ce qu’elle voulait dire; elle rit sans motifs; son intelligence, autrefois remarquable, n’a conservé aucune trace de la cullure qui l’avait distinguée; elle

PATHOLOGIE SPÉCIALE

ne se fait remarquer que par son incroyable impulsion au vol. Sa physionomie est complètement changée; de belle et gracieuse qu’elle était autrefois, elle est devenue laide; sa peau a pris une teinte brune, halée; sa voix est enrouée ; tout présente le cachet d'une sorte d’abrutissement. Elle se maintient depuis plusieurs années dans un état véritablement stationnaire; le sommeil est tranquille ; la menstruation se fait d’une manière régulière et l'appétit est conservé.

ARTICLE III

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