CHAPITRE II
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE DES MALADIES MENTALES
On a cherché, de tout temps, à expliquer la cause intime et, en quelque sorte, la raison organique des manifestations délirantes qui caractérisent la folie. La difficulté de rattacher les phénomènes d’un ordre purement intellectuel aux conditions morbides, et souvent l’impossibilité de constater la lésion matérielle d'où dépendent ces troubles, ont donné lieu à des recherches nombreuses et à des opinions divergentes.
Sous ce rapport, deux tendances extrêmes se sont produites dans la science; elles ont eu un retentissement considérable, particulièrement en Allemagne. Les deux écoles qui les représentent, ont été désignées sous le nom, l’une d'école spiritualiste, l’autre d'école somatique ou matérialiste. Elles peuvent encore diviser aujourd’hui les personnes qui sont étrangères à l’étude de la médecine, et qui s’occupent d'aliénation mentale à un point de vue philosophique plutôt que médical.
École spiritualiste. — L’école spiritualiste ou psychologique a son origine dans la doctrine de Stahl. Ce philosophe admettait, on le sait, en dehors de la matière organisée, un principe supérieur de développement et de conservation, sans lequel tout composé organique devait immédiatement se décomposer. Ce principe supérieur n’est autre que l’âme, chargée de réagir contre la corruption inhérente à la matière. Si le désordre s'établit dans les organes de l’économie, c’est parce que l’àmc vient elle-même à être troublée par la désobéissance de l’homme à la mission qu’il a reçue, et par son entraînement vers une tendance contraire aux principes sur lesquels repose la morale.
Ce système, qui porte encore le nom d'animisme, admet que l’âme est le principe de la vie et la cause unique des phénomènes qui s’accomplissent dans le corps ; c’est elle qui crée l’embryon et qui a la suprême direction des diverses fonctions de l’économie.
Ln des représentants de cette école, Heinroth, exagérant encore cette abstraction métaphysique pour ce qui concernait la folie, soutenait que 1 aliénation n’était qu’une maladie de l’àme, et qu’elle était engendrée par le vice et la dépravation. Les lésions cérébrales que
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l’on rencontrait, dans quelques cas, étaient, suivant lui, l’efTet et non la cause de ce fâcheux état de l'àine.
Cette théorie, sur laquelle nous n'avons pas à insister, faisait dépendre la folie de la moralité même de l’individu. Elle jetait une sorte de défaveur sur ceux qui étaient atteints d’aliénation ; enfin elle était en contradiction directe avec l’observation des faits. On voit en effet, et Esquirol en a fait la remarque, les hommes doués des sentiments les plus honnêtes et les plus moraux, frappés fort souvent de cette maladie ; d’autres fois, au contraire, les criminels les plus endurcis et les hommes d’une perversité notoire en sont exempts.
D’autres spiritualistes n’arrivent pas cependant jusqu’à cette conséquence ; loin d’adopter les conclusions de Heinroth, ils les condamnent de la manière la plus formelle.
Suivant Ideler, la sensibilité morale est le point de départ de la folie. L’homme a des penchants ou des tendances dont le but est de stimuler son activité. Tous ces penchants ont une force d’expansion égale, et, pour ainsi dire, illimitée. S’ils se développent également, parallèlement, l'homme conserve son calme, son repos et le bonheur qui leur est attaché ; mais si l’un des penchants vient à prédominer, s’il s’exagère outre mesure, il se transforme en une véritable passion qui exerce son empire sur nos idées, notre jugement, nos sentiments et qui entraîne bientôt le passage de l'état normal, de l’état de santé à celui d’aliénation.
On ne saurait nier que cette théorie ne repose sur des faits d’une observation plus exacte. En effet, nous le verrons plus loin, les impressions morales, les passions, les chagrins, les soucis de toutes sortes ont une influence considérable, une prédominance marquée sur les diverses causes qui peuvent développer l’aliénation mentale ; mais c’est en déterminant une action directe, matérielle, sur le système nerveux, sur les parties qui servent à l’expression même des facultés, qu’elles produisent le trouble de l’intelligence, et non pas en détruisant cet heureux équilibre des penchants, des instincts, des passions qui n’existe même pas chez l'homme le mieux favorisé sous ce rapport ; car c’est justement la prédominance de telles ou telles dispositions morales ou instinctives qui constitue la diversité du caractère et de l’esprit, nécessaire à la vie de relation.
École somatique. — L 'école somatique tombe dans l’excès opposé ; elle rejette très loin de semblables théories. Pour elle, la source unique des maladies mentales est non seulement dans l’organe cérébral, mais encore dans les différents viscères de l’économie.
Suivant Jacoby, le représentant le plus distingué de cette école, les maladies improprement appelées psychiques ou mentales ne sont que les symptômes d’une affection somatique ou organique dont le siège doit être recherché dans la lésion de tel ou tel organe, ou plutôt
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(le tel ou tel appareil organique. D’après celte théorie, chaque organe a pour ainsi dire sa signification psychique, morale. Son développement plus ou moins exagéré donnerait lieu à telle ou telle disposition de l’âme, et sa lésion produirait en conséquence telle ou telle forme de troubles intellectuels.
On comprend quel appui ont apporté à cette théorie les données de la physiologie ; on voit, en effet, certaines dispositions organiques, certaines lésions viscérales devenir une cause puissante du développement de l'une ou l’autre des diverses formes d’aliénation ; mais on doit considérer qu’il n’y a souvent dans ces faits qu’une cause déterminante dont l'action serait insuffisante, s’il n’existait déjà une prédisposition particulière.
Folie considérée comme un trouble des centres nerveux. — On a
beaucoup discuté pour savoir si l’aliénation était une maladie de l’âme, de l’esprit, ou une maladie du corps. On a dit: l’aliéné n’est qu’un homme qui se trompe, ou que la passion égare. On s’est fondé, pour soutenir une semblable opinion, sur les arguments suivants : on ne trouve pas de lésion cérébrale chez un grand nombre d’aliénés ; dans la plupart des cas, la folie serait d’origine purement morale; un grand chagrin, une grande peine auraient suffi pour la déterminer; enfin on la guérirait souvent par un traitement purement moral.
Les moyens moraux employés, tels que le raisonnement, l’appel aux sentiments, ne s’adressent en effet qu’à l’esprit et restent impuissants pour reconstituer un cerveau malade dans son état normal.
Ces raisonnements se sauraient évidemment prévaloir contre l’observation rigoureuse et scientifique des faits.
Sans doute l'aliéné est un homme qui se trompe et que la passion égare, mais c’est plus que cela; c’est un malade dont l’affection présente un ensemble de phénomènes morbides avec des caractères variables, multiples, complexes, que nous tâcherons de résumer avec les détails nécessaires.
La folie, d’après Griesinger, est l’état de l’esprit dans lequel l'appréciation vraie des faits, qui se succèdent dans la conscience, n’est plus possible. Comme dans les émotions, le moi ne conserve plus le calme nécessaire pour distinguer ces faits ; une juste appréciation et une saine délibération ne sont plus possibles. La perte du libre arbitre est la conséquence de cet état et le fait essentiel de la folie (1).
Si la folie, dit le docteur Itenaudin (2), n’était autre chose qu’une maladie morale, affectant exclusivement l’élément moral de notre existence, comment établirions-nous une distinction entre les erreurs de l’aliéné et tant d’erreurs analogues qui ont cours dans le
( 1 Prosper Despine, De la folie au point de vue philosophique ou plus spécialement psycholoç/irjue, p. 998, 1875.
(?) Renaudin, Rapport sur l’asile de Fains, 1844, p. 7.
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monde. Les superstitions diffèrent cependant du délire religieux ; l’ambition, l’orgueil ne sont pas le délire ambitieux, et la perversion morale des criminels n’est pas celle des aliénés. La manifestation psychique ne suffit donc pas à elle seule pour caractériser l’aliénation mentale.
« Quelque opinion que l’on professe touchant la nature essentielle de l’esprit et touchant son indépendance de la matière, il est unanimement admis, ditMaudsley, que les manifestations de l’esprit se font par le système nerveux et sont affectées par la condition des parties de ce système qui y contribuent. Si ces parties sont en santé, les manifestations sont elles-mêmes saines ; si les organes sont malades, ses manifestations sont maladives. L’insanité est, en fait, un dérangement du cerveau produisant un dérangement de l’esprit, ou, pour en définir la nature avec plus de détail, c’est un trouble des centres nerveux, organes spéciaux de l’esprit, produisant un désordre de l'intelligence, du sentiment ou de l'action, soit ensemble, soit séparément, à un degré et d’une espèce suffisants pour rendre l’individu incapable des relations ordinaires de la vie. »
« De nombreux faits, ajoute l'auteur que nous citons, autorisent la science mentale inductive à poser comme généralisation, qu’un état de conscience peut être modifié expérimentalement par les agents qui modifient la constitution moléculaire des parties du système ner- Areux servant aux manifestations de la conscience. Qu’on voie, par exemple, comment le hachich ou l’opium piodifîe, à un degré remarquable, les conceptions relatives à l’espace, au temps, etc. (1). » Quelle que soit la cause qui a présidé au développement de l’aliénation, elle a d’abord porté son action sur l’organe de la pensée. Le trouble qui en résulte, dynamique dans un grand nombre de circonstances, ne tarde pas, s’il persiste, à déterminer des lésions organiques définitives et facilement appréciables, après la mort, à nos moyens d’investigation.
Le cerveau est l’organe de la pensée, c’est un fait que confirment d’une manière incontestable l’observation clinique et les données scientifiques les plus certaines.
« L’étude de l’àme isolée du cerveau comme l’étude du cerveau, abstraction faite de l’âme, sont des prétentions dont la réalisation est impossible. » (Bûchez.)
Les anatomistes sont loin de regarder le cerveau comme un organe unique et comme une sorte de table rase dépourvue de toute disposition spéciale où l’on pourrait mettre tout ce qu’on voudrait. Loin de là, au contraire, on le considère en général comme une collection d’organes multiples, doués chacun d’aptitudes spéciales.
J’ai été, dès le début, ajoute le docteur Bûchez, et je suis encore
(1) Maudsley , Crime et folie, 1874, p. 14 et 15.
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opposé à ce qu’on appelait la doctrine de Gall; j’ai pensé, et j’ose le dire avec la majorité des médecins, que la cranioscopie était une erreur sinon un charlatanisme; j’ai trouvé que la nomenclature des facultés et des aptitudes imaginées par ce docteur était absurde, au point de vue philosophique; qu’elle n’était nullement justifiée et parfaitement incomplète. Mais autre chose est l’idée générale, qui d’ailleurs n’est pas de Gall. De celle-là on peut affirmer quelle est rigoureusement exacte. Le cerveau est une collection de petits organismes spéciaux, ou d’aptitudes multiples; mais quel est le nombre, quelle est la nature de ces aptitudes?
Quant au nombre, Charles Bonnet disait que chaque filet nerveux ou plutôt chaque trajet nerveux était une aptitude spéciale ; cela serait possible ; rien ne le prouve, rien ne le nie. Quant à la nature des aptitudes, les opinions sont nombreuses et variées; mais j’ose dire qu’il n’y en a aucune qui soit acceptée, ou même un peu probable ; il faut donc avouer notre ignorance (1).
Quoi qu’il en soit, le cerveau subit diverses modifications en rapport avec le développement des facultés ; ce résultat, on l’observe dans I échelle animale aussi bien que chez, l’enfant à mesure qu'il devient homme. Quelques physiologistes semblent même croire que le cerveau peut encore se développer à un âge avancé, chez ceux surtout qui se livrent à l’étude.
« Ce n’est pas seulement la masse du cerveau, ditOnimus, qui différencie les animaux entre eux, et l'homme intelligent de l’idiot; mais plus on s’élève dans la classe des êtres, plus les cellules nerveuses cérébrales et les cellules corticales deviennent nombreuses, plus les circonvolutions deviennent fréquentes, pour offrir une surface plus grande à la substance grise, c’est-à-dire à la partie du cerveau composée de cellules. Longet a constaté que, chez l’idiot, on trouvait toujours les circonvolutions cérébrales moins profondes, et la substance grise moins considérable que chez l’homme d’intelligence Ordinaire. S’il est vrai que le poids du cerveau soit réellement en rapport avec le plus ou moins d’intelligence des individus, il est surtout nécessaire, à ce point de vue, de considérer l’épaisseur et l’étendue de la substance grise, c’est-à-dire la quantité de cellules nerveuses que renferme le cerveau (2). »
Structure de l’écorce cérébrale. — La structure de l’écorce cérébrale (3) a été l’objet des investigations de nombreux auteurs, et l’on retrouve ici les mêmes vues théoriques qui ont été appliquées aux autres régions du système nerveux : ainsi l’on a admis que le cylindreaxe des cellules cérébrales restait simple sans se ramifier et Boll
(1) Bonnet, Ann. mëdico-pst/ch . , 1864, p. IG.
(2) l)r Onimus, Philosophie positive , 1868, p. 355.
(3) .1. Dagonct, Les nouvelles recherches sur les éléments nerveux. Paris, 1893.
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reprenait l’idée de Gerlach d'un réseau formé par les prolongements protoplasmiques des cellules, d'où partaient les fibres à myéline.
Golgi montra que les faits qu’il avait découverts à l’aide de sa méthode pouvaient être constatés également dans l'écorce cérébrale. On y observe aussi l’absence d'anastomoses entre les prolongements protoplasmiques, et l'on voit le cylindre-axe émettre des collatérales. D'après Flechsig, ces collatérales ont une gaine de myéline.
Les travaux importants de Ramon y Cajal, His, Kolliker, Retzius, etc., ont augmenté beaucoup nos connaissances histologiques sur le cortex cérébral.
Substance grise. — La distinction des couches corticales, telle que l’a établie Meynert, peut être conservée.
Meynert décrivait les cinq couches suivantes : la couche granuleuse, la couche des petites cellules pyramidales, la couche des petites cellules irrégulières, la couche des cellules fusiformes. Ramon y Cajal réunit les deux couches profondes sous le nom de couche des éléments polymorphes , et admet par suite quatre couches. On peut simplifier encore et ne décrire que trois couches : lu la couche granuleuse moléculaire ; 2° la couche des cellules pyramidales; 3° la couche des éléments polymorphes, en confondant dans une même couche la couche des petites cellules pyramidales et celle des grandes cellules pyramidales. Ces deux couches, en effet, se délimitent fort mal, leurs cellules présentent de nombreuses transitions et ne diffèrent que par leurs dimensions.
I. Couche moléculaire. — Cette couche, la plus superficielle, a reçu des interprétations bien différentes. Renie et Wagner en faisaient une masse fluide des cellules nerveuses, Virchow de la névroglie. C’est Kuppfer qui lui a donné le nom de substance moléculaire { 1). Cette couche, qui est finement granuleuse et qui présente quelques noyaux, comprend les fines fibrilles à myéline décrites par Remak, Kolliker, Exner et d’autres auteurs. Ces fibrilles étaient considérées par eux comme formant la couche la plus externe, mais Golgi et Martinotti ont décrit au-dessus de ces librilles, et directement au-dessous de la piemère, une autre couche sans fibrilles, qui a été admise par Retzius (2). Dans cette couche sans fibrilles se trouvent des cellules de névroglie coniques, ramifiées, qui envoient à la pie-mère des prolongements eis forme de boutons. Entre les cellules de névroglie, on voit les dendrites des cellules nerveuses pyramidales, qui arrivent jusqu’à la pie-mère, et nous avons dit déjà que Golgi pensait qu'elles s’y fixaient par des extrémités triangulaires, d'où son opinion sur le rôle purement nutritif des dendrites.
En ce qui concerne les fibres à myéline horizontales et superficielles,
(1) Meynert, Stricker’s Uandbuch.
(2) Retzius, Verhandl. d. biol. Ver. Stockholm, 1891.
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Martinotti a montré deux faits d'une grande importance : presque toutes ces fibres se ramifient comme si elles étaient la terminaison de cylindres, et quelques-unes de ces fibres se coudent pour devenir verticales, et elles se continuent avec le prolongement cylindraxile ascendant de certaines cellules pyramidales.
Ramon y Cajal 1) fait remarquer la disproportion qui existe entre le grand nombre des fibres tangentielles et le petit nombre des prolongements cylindraxiles ascendants. Cajal a pensé par suite que beaucoup de noyaux, considérés comme névrogliques, pouvaient être mal imprégnés par la méthode de Golgi, et qu’il s’agissait probablement de cellules nerveuses, origine des fibres tangentielles.
Scs soupçons se confirmèrent chez les petits mammifères et il constata plusieurs types de cellules nerveuses dont le cylindre-axe émettait de nombreuses collatérales et se terminait par une arborisation horizontale.
« Toutes ces fibres autochtones, dit Ramon y Cajal, forment avec les fibres ascendantes qui proviennent des couches inférieures un riche plexus. Les ramifications terminales des dendrites des cellules pyramidales passent entre les mailles de ce plexus. Ces dendrites sont hérissées également de saillies épineuses, et il se produit là un contact transversal nerveux, semblable à celui qui été décrit dans le cervelet, entre les fibres des myélocytes et les dendrites des cellules de Purkinje. »
II. Zone des cellules pyramidales. — Elle est la réunion des deux couches : celle des petites cellules pyramidales, la plus superficielle, dont les cellules ont en moyenne de 10 à 12 p., et celle des grandes cellules pyramidales, qui mesurent de 20 à 30 p.. Toutes ces cellules présentent les mêmes caractères : ce sont les cellules dont la fonction est la plus élevée, les cellules psychiques, qui se simplifient quand on descend l'échelle animale. Leur extrémité supérieure se prolonge pour former Y expansion primordiale d’où se détachent des expansions latérales.
L’expansion primordiale qui se développe avant les autres prolongements, se dirige en haut et se décompose, d’après Cajal, en un splendide panache de rameaux protoplasmiques. Ces rameaux se terminent librement dans toute l’épaisseur de la zone moléculaire, et partout où il y a des arborisations nerveuses terminales. Retzius a confirmé ces faits chez les fœtus humains. Ramon y Cajal montre que chez certains animaux le panache part directement du corps de la cellule nerveuse ; il s'élève d’autant plus que l’animal appartient à une classe plus élevée. La réunion de tous les panaches, ajoute-t-il, forme un plexus protoplasmique très serré, qui donne à cette région un aspect fine-
(I) Ramon y Cajal, Leçons fuites ù l’Université de Harcelone (Rev. de ciencias med. 1892),
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ment réticulé, lorsque l'on examine des préparations colorées au carmin.
Les expansions secondaires partent des parties latérales de la cellule pyramidale, à angle droit ou à angle aigu, pour se terminer après quelques divisions dichotomiques comme les expansions basilaires qui se détachent de la base de la cellule nerveuse, à la manière des racines, pour se diriger vers les parties inférieures.
Le cylindre-axe (fig. 1) part de la base de la cellule ou d’une expansion protoplasmique pour se diriger vers la substance blanche.
Il émet dans son trajet 0 à 10 collatérales fines et extraordinairement longues, qui possèdent une gaine de myéline et ont des étranglements annulaires de Ranvier.
Les collatérales, d’après la description de Ramon y Cajal, sont horizontales ou obliques, et se dichotomisent deux ou trois fois ; les plus fines se terminent par un renflement. Arrivé à la substance blanche, le cylindre-axe se bifurque en donnant deux tubes
Fig. 1. — Coupe de la substance grise cor 1 ' ‘ ticale du cerveau (-^
Les prolongements cylindraxi-
les des cellules pyramidales se continuent, comme on le sait, avec les fibres de projection, mais il faut ajouter qu’un grand nombre de leurs branches de bifurcation vont dans le corps calleux.
III. Couche des cellules polymorphes. — Cette couche, la quatrième d’après l’ordre adopté par Ramon y Cajal, est caractérisée, dit cet auteur, par l’absence d’orientation des cellules qui sont ovoïdes, fusiformes, triangulaires ou polygonales. Le cylindre-axe de beaucoup de ces cellules donne trois à quatre collatérales, descend vers la substance blanche, se coude ou se bifurque en T, donnant aussi une ou deux fibres nerveuses.
On observe dans cette couche des cellules à. cylindre-axe ramifié et court du type de Golgi, mais elles sont en petit nombre ; les ramifications de leur cylindre-axe forment une arborisation étendue qui enlace les autres cellules. (*)
(*) A, couche moléculaire; B, substance blanche; a, cellules à cylindre axe court, constituant une arborisation étendue; b , cellule à cylindre-axe ascendant, qui n’atteint pas la couche moléculaire; c. cellule à cylindre-axe ascendant, ramifié dans la couche moléculaire; d, petite cellule pyramidale.
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D'autres cellules (e) ont été décrites par Martinotti (1). Ces cellules ont un cylindre-axe ascendant ; elles sont fusiformes ou triangulaires, présentant des dendrites ascendantes et descendantes. Leur cylindreaxe part souvent d'un prolongement protoplasmique, monte vers la couche moléculaire et donne deux ou trois branches, d’autres fois il s’arrête à la couche des petites cellules pyramidales ( d ).
On trouve donc dans le cortex cérébral les trois types suivants de cellules :
Cellules de Golgi à cylindre court et ramifié ;
Cellules à cylindre long ou de Deiters;
Cellules à cylindre-axe multiple.
Substance blanche. — La substance blanche, on le sait, ne contient pas de cellules nerveuses, mais des fibres. Ramon y Cajal décrit quatre sortes de fibres nerveuses : 1° les fibres de projection; 2° les fibres calleuses ou commissurales ; 3° les fibres d'association; 4° les fibres terminales ou centripètes.
Les travaux d’anatomie pathologique ont mis en lumière le trajet des fibres de projection qui viennent de toutes les régions du cortex, se réunissent dans la capsule interne pour aller former les pédoncules cérébraux. Cajal dit que chez les petits mammifères la plupart de ces fibres présentent une bifurcation au niveau du corps calleux ; d’autres fibres conservent leur individualité et vont se terminer autour des dendrites des cellules motrices de la moelle. Suivant Kolliker, ces fibres agissent avec une grande intensité sur la moelle.
D’après Mnnakow les fibres de projection proviennent des grandes cellules pyramidales, mais il est probable aussi qu’un certain nombre de cellules polymorphes leur donnent également naissance.
Les fibres commissurales traversent la commissure antérieure et le corps calleux. D'après Cajal, elles ont une gaine de myéline d’une grande délicatesse et sont si fines qu’on pourrait les prendre pour des collatérales. Ces fibres calleuses émettent quelques branches collatérales qui se détachent à angle droit et se perdent dans la substance -grise.
Le corps calleux contient donc en dehors des collatérales ou des branches de bifurcation, qui viennent des fibres de projection et des fibres d association, des fibres nerveuses directes, les fibres commissurales ou du corps calleux. Les petites cellules pyramidales leur donnent naissance et ces fibres se terminent par arborisation à la manière des collatérales. La fibre du corps calleux, dit Ramon y Cajal, ne met pas seulement en relation des régions symétriques, c’est un système <1 association plus complexe, car plusieurs territoires difféii'uts peuvent être mis en relation par les collatérales.
(L Martinotti, Internat. Monatsschrift f. Anal, und Phys., vol. VII, 1890.
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Les fibres d' association constituent la majeure partie de la substance blanche, elles se mêlent aux fibres de projection et aux fibres du corps calleux. Elles prennent leur origine des cellules nerveuses situées dans la zone des cellules pyramidales et dans la couche des cellules polymorphes. Cajal dit qu’elles se bifurquent en T et qu’elles se terminent en enlaçant les éléments polymorphes et les grandes cellules pyramidales : elles mettent ainsi en relation des cellules de territoires différents.
Les fibres d’association émettent de nombreuses collatérales ascendantes et ramifiées, qui vont dans les différentes couches du cortex et jusqu’à la couche moléculaire, tandis que d’autres branches pénètrent dans la substance blanche ou dans les couches grises profondes et se terminent par une arborisation libre. A côté des libres d’association, qui se terminent dans la substance grise, il est d'autres fibres arborisées centripètes qui partent du cervelet, de la moelle, etc., et qui se résolvent dans le cortex.
« En résumé, dans le cerveau, dit Ramon y Cajal, on ne peut délimiter les cellules qui sont mêlées les unes aux autres, ni affirmer leurs fonctions sensitive, motrice ou commissurale. Le courant par contact se fait des dendrites vers le cylindre-axe, l’impulsion nerveuse part probablement de la couche moléculaire où l’excitation se diffuse, puis il se répand sur les panaches des cellules pyramidales. Les panaches de ces cellules reçoivent des courants : 1° des cellules autochtones de la couche moléculaire; 2° des cellules fusiformes à cylindre-axe ascendant; 3° des cellules pyramidales d’association (fibres arborisées et collatérales) ; 4° des cellules cérébelleuses et médullaires ; 5U des cellules de l’hémisphère opposé. »
Phénomènes psycho-moteurs. — Les facultés intellectuelles onL leur siège dans les cellules de l’écorce cérébrale. L’anatomie comparée fournit des données précieuses. Elle montre que les lobes cérébraux subissent un accroissement de volume au fur et à mesure que l’intelligence se développe. Les expériences physiologiques, dit Vulpian, conduisent à des résultats bien plus nets. Un animal auquel on enlève les lobes cérébraux, perd immédiatement les facultés intellectuelles qui lui sont départies.
Les observations pathologiques ne sont pas moins démonstratives ; elles font voir que c’est bien la substance grise du cerveau qui est la partie véritablement active de ce centre nerveux, comme l’appelaient déjà Willis et Vieussens, et que c’est dans cette substance grise qu’ont lieu tous les processus intellectuels, comme le disent Foville, Parchappe, et comme le pensent tous les physiologistes actuels. En effet, tandis que certaines lésions du cervelet, des couches optiques, des corps striés, enfin des masses médullaires blanches des hémisphères, ne déterminent d’ordinaire aucun trouble permanent et bien accentué
des fonctions intellectuelles, au contraire les altérations de la substance grise, des circonvolutions, ou bien les excitations de cet substance engendrent nécessairement un affaiblissement ou une exaltation de ces fonctions, suivant la nature de l'altération, et la période à laquelle elle est arrivée; c’est ainsi qu on peut expliquer lesetlets des mén i ngo-encéphalites diffuses ou ceux des simples méningites. Le foyer d’activité cérébrale étant ainsi reconnu, il n’est pas permis de douter que ce soit là, également, le point de départ de la démence et de la manie (1).
C'est dans la substance grise, d'après M. Luvs (2), que viennent aboutir les impressions sensorielles, celles qui sont produites par les sens externes, comme celles qui sont fournies par les viscères et les organes de l'intérieur, en un mot les impressions externes, et les impressions internes.
Ces impressions, suivant cet auteur, sont transmises il la couche optique, et celle-ci, par un système de fibres, les transmet uniformément à la substance corticale des circonvolutions cérébrales, siège des facultés tant affectives qu’intellectuelles. »
« L’appareil psychique, dit Cotard (3), n’est pas seulement sentant, il est agissant et son activité, bien qu’intimement liée aux impressions qu'il reçoit, n’est pas entièrement dépourvue de spontanéité.
» Chaque centre nerveux vit de sa vie propre et, dans une certaine mesure, indépendante. Les centres moteurs peuvent, à ce titre, être considérés comme créateurs d’une énergie psychique qui prend ses racines dans la vie organique de ces centres et qui n’est pas absolument subordonnée aux influences provenant des autres centres corticaux.
» L'indépendance relative des centres moteurs et sensoriels se manifeste tout particulièrement dans les états pathologiques. Les faits d aphasie démontrent que chacun d’eux peut être affecté dans ses fonctions sans que les autres le soient au même degré. »
C’est surtout l’anatomie pathologique qui a montré l'importance de 1 ecorce cérébrale au point de vue des facultés psychiques. L’étude des centres psycho-moteurs et celle de l’aphasie ont été des plus précieuses. On sait que Broca a placé le centre du langage dans la troisième circonvolution frontale gauche. Les recherches des auteurs, celles de Wernicke, en confirmant ce fait, ont établi plusieurs variétés d’aphasie sensorielle avec des centres différents.
Le centre de Broca est celui de Y aphasie motrice, de l’articulation des
fl ulpian. rite par Littré, Phil. posit., nov. et déc. 18G7, p. 338, 339 et suiv.
. Lu\s, Uccherches sur le système nerveux cérébro-spinal., sa structure, ses fonctions et ses maladies. Paris, 18G3.
■■ Lolurd, Congrès international de médecine menlale, 1889, et Études sur les maladies cérébrales et mentales. Paris, 1891.
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES MALADIES MENTALES
mots; la surdité verbale (incapacité où se trouve le malade de comprendre le langage) est localisée par Wernicke dans la première circonvolution temporale; la cécité verbale { alexie, impossibilité de lire) a son centre dans le lobule pariétal inférieur au-dessus du pli courbe, et ïagraphie (impossibilité d'écrire) siège dans la deuxième circonvolution frontale.
Cette multiplicité des centres se comprend, lorsque l’on étudie le langage, fonction essentiellement complexe, qui a besoin des organes de la vue et de l’ouïe. Nous nous permettons de rappeler ces faits à cause de leur importance en pathologie mentale et du rôle joué par les centres du langage dans le délire des aliénés.
En définitive, l'homme intellectuel et l’homme matériel disposent chacun d'un système nerveux distinct, l'un encéphalique, l'autre ganglionnaire ; la moelle vertébrale parait être l’organe intermédiaire entre la vie intellectuelle et la vie organique. La substance corticale du cerveau, constituée par une infinité de cellules nerveuses reliées entre elles, a pour rôle de transformer les sensations en perceptions, et de présider aux diverses opérations de la vie intellectuelle. Mais comment se fait cette mystérieuse transformation? Que se passe-t-il, en définitive, dans le cerveau, lorsque la pensée vient à se manifester, lorsque sous l'influence de certaines émotions on la voit s’exalter, se suspendre, présenter en un mot les états les plus variables?
Le D1' Luys a exposé ailleurs (1) des considérations pleines d'intérêt sur les phénomènes réflexes dans les manifestations de la vie intellectuelle, phénomènes qui constituent bien certainement l’un des caractères les plus ordinaires de l’aliénation mentale. Ces actions réflexes, comparables aux manifestations similaires dont la moelle épinière est le siège, s'exercent d'une façon automatique et la plupart du temps en dehors de la volonté et de la personnalité consciente. Mais il existe, entre la moelle et le cerveau, celte différence que les actions réflexes spinales nécessitent chaque fois pour se produire une nouvelle excitation périphérique ; tandis que, au contraire, les actions réflexes cérébrales une fois développées peuvent se répéter motu proprio , par suite de cette propriété qu'ont les éléments nerveux d’emmagasiner en quelque sorte l’impression sensorielle qui, elle-même, a dû passer à travers différents foyers de renforcement.
« Les opérations de l'esprit, ajoute M. Luys, se maintiennent aussi fixes, aussi étincelantes dans nos réserves intellectuelles que les impressions sensorielles qui ont mis notre sensibilité en émoi. Les richesses accumulées de l’intellect deviennent, comme les impressions sensorielles dans le domaine des phénomènes psychiques, des forces vives latentes, des foyers autogéniques toujours actifs qui suscitent les opé-
(1) Luys, Études de physiologie et de pathologie cérébrales : Des affections réflexes du cerveau. Paris, 1874.
PATHOLOGIE GENERALE
rations de l’esprit, provoquent des souvenirs anciens, les associent de mille manières aux incitations récentes et deviennent ainsi par leur succession, leur réviviscence incessante, les agents les plus efficaces de l’activité que nous dépensons tous les jours.
» On peut donc dire qu'en raison même de cette persistance des impressions extérieures dans l’intimité des éléments nerveux, le passé de nos impressions, de nos émotions, des opérations de notre esprit se relie par mille et un chaînons à notre activité récente, etc . ..
» Dans les conditions morbides de l’activité nerveuse, cette curieuse propriété qu’ont les éléments nerveux de retenir les impressions sensorielles qui les ont une fois ébranlés et de persister à la suite dans une sorte d’éréthisme cataleptiforme , se révèle parfois avec des modalités plus ou moins accusées. C’est ainsi qu’on trouve, cités par les différents auteurs, de nombreux exemples de la persistance morbide plus ou moins prolongée d’une impression sensorielle. »
Mais comment expliquer cette singulière propriété qu’aurait la matière nerveuse de conserver, de retenir les faits d’un ordre purement intellectuel et moral pour les adapter au besoin aux nouvelles conditions de la vie intellectuelle? C’est là un problème qui restera bien difficile à résoudre.
« La théorie organique des substrata, des empreintes laissées dans le cerveau par chaque acte, dit le Dr Despine (1), est généralement adoptée par les psychologues anglais, qui croient expliquer tous les actes de l’esprit par l’activité moléculaire du cerveau. En attribuant à la matière organique une faculté conservatrice que l’on a toujours attribuée à l'esprit, les psychologues ont-ils accompli un progrès? Ont-ils donné, comme ils le supposent, une explication de la mémoire? Nous ne le pensons pas. Vouloir expliquer des facultés, des pouvoirs, nous parait être une prétention qui ne peut pas aboutir. Nous n’avons qu’à les constater. Tout au plus pouvons-nous trouver les conditions physiologiques dans lesquelles s’exercent ces facultés, mais les facultés elles-mêmes ne s’expliquent pas, elles ont été données par la nature aux êtres qui les possèdent, et cela au moyen de certaines conditions organiques, parce qu’elles sont nécessaires au but pour lequel ils ont été créés, etc. »
Le Dr Vedié ri) a développé quelques considérations intéressantes que nous résumerons d’une manière succincte.
La iacullé d être ému, dit-il, d’éprouver des sentiments, des passions, en un mol, 1 émotion, a sa source soit dans les impressions agréables ou désagréables qui viennent du dehors et sont transmises
(fi l’icispci Despine, De la folie au point de vue philosoph. ou psych., 1815,
. \ l 'lié. Influence des causes morales sur le système nerveux [Ann. médico-vsych., janvier 1874). v r s i
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parles sens, soit, an contraire, dans une cause véritablement interne qui résulte, par exemple, des opérations de l’esprit, de la conscience, de l’imagination, du réveil de certains souvenirs, etc. Dans les deux cas un ébranlement du système nerveux central se propage aux différentes parties de l’être tout entier, retentissant plus particulièrement, suivant les circonstances, sur certaines parties; c’est cet ébranlement que l’on désigne sous le nom d’émotion.
On mesure l'intensité de l’émotion aux perturbations produites dans les diverses fonctions de l’économie, changement de coloration du visage, larmes, oppression, étouffement, palpitations, etc.
La sensation, déterminant la perception qui en donne l’idée, phénomène intellectuel, et l’émotion sont liées entre elles à tel point qu’on ne peut séparer ces deux opérations que pour les besoins de l’étude; aussi, tout en trouvant excellente la division de nos facultés en intelligence, sensibilité morale et activité, on doit reconnaître que l’une d’elles ne peut entrer en jeu sans mettre quelque peu en mouvement les deux autres. En définitive ces trois facultés primordiales sont intimement liées entre elles, l’émotion est le trait d'union entre l'idée et la détermination , c’est-à-dire entre la perception d’une impression et la réaction du sujet pour ou contre l’objet qui a causé l’impression.
L’observation et les progrès de la physiologie moderne sont arrivés à démontrer que les opérations de lame ne réagissent pas sur le corps dans quelques cas seulement, mais dans tous les cas sans exception ; c’est-à-dire que les idées, les émotions et les déterminations s’accompagnent invariablement d’une modification organique. Toute la pathologie des causes morales de la folie est là.
Le système cérébro-spinal est évidemment l’instrument des modifications psychiques ; mais l’observation prouve, en outre, que le grand sympathique aussi peut être inlluencé, ce qui s’explique par les connexions anatomiques deces deux divisions du système nerveux, les modifications psychiques peuvent retentir sur les fonctions de l’organisme humain.
Ce retentissement organique des causes morales, une fois produit, devient un fait purement physiologique, et dès lors soumis à toutes les variations individuelles : c’est-à-dire que chez l'un, telle cause morale agira de préférence sur l’estomac, par suite d’une prédisposition quelconque; chez un autre sur les fonctions du foie, chez tel autre sur la nutrition en général, ou bien sur le cœur, les fonctions génératrices, etc.
Emotions. — Leur influence. — L’émotion, en se répétant, peut arriver à dominer la volonté, de là la passion; l’individu devient passif. Les émotions peuvent être bonnes ou mauvaises : les premières exercent une influence heureuse sur l’organisme, les autres une influence
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funeste. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’une émotion agréable produit des effets fâcheux : la règle, c’est qu’il n'y arien de meilleur pour stimuler toutes les fonctions que des émotions agréables (1).
Non seulement il faut admettre des degrés dans l’intensité de l’émotion, dans sa durée plus ou moins longue, mais on observe encore différentes émotions correspondant plus ou moins à différents groupes d’idées ou de phénomènes intellectuels.
Bain, par exemple (2), reconnaît sous ce rapport les variétés suivantes :
1° Le genre d’émotion qui résulte de la surprise, de l’étonnement, dans lequel l’expression musculaire est fortement développée ; le jeu de la physionomie, la gesticulation et la parole sont prédominants.
2° L’émolion de la terreur, qui excite quelquefois une trépidation convulsive de tout le système nerveux, accompagnée d’un état de souffrance plus ou moins considérable.
Un peut rencontrer diverses formes d’aliénatiun qui affectent particulièrement ce caractère. Dans l’alcoolisme, par exemple, l’expression de la terreur est dans certains cas portée au plus haut degré. L’individu, dont les sens restent fermés au monde extérieur, étranger à ce qui se passe autour de lui, le regard fixe, la figure injectée, ne semble plus soumis qu'aux incitations intérieures que provoque chez lui la frayeur.
Le même sentiment caractérise l’état panophobique, anxieux, que l’on a encore désigné sous le nom de pneumo-mélancolie, et que l'on observe dans cette forme remarquable d’aliénation où le délire ne semble apparaître que comme un phénomène secondaire, accessoire et fugitif. Mais, le plus souvent, le délire émotif entraîne le trouble intellectuel, pour se compliquer et se combiner avec lui de diverses manières. La crainte de l’enfer, de la damnation éternelle nous présente, dans une variété de la mélancolie religieuse, cette association de la perversion de l’intelligence en rapport avec la perversion du sentiment.
3° Le groupe des émotions tendres constitue un ordre bien marqué» Les émotions de tendresse agissent puissamment sur les régions glandulaires. Elles deviennent de plus en plus vives au fur et à mesure que l’enfant se développe, elles sont la source des attachements humains, etc.
Cette sorte d émotivité se retrouve, avec une exagération maladive, dans certains états névropathiques, chez les hystériques, par exemple. Un la rencontre encore au début de la plupart des formes d’aliénation mentale. Au fur et a mesure que les facultés intellectuelles baissent, que le système cérébro-spinal perd de son énergie, de son activité,
(1) Yedié, op. cit.
2) Bain, The setiscs ancl lhe intellect., cité par Littré, Philos., déc. 18G7, p. 350.
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cette sensibilité anormale devient ce qu’on a appelle la sensiblerie. C’est ce qu'on remarque chez les individus qui ont été frappés d’apoplexie, dans certaines formes de paralysie générale, de démence, chez les vieillards, etc.
Les travaux de l’intelligence donnent lieu aussi à un certain genre d’émotion qu’il serait intéressant d’étudier: telles sont les jouissances intellectuelles qui peuvent être portées jusqu’à l’enthousiasme et même à un véritable état d’extase.
Nous ne poursuivrons pas davantage cette étude ; nous n’avons d’autre but que de chercher à démontrer que les principaux phénomènes, dans l’ordre intellectuel, correspondent à un genre particulier d’émotions, que les uns ne sauraient se produire indépendamment des autres, et que toute atteinte portée d’un côté a, d’un autre côté, son retentissement. Nous aurons plus loin l’occasion de revenir sur ce sujet.
La physiologie du sentiment, dit Littré, ne saurait être différente de celle de l'intellect. Pas plus qu’il n’v a d’organes spéciaux dans le cerveau pour diverses fonctions intellectuelles, de même il faut renoncer à chercher des organes pour les affections et les passions. L'office des cellules nerveuses est de transformer les idées et les impressions, de les associer dans une commune activité, dans cette région périphérique où puisent les nerfs, dans ce centre où ce qu’ils puisent est élaboré (1).
Il en est de même chez les aliénés où l’on retrouve l’idée délirante associée à la perversion de la sensibilité morale et à l’anomalie des sentiments qui en est l’expression. Le délire émotif peut se manifester d’une manière isolée, en apparence, et avec une intensité plus ou moins grande; mais, par suite du retentissement qu’il apporte du côté de l’intelligence, il est inséparable du trouble plus ou moins marqué des facultés intellectuelles.
Influence du physique sur le moral. — Quoi qu’il en soit, ce que nous apprend la connaissance la plus superficielle de nous-mêmes, ce que nous démontre l'expérience de chaque jour, c’est l'action puissante que les organes exercent sur les facultés morales et intellectuelles, et réciproquement l’intluence qu’exercent la pensée et les affections morales sur l’organisme.
On désigne, sous le nom générique de sympathies , ces influences réciproques des organes les uns sur les autres, qui sont dues aux irradiations du système nerveux.
Qu’un organe important viennejà s’enflammer, et l’on voit aussitôt l’ouïe, la vue, acquérir une remarquable susceptibilité; les facultés elles-mêmes, sous l’influence de l’état fébrile, peuvent éprouver une excitation comparable à celle que détermine l’ivresse.
(1) Littré, Philos, pos., déc. 1867, p. 357.
On a prétendu avec raison, et l'observation le prouve, que le développement excessif, l’hypertrophie de certains organes pouvait donner à nos facultés une direction particulière, et c’est à ce point de vue qu'on a pu dire que les différents viscères avaient leur signification psychique.
L’exagération fonctionnelle détermine, par exemple, des impressions instinctives, des appétences, des passions qui exercent sur les facultés, sur l'attention, sur le jugement, sur la volonté, une influence plus ou moins considérable. L’homme, a dit un illustre philosophe, est une intelligence servie par des organes; on pourrait affirmer, avec autant de raison, que l'intelligence est le plus souvent sous la domination des organes eux-mêmes.
Les affections du cœur déterminent chez ceux qui en sont atteints une sensibilité exagérée; elles les rendent souvent incapables de se maîtriser, de conserver leur calme et leur sang-froid.
Les affections chroniques de l’estomac, des intestins, impriment au caractère une sorte de tristesse, de mélancolie, une digestion laborieuse alourdit la pensée ; la faim l’exalte, et pousse aux derniers excès.
Les organes génitaux, dans les deux sexes, ont une influence qui a été signalée de tout temps. A l’époque de la puberté, lorsque les fonctions de la génération commencent à s’établir, il se fait une modification de l’organisme tout entier, une excitation particulière des facultés morales et intellectuelles, Que cette transformation soit empêchée par la castration, comme cela est encore en usage chez quelques peuples de l’Orient, et l'on voit l’individu conserver les caractères de l’enfance. Le castrat reste imberbe, sa voix est celle de l’enfant, il est lâche. Quel plus remarquable exemple de l’empire que l’organisme exerce sur les facultés morales et intellectuelles! C’est un fait d’observation vulgaire que celui de l’influence de la menstruation sur la disposition morale. Le Dr Berthier nous a fourni un grand nombre d’exemples (1), et l’on peut dire que l’utérus est jusqu’à un certain point le régulateur de la santé chez la femme.
L habitude de l’onanisme amène peu à peu la perversion morale ; c'est chez les individus adonnés à ces tristes excès, qu’on rencontre les infamies qu’on a désignées sous les noms de pédérastie et de sodomie , etc.
Certaines maladies générales, la chlorose, quelques névroses, donnent lieu à une sorte de bizarrerie, à de l’irritabilité. L’hystérie est surtout caractérisée par une disposition morale particulière ; les hystériques sont mobiles, d’une imagination inquiète ; elles rient ou pleurent pour les motifs les plus futiles ; elles ont enfin une propension particulière à commettre des actes nuisibles.
1) Berthier, Névroses menstruelles. Paris, 1874.
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De tous les organes, le cerveau est le plus sensible à l’intluence de la circulation. La quantité du sang, sa composition agissent sur les phénomènes intellectuels. La réplétion des vaisseaux empêche les idées de se succéder avec rapidité et amène l’assoupissement. L'appauvrissement du sang occasionne différentes névroses, souvent des hallucinations et du délire. Si l’on comprime les carotides, le patient éprouve un étourdissement qui le fait tomber sans connaissance. Sur une tête d’animal séparée du tronc, on voit la vie et la chaleur revenir, lorsqu’on injecte du sang oxygéné et délibriné ; les paupières se soulèvent, les narines s’entr’ouvrent, la sensibilité renaît, les yeux s’animent, regardent et se meuvent dans leur orbite ; les fonctions cérébrales reviennent et persistent aussi longtemps que l’on pratique l’injection du sang artériel. C’est ce qui résulte des expériences de Brown-Séquard (1).
Suivant les tempéraments, les dispositions morales et intellectuelles diffèrent. Le tempérament nerveux comporte une sensibilité e-xcessive, des passions mobiles qui peuvent aller jusqu’à l’exaltation. Le tempérament lymphatique s’accompagne d’une sorte de paresse intellectuelle, d’une imagination languissante, souvent aussi d’un jugement précis. Le tempérament sanguin a pour caractère la vigueur physique et morale, la franchise et le courage. Chez les personnes de tempérament bilieux, on remarque une disposition à l’hypochondrie, à la tristesse, au suicide même, enfin un caractère opiniâtre, qu’un rien blesse et irrite (2).
Influence du moral sur le physique. — Les sensations qui proviennent des différentes parties du corps, comme celles qui proviennent des sens, exercent donc sur la disposition d’esprit et d’abord sur la sensibilité morale une influence incontestable; mais la pensée, les sentiments, les impressions morales ont une action bien autrement puissante sur nos organes.
Comment nier aussi, dit Bûchez, l'influence exercée sur le cerveau, tantôt par des phénomènes intellectuels, tantôt, au contraire, par des phénomènes d’ordre moral? Les idées mêmes ont une influence évidente sur le développement du cerveau. Les études entreprises par Serres donnent cette conclusion générale: à mesure que la civilisation s’élève, c’est-à-dire que la masse des idées, le nombre et la complication des relations et la somme des raisonnements s’accroissent, les parties antérieures et supérieures du crâne, la partie cérébrale, en un mot, se développe. Le trou auriculaire semble reculer et se porter en arrière, le sphénoïde s’élargit, etc.
« Le mouvement des idées a donc une action sur le cerveau et le développe. Et comment n’en serait-il pas ainsi? Pourquoi le cerveau
(1) Onimus, Philosophie.
(2) Cli. Létourneau, Pathologie morale.
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échapperait-il à la loi commune qui préside à la nutrition, à savoir que là où il y a activité, la circulation, la nutrition et le volume augmentent (1). »
L’action de réfléchir, de combiner des idées, d’éprouver des émotions, produit entre autres phénomènes, dit le Dr Vedié (2), une sorte de fatigue indéfinissable, de malaise, de douleur même, qui se concentre surtout dans la tète, dans le cerveau.
On a remarqué aussi qu’un travail intellectuel s'accompagne toujours, au bout d’un certain temps, d'une sensation très nette de faim ou d'un besoin d’excitants, ce qui indique la déperdition de force nerveuse.
Lorsque les phénomènes psychiques sont en activité, il se fait un afflux de sang plus considérable dans les artères cérébrales. Ce résultat, bien connu depuis longtemps, fait pressentir une élévation de température, et des échanges nutritifs plus nombreux dans le tissu nerveux.
Le professeur Gavarret a donné sur ce sujet (3) d’intéressants détails: Langlois et Cowper, puis Ërown-Séquard, ont établi, le premier par le raisonnement, les autres par des expériences qui sont demeurées célèbres, que le sang artériel entretient les fonctions du système nerveux, et que son absence entraîne l’abolition des fonctions cérébrospinales. D’un autre côté, l’exhalation d’acide carbonique et la température du corps éprouvent une élévation appréciable, dans le cas d’activité mentale.
La chaleur, d’après Burdach, augmente par l’effet de l’espérance, de la joie, de la colère et de toutes les passions excitantes.
Martin a vu la température monter de 33°, 3 à 37°, 3 dans un violent accès de colère.
Lombard a fait des expériences analogues.
Enfin Byasson a démontré que le travail cérébral, aussi bien que le travail musculaire, s’accompagne d’une production d’urée plus abondante, ce qui prouve une production de calorique plus grande que dans l'état normal. Il est donc suffisamment établi que les manifestations de l’esprit, de l'àme, s'accompagnent d'un travail du système nerveux, et même que ce travail peut être mesuré par la production des combustions ipii se passent dans le tissu cérébro-spinal.
Les effets physiologiques, produits par les causes morales sur le grand sympathique, sont incontestables. Les changements de coloration du visage, les troubles divers produits dans tous les organes, sous 1 influence des causes morales vives, révèlent l’action des phéno-
(1) Bûchez, Ann. méd.-psyr.h., 1854, p. IGG.
(2) Vedié, op. cit.
•!) G.ivarret, Physique biologique : les Phénomènes physiques de la vie. Paris,
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mènes psychiques sur les vaso-moteurs, et prouvent évidemment que l’ébranlement du système cérébro-spinal se communique au grand sympathique.
Les divers sentiments qui agitent l’àme, se manifestent au dehors par les expressions que prennent le visage, le regard, la physionomie, par l’attitude, les gestes, le froncement de la peau du front, le sourire, le grincement des dents, les mouvements des ailes du nez, la contraction des poings, l’abaissement des paupières, leur élévation, en un mot par toutes les modifications que subissent la voix, le rire, les pleurs, les soupirs, les cris, les gémissements, etc. (1).
Les organes de la digestion, l’estomac, les intestins sont soumis à cette influence morale; ils cessent d’agir sur les aliments qu’ils contiennent, dès que l’individu vient à éprouver des impressions violentes.
On sait que des causes purement nerveuses peuvent déterminer des vomissements, des indigestions et même l'ictère. Les organes de la génération sont soumis plus directement à l'influence de l’imagination; l’idée seule d'un objet aimable suffit pour déterminer l’excitation génitale. Les émotions morales ont sur les organes de la circulation une action puissante ; le rhythme cardiaque est modifié ; le sang est plus rapidement lancé vers le cerveau ou au contraire, la circulation est ralentie.
C’est sur le cœur que l’émotion retentit d’abord; aussi dans le langage vulgaire a-t-on l'habitude de désigner, comme n’ayant pas de cœur, celui que rien ne vient émouvoir. C’est pourquoi, dit Jessen, le cœur a été considéré comme le siège de la sensibilité morale, à tel point que l’on confond, dans presque toutes les langues, cœur et faculté de sentir.
Gratiolet racontait qu’un médecin, préoccupé de certaines sensations du côté du cœur, examinait fréquemment son pouls. Au bout de quelque temps apparurent des troubles graves de la circulation ; on lui prescrivit de ne plus faire cet examen; cette précaution suflit pour amener la guérison. Il se rendait malade lui-même.
11 est arrivé, maintes fois, qu’on a combattu les constipations les plus opiniâtres au moyen de pilules de mie de pain. Les malades dont l’imagination était frappée au sujet de l’efficacité de ces pilules, mettaient eux-mêmes en action, à l’heure indiquée, les muscles chargés de la défécation.
Bucknill (2) cite un exemple remarquable et qu’il a pu vérifier, luimême, de l'influence de l’imagination sur l’organisme.
Une dame voit la porte en fer d'un établissement se refermer brusquement sur un enfant auquel elle s'intéressait particulièrement, elle s’imagina aussitôt qu’il avait dû avoir la cheville brisée, ce qui n’était
(1) Jessen, Versuch einer wissenschaftl. Hegrundung der Psychologie. Berlin, 1853.
(2) Bucknill, op. cit. : Mélanc. hgp.
•Dagonet. — Maladies mentales. ■)
Ri
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pas. Cette pensée lui causa une émotion violente, et chose remarquable, elle sentit presque aussitôt à la cheville correspondante une douleur si violente, que le retour chez elle lui fut extrêmement pénibie ; en arrivant, le pied était enflé, et elle fut obligée de garder le lit pendant plusieurs jours.
« Si une émotion puissante, ajoute Bucknill, peut avoir une semblable action sur une partie limitée, on comprend qu’une idée fixe, chez quelques hypochondriaques, puisse à elle seule déterminer l’affection qui est précisément l'objet de toutes leurs craintes. Sous l’influence des émotions, les sécrétions peuvent s’altérer, le lait d’une nourrice peut être supprimé ou devenir impropre à l’alimentation de l’enfant. «
Quoi qu’il en soit, les passions, les sentiments ont une influence considérable, non seulement sur l’activité intellectuelle, mais encore sur l’organisme tout entier. « Lajoie, dit Jessen, donne aux idées une vivacité plus grande, elle rend communicatif : elle imprime à la circulation une activité plus grande; elle colore la peau et les joues, augmente le sentiment de la force et de la puissance musculaire, facilite la digestion, etc. La colère a sur l’organisme des effets plus violents, elle précipite les mouvements du cœur; elle provoque des mouvements en quelque sorte réflexes des muscles, la fermeture du poing, le froncement des sourcils, le grincement des dents, le tremblement des membres; elle exagère le sentiment de la force, à tel point, que l’individu en colère s’élance sans crainte à travers tous les obstacles.
» L’homme triste, souffrant, recherche la solitude, et sa pensée se maintient dans une sorte d’uniformité; il n’y a plus chez lui ni abondance ni variété dans les idées. La circulation du sang est entravée, le pouls se ralentit, les extrémités se refroidissent, le visage devient pâle, terne, les mouvements nonchalants. L’individu n’a plus le sentiment de sa force, il a une tendance singulière à rester dans l’indifférence et l’immobilité; des troubles divers de la respiration, de l’hématose, de la digestion ne tardent pas à apparaître ; il en est de même pour la peur, etc. I). » Nous n'analyserons pas davantage les effets des passions expansives et des passions dépressives; c’est une étude qui ne saurait avoir ici sa place; on trouvera des développements intéressants dans différents ouvrages de psychologie et de physiologie, ceux de Renaudin, de Jessen, de Béclard, etc.
L’excitation morale détermine surtout l’influence la plus remarquable sur les facultés intellectuelles, soit en les excitant, soit en les suspendant. On peut citer, sous ce rapport, le fait de Rouget de l’isle assistant chez le maire de Strasbourg, à un dîner, qui fut égayé par la présence des deux aimables filles de Dietrich, et pendant lequel on dégusta des vins fins. Dietrich exprima à son convive le regret qu’il n’y eût
(1) Jessen, op. cit.
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pas un chant de guerre national, au lieu de la Carmagnole et du Ça ira; puis il engagea le jeune sous-lieutenant à composer un hymne patriotique. Rouget de l’Isle rentre chez lui, il prend son violon, et trouve sous les premiers coups d'archet les notes inspirées de la Marseillaise.« Les paroles, racontait-il, me venaient avec l’air, l’air avec les paroles. Mon émotion était à son comble ; mes cheveux se hérissaient. J’étais agité d’une fièvre ardente; une abondante sueur ruisselait de mon corps; je m’attendrissais, et des larmes me coupaient la voix (1). »
Des troubles graves du système nerveux, des paralysies, des convulsions ont pu se produire sous l’influence de certaines idées, de certaines émotions. Le D' Russell Reynolds (2) rapporte quelques cas de paralysie provoqués par des idées et des sentiments. Les symptômes qui, d’après l’auteur, pouvaient résister pendant un temps très long à toutes sortes de traitement, disparaissaient complètement en mêm& temps que la disposition morale qui les avait fait naître.
Les troubles psychiques ont quelquefois déterminé des phénom ènes morbides, et il n’est pas rare non plus de voir ceux-ci, lorsqu’ils existaient, prendre alors une intensité plus grande. Dans quelques circonstances le médecin, en dissipant l’état hypochondriaque, a fait disparaître du même coup des symptômes d’une incontestable gravité. De pareils cas, qui peuvent se terminer d’une manière funeste, ne doivent donc pas être considérés à la légère, mais il faut au contraire leur accorder la plus grande attention, et les traiter par des moyens moraux en même temps que thérapeutiques et hygiéniques.
Contagion morale. — Non seulement les impressions morales peuvent exercer leur action sur nos organes, mais on voit encore cette influence se propager d’un individu à plusieurs autres. On ne saurait nier l’empire que quelques personnes peuvent avoir sur les autres. L’action de rire, de bâiller, peut s’étendre avec un irrésistible entraînement à toute une assemblée.
C’est à ce fait que se rattache l’influence de l'imitation comme cause d’épidémies convulsives, dont quelques auteurs nous ont rapporté des faits si extraordinaires.
On connaît les nombreux exemples de contagion hystérique; la littérature médicale abonde en faits de ce genre. Aux époques de grande excitation religieuse et de fanatisme, les maladies convulsives ont pu s’étendre et se constituer en épidémies; on peut citer aussi des cas de propagation dans des localités limitées où il n’y avait pas eu d’ailleurs d’exaltation religieuse, si propice à la contagion convulsive.
J.-F.-C. Decker (3) raconte que, dans une filature anglaise, une ou-
(1) Charles Letourneau, Physiologie des passions, 2e édition, 1877.
(2) Russell Reynolds, Gaz. méd. de Paris, 20 nov. 1869.
(3) Ilecker, Tanzwuth, 1832, et Mémoire sur la chorée épidémique du moyen âge, trad. par F. Dubois (Ann. d’hygi'ene, 1834, t. XII, p. 373).
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vrièro avait jeté une souris sur le sein de l’une de ses compagnes; celle-ci tomba dans de violentes convulsions; le troisième jour six, et le quatrième jour vingt-quatre femmes furent atteintes de convulsions analogues.
Dans un autre cas, cité par Decker, la vue de contorsions désordonnées chez une hystérique détermina, chez quatorze femmes, des convulsions plus ou moins violentes. Toutes ces malades, de dix-huit à vingt-cinq ans, souffraient, déjà de crampes d’estomac, paralysie, insomnie, spasmes, contractures, etc.
Il existe dans ce cas une prédisposition manifeste à l’extension, par imitation, dus accès convulsifs, dans l’âge des malades, et dans des affections nerveuses antérieures. De même la prédisposition due à l’excitation religieuse peut influer sur le système nerveux de plusieurs individus. C’est ce qu’on a pu observer dans les épidémies de convulsionnaires, qui firent tant de bruit à Paris, en 1731. Là encore un accès convulsif isolé fut le début de l’épidémie qui survint ultérieurement. Cette épidémie se manifesta surtout sous une forme convulsive, ayant tous les caractères de l’hystérie, affectant principalement les femmes.
Le spectacle des affections convulsives hystériques ne développe pas seulement, chez les personnes qui en sont témoins, des accidents hystériques, mais, en règle générale, les mêmes phénomènes convulsifs. Parmi les singularités nombreuses des accès hystériques sporadiques, se manifeste quelquefois une tendance prononcée à danser, aussi on comprendra facilement les épidémies des siècles précédents, la danse de Saint-Jean, de Saint-Wit, le tarentisme, les convulsions dansantes des camp-meetings méthodistes pour rappeler la danse de David devant l'arche, etc.
ha vue habituelle de certaines personnes amène à reproduire peu a peu leurs attitudes et leurs gestes. Les tics sont contagieux : les qualités, les défauts se transmettent, les pensées elles-mêmes se modifient.
Comment expliquer ces mystérieuses influences et cette réciprocité d’action des uns sur les autres?
Le Dr \edié, dont nous avons rapporté les intéressantes considérations, t ai I remarquer que les impressions morales ont pu avoir, dans quelques circonstances, non seulement des effets pathologiques, mais ait'-d îles effets thérapeutiques. Leur influence sur les vaso-moteurs,
OIlniU! Par ^es physiologistes modernes, peut expliquer, dit-il, tous 1 es cas de guérison et même de maladies spontanées qui étonnent si liéquemmenl les gens du monde et quelques médecins. Du moment q in I on admet celte action, on peut facilement comprendre le rôle que I imagination et 1 émotion jouent, pour ainsi dire, incessamment dans la santé, rôle observé de tout temps.
Ces causes, quand elles n’ont rien d’exagéré, ne font à l’état normal
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que stimuler les fonctions de l’organisme; lorsqu’elles sont très vives, qu’elles amènent une excitation trop intense du système nerveux, elles peuvent déterminer des troubles variés dans l'économie. L’émotion n'est pas en effet, comme nous l’avons vu, un phénomène purement intellectuel ou moral, mais elle produit un ébranlement organique variable, suivant son intensité. Elle peut rendre malade, elle peut produire dans tous les cas les symptômes les plus divers, elle peut avoir sur l’économie, par l’intermédiaire des vaso-moteurs, un retentissement qui dépasse de beaucoup la puissance des moyens thérapeutiques les plus énergiques. Les historiens en ont rapporté des exemples des plus remarquables et tout le monde connaît l’histoire du fils de Cyrus.
11 serait facile de multiplier les exemples de cette sorte, mais nous ne chercherons pas à en trouver l’explication. La science est encore impuissante et ne peut nous donner de solution satisfaisante. Il nous suffira donc de constater que le cerveau subit les impressions les plus variables, soit qu’elles proviennent des différentes parties de notre organisme, soit au contraire qu’elles viennent du monde extérieur.
De même qu’une trop vive lumière, qu’une détonation trop forte peuvent produire des troubles plus ou moins graves des organes de la vue et de l’ouïe, de même pour le cerveau, des émotions violentes peuvent avoir pour conséquence des troubles nombreux, différentes névroses, ou l'une des formes par lesquelles s’exprime l’aliénation mentale.
Importance de l’étude clinique des maladies mentales. — L’anatomie pathologique fera do grands progrès et les recherches d’observateurs consciencieux permettront d’arriver à la connaissance d’altérations qui pourront être regardées comme des lésions caractéristiques de certaines formes d’aliénation mentale. Mais, dans l’état actuel de la science, il faut nous borner à l’étude véritablement clinique des phénomènes morbides que présente l’aliénation mentale et des différents aspects sous lesquels elle se manifeste : comme nous le faisons pour d’autres névroses, l’épilepsie, l’hystérie, la chorée, etc., qui ne nous sont connues que par les troubles qu’ elles apportent dans l’économie, sans qu’il soit possible d'apprécier, d’une manière exacte, le rapport qui existe entre la cause et l’effet.
« Pour ce qui concerne l’anatomie pathologique, dit Sandras, nous devons avouer d’abord que nous ne croyons pas qu’il y ait, dans les fonctions, des désordres graves et prolongés durant la vie, sans qu’il y ait eu des modifications dans la manière d’être, de sentir, de vivre des organes. Mais nous croyons aussi que toutes ces modifications fonctionnelles peuvent avoir existé, sans qu’on trouve dans les organes morts la preuve, la démonstration, la présence réelle de lésions graves et constantes. En effet, n’est-il pas une foule d’étals morbides, asthmes,
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
palpitations, névralgies, intoxications diverses, que la médecine peut dans un grand nombre de circonstances heureusement modifier? Et dans un autre ordre d'idées, ne sait-on pas qu’il existe des relations •sympathiques qui unissent mystérieusement les appareils organiques entre eux, et qui donnent lieu à des influences réciproques des uns à l’égard des autres?... »
Certes, il n'est pas douteux que l’aliénation mentale n’ait sa raison d'être dans une modification pathologique de l’organe cérébral. C'est par cet organe que s'expriment les manifestations de l’intelligence et de la conscience, et, comme le dit Esquirol, si l’on raisonne par lui, c’est évidemment par lui que l’on déraisonne. Mais quand même il serait possible de démontrer, dans tous les cas de folie, la preuve anatomique de la lésion cérébrale correspondant à telle ou telle variété d’aliénation, cette preuve n’aurait en définitive qu'une importance médiocre pour le traitement dont l’expérience nous a tracé les principales indications.
S’il est donc impossible, dans un grand nombre de circonstances, «l’apprécier la nature des modifications cérébrales lorsque la raison vient à être troublée, il est du moins possible d’étudier ces désordres eux-mêmes, d'en suivre la marche et les conséquences pathologiques qui en résultent.
C'est celte étude qui fera l’objet des considérations que nous nous proposons de développer.