PREFACE
Xjes mêmes considérations qui nous engagèrent, il y a quinze ans, à choisir l'hypocondrie pour sujet d'une dissertation inaugurale, nous déterminent encore aujourd'hui à publier cet ouvrage sur les maladies nerveuses proprement dites ; ouvrage dans lequel nous avons fondu notre premier travail. Le désir d'éclairer l'histoire de ces affections dont la nature et le traitement étaient souvent un sujet d'incertitudes ou de discussions , et l'espoir d'être utiles aux personnes atteintes par ce fléau , qui afflige tous les rangs de la société , étaient à nos yeux des motifs puissans. Ajoutons que notre propre expérience ne nous avait que trop appris à bien connaître les souffrances physiques et morales qui résultent de ce genre de maladies. Nous appréciâmes mieux dèslors l'influence de leurs diverses causes • il nous fut également possible de considérer la succession et la variété de leurs phénomènes , de leurs complications ; et surtout la valeur des différens moyens curatifs , en examinant les circonstances auxquelles nous dûmes notre rétablissement. Enfin, de fréquens rapports avec les personnes qui, par leur éducation, leur profession , leurs
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habitudes, ou une sensibilité des plus vives, etc. , sont spécialement exposées aux affections nerveuses , nous ont encore aidés à les étudier et à les approfondir.
Quelques soins que nous ayons donnés à ce travail , nous ne pouvons nous dissimuler qu'il est encore très-imparfait, et bien loin de répondre à tous nos vœux ; d'offrir surtout cette précision qu'exigeront les médecins, et cette profondeur de vues, cette force de raisonnemens que permet d'espérer l'heureuse impulsion communiquée à la science médicale. Nous désirons seulement: qu'on veuille bien le comparer aux traités qui ont paru jusqu'à ce jour sur le même objet, et l'on conviendra, nous osons nous en flatter, que si nous sommes loin d'avoir fait le mieux possible, on ne saurait du moins nous reprocher d'être restés en arrière. Mais en attendant que des observations nouvelles et une étude constante nous permettent de rétablir quelques faits , de remplir des lacunes , ou de réparer quelques inexactitudes, au risque de prendre, pour le vœu du public, celui de quelques amis indulgens, nous cédons à leurs instances et à nos désirs. Comptant sur la faveur acquise à notre premier essai, nous livrons ce nouveau fruit de nos veilles à la périlleuse épreuve du grand jour (i).
(1) Déjà nous avons tiré un parti utile des avis éclairé*
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En publiant cet ouvrage nous n'avons pas eu la prétention de donner un traité complet de tous les désordres compris arbitrairement sous la dénomination de maladies nerveuses > nous nous sommes proposés seulement d'exposer l'histoire désaffections qu'on désigne plus particulièrement sous le nom de vapeurs ou de maux de nerfs. En effet, quels rapports ont le tétanos , l'hydrophobie , la danse de Saint-Guy , les névralgies , etc. , avec les névroses qui font l'objet de notre étude. Devions-nous faire entrer dans notre cadre tout ce que les gens du monde comprennent hasardeu sèment sous le titre R affections nerveuses. Mais où nous serions-nous arrêtés ?
Si d'une part les observateurs profonds savent parfaitement distinguer ces maladies , à l'aide d'une attention opiniâtre, de l'autre des hommes superficiels se trompent parfois dans leur diagnostic; les uns, préjugeant légèrement du tempérament ou du caractère mélancolique d'un individu, supposent à la maladie dont il est atteint une nature analogue à cette disposition; les autres voient l'hystérie dans presque tous les déran-
qui nous furent donnés lors de notre Dissertation. Egalement convaincus des avantages qu'on peut espérer d'une bonne critique, des réflexions judicieuses et des faits nouveaux, nous serons toujours disposés à les accueillir avec teconnaissance;
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gemens qu'éprouve la santé des femmes; nonseulement ils l'admettent là où elle n'existe pas, mais encore dans telle occasion où son existence n'est pas probable (i).
Combien de fois ne s'est-on pas mépris sur la nature ou le caractère des affections nerveuses? Tantôt deux variétés, tantôt les divers degrés ou des nuancés variables de la même névrose étaient considérés comme des maladies différentes. Ainsi l'on désignait sous le nom iïépilepsie utérine , une variété de l'hystérie, comme nous le démontrerons ; ainsi la prédominance des symptômes locaux de l'hypocondrie , l'intensitéV des signes sympathiques , ou le fait seul de l'exaltation mentale donnaient lieu à de pareilles méprises. D'autres fois enfin , la multiplicité des névroses les a fait admettre gratuitement, ou supposer dans un état de simplicité, lorsqu'elles
(1) Ce genre d'erreurs est très-fréquent, et nous en rapporterons un exemple. Une jeune dame ressent des douleurs vives dans l'hypogastre avec dysurie, fièvre et vomissemens. On fait une consultation, et un médecin n'îiésite pas à déclarer que c'est hystérique. En vain lui représente-t-on que cette personne est nouvellement mariée à un homme qu'elle aime beaucoup ; il lien départ pas. Toutefois le déplacement de la maladie , qui plus tard occupa successivement l'estomac, la poitrine et la te te, ne laissa aucun doute sur son principe rhumatismal.
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étaient compliquées. Cependant les maladies nerveuses^ quoique très-multiplices, ne sont pourtant pas aussi répandues qu'on pourrait le croire, et il est trop vrai que cette dénomination est fréquemment un manteau officieux dont se couvrent l'inapplication ou l'ignorance. Quand faute d'une attention ou de notions suffisantes, quelques, praticiens ne parviennent pas à reconnaître une maladie, ils ont recours à un échappatoire, et sortent d'embarras en disant, c'est une affection nerveuse, hystérique ou hypocondriaque. Ma mémoire seule me fournirait plusieurs preuves à l'appui de cette assertion; et je l'avouerai, je n'ai pas toujours été , surtout autrefois , étranger à ces inadvertances , à ces jugemens précipités.
Dans un tel état de choses, quel a dû être notre but ? de tracer les premières routes pour arriver à la vérité, d'écarter tout ce qui pouvait la déguiser ; en un mot , d'exposer , d'après nature, le tableau des affections les plus éminemment nerveuses a de celles qui sont les plus fréquentes, et les causes indirectes du plus grand nombre d'erreurs. Ce qui justifie encore notre plan ainsi limité, c'est la question proposée, en 1784, par la Société royale de Médecine. Elle demandait : ce Quels sont les caractères des ma- » ladies nerveuses proprement dites > telles que
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» l'hystérie et l'hypocondrie, etc. ; jusqu'à quel » point diffèrent -elles des maladies analogues, y> telles que la mélancolie? Quelles sont leurs y> causes principales, et les indications générales y> que l'on doit se proposer dans le traitement? )>
Mais aucun mémoire , aucun traité publié jusqu'ici n'a embrassé cette question dans toute son étendue, ne l'a présentée sous son jour véritable : on peut donc dire que les vœux de cette Compagnie savante n'ont pas été exaucés , que ses intentions, si favorables aux progrès de la science , n'ont pas été remplies. Toutefois cette question nous a paru si bien posée ; elle exprime si clairement, et avec tant de précision, le vrai point de vue sous lequel on doit considérer les maladies nerveuses , que nous avons craint de nous en écarter sensiblement; et les désirs de cette Société célèbre sont devenus l'objet de nos efforts. Non-seulement nous avons cherché à résoudre chacun des élémens de cette proposition, mais nous y avons donné des développemens très-étendus , et qui n'étaient pas indiqués, ou du moins exigés par le programme. Ainsi nous avons isolé l'hystérie du mal caduc et des convulsions, etc., l'hypocondrie de l'hystérie, de la mélancolie , des phlegmasies chroniques , et des lésions organiques de l'abdomen ; nous avons séparé ces névroses, non-seulement des maladies
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qui s'en rapprochent par leur nature ou par leur siège, mais encore de beaucoup d'autres affections qui n'ont avec elles que des similitudes ou des analogies spécieuses*
Pour mieux préparer nos lecteurs à la connaissance de ce travail, nous allons en outre indiquer l'ordre que nous avons suivi.
Cet ouvrage est divisé en deux Parties : danst la première nous traitons de l'affection hystérique, maladie spasmodique dans ses symptômes les plus apparens, mais éminemment nerveuse par sa nature, ses causes, sa marche et ses terminaisons. De l'énoncé de ses sources diverses, nous passons à la description de ses phénomènes et de ses variétés, dont deux que nous admettons méritent une attention particulière: nous traçons ensuite, dans autant de chapitres, ses terminaisons , ses complications , son diagnostic et sou pronostic : enfin les différentes méthodes curativ es qu'il convient d'y opposer.
Le douzième chapitre est consacré au résumé de cette première partie : ces analyses sont profitables aux hommes familiarisés avec l'histoire d'une maladie ; elles leur en rappellent les principaux traits , et permettent de rattacher à ceux-ci des faits moins saillans, mais plus nombreux.
Cette première Partie est infiniment moins éten-
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due que la seconde, parce que l'hystérie, quoique assez fréquente, est cependant bieu moins répandue que l'hypocondrie : celle-ci d'ailleurs est commune aux deux sexes ; elle est familière à un bien plus grand nombre d'individus, en raison de ses causes infinimentplus variées et plus nombreuses, se manifeste pendant le cours presque total de la vie humaine, et enfin se prolonge beaucoup plus long -temps. Ce sont en partie ces raisons qui d'abord nous avaient engagés à réunir, en un seul volume, ce travail, dans Ja crainte de le diviser d'une manière peu régulière; mais considérant ensuite son étendue , nous avons préféré, afin de rendre l'ouvrage plus portatif et plus commode à la lecture, le partager en deux tomes qui , rapprochés , ne feront qu'un seul volume.
Dans la seconde Partie nous avons envisagé l'hypocondrie sous les mêmes rapports, mais nous y avons présenté des développemens beaucoup plus considérables, d'après les motifs que nous venons d'énoncer.
L'histoire de cette vésanie est également divisée en douze chapitres. Le premier traite de ses généralités , le second nous en offre les causes principales. Ces causes étant si nombreuses, si variées , et agissant sur un très-grand nombre de personnes, leur connaissance enfin étant si im-
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portante, nous avons donné à leur étude une application suivie et des soins particuliers à leur exposition. Dans le troisième chapitre, on trouvera des réflexions sur le principe , la nature intime du désordre; au suivant, sont rattachés tous les phénomènes de la maladie que nous distinguons en symptômes locaux;, en signes sympathiques , et en phénomènes moraux.
Cette distinction naturelle, quoique inexacte sous quelques rapports, favorise beaucoup l'intelligence de la marche si variée que suit ordinairement cette affection nerveuse.
Remarquons en outre que les symptômes locaux sont dans l'histoire des maladies ce que sont dans l'histoire des peuples les époques, c'est-àdire les points sur lesquels on doit s'arrêter, ce Mais de même , dit Bossuet, que pour aider la )) mémoire dans la connaissance des lieux, on y> retient certaines villes principales , autour )) desquelles on place les autres chacune selon )> sa distance , ainsi dans l'ordre des siècles , il )) faut avoir certains temps marqués par quelque )) grand événement auquel on rapporte tout le )) reste (i) ». De même aussi il importe dans l'étude des maladies de s'attacher aux signes essentiels, pathognomoniques, comme à autant de
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points centraux, qui sont aux phénomènes sympathiques, comme l'axe aux rayons.
Le cinquième chapitre est consacré à faire connaître les variétés et les nuances de cette névrose; car autant celles-ci sont nombreuses , autant les premières le sont peu ; si on les considère comme offrant des phénomènes différens de ceux qu'on observe dans la marche ordinaire de la maladie.
Nous exposons ensuite les terminaisons de l'hypocondrie simple avant d'indiquer ses complications ou les terminaisons de ces dernières : si celle-là se termine très-rarement d'une manière funeste , tant qu'elle reste simple ; associée trop souvent à d'autres affections très-sérieuses, elle en partage ou plutôt en aggrave les dangers.
Un autre chapitre reproduit l'hypocondrie avec son cortège lugubre. Ce sont ses complications, le plus souvent méconnues, qui lui ont mérité les noms de morbus herculeus, protheus , pandcrœ pixis y complications que Tissot confondait avec l'hypocondrie simple, lorsqu'il la jugeait d'une manière si alarmante, et qu'enfin Lorry nous dépeignait sous le titre de tabès melancholica, consomption mélancolique ou plutôt hypocondriaque. Ce chapitre est le nécrologo des hypocondres.
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ce Malheur, dit Rousseau (i), à la jeune fille )) qui lira une. page de ce roman ; elle est per- » due ». Malheur aussi aux malades, aux médecins même qui liront ce chapitre ; ils se croiront perdus, s'ils ne comparent la mortalité, d'un côté, au nombre immense d'individus atteints par cette affection , et de l'autre , aux chances multipliées de guérison qu'on peut espérer.
Plus loin nous établissons le diagnostic de l'hypocondrie, et nous la différencions des maladies que, par analogie, on pourrait confondre avec elle; nous tâchons également de la signaler au milieu d'affections nombreuses, et qui, bien qu'analogues, en sont cependant distinctes.
Le pronostic, qui est à son tour l'objet de notre examen, est rassurant, considéré dans son application exclusive à cette vésanie non compliquée. Un autre chapitre est destiné à constater les désordres qu'on rencontre chez les individus qui ont succombé non à celle-ci , mais par suite d'une complication.
Après avoir ainsi décrit les origines variées de l'affection qui nous occupe , sa marche , et toutes ses particularités, nous arrivons à son traitement, qui demande à être médité dans son ensemble et dans ses élémens, sous le rapport
(i) Nouvelle Héloïse.
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des loix de l'hygiène , des médicamens et de l'application de nos facultés mentales.
Enfin un douzième et dernier chapitre nous rappelle l'histoire entière de l'hypocondrie dans* une analyse rapide et serrée.
Toutefois cette exposition anticipée ne peut donner une idée exacte de notre plan; il faut donc pénétrer plus avant dans la route que nous avons frayée ? en parcourir toute l'étendue , si l'on veut être à même de juger ce livre , nonseulement sans prévention, mais encore avec connaissance de cause.