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CHAPITRE III

SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.

Il nous paraît indispensable, avant d’aborder l'étude des différentes formes d’aliénation mentale, d’analyser les symptômes principaux que présentent ces affections, d’étudier tour à tour les éléments qui les constituent. Elles se rattachent, en effet, à une foule de conditions morbides, et comme l’a dit justement un professeur distingué, Griesinger, on peut être mélancolique avec huit ou dix maladies cérébrables différentes, et dément avec une vingtaine.

Une première question se présente, elle est au fond plus spécieuse que pratique, mais on la voit posée à chaque instant, et nous devons par conséquent l’examiner rapidement : c’est celle de savoir s’il existe entre la folie et la raison une ligne de démarcation qui permette de dire : ici commence l’une et là finit l’autre. Évidemment cette limite n'existe pas; entre la folie et la raison, comme pour la santé et la maladie, on observe les nuances les plus variables et les degrés les plus nombreux ; en un mot, on peut rencontrer des situations intermédiaires, en présence desquelles le médecin le plus expérimenté reste dans l’indécision, et pour lesquelles il lui faut apporter la plus grande réserve. L’existence de ces cas, sortes de gradations entre l’état de santé et l’état de maladie mentale n’est, comme l'observe Sir Henry Holland, qu’un aspect de cette loi de continuité qui se retrouve si persistante et si générale dans toutes les parties de la création (1).

On sait, en effet, que les conditions les plus diverses peuvent imprimer à la disposition morale et intellectuelle de l’individu des modifications profondes et momentanées.

L’ignorance, la crédulité, les préjugés, la superstition, la croyance aux sortilèges, au spiritisme, aux influences magnétiques, certaines passions violentes, l’amour, la haine, la colère, la vengeance, la jalousie, le fanatisme peuvent entraîner l'homme aux actions les plus déraisonnables; elles peuvent entraver la liberté morale, et, dans ce cas alors, il devient difficile de décider si la folie existe déjà, ou si la raison persiste encore.

Comme l’a fort bien remarqué Leuret, l’idée absurde, l’idée fixe.

(1) Bucknill, Psychologica.1 med., ch. v.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

l’idée fausse ne suffit pas pour caractériser l’aliénation mentale : en effet, dit ce médecin, il circule de par le monde une foule d'idées absurdes, et, d’autre part, on trouve chez des individus parfaitement aliénés, dans leurs écrits comme dans leurs paroles, les idées les plus sensées et les raisonnements les plus logiques. La folie n’a donc pas de marque caractéristique, elle ne saurait se distinguer par un caractère unique, par une idée fixe, par un acte extravagant isolé; loin de là, elle est un ensemble pathologique qui reconnaît des causes spéciales, qui a ses symptômes multiples, sa marche, ses formes et ses différentes périodes. Les idées délirantes que l’on rencontre chez les aliénés, ainsi que le fait justement remarquer Brierre de Boismont, diffèrent essentiellement des idées fausses que l’on peut remarquer chez des individus bien portants, en ce sens qu’elles tiennent à un état pathologique qu’il est ordinairement facile de nettement caractériser; elles sont d’ailleurs en opposition avec la manière d’être et les opinions antérieures de l'individu ; enfin, elles se rattachent à un ensemble de symptômes très variables, qu’il importe au plus haut degré, pour le médecin, de bien connaître. C’est cette étude générale que nous nous proposons de résumer.

Nous diviserons les symptômes de l’aliénation mentale en deux grands groupes, les symptômes psychiques et les symptômes physiques.

Dans le premier groupe, nous aurons à examiner : les troubles de l'intelligence, ceux de la sensibilité morale, des sentiments affectifs, enfin les troubles psycho-moteurs, c’est-à-dire les perturbations de la volonté et des actes chez les aliénés.

Dans le second groupe se rangent les troubles des fonctions de relation, sensibilité physique, motilité, parole et écriture, et ceux des fonctions végétatives (Digestion, sécrétions, menstruation, circulation, respiration, tempérament, nutrition générale).

Nous plaçons les troubles du sommeil parmi ceux de l’intelligence à cause des rêves morbides et des cauchemars, dont la valeur séméiologique est considérable.

ARTICLE 1

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