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val , qu'il ne croyait pas près de lui, le faisaient trembler. Cependant si le hasard l'eût forcé à défendre sa vie» s'il eût vu son ennemi , enfin si sa raison eût calculé le genre du combat, il s'y serait exposé sans terreur. •
Mais depuis dix ans, tous ces phénomènes, indices certains d'une exaltation de la sensibilité générale, sont ou diminués ou entièrement dissipés. M. D** éprouve bien encore quelques symptômes d'une hypocondrie très-affaiblie, tels que des vents, des engourdissemens légers , des bruits singuliers dans la tète , et des craintes relatives à ses différentes fonctions; mais ceux-ci en général se manifestent rarement, et sont très-supportables. Du reste, il jouit habituellement d'une Jbonne santé, dort long-teirïps et se réveille dispos. Il a un bon appétit, mange beaucoup, et digère lentement, mais fort bien; enfin il partage son temps, suivant son goût, entre l'exercice, de fréquentes promenades, ou un séjour prolongé à la campagne, entre la société de ses amis, l'étude et les spectacles.
Sa raison est même bien raffermie contre les craintes qui l'ont si souvent et si long-temps tourmenté; c'est-à-dire qu'il suffit, lorsqu'une frayeur vient de nouveau le chagriner, de lui rappeler toutes les terreurs paniques qu'il a déjà eues, pour le rassurer plus ou moins complètement sur ce nouvel effroi.
Joignons encore ici un autre exemple d'hypocondrie bien caractérisée.
Un jeune homme âgé de vingt-six ans, reçut en partage un tempérament nerveux , une imagination très-active, une grande sensibilité morale, et, avec une constitution peu robuste, une assez bonne santé.
A l'âge de douze ans il éprouva un violent accès de somnambulisme, mais qui fut unique. Dans le cours de sa jeunesse il fut souvent pris de cauchemar ; une nuit , entre autres , après un assez long voyage.
A dix-huit ans il se livra à l'étude de la médecine, et consacra au travail une grande partie de son temps. Pour faire diversion à une application aussi soutenue, il donnait, de temps à autre, quelques instans aune société où il était reçu avec beaucoup de bienveillance. Bientôt il s'attacha à une jeune personne fort jolie, et qui parut d'abord répondre aux sentimens qu'elle lui avait inspirés; mais peu de temps après il reconnut qu'un de ses amis avait obtenu la préférence.
Dès-lors chagrin violent , concentré , et souven t renouvelé par la vue de cette demoiselle, qui habitait la même maison. Digestions lentes et pénibles; anomalies de l'appétit , qui, très-bon le matin , manquait à 1 heure du dîner , pour reparaître d'une manière très-prononcée vers les dix heures du soir. Borborygmes fréquens , parfois
II YPOCONDRI E. 5^3
hoquet spasmodique , tensions vers les hypocondres, nausées et vomissemens alimentaires, mais fort éloignes ; constipation peu opiniâtre.
Respiration habituellement gênée, ou plutôt difficulté très-grande et presque continuelle à obtenir des inspirations complètes ; ce qui l'obligeait souvent à s'arrêter au milieu dune marche à pas ordinaire ; palpitations tumultueuses , plus considérables et plus générales lorsqu'il était dans son lit ; les battemens se faisaient sentir à la tête, à l'épigastre , mais surtout dans la région du cœur. Le malade ne pouvait supporter sur sa poitrine le poids de sa couverture ni celui de son drap ; sa chemise même lui était incommode.
Le sommeil était en général très-pénible et interrompu par des rêves ou un bruit dans la tête, analogue à un coup de pistolet ou au craquement d'un meuble. Le moral participait fortement au trouble physique, les inquiétudes sur son état présent étaient augmentées parle tableau de l'avenir, que son imagination lui présentait; de là des craintes de diverses maladies, et une habitude d'ennui et de tristesse qui alternaient avec des accès bien courts de gaîté folle.
Divers traitemens mal dirigés et surtout mal suivis , échouèrent successivement. L'affection du cœur, l'inclination persistaient toujours; un premier voyage suspendit les accidens, qui reparurent peu de temps après le retour, et la reprise
des anciennes habitudes ; mais enfin un second voyage , et un nouvel attachement , qui en fut le résultat, amenèrent une guérison aussi prompte que parfaite , et qui se maintient depuis plus de quinze ans.
Observation (i) d'Hypocondrie par frayeur.
Un courtisan distingué, âgé de trente ans, d'un tempérament sanguin , joignait à un embonpoint très-prononcé , un caractère enjoué et sans aucune disposition à la mélancolie ; habitué aux travaux du cabinet, qu'il compensait par beaucoup d'exercice, il avait toujours joui d'une bonne santé. Un jour, étant à la chasse, il fut tout à coup saisi d'une vive frayeur, tomba de cheval , se plaignit de douleurs dans le dos , et se crut grièvement blessé. Bientôt remis de son accident, il reconnaît son erreur , remonte à cheval, et continue sa partie de chasse. De retour chez lui , il éprouve, au bout de quelque temps , les symptômes d'hypocondrie les mieux caractérisés ; malaise général, inquiétudes vagues, trouble des fonctions digestives, vertiges, pesanteur et douleur de tête, flatuosités incommodes,
(l) Obs. il, Hoffmann. Si nous avons rapporte jusqu'ici plusieurs histoires particulières empruntées à cet observateur, ce n'est point par prédilection pour sa méthode, mais bien parce qu'il s'est occupé d'une manière spéciale de ces maladies, qu'il a d'ailleurs mieux décrites que beaucoup d'autres,
ht poco n n n in. 52r>
sommeil troublé par des rêves fatigahs, tristesse constante, anxiétés précordiales , constipation opiniâtre ; à son réveil, nausées et vomissemens acides, urines tantôt limpides, tantôt sédimenteuses.
Consultations multipliées: pendant unan, abus des médicamens, et exacerbation manifeste de la maladie. Hoffmann est appelé, il ordonne une saignée au pied, des pédiluves fréquens , une infusion théiforme le matin ; avant le repas, l'essence décorée d'orange; le soir, la poudre préci- - pilante; deux fois par semaine, les pilules balsamiques ; rejet de tous les autres médicamens ; guérison.
La maladie affectait ici un nomme sanguin, et ne reconnaissait point pour cause la vie sédentaire, ni les travaux du cabinet, mais une circonstance accidentelle dont l'effet était plus facile à combattre.
Enfin, si nous voulions mettre dans tout leur jour les différences et les rapports que présentent ces trois maladies, nous dirions que l'hypocondrie est une névrose ou une affection du système nerveux abdominal, et par suite du système nerveux général; l'hystérie, une maladie du système nerveux utérin ; et la mélancolie, une affection du système nerveux cérébral, ou plutôt
Iune altération partielle de l'imagination (i).
(i) On peut encore consulter, sur cette maladie, la dis-
Passons à l'examen comparatif de l'hypocondrie et des inflammations lentes de l'abdomen , qui ne mérite pas moins notre attention.
TROISIÈME SECTION
Caractères distinctifs de V Hypocondrie , et des phlegmasies chroniques de V abdomen.
Si l'on compare l'hypocondrie aux phlegmasies chroniques de l'estomac et des intestins, on conçoit que l'analogie de leur siège et de quelques symptômes a pu , malgré la différence de nature et de leurs principaux phénomènes, occasionner des erreurs dans le diagnostic de ces affections diverses ; mais ces méprises ont-elles été aussi fréquentes que le donne à penser un médecin recommandable , le docteur Broussais , dans l'ouvrage qu'il a publié sur les phlegmasies chroniques. « N'est-ce pas ainsi, dit-il, que sont entretenues certaines dyspepsies hypocondriaques (1), qui, si elles étaient examinées de bien près, seraient reconnues pour de véritables gastrites chroniques»? Plus loin il ajoute : « Il serait curieux desavoir combien il resterait de squirrhes au pylore , d'hypocondries , d'obstructions et de
sertation du docteur Charpentier , dans laquelle on trouve plusieurs histoires particulières de mélancolie très-intéressantes.
(1) Tome II, page 290 et 337-
maladies nerveuses ayant leur source clans les organes de l'abdomen, si l'on pouvait distraire toutes les gastrites chroniques des maladies existantes actuellement à Parissousces différentes qualifications». Si des erreurs ont été commises, et je suis porté à le croire, ce praticien laborieux, dont je me plais d'ailleurs à reconnaître le talent d'observation, est-il bien fondé à faire un reproche aussi général; je ne le pense pas, et certainement la plupart des médecins de la capitale distinguent très-bien les phlegmasies aiguës ou chroniques des squirrhes au pylore, ou des affections hypocondriaques , et vice versa. Ne s'est-il pas exposé lui-même au reproche de ne voir que des gastrites chroniques , en les soupçonnant là où peut-être elles n'existent pas , et en paraissant nier en quelque sorte l'existence des squirrhes au pylore, des obstructions, des maladies nerveuses et de l'hypocondrie , dans une infinité de circonstances où ces derniers existent réellement. Quoi qu'il en soit, on devra toujours de grandes et nombreuses obligations au docteur Broussals , pour ses différens travaux, et même pour avoir appelé l'attention des médecins sur la possibilité d'une méprise dont l'occasion se présente fréquemment.
Efforçons- nous maintenant de prévenir de semblables erreurs , en remplissant cette lacune qu'il a laissée, en établissant, dis-je, les carac-
5a8 MALADIES NERVEUSES*'
tères propres à l'hypocondrie et aux phlegmasies chroniques (i), et c'est dans le Traite de M. Broussais lui-même , que je puiserai en partie les signes distinctifs de ces dernières, bien certain de ne pouvoir rencontrer une meilleure source.
Les phlegmasies chroniques attaquent tous les âges ; elles sont très-ordinaires aux enfans , plus fréquentes chez les jeunes gens que dans l'âge viril , où elles sont encore très-communes ; tandis que l'hypocondrie se voit presque exclusivement chez les adultes. On remarque très-souvent ces inflammations lentes chez les hommes qui fatiguent beaucoup, comme les laboureurs, les artisans, et surtout les militaires, à la suite des marches forcées; elles sont beaucoup plus rares chez les citadins, et parmi les individus livrés à une vie molle et sédentaire.
Les hommes en général sont, par les raisons que nous avons énoncées ci-dessus, et celles que nous exposerons incessamment, plus sujets que les femmes, à ce genre de maladies.
Si la mollesse, les habitudes sédentaires sont une source de névroses des plus fréquentes,
(i) Plus loin j'indiquerai les signes distinctifs des squirrlies
du pylore : ceux-ci diffèrent des phlegmasies chroniques ,
' et bien qu'ils commencent aussi par une irritation lente , leur
ùége , leur nature et leur mode de formation ne sont pas les
mêmes que dans ces inflammations.
HYPOCONDRIE. 5ag
l'excès de fatigue favorise puissamment l'invasion des phlogoses chroniques.
Les vètemens qui ne garantissent ni du froid , ni de la pluie , ni de l'humidité, qui n'absorbent pas la transpiration ou la sueur, et qu'on garde sur soi lorsqu'ils sont mouillés , offrent, au suprême degré, le même inconvénient. On peut en dire autant du trouble apporté dans nos différentes fonctions, et spécialementdu dérangement de la transpiration. Aussi regardai-je cette cause, c'est-à-dire tout mode de refroidissement, comme l'origine du plus grand nombre des phlegmasies chroniques. La grande humidité, jointe à une température élevée, les émanations contagieuses répandues dans l'atmosphère , les exhalaisons par suite du dessèchement, ou des substances décomposées et putréfiées, produisent souvent encore ces désordres. Il faut en outre noter , comme agissant à cet égard d'une manière spéciale, l'humidité éprouvée aux pieds, une habitation froide, humide , insalubre , et surtout les bivouacs; tandis que les névroses des organes de la digestion dérivent bien plus rarement de ces différentes sources. Citerons-nous comme causes de ces inflammations les coups, les chutes, les commotions vers l'abdomen ? Qui ne sait combien leur influence est étrangère à la production des vésanies hypocondriaques, et combien, au
contraire, elle favorise les phlogoses et les lésions organiques de l'abdomen.
La suppression ou rétention des règles et du flux hémorrhoïdal concourt davantage peut-être à la production des affections nerveuses. L'onanisme, par l'épuisement qui en résulte, et plus encore par la honte qu'entraîne toujours ce funeste penchant , est également une cause bien plus puissante d'hypocondrie que d'inflammations chroniques.
L'habitude de la bonne chère , ou plutôt la surcharge habituelle de l'estomac dispose au contraire beaucoup plus aux gastrites et entérites chroniques qu'aux névroses des organes de la digestion ; l'abus des liqueurs, des vins , qui sont souvent de mauvaise qualité, les boissons stimulantes ou irritantes données, pour faire transpirer, dans un moment d'irritation plus ou moius vive, les médecines de précaution, les vomitifs et purgatifs réitérés ; les préparations mercurielles , et surtout le sublimé , si souvent administrés inconsidérément, et qui agissent immédiatement, ont sur le développement des inflammations lentes une influence beaucoup plus active que sur celui de lhypocondrie. Remarquons en outre que les premières succèdent très-communément aux inflammations aiguës, terminées sans crises, ou jugées incomplètement, dont la convalescence a été brusquée, ou qui après u ne guérison parfaite,
récidivent à un degré modère, par suite d'imprudences ou de refroidissement. Elles sont encore une conséquence plus ordinaire des fièvres intermittentes qui se prolongent indéfiniment, et peut-être des affections rhumatismales, dartreuses, etc., fixées sur les viscères abdominaux.
Les méditations trop soutenues , ou seulement l'habitude d'un travail de tète, sédentaire, sans forte application mentale , plus alors parle défaut d'exercice, de locomotion, que par la fatigue de l'entendement, déterminent , comme nous l'avons dit, bien fréquemment ces névroses, et trèsrarement les affections de l'autre genre.
Enfin le chagrin , et tous ses différens modes , exaltent la sensibilité organique des viscères de la digestion , et provoquent l'hypocondrie bien plus souvent qu'ils ne donnent lieu aux phlogoses latentes ou chroniques de l'abdomen ; mais ces affections morales amènent aussi très-ordinairement les lésions organiques.
Si nous poursuivons l'examen comparatif dans les phénomènes de ces maladies diverses, nous retrouverons encore des oppositions non moins tranchées : ainsi, dans l'hypocondrie, les digestions sont en générai plus ou moins difficiles; cependant la plupart des malades mangent avec assez de plaisir, et digèrent, quoique avec une peine dont le degré varie; de plus, la constipation est ici fort ordinaire. Dans les gastrites ou
entérites chroniques, les digestions sont bien plus pénibles, et souvent même impossibles; quand l'estomac est le siège de l'inflammation, il y a défaut d'appétit, souvent des vomissemens muqueux ou alimentaires, et une douleur plus vive à l'épigastre que dans les cas de névrose. Les phlogoses intestinales ont aussi leurs symptômes particuliers : ici ce sont des coliques plus ou moins intenses; la sensibilité de l'abdomen augmente par instant, surtout quand on le comprime; quelquefois il y a intégrité de l'appétit, surtout chez les enfans et les jeunes gens; on remarque presque toujours une diarrhée plus ou moins fréquente ; chaque évacuation est précédée de coliques vagues, et suivie d'un soulagement éphémère; mais la moindre quantité d'alimens, dans l'un et l'autre cas , ranime le désordre, multiplie , rapproche et prolonge les redoublemens ; tandis que les hypocondres se trouvent assez souvent soulagés après leurs repas. La soif est aussi fréquente dans les inflammations même chroniques, que rare dans les névroses. Cependant, dans quelques cas, et surtout au début de la maladie , ou quand celle-ci est modérée , la soif est peu intense, ou n'existe pas d'une manière continue ; souvent même les enfans refusent alors de boire. Mais en général, et surtout chez les adultes, elle existe spécialement le soir ou la nuit, et souvent à un degré modéré; elle sac-
compagne de sécheresse de la bouche, de rougeur de la langue; il y a chaleur générale, plus ou moins vive, suivant l'intensité de la phlogose (1) , et ardeur à l'arrière-bouche; le pouls est petit, serré, fréquent; et presque toujours le soir ou la nuit il survient des redoublemens ; le sommeil est agité , mais d'une agitation différente de celle qu'on observe dans l'hypocondrie, où l'insomnie est causée par un trouble plus moral que physique. La figure est souvent altérée , allongée ou un peu grippée. La plupart de ces accidens sont non-seulement étrangers à l'hypocondrie, mais ils procèdent avec une lenteur qui , comparée à la marche ordinaire de cette névrose, est un mouvement de progression très-rapide. Les médicarnens trop actifs ou irritans, le moindre écart dans le régime , la plus petite quantité d'alimens ou de boissons excitantes , l'impression réfrigérante la plus légère, enfin les contrariétés morales sont suivis, chez les malades en proie aux phlogoses, daccidens beaucoup plus violens que chez les individus hypocondriaques.
Considérons en outre que ces inflammations
(i) Lorsque les forces sont très-diminuées, quand la vie est prête à s'éteindre , il y a sentiment de froid ; mais ce symptôme est constant à la fin de toutes les maladies mortelles.
sont exemptes des innombrables phénomènes sympathiques, de ces aberrations mentales que nous avons exposés dans la description de l'hypocondrie. Ici les symptômes sont non-seulement plus nombreux, mais plus variables; là ils sont plus fixes, plus locaux. On peut dire de ce genre de maladies, stabilibus magis quàm vagis molestum; c'est l'opposé de ce opiAlberti appliquait à l'hypocondrie.
Tout annonce dans ces phlegmasies chroniques, non une affection plus ou moins générale de la sensibilité organique, mais une affection locale de la sensibilité animale.
Si l'on considère que les phlegmasies chroniques de l'abdomen se terminent quelquefois par la guéri sdn , et plus souvent par une désorganisation mortelle dont le terme s'étend depuis deux à trois mois, à deux ou trois ans au plus, on ne pourra leur assimiler les névroses des organes de la digestion, qui se maintiennent quelquefois au même degré, et sans aucune apparence de lésion organique, d'altération de tissu, pendant des dix, douze, vingt et trente ans (1) ; qui dans quelques cas se dissipent au bout de peu jours par le seul exercice auquel on avait renoncé , ou par
I» « " I Ml I ,
(i) Bernardin de Saint-Pierre et Grétry furent hypocondriaques durant une grande partie de leur vie . et sont morts octogénaires.
HYPOCONDRIF. 535
d'autres moyens également simples et prompts dans leurs effets.
?«re sait-on pas en outre que le traitement des phlegmasies diffère singulièrement de celui qui convient aux névroses des organes digestifs ? Les délayans, la diète la plus sévère, le repos du lit sont nécessaires dans le premier cas; tandis que les hypocondriaques se trouvent en général trèsbien d'un régime tonique, des boissons un peu arriéres, de l'usage du vin, des distractions , de l habitude des spectacles , des voyages, et surtout des différens modes d'exercice. Les terminaisons varient également; la mort est très -souvent le terme desphlegmasieschroniques , tandis qu'elle n'est peut-être jamais le résultat direct de l hypocondrie. Mais à la longue les affections hypocondriaques se dénaturent, ou plutôt se compliquent, et c'est en se dénaturant ainsi qu'elles peuvent indirectement se terminer de la manière la plus funeste. L'hypocondrie est d'abord simple , elle se complique ensuite avec une inflammation lente ou une lésion organique, dont la terminaison est presque toujours mortelle.
Pour mieux établir la comparaison entre ces deux classes de maladies, et afin de rendre leurs oppositions plus saillantes, nous allons relater ici quelques histoires de phlegmasies chroniques, empruntées pour la plupart au docteur Broussais , nous bornant d'ailleurs à renvoyer aux
nombreux exemples d'hypocondrie que nous avons déjà mentionnes.
Je choisis les observations qui nous offrent ces phlegmasies dans l'état le plus simple , parce que M. Broussais ayant communément traité des militaires soumis au régime le plus contraire , épuisés par des marches forcées, couchant sur la terre, exposés enfin à toutes les intempéries de l'air , a presque toujours rencontré des complications mortelles. Dans la pratique des villes, la terminaison des phlegmasies n'est pas à beaucoup près aussi souvent funeste.
Inflammation de V estomac, gagnant les intestins, (Observation analysée) (i).
Un jeune soldat était malade depuis un mois ; pendant tout ce temps il éprouva une douleur fixe à Tépigastre, avec forte constriction ; dégoût invincible pour tout aliment, nausées et même vomissemens. Plus tard la diarrhée survient; le trente-unième jour, air inquiet, teint sombre , livide, terreux ; rougeur des conjonctives. Pour l'estomac, anorexie, vomissement de tous les ingesta ; sentiment d'une constriction pénible et même douloureuse à la région épigastrique. Pour les intestins, diarrhée peu abondante, mais douloureuse , excrémens d'une odeur insupportable.
(1) Page 53, tome II. Broussais.
Pour la surface du corps , marasme au deuxième degré, peau sale; fétidité stereorale delà transpiration ; pouls faible, serré, lent; la chaleur cutanée au-dessous du degré de santé; débilité extrême. Mort le quarante-deuxième jour , sans agonie. L'estomac rétréci, comme un intestin, dans la moitié pylorique; la membrane muqueuse d'un rouge foncé, même dans les intestins; sèche, noire près du pylore ; épaissie et coriace surtout en ce lieu , etc.
Gastrite chronique avec diarrhée. (Analyse) (1).
Un jeune homme , âgé de vingt-deux ans , se plaint d'un dégoût très-prononcé pour tous les alimens, et d'envies de vomir continuelles ; il se sentait toujours prêt à rendre ce qu'il avait pris, quoique la diarrhée ne le quittât pas. Il était trèsni aigri , et cependant il ne se disait malade que depuis seize jours; sa figure surtout était maigrie, son teint sombre, ses yeux caves, sa langue humide et assez nette, le pouls nullement fébrile. Traitement. Solution gommeuse acidulée, julep analogue ; bouillie pour nourriture. Amélioration; le malade se procure des alimens; rechute, mort douze jours après. L'estomac étant ouvert, n'offrait aucune cavité; tous les intestins consi-
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(1) Page 55.
538 MALADIFS NKRVFUSES.
durablement resserres ; la membrane muqueuse d'un rouge fonce, couleur du bois de eampèche , etc.
Inflammation des intestins , puis de Vestomac. (Analyse) (i).
Un tambour, âgé de vingt-quatre ans, contracte une fièvre tierce, qu'il conserve plus de deux mois, sans y opposer aucun remède ; la diarrhée s'y joint. Après quatre mois de maladie il était réduit à un demi-marasme; il allaita la garde-robe cinq à six fois par jour , avec des coliques et beaucoup de malaise ; le pouls nullement fébrile. Eau de riz, potions gommeuses aromatisées. Amélioration : bientôt rechute par suite de sa gourmandise ; dès-lors , vomissement des alimens, perte de l'appétit, nausées continuelles, anxiétés, fréquence du pouls , chaleur de la peau. Je reconnus, dit M. Broussats, que la phlogose gagnait l'estomac. Potions acidulées et huileuses; le mouvement fébrile ne se maintenait que huit à dix heures par jour; mort le 11 septembre 1806, après six mois de maladie. Tout le canal intestinal tellement contracté , que la membrane muqueuse était presque partout en contact ; celle de l'estomac rouge, épaissie, et couverte d'une exsudation grisâtre près du pylore; partout ailleurs
(1) Page 6o»
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sèche ] et de la couleur du bois de campêciic. Certes j ces observations ne ressemblent pas à F hypocondrie; aussi ont-elles été bien reconnues par le docteur Broussais ; mais l'avantage d'établir un diagnostic exact est aussi l'apanage de beaucoup d'autres médecins : ainsi les diverses observations rédigées par nos confrères ou par nous-mêmes, et que renferme ce travail, ne sont pas toujours des gastrites chroniques , mais bien ce quelles sont intitulées, des affections nerveuses, des hystéries , des hypocondries , des lésions organiques , des squirrhes au pylore, et quelquefois aussi des inflammations chroniques; il nous reste à démontrer qu'à Paris , on sait également bien distinguer ces dernières maladies d'avec les névroses , les vésanies , etc.
Observation dune phlegmasie chronique intestinale.
Madame G**, âgée de trente-deux ans, a joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Ce fut à la suite d'un traitement par la liqueur de Van-Swièten, et d'un accouchement trèsdouloureux, qu'elle fut prise de coliques, d'abord assez vives, et d'un dévoiement qui a diminué plusieurs fois, mais pour reparaître ensuite avec une nouvelle force, souvent avec fièvre légère. Elle a été soignée par un grand nombre de médecins; aucun n'a vu dans cette affection une
54o MALADIES NERVEUSES.
hypocondrie; tous ont employé les moyens généralement avoués contre ces inflammations lentes, et qui ont échoué, avec cette particularité que chaque nouveau traitement opérait un mieux momentané. Les délayans, les adoucissans, les toniques, les astringens, les opiacés, les vésicatoires volans ? ont été mis à contribution sans plus d'avantage. La malade a fait usage du lait dânesse, de celui de vache, qui n'ont produit ni bien ni mal soutenus; à une autre époque , elle s'est nourrie exclusivement de viandes noires, buvant de l'eau rougie, sans qu'il en soit résulté dexacerbation. Un voyage en Angleterre, et le porter pour boisson, ont amené une amélioration un peu plus prolongée; mais le désordre s'est de nouveau manifesté. Aujourd'hui cette dame recherche la société de ses amis, tous les motifs de distraction, et^fréquente les spectacles. Son teint n'est pas très-altéré; elle paraît encore même à présent, fort jolie, parce qu'elle se met avec beaucoup de soin ou beaucoup d'art; mais elle a maigri sensiblement, et ses forces sont très-diminuées. Elle conserve toujours un peu d'appétit, et préfère les viandes rôties et les légumes herbacés; de temps à autre, et surtout la nuit, elle éprouve une soif légère et des coliques; son sommeil est souvent interrompu par le besoin daller à la garde-robe, qui la tourmente moins dans le milieu du jour, où
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elle est plus distraite. Ses règles n'ont subi aucun dérangement notable.
Certainement, cette affection n'offre point la multiplicité de symptômes physiques et moraux qui forme un des attributs .spéciaux de L'hypocondrie.
Une jeune personne offrait le même spectacle, et a été guérie par le régime féculent et mucososucré , par l'usage exclusif des crèmes et des bouillies; mais elle était également exempte de tout phénomène nerveux.
Un jeune homme, âgé de seize ans, est pris de mal de tète, de frisson, de chaleur, etc. Le mouvement fébrile continue avec soif, langue rouge, redoublement tous les soirs, mais peu prononcé, agitation la nuit. Pendant vingt-cinq jours l'état reste à peu près le même; l'appétit n'était pas entièrement perdu. Les parens n'appellent aucun médecin , et se bornent à la limonade, à l'eau de riz, aux lavemens émolliens; mais le malade mangeait tous les jours une petite quantité d'alimens , qui excédait son véritable appétit , et entretenait ainsi l'irritation intestinale, les coliques, la diarrhée et la fièvre. Appelé à cette époque , je prescrivis les boissons gommeuses et sucrées, les lavemens et demilavemens mucilagineux , quelques bains de siège pris le soir, les applications de graine de lin; enfin une légère bouillie pour le matin, et quel-
5l\1 MALADIES NERVEUSES.
ques tasses de bouillon pour le reste cle la journée.
Une prompte amélioration fut le résultat de ce traitement ; mais au bout de quelques jours les accidens se raniment, la fièvre, la diarrhée et l'agitation pendant la nuit augmentent; j'interroge les parens, et j'apprends qu'on a outrepassé la quantité d'alimens permise. Deux ou trois fois la même imprudence fut suivi du même résultat ; la faiblesse des parens cédait aux désirs ou plutôt aux pleurs du malade, et par tendresse ils l'auraient conduit au tombeau. Pour obtenir plus de déférence, j'employai la peur; je fis lire au père plusieurs observations du véridique Broussais; il en fut tellement effrayé, que dèslors je n'eus plus besoin de prêcher la diète : bientôt les accidens cédèrent insensiblement, et une nourriture graduée, mais légère, concourut au retour des forces, au parfait rétablissement de ce jeune homme. Ce fut aux avis sages et éclairés de notre confrère M. Bourdois, l'un des hommes qui honorent le plus la médecine, que je dus de n'avoir pas vacillé dans ce mode de traitement; car plusieurs fois voyant la résistance de cette maladie, en apparence légère, je fus tenté d'avoir recours à une médecine plus active, qui probablement n'aurait pas aussi bien réussi.
De ces différentes observations je crois pouvoir conclure, i°. que les phlegniasies chroniques,
ù fortiori celles qui sont aiguës , diffèrent des affections hypocondriaques; 20. qu'elles en sont même faciles à distinguer; 3°. que M. ftroussais n'est pas fonde à insinuer, et encore moins affirmer, comme il l'a fait dans son estimable Traité , pages 290 et 337, t°me H, que la plupart des maladies nerveuses , des dyspepsies hypocondriaques, des squirrhes au pylore traités à Paris, ne sont que des gastrites chroniques; 4°- e^ qu'enfin il a tiré de quelques faits particuliers, vrais d'ailleurs et bien observés , des conséquences trop générales.
Nous ne connaissons qu'un exemple de péritonite chronique, méconnue et prise pour une hypocondrie; cependant l'analogie de siège et de plusieurs symptômes propres à ces deux maladies peut favoriser Terreur, bien qu'elles présentent aussi de nombreux traits distinctifs. De plus, l'inflammation du péritoine termine quelquefois L'affection nerveuse, comme nous l'avons vu page 44* î mais elle peut en outre coexister long- temps avec la névrose hypocondriaque. Contentons-nous de renvoyer, pour l'histoire de la péritonite, à la Nosographie philosophique de Pinel , à la dissertation du docteur Gasc, et au Traité de M. Broussais (1) , et rappelons enfin
(1) Ces trois ouvrages réunis pourraient fournir un traité sur les maladies puerpérales , et devraient mettre un terme
le procédé que nous avons déjà suivi dans l'examen des maladies du même genre comparées avec l'hypocondrie.
Mais une remarque bien importante, c'est la complication de l'hypocondrie avec ces phlegmasies chroniques et même latentes, ou si Ton veut , la dégénérescence de cette affection nerveuse, et qui se manifeste d'une manière lente, sourde , et quelquefois imperceptible , par un trouble des fonctions digestives plus prononcé que dans l'hypocondrie simple. Si c'est une gastrite qui s'établit , c'est alors que l'appétit diminue, qu'il survient un dégoût qu'on attribue, et bien à tort , aux caprices du malade, que les aiimens sont rejetés par le vomissement , surtout s'ils sont de digestion peu facile ou un peu. abondans. En même temps la bouche devient mauvaise , surtout pendant la nuit et le matin ; il se manifeste une soif légère , qui varie selon les mets dont on fait usage , ou qui d'abord n'existe que par momens ou le soir et la nuit; quelquefois alors la phlogose se dessine par un sentiment de construction vers Tépigastre , un sentiment d'ardeur à l'arrière -bouche, la fréquence modérée du pouls qui est petit, faible,
au scandale de ces opinions surannées et hypothétiques dont on rebat encore de temps en temps le public éclairé , qui les repousse constamment.
serré, la chaleur et la sécheresse de la peau plus ou moins continues ; les urines sont moins claires, moins abondantes, et se troublent plus facilement. Jusqu'à cette époque, la constipation peut encore exister ; mais quand l'inflammation se propage aux intestins ou affecte tout d'abord ces organes, on observe d'autres phénomènes : le désordre qui , dans l'hypocondrie , est ordinairement plus prononcé vers l'estomac et les hypocondies , devient plus manifeste vers la partie moyenne et inférieure de l'abdomen : le malade se plaint de coliques , dont la vivacité et la fréquence varient; les selles deviennent rapprochées, muqueuses, glaireuses; les symptômes d'irritation co-existent. {Voyez les Observations rapportées pages 429> etc.) En même temps, ou plus tard, les phénomènes nerveux, sympathiques de l'hypocondrie s'affaiblissent , comme nous l'avons déjà dit, par la prédominance du désordre local.
Ces accidens ( nous l'avons fait pressentir dans notre dissertation sur l'hypocondrie) sont souvent le résultat de l'abus des purgatifs, des irritans, des toniques mêmes, qui sont des irritans quand ils sont donnés mal à propos , en un mot, de la polipharmacie. La gourmandise ou un mauvais régime, d'autres troubles apportés dans nos diverses fonctions , les produisent fréquemment aussi. g
Nous n'indiquerons pas ici le traitement qu'il convient d'opposer à ces phlegmasies, ou plutôt à ces complications imminentes ou commençantes; mais nous préviendrons, par anticipation , que les adoucissans qui ont échoue dans bien des cas d'hypocondrie , entretenus par la débilité, réussissent souvent alors; parce que la sensibilité des organes, loin d'être émoussée, a été au contraire trop excitée par les purgatifs et autres médicamens.
Nous croyons inutile d'opposer ici à des faits de pblegmasie, de nouvelles observations d'hypocondrie ; leur différence paraîtra sans doute, à tout lecteur impartial , aussi sensible qu'à nous-mêmes; d'ailleurs nous aurons encore par la suite occasion d'en rapporter quelques exemples.
Après avoir cherché à établir le diagnostic de l'hypocondrie et des affections, qui s'en rapprochent par leur nature , telles que l'hystérie et la mélancolie , nous nous sommes également efforcés de fixer l'opinion des médecins sur les différences et les rapports que présente cette névrose comparée aux phlegmasies chroniques, qui occupent à peu près le même siège; nous allons maintenant , afin de les prévenir, signaler quelques erreurs qui ont été commises, ou qui pourraient l'être dans le diagnostic des lésions organiques abdominales, et de. certaines maladies
qui n'ont avec ces vésanies que des similitudes, des rapports indirects ou accidentels.
QUATRIÈME SECTION
Caractères dis tinc tifs de V Hypocondrie avec les lésions organiques de l'abdomen.
Nous avons indiqué déjà les signes généraux à l'aide desquels on pourra distinguer l'hypocondrie d'avec les lésions organiques de nos différens viscères (i) ; nous allons exposer les symptômes propres ou particuliers à leurs principales altérations, bornant d'abord notre examen à celles de l'estomac, du pylore (2), du foie et de la rate.
Nous ne parlerons point des squirrhes ou can-
(1) Voyez page 448. On consultera aussi avec beaucoup de fruits une dissertation sur les altérations de l'estomac et du pylore, par le docteur Aussant. Ce médecin ennoblit par son caractère et son talent l'art qu'il exerce avec beaucoup de succès dans la ville de Rennes , où l'on compte un grand nombre d'habiles praticien^.
(2) Mon attention a été appelée sur ces maladies par une circonstance bien pénible : j'ai perdu mon meilleur ami, celui dont je reçus le jour, victime d'un squirrhe au pylore qui fut démontré par l'autopsie de l'organe lésé. Les frayeurs que mon père éprouva pendant la terreur, lorsqu'il était proscrit, furent la cause de sa mort , et cet événement n'a pas peu contribué à me faire détester les horreurs de la révolution , ou plutôt des révolutions.
Mm 2
cers du rectum et des autres parties -, parce que leurs phénomènes sont plus distincts, et qu'ils n'ont presque jamais été l'occasion de semblables erreurs.
Les lésions organiques, squirrhe ou cancer, de l'estomac, du cardia et du pylore, sont annoncées par des souffrances plus ou moins intenses dans la région de l'estomac , augmentées après le repas , et d'autant plus que celui-ci aura été plus copieux, ou que les alimens seront plus indigestes. Les liquides en général, à moins qu'ils rie soient trop excitans, provoquent moins les douleurs; quand ils sont doux et bus par gorgées ils passent facilement.
Si les alimens pénètrent avec peine dans l'estomac , si leur entrée excite au cardia une sensibilité obtuse , qui ensuite devient vive, on doit soupçonner une lésion de cette ouverture; quelquefois , en approchant l'oreille de Tépigastre , on entend les alimens ou les boissons franchir l'obstacle qui existe à l'orifice œsophagien, et le malade sent lui-même une sorte de difficulté vaincue. Les vomissemens sont rares alors, surtout dans le principe , et la constipation esfc moins prononcée.
Quand les alimens ne peuvent être reçus qu'à petite dose, et lorsqu'ils sont repoussés peu de temps après le repas y on aura plus à redouter alors l'épaississement de la membrane mu-
hypocondrie." 54f)
qucuse , le rétrécissement squirrheux de l'estomac.
Quelquefois l'appétit subsiste , les alimens sont pris avec plaisir et abondamment; l'estomac les digère : mais au bout de deux heures, plus tôt ou plus tard, il les repousse, parce qu'ils ne peuvent franchir le pylore qui s'est épaissi, durci, rétréci. Le siège de la douleur est ordinairement entre l épigastre et l'hypocondre droit. Cependant j'ai rencontré un malade qui, à la suite d'un coup reçu dans l'hypocondre gauche , y ressentit une douleur constante. Il succomba , et à l'ouverture nous trouvâmes un squirrhe au pylore : cette observation nous fournit, à cette époque, le sujet d'un Mémoire. Dans ce dernier genre de lésion le vomissement devient de plus en plus fréquent; les boissons sont même souvent rejetées , à moins que le malade ne se borne, même pour toute nourriture, aux boissons gommo-sucrées, gélatineuses, etc., bues par très-petites fractions. C'est de toutes ces maladies celle où la constipation est la plus prononcée et la plus constante ; non-seulement parce qu'une irritation dans la partie supérieure du canal intestinal arrête la sécrétion des sucs gastrique, biliaire et intestinal; mais encore parce qu'elle s'oppose au cours des alimens et à celui des liquides.
Ces lésions organiques, considérées d'une ma-
55o MALADIES NERVEUSES.
nière générale , offrent encore d'autres caractères , qui faciliteront et assureront leur diagnostic , ou celui de l'hypocondrie dans les cas de névrose hypocondriaque ou de complication ; outre leur siège différent, le trouble qu'elles occasionnent est plus local, plus profond, quoique souvent moins apparent; les rots, les rapports sont plus acides , plus aigres , plus nidoreux , plus corrosifs ; la douleur est fixe, permanente, plus vive et souvent lancinante; l'amertume de la bouche et les envies de vomir sont continuelles; aussi la plupart de ces infortunés désirent et appellent à grands cris les vomitifs , parce qu'ils prennent , pour la cause de leur maladie , ses effets. Celle-ci est quelquefois stationnaire, elle peut même reculer; mais le plus souvent elle n'a été que momentanément masquée , et bientôt elle revient ou elle reparaît pour ne plus rétrograder. Sa durée est bien plus limitée que celle de l'hypocondrie, et même que celle de certaines phlegmasies chroniques. Plus tard la nature des vomissemens change ; après avoir été muqueux, ils sont composés d'alimens à demi-digérés , et par la suite, de matières ou de bile brunes et noirâtres , ou de lambeaux de tissu désorganisés.
Les plaintes de ces malades sont constamment les mêmes, et ne varient pas comme dans l'hypocondrie; elles sont exprimées sans exaltation,
n ypocon dr i !.. 55 r
sans exagération, mais avec un accent calme; grave, et avec un pressentiment concentré, ou avec une sorte de désespoir.
On remarque encore, dans l'expression de leur physionomie, une altération beaucoup plus constante et plus profonde que chez les hypocondriaques. La figure s'allonge; les yeux deviennent ternes et caves ; la nutrition ne s'opère qu'avec peine ; bientôt l'amaigrissement est considérable. On sent tôt ou tard, du moins le plus souvent, une tumeur squirrheuse, rarement au cardia lui-même, qui est peu accessible au toucher, plus souvent au pylore, à l'estomac, quelquefois enfin à sa partie cardiaque ou grosse extrémité.
Un autre ordre de phénomènes se remarque dans les engorgemens du foie : ceux-ci sont assez souvent précédés par des douleurs vagues , des jaunisses; ils reconnaissent pour leur Origine la plus ordinaire les chagrins et les dérangemens de nos hémorrhagies ; quelquefois des concrétions biliaires, souven t la longue durée des fièvres intermittentes , moins fréquemment les doses trop fortes de quinquina , ou son administration prématurée; l'abus des vomitifs, des purgatifs, etc., des substances stimulantes, des boissons alkooliques. Ils sont beaucoup plus fréquens chez les adultes qu'à tout autre âge. Au trouble des fonctions digestives se joint presque toujours
une douleur d'abord obtuse, plus tard lancinante; qui occupe l'épigastre , et surtout l'hypocondre droit, s'étend quelquefois jusqu'à la partie postérieure de l'épaule droite, ou s'y produit syinpathiquement. Tôt ou tard le gonflement de l'organe hépatique devenant sensible, se fait remarquer, ou en avant, vers la région épigastrique; ou dans ihypocondre droit, et plus ou moins bas. Les nausées et les vomissemens ne sont pas aussi fréquens que dans les lésions de l'estomac. Le decubitus y qui , dans ces dernières , est assez facile à droite et à gauche , ne peut communément avoir lieu dans ce cas-ci que du côté droit. La physionomie du malade s'altère sensiblement, et prend une forte teinte d'un jaune brun. L'œdème des extrémités inférieures , la péritonite chronique et latente; enfin, l'ascite consécutive, sont dans ce cas très-ordinaires, et ne se rencontrent jamais dans l'hypocondrie simple, et rarement dans les altérations du tissu gastrique.
Un désordre très-analogue dans l'hypocondre gauche annonce les lésions organiques de la rate; celles-ci sont assez rares dans les adultes, et trèsfréquentes dans la première enfance. Toutefois les symptômes locaux de l'affection hypocondriaque étant beaucoup plus continus et prononcés du côté gauche doivent favoriser les maladies de la rate plus que celles du foie ; celles-là sont peut-être encore plus souvent occasionnéespar la
suppression des hémorrhoïdes , à cause de la corrélation plus directe qui existe entre les vaisseaux hémorrhoïdaux et ce viscère, mais moins fréquemment déterminées par les peines de l'âme que les lésions du foie, qui tient plus intimement au système digestif. Les altérations de la rate ne gênent pas autant les mouvemens, parce que le volume de ce viscère, considéré isolément de l'augmentation morbifique, est bien moindre que celui du foie; aussi le malade n'éprouve-t-ii pas une aussi grande difficulté à se coucher du côté opposé. La rate étant placée plus profondément , ou plutôt étant moins accessible à nos moyens explorateurs, on ne distingue en général que très-tard la tumeur formée par cet organe ainsi engorgé. Celui-ci n'adhérant au diaphragme que dans un espace très-limité, il est, quand il a acquis un volume contre nature, plus facile^ ment entraîné par son propre poids, et occupe souvent le voisinage de la fosse iliaque correspondante. Ces altérations se jugent, plus souvent que les hépatites chroniques, par les hémorrhagies, et sont moins susceptibles d'une terminaison funeste, probablement par suite dune organisation moins délicate, de fonctions moins importantes, et de rapports plus limités ; enfin, elles sont plus facilement guéries , soit par les efforts de la nature, soit par les ressources de Fart, et principalement par l'application des sangsues,
qui, en viciant les vaisseaux hémorrhoïdaux , dégorgent presque immédiatement l'organe malade.
Il suffit de comparer, même par un rapprochement peu approfondi, ces diverses maladies, pour s'assurer qu'elles sont très-distinctes des affections hypocondriaques, et qu'il est facile de les reconnaître; mais il n'est pas moins important de se rappeler que les lésions organiques, et particulièrement celles du foie, s'associent trop fréquemment aux névroses des organes digestifs; aussi ne suffit-il pas de s'assurer qu'un homme est atteint d'hypocondrie, il faut en outre examiner si celle-ci est simple ou compliquée.
Trop souvent l'incertitude que présente le diagnostic d'une affection organique imminente, et l'analogie qui existe entre les accidens qu'elle produit et les symptômes ordinaires de l'hypocondrie, éloignent de la connaissance de la vérité le médecin qui adopte trop facilement l'existence de cette dernière névrose. Plein de son idée, il considère les phénomènes de la maladie naissante comme une de ces anomalies nerveuses si fréquentes; et cette erreur est d'autant plus difficile à détruire , qu'elle est plus vraisemblable , et que souvent tout semble la confirmer jusqu'à l'époque où les progrès de la désorganisation et le dépérissement deviennent trop sensibles, et signalent le désordre véritable. D'autres fois un observa-
HYPOCONÎlRlfe. 55$
teur peu exercé continue à ne voir qu'une hypocondrie simple au milieu des phénomènes d'une complication grave et déjà ancienne. Telle est une des sources les plus fréquentes du diagnostic erroné, ou du faux jugement que l'on porte sur la nature de ces maladies.
Je vais rapporter une observation où cette erreur a été long-temps commise : par d'autres, je démontrerai qui! est possible de l'éviter.
M. D**, âgé de soixante-deux ans, bien constitué, d'un tempérament bilieux, et d'un caractère fort enjoué, lut très-adonné dans sa jeunesse aux plaisirs de l'amour : les regrets suivent souvent les plaisirs, et notre malade en fit un jour l'apprentissage. Dans le désir dune prompte guérison, il se livre entre les mains d'un charlatan, qui le fatigue par des doses de médicamens ex* cessives, prescrites sous des formes bizarres, et accompagnées des règles les plus minutieuses. Un calcul approximatif nous a fait présumer qu'il était ordonné par jour, à ce malade, un grain et demi de sublimé, dont heureusement il ne prenait que moitié dose, ce qui était indépendant des frictions. Victime de cet ignorant empirique , il reconnut enfin son erreur. Depuis lors ses fonctions digestives furent dérangées. Un médecin éclairé le mit à l'usage des boissons adoucissantes, à un régime doux, végétal, farineux, sucré, et lui prescrivit le lait dânesse :
plus tard il lui conseilla une nourriture un peu plus tonique.
Il résulta de ce traitement un mieux sensible; toutefois les accidens que nous allons indiquer subsistèrent, et ce sont les seuls que nous ayons observés. M. D** avait alors quarante-un ans; son teint était peu altéré, et l'embonpoint était même un peu revenu; mais il se plaignait de digérer avec peine, quoique son régime fût régulier et non échauffant, d'éprouver des borborygmes , des tensions sur toute la surface du ventre , avec chaleur , des douleurs dans les reins, et une constipation opiniâtre qui le tourmentait singulièrement. Il ressentait aussi des picotemens, des inquiétudes et des crampes, surtout dans les extrémités inférieures. Ses urines étaient épaisses, et se décomposaient promptement; la poitrine n'offrait aucun désordre; mais sa tête était souvent embarrassée; il accusait des étourdissemens, un vague qui lui rendait parfois toute application impossible; il s'abandonnait, dans d'autres instans, à des craintes variées, et se tourmentait beaucoup des accidens que devait, selon lui , produire tôt ou tard la trop grande quantité de mercure dont il avait fait usage.
M. D** fut soumis à un régime très-léger : aux boissons délayantes, rafraîchissantes, au petitlait pendant trois à quatre mois; il prit beaucoup de bains, sans en retirer aucun avantage sou-
HYPOCONDRIE. 55l
tenu. Nous avons souvent varié les moyens, et n'avons obtenu aucun succès dans le traitement de cette maladie, qui, d'abord déterminée probablement par l'abus du mercure, a été entretenue depuis par la vie sédentaire et des chagrins de diverse nature. M. D** partit, il y a environ dix ans, pour une petite ville de la province, où. il a toujours été traité comme hypocondriaque; et nous avons appris, par des renseignemens authentiques, qu'il y avait terminé sa carrière à l'âge de soixante-deux ans. L'ouverture de son corps fit découvrir un squirrhe au pylore, qui n'avait pas même été soupçonné.
Observation d'une Hypocondrie compliquée d'engorgement du foie.
Mademoiselle B*4 est âgée de vingt-huit ans , et douée d'une grande vivacité d'esprit, jointe à une imagination ardente et très-mobile. Ses yeux sont grands, vifs et animés, son teint est brun et coloré, ses cheveux noirs et abondans ; elle offre un système musculaire bien prononcé, une taille élégante, et un bassin parfaitement conformé. Depuis l'âge de dix-huit ans sa santé a été dérangée; le tribut périodique, d'abord bien établi à quinze ans , s'est supprimé depuis : linaction du système utérin entretient un état d'aménorrhée habituelle et de pléthore sanguine irrégulière ; quelquefois cependant les règles ont
para par suite des bains excitans , mais pour manquer à une époque plus ou moins prochaine.
Les digestions sont habituellement difficiles; des vents, des borborygmes se manifestent fréquemment. Cette demoiselle se plaint de tensions spasmodiques vers les hypocondres, de constipation. Il existe des palpitations, de l'oppression, des céphalalgies fréquentes, des rougeurs et chaleurs au visage et à la tête , qui se terminent quelquefois par une syncope : de plus, la malade est tourmentée par des étourdissemens, des bourdonnernens et des tinlemens d'oreille, par un vague dans la tète, et des inquiétudes ou des craintes relatives à sa santé, et qui se succèdent ou se remplacent avec une rapidité étonnante.
Plusieurs fois on a eu recours aux sangsues vers les extrémités inférieures, sans résultat favorable bien évident ou soutenu. L'exercice a affaibli cet ensemble de symptômes : le vin de quinquina, à petite dose, a dissipé les maux d'estomac et un peu facilité les digestions; enfin l'usage des fruits fondans, et surtout du raisin, a été utile. Du reste, mademoiselle B** suit un régime régulier.
Cette hypocondrie est caractérisée; et quoique produite par la continence, elle ne présente aucun signe d'hystérie bien prononcé; mais il existe un autre ordre de symptômes; mademoiselle B4*
se plaint constamment d'embarras et d'une légère douleur dans l'hypocondre droit, région qui est un peu élevée, et sensible au toucher. Celui-ci fait découvrir dans le foie un engorgement, que l'on peut présumer n'être ni très-ancien ni irrémédiable. Cette dernière affection surtout me semble susceptible de se dissiper par l'usage longtemps continué des bains, par des voyages à Barèges ou Vichy, par un régime et un traitement appropriés, et spécialement par un ma-( riage convenable, que j'ai déjà conseillé fréquemment. Ce qui me semble confirmer l'affection du foie , c'est que le teint de la malade est parfois extrêmement jaune , et que son père a succombé, à quarante- cinq ans, à une hépatite chronique.
Mariée depuis un an , cette personne n'a éprouvé depuis lors aucun des accidens que nous venons de mentionner.
Observation analogue (abrégée).
« Un officier, âgé de quarante ans, d'une constitution pituiteuse, fit d'abord plusieurs campagnes, et fut ensuite employé à l'état-major de l'armée d'Italie. Il travailla pendant plus de deux mois avec une grande assiduité , ne se plaçant pas directement devant son bureau, mais se penchant sur le côté gauche, et 'se tenant trèscourbé, parce qu'il est d'une haute taille, et
qu'il a la vue basse. L'invasion de sa maladie fut causée par des excès avec une femme qui lui fit boire des liqueurs fortes ; le jour même il éprouva une si violente résolution de ses forces, qu'il en conçut une grande frayeur, et rendit presque aussitôt quelques gouttes de sang par la bouche et par les narines. Il sentit dans tout son corps des tremblemens et des mouvemens, tels qu'en auraient produits des bulles d'air, qui de l'épaule gauche seraient descendues vers les reins, et de là le long de la cuisse du même côté. Après s'être un peu remis , cet officier se rendit à l'etat-major, où il but un verre de vin qui lui fit encore venir du sang à la bouche ; quelques instans après ses jambes s'engourdirent; il fut pris d'une grande difficulté de respirer, et d'un sentiment de faiblesse entre les septième et huitième côtes, en comptant de haut en bas. On le ramena chez lui; il dormit assez bien la nuit suivante, et se réveilla avec une migraine affreuse, qui se dissipa. Mais pendant trois mois il fut toujours très-souffrant ; c'était une faiblesse extrême , une douleur dans l'épaule gauche , des frémissemens dans tous les muscles. Les boissons semblaient tomber de toute leur pesanteur dans l'estomac ; les digestions se faisaient mal ; et le malade devint très-maigre. Il consulta , à cette époque, un médecin du quartier-général, qui lui dit qu'il était attaqué d'une maladie nerveuse
et compliquée; on lui fit prendre un purgatif, qui eut mille peines à entrer dans l'estomac, et
faillit le faire périr. Au printemps il revint dans sa famille, toujours souffrant, toujours inquiet, niais moins qu'en Italie. A Paris il consulta plusieurs médecins , qui lui confirmèrent que sa maladie était nerveuse. Il prit alors quelques stomachiques spiritueux , et en éprouva plus de mal que de bien. L'hiver lui fut très-contraire. Plus tard il alla aux eaux de bains, puis se mit à l'usage du lait, et se trouva très-bien de ce régime. Il est sensiblement mieux dans ce moment, mais il n'est pas guéri; ces tremblemens dans les membres , cette douleur dans l'épaule gauche, cette faiblesse, entre les septième et huitième côtes, se font encore sentir par intervalles : en plaçant l'oreille sur la région de l'estomac, tandis que le malade boit, on entend que les boissons n'entrent dans ce viscère qu'après avoir vaincu un obstacle ; le pouls est dans létat naturel, mais le malade est habituellement resserré, et éprouve la plupart des symptômes de l'hypocondrie ».
Je pense , avec l'auteur de cette observation , M. Gérard (i) , que l'ordre dans lequel il a rétabli les faits, et décrit les symptômes, permet de croire que c'est une lésion de l'orifice œsopha-
(i) Perforations de l'estomac, par M. Alex. Gérard, p. 34 •
5 ( ) '}. M A T. A D TES N E R V K lï S F. S .
gien de l'estomac , compliquée d'hypocondrie. La multiplicité, et peut-être la prédominance des phénomènes propres à 1 état nerveux, ont à tort fait considérer cette maladie comme une simple névrose.
CINQUIÈME SECTION
Parallèle de ï Hypocondrie avec les maladies qui s'en rapprochent y mais faiblement.
Les affections dont il me reste à tracer le parallèle avec l'hypocondrie, sont loin sans doute de lui ressembler par leur ensemble; cependant comme quelques-uns des traits qu'elles présentent, soit ordinairement, soit accidentellernenf, ont pu être rapportés à cette vésanie , pour suivre la marche que j'ai adoptée, j'examinerai rapidement chacune de ces affections.
Les rhumatismes et la goutte occupent des sièges si variés , et sont sujets à un si grand nombre dedéplacemens, qu'ils peuvent primitivement ou consécutivement se fixer sur les organes de l'abdomen, et se dérober à la sagacité du médecin en simulant l'hypocondrie. Ils peuvent , et la goutte surtout , par leur présence sur les viscères abdominaux , avant même de s'être manifestes au-dehors , donner lieu à cette névrose, ou à des accidens qui s'en rapprochent beaucoup. Il importe de reconnaître ces différens états, afin de bien établir son diagnostic, et de
HYPOCONDHIF. 5G
diriger le traitement dune manière convenable.
On reconnaît ordinairement le rhumatisme ù ses causes spéciales, qui sont presque toujours l'impression du froid , l'humidité, et surtout les refroidissemens , à sa mobilité, à une intensité extrêmement variable depuis la disparition totale, mais momentanée, jusqu'aux crises les plus violentes, aux exacerbations qu'occasionnent les changemens de température , et plus rarement les affections morales ; ce qui est l'inverse pour l'hypocondrie, dont les causes, les phénomènes et la marche sont très-distincts.
On sait que la goutte (i) provient , le plus souvent , dune disposition héréditaire, de l'abus des liqueurs et de la bonne chère ; qu'elle se déclare depuis quarante jusqu'à soixante ans , tandis que l'hypocondrie survient depuis l'âge de vingt et surtout de trente à quarante ans. Leurs phénomènes sont également différens : la goutte attaque spécialement les petites articulations , où elle cause des douleurs aiguës, et forme des nodosités ; elle revient par accès irréguliers , avec chaleur , rougeur et gonflement des parties ; tandis que 1 hypocondrie
(i) Je parle ici de la gouite la plus générale , assez improprement appelée goutte des riches : il en est une autre qui a été très-bien décrite dans une dissertation inaugurale par le docteur Landrë Beauvais , et à laquelle il a donné le nom de goutte atonique , et qui réclame l'usage des fortifians, etc.
INn a
564 MALADIES KERVFUSES.
est continue \ celle-ci est accessible aux efforts de l'art , aux moyens moraux, aux règles hygiéniques qui échouent presque toujours contre la goutte. Leur analogie la plus frappante résulte de leurs terminaisons : l'une et l'autre présentent , après un laps de temps plus ou moins long, des complications ou des résultats trèsgraves, soit des phîegmasies chroniques, soit des dégénérescences organiques; mais la goutte offre cette particularité, qu'elle donne lieu plus fréquemment, par suite de son déplacement, à des accidens aigus, qu'à des inflammations qui marchent lentement : on remarque une circonstance inverse dans l'hypocondrie. Ces terminaisons fâcheuses sont , pour la première , une suite commune des traitemens indiscrets, tandis que dans la seconde elles sont une conséquence plus naturelle et plus immédiate de la marche de l'affection.
L'estomac et les intestins sont , de tous nos organes, ceux que la gouite anomale consécutive affecte le plus souvent , et les phénomènes qui résultent de ce déplacement morbifique , ressemblent beaucoup aux symptômes ordinaires de l'hypocondrie : on reconnaîtra cette cause aux attaques régulières de goutte qui auront précédé, à l'emploi inconsidéré, sur les articulations malades, des émoliiens ou narcotiques et des ïépercussifs , qui auront déplacé le principe de
la goutte; enfin, à la nature des accidens plus circonscrits dans l'abdomen, à l'absence de l'exaltation mentale , si familière aux hypocondriaques. Il se peut aussi que la sensibilité exaltée des organes abdominaux dans les affections nerveuses, appelle en quelque sorte sur ces parties la maladie arthritique.
On favoriserait cette métastase en se conformant au conseil donné par Barthez {Traité des Maladies goutteuses) y qui engage à appliquer les caïmans, dans le rhumatisme goutteux, sur les articulations malades : cette pratique serait contraire aux vrais principes de médecine, et, quoique étayée d'un nom célèbre, n'en serait pas moins très-préjudiciable au plus grand nombre des malades chez qui on en ferait l'application. C'est du moins ce que des faits multipliés m'ont démontré , ainsi qu'à beaucoup d'autres médecins. En résumé, on peut affirmer que les causes, les accidens,, les signes, le siège , la nature, et les terminaisons de l'hypocondrie, et des affections goutteuses ou rhumatismales, diffèrent essentiellement.
Qui ne s'étonnerait qu'on ait pu confondre le scorbut avec les affections hypocondriaques; cependant des auteurs ont pensé qu'il devait être considéré comme le dernier degré de ces maladies, et d'autres ont même avancé que le scorbut el l'hypocondrie n'étaient qu'une seule et même
affection : cette opinion a compte pour partisans Eugalcnus, Sennert, Etmuller, faillis, et Barbet, qui appelait cette névrose la mère du scorbut: Mater scorbutl à Barbetto salutatur, dit Etmuller. Mais l'auteur qui a donné le meilleur traité sur le scorbut, a rallié, de nos jours , tous les praticiens à une observation plus exacte. L'hypocondrie, dit Lindy n'a aucune connexion avec le scorbut; le siège , la cause, et surtout les symptômes de cette maladie, en sont entièrement distincts ; de sorte qu'il est très-difficile de trouver un symptôme constant qui leur soit propre ; seulement il regarde l'hypocondrie comme cause disposante du scorbut.
Nous allons indiquer, afin de rendre le tableau d'opposition plus frappant, les principaux symptômes de l'affection scorbutique, qu'il sera facile de rapprocher des phénomènes propres à l'hypocondrie, et pour lesquels nous renvoyons aux pages 33 1 et suivantes.
Les causes spéciales du scorbut sont le mauvais air, l'humidité, la malpropreté, une nourriture insuffisante, les affections morales, l'abus des plaisirs, l'excès de fatigue, peut-être l'influence de la mer ; les symptômes qu'il détermine le plus souvent, sont une débilité générale, des douleurs locales, l'altération des gencives, des ecchymoses , la roideur des articulations , l'inertie pour le mouvement , la constipation,
plus souvent la diarrhée, ries hémorrhagics passives, et parfois des ulcères; enfui, un désordre plus ou moins varié, auquel le moral de l'individu participe beaucoup moins que dans lhypocondrie.
C'est en ne distinguant pas les complications de l'hypocondrie et du scorbut , que certains auteurs ont admis l'identité de ces deux maladies. Le fait suivant, dont nous traçons une analyse exacte, nous présente encore cette névrose compliquée avec une affection scorbutique, et considérée cependant comme une hypocondrie simple (1).
Uu homme, d'un tempérament très-bilieux, se nourrissait, par préférence , d'alimens solides et secs. A 1 âge de quarante ans, vie sédentaire, et régime émollient observé avec une exactitude minutieuse: peu à peu l'hypocondrie se déclare; plusieurs médecins l'attribuent à la pléthore des vaisseaux hémorrhoïdaux, et conseillent l'usage des eaux minérales, les saignées, l'application des sang-sues, et de fréquens purgatifs. Une amélioration éphémère parut résulter de ce traitement; mais le désordre fit des progrès. Le malade fut mis au régime des femmes en couches, aux alimens doux, aux bouillons légers, gélatineux , etc. Bientôt il survient une fièvre inter-
(1) Dissert. Roch. Strasbourg , il 52,
fjGS MALADIES NERVEUSES.
mittente à laquelle on oppose les purgatifs , et ensuite les incrassans. L'appétit était entièrement tombé, le ventre de plus en plus tendu, les flatuosités augmentaient, les facultés intellectuelles étaient même affaiblies. Pour les uns , la maladie venait de l'imagination; pour les autres, elle était incurable.
Un médecin persuada au malade de prendre , pour nourriture , des mets simples et solides , conformes à son goût, mais en petite quantité; il lui prescrivit des médicamens analogues à ces alimens (ils ne sont pas indiqués). Bientôt l'appétit et les forces se rétablirent , et les symptômes les plus graves et les plus alarmans de V affection scorbutique , furent chassés de la bouche et de la surface du corps.
Il manque sans doute à cette observation la description de ces accidens scorbutiques, qui ne sont pas dépeints par l'auteur ; mais telle que nous la voyons , ne nous offre-t-elle pas, non l'hypocondrie simple , mais bien cette vésanie compliquée de scorbut?
Parmi les maladies qui offrent moins de rapports avec cette névrose des organes digestifs, on peut citer l'apoplexie, et cependant il est quelques cas où des symptômes nerveux graves , survenant accidentellement chez une personne hypocondre, peuvent simuler l'affection cérébrale, Lien que celle -ci n'ait point de rapports di-
rects avec l'hypocondrie. Exemple : Une dame hypocondriaque fut prise au milieu de la nuit de symptômes nerveux très-violens; on craignit une «apoplexie, et on vint précipitamment réclamer mes soins ; je m'y rendis, et j'appris que cette dame était depuis long-temps en proie à des maux de nerfs, à des digestions pénibles, à des étourdissemens et à des craintes continuelles relatives à sa santé. Elle avait éprouvé ce soir même des maux de tête violens, des étourdissemens. Enfin la crainte dune apoplexie avait gagné la malade et ensuite les parens. Mais ne trouvant point dans son état les phénomènes qui caractérisent l'affection cérébrale , je les rassurai, et prescrivis une potion calmante. Le désordre dépendait spécialement d'un genre de vie beaucoup trop sédentaire, et fut promptement guéri par un régime convenable et de fréquentes promenades.
Cette observation nous démontre que les symptômes accidentels de l'hypocondrie peuvent simuler ou une attaque d'apoplexie ou ses phénomènes précurseurs : en effet, nous trouvons presque également dans l'une et l'autre maladie, le chancèlement, vacillatio , le tremblement, le vertige , les éblouissemens, la stupeur, l'engourdissement, l'insensibilité des sens , l'assoupissement , l'affaiblissement ou la perte de mémoire , l£S tintemens d'oreilles l'incube, etc.
Ou évitera l'erreur, en se rappelant que cette
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névrose a une marche lente, et qu'elle présente une telle foule de symptômes ou daccidens qu'il n'est presque aucune maladie quelle ne puisse simuler. On sait en outre quelle atteint surtout les adultes, tandis que l'apoplexie se voit plus souvent chez les vieillards. Il existe fréquemment une disposition physique à cette affection cérébrale ; un embonpoint très-prononcé, une tète volumineuse et le cou court. Danscette dernière, la respiration est plus profonde, ronflante, avec resserrement des narines ; le grincement des dents pendant le sommeil, ou plutôt pendant la somnolence, est bien plus fort; il y a paralysie subite et plus ou moins prononcée de la langue; souvent le malade est saisi brusquement dune douleur de tète très-vive, et marche plus difficilement, ou tombe de suite à terre. Quand malgré ces données il reste de l'incertitude, le médecin doit parer au plus pressant, et employer les moyens préservatifs ou curatifs de l'apoplexie les moins susceptibles de nuire à l'état nerveux , ti toutefois il existe. Il ne peut résulter de celte conduite qu'un mal très-léger, en comparaison desinconvéniensqui proviendraient de l'inaction ou d'un traitement simplement antispasmodique dans le cas d'une affection cérébrale. 11 sera plus difficile de se méprendre lorsqu'il surviendra une attaque véritable chez un homme qui aura joui jusqu'alors d'une bonne santé ; mais un
hypocondriaque peu! être frappé d'apoplexie au
milieu de sa maladie nerveuse : l'observation suivante nous en fournira la preuve. M. D4* , d'un tempérament sanguin , était sujet depuis plusieurs années à l'hypocondrie morale la plus prononcée. Il avait éprouvé en province une véritable affection cérébrale. Trois ou quatre ans après, toujours en proie à ses maux de nerfs, il est pris un soir de malaise, d'étourdissemens, de maux de tète, de rougeur au visage, de trouble dans les idées, et d'embarras vers lîi langue. L'apoplexie était imminente ; on la prévint par une forte saignée et des boissons laxatives.
Un traitement convenable , des promenades fréquentes, l'habitude des diversions les plus agréables, ont rendu ce malade, après dix mois de soins assidus, à une santé parfaite.
La présence des vers dans l'estomac ou les intestins trouble les fonctions digestives, et occasionne une foule d'accidens qui peuvent donner lieu à des méprises : toutefois, en examinant avec soin l'état du malade, on distinguera d'une hypocondrie la disposition vermineuse aux symptômes suivans : appétit variable , ou plutôt alternatives d'appétit vorace et d'inappétence; salivation, haleine acide, état pâteux de la bouche , coliques vagues, chaleurs, élancemens et douleurs dans les reins, en différens points de l'abdomen , et surtout dans le trajet du rectum ,
DJT. MALADIFS NERVEUSES.
prurit au sphincter, selles dune nature particulière, souvent blanchâtres ou verdâtres , dilatation des pupilles, resserrement vers la gorge, décubitus sur le ventre. Dans les affections vermineuses simples le moral est rarement affecté d'une manière sensible ou continue.
Quelques malades éprouvent des symptômes moins constans, et qui se remarquent surtout chez les individus tourmentés par le ver solitaire. Dans ces cas distincts, l'indice le plus certain, c'est la sortie des vers et la diminution concomitante des accidens. Si les phénomènes résultans d'une disposition vermîneuse peuvent induire en erreur après un examen superficiel, ils n'échapperont pas à l'œil attentif d'un observateur qui saura les distinguer des phénomènes propres de la vésanie, à moins que celle-ci ne soit produite par cette cause, ce qui est non-seulement rare, mais encore peu probable. Des vers peuvent se former consécutivement chez un hypocondriaque, mais ce cas est différent.
Parlerai-je en outre des accidens de la grossesse, tels que les nausées , les vomissemens, les coliques, le malaise général, les pesanteurs, les douleurs de reins, d'estomac, de poitrine, le 1 rouble des digestions , l'exaltation de la sensibilité générale, les antipathies ou les aversions singulières, des écarts de l'imagination, l'irascibilité, et parfois la bizarrerie ou l'humeur aca-
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ïiatre de certaines femmes, et qui présentent beaucoup d'analogie avec les phénomènes de celte névrose ; sans doute ils pourraient être considères dans certains cas de grossesse ignorée , comme xuiG sorte d'hypocondrie. Mais après le quatrième mois, les mouvemens de l'enfant et les autres signes qui dénotent cet événement feront cesser l'incertitude ou l'erreur.
Un petit nombre de symptômes nerveux, sans doute prédominons, ont suffi pour tromper quelques médecins : ainsi l'urine sédimenteuse, et les douleurs lombaires plus ou moins vives qu'éprouvent certains malades , ont engagé des auteurs à voir dans l'hypocondrie une néphrite; cependant ces deux maladies sont tellement distinctes, qu'il nous semble inutile de nous arrêter sur cette méprise ou sur les moyens de l'éviter; ce qui sera toujours facile, en donnant aux accidens inorbiliques une attention suffisante : mais elles peuvent se compliquer, et c'est ce qu'il est également important de reconnaître.
La chlorose que l'on observe si souvent chez les jeunes personnes faibles et délicates, peut être confondue avec l'affection hypocondriaque. En effet, l'état des jeunes filles chlorotiques présente beaucoup d'analogie avec l'hypocondrie ; toutefois ces deux affections diffèrent essentiellement : dans la première, il y a bien un trouble des fonctions digestives, quelques symptômes
nerveux ; mais il existe de plus la décoloration de la peau, la bouffissure, une sorte dcedématie des extrémités, d'inertie physique et morale, un appétit déréglé , des goûts bizarres, l'état muqueux de la langue. L'hypocondrie , qui d'abord est fort rare chez les jeunes personnes, nous présente un plus grand nombre de symptômes nerveux, un état d'exaltation mentale, de sollicitude sur la santé, qui lui donnent une physionomie distincte de celle de l'affection chlorotique. Celle-ci affecte exclusivement les jeunes personnes dont la constitution est très-affaiblie : on rencontre au contraire la seconde à des âges différens, dans l'un et l'autre sexe, chez les individus débiles, parfois aussi chez des personnes douées d'une forte constitution, et d'un tempérament sanguin. La chlorose reconnaît pour causes spéciales, la langueur du principe vital, une indolence générale, jamais, peut-être, l'excès d'activité physique et morale. Leur traitement diffère sous plusieurs rapports : une nourriture fortifiante, et tous les moyens excitans ne conviennent constamment que dans la chlorose; [<^s saignées locales ou générales, les laxatifs, les délayans , les bains tièdes., etc. , qui réussissent dans beaucoup d'hypocondries, ne sont nullement applicables au traitement des autres affections éminemment atoniques. Celles-ci, du reste, se guérissent en général plus facilement que
l'hypocondrie; remarquons en outre que les terminaisons et complications de cette dernière sont plus variées que celles de l'autre affection : ici on doit craindre spécialement la phthisie pulmonaire , affection propre à cet âge , et conséquence trop ordinaire de la débilité générale. Toutefois, comme nous l'avons dit, la chlorose peut donner naissance à l'hypocondrie, ou cette névrose s'adjoindre à la maladie chlorotique : dans l'un et l'autre cas, celle-ci aura précède la vésanie hypocondriaque, et le commémoratif éclairera le diagnostic du médecin. Mais cette réunion est rare, vu qu'en général la chlorose est une maladie de lâge pubère, et propre au sexe ; tandis que 1 hypocondrie est une affection de 1 âge mûr.
Souvent dans cette dernière il exisle des palpitations nerveuses qui simulent les anévrismes du cœur ; mais les maladies de l'organe central de la circulation se reconnaissent aux phénomènes suivans : couleur rouge, violette de la figure, et surtout des lèvres, du nez et des paupières, battemens du cœur constans et tumultueux, souvent très-étendus , quelquefois avec bruissement, augmentés par l'exercice; gêne plus grande de la respiration, syncopes, irrégularité, froid des extrémités; parfois intermittence du pouls , et impossibilité de la situation horizontale.
Quand cette série d'accidens n'existera pas.
on sera autorisé à considérer les palpitations comme dépendant dune sensibilité exaltée, ou symptômes de cette névrose. Dans certaines circonstances , tout le désordre que nous venons d'indiquer existe, sans qu'il y ait altération organique du cœur : ces cas sont rares; mais comme ils ne sont pas sans exemple, il convient de les rappeler, afin de prévenir ces diagnostics, qui tourneraient à la honte du médecin.
La phlhisie pulmonaire est un fléau qui cause tant de ravages, qu'elle peut marquer ses victimes parmi les sujets affectés d'hypocondrie , soit par suite du désordre résultant de cette dernière affection, soit par le fait seul de l'extrême fréquence des maladies de poitrine. Lorsque la sensibilité des organes contenus dans cette cavité se trouve exaltée, on peut méconnaître une vésanie véritable, et admettre une lésion du tissu pulmonaire qui n'existerait pas réellement; dans d'autres cas, comme nous l'avons vu dernièrement, les symptômes dune phthisie imminente sont méconnus, et considérés comme des accidens nerveux , ou les résultats de craintes paniques ou au moins exagérées.
Baumes a également cherché à prévenir les médecins contre une sécurité perfide. «L'hypocondrie, dit-il, peut masquer une phthisie; et si Ion se persuade que les plaintes des malades sont sans fondement, on néglige de la combattre; le
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malade succombe, tandis qu'il eût été' possible d'en prévenir l'invasion ou den arrêter les progrès. »
Nous indiquerons succinctement les symptômes et les caractères généraux et spécifiques de la phthisie, qui du reste sont assez généralement connus. Ce tableau, comparé avec les symptômes propres à cette vésanie, suffira pour enlever jusqu'au moindre doute.
Disposition héréditaire ou constitutionnelle, taille élancée et grêle, poitrine étroite, épaules ailées, maigreur générale, douleurs sympathiques, yeux caves, dents d'un blanc mat, teint pâle et pommettes rouges, couleurs fouettées, voix rauque ou cave, fréquence des catarrhes, dyspnée habituelle, grande susceptibilité au froid et aux variations de l'atmosphère; toux petite, presque continuelle, sèche, ou avec expectoration variée et plus ou moins abondante, malaise et oppression après le repas, surtout quand il a été copieux, ou lorsqu'on a bu des liqueurs alcooliques; chaleurs passagères avec soif, et qui acquièrent bientôt une durée continue; dès-lors soif intense, mouvement fébrile avec sueurs nocturnes locales ou générales, et très-copieuses, nausées, vomissemens, suffocation, hémoptysie, diarrhée colliquative , amaigrissement rapide , œdème qui précède l'anéantissement des forces vitales. Tous ces phénomènes suivent ordinaire-
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ment, dans leur développement, un ordre trèsirrégulier, et alternent souvent entre eux.
Baillou rapporte avoir vu traiter, pour un catarrhe, une hypocondrie avec douleurs dans la poitrine; d'autres fois on s'est mépris jusqu'à voir des inflammations aiguës dans des accès d hypocondrie , et vice versa. Aussi Huxham assure-t-il, dans son Essai sur les Fièvres , que plusieurs fois on a confondu la péripneumonie / avec^les attaques de celte névrose.
Si l'on voulait rapporter tous les exemples de méprises sembables, la tâche serait effrayante, et ces citations deviendraient inutiles; il nous a paru plus avantageux, pour assurer le diagnostic dans les affections hypocondriaques simples ou compliquées, de bien établir les phénomènes caractéristiques de cette vésanie , d'indiquer les traits distinctifs particuliers à chacune de ces affections qui sont susceptibles de simuler ou de compliquer la névrose des organes digestifs.
Mais voyons à présent l'opinion que le médecin doit se former de l'issue probable de l'hypocondrie, puisque, outre la nécessité de reconnaître la maladie, et une application soutenue pour la guérir, ce qu'on exige le plus ordinairement de lui , c'est d'en exposer les dangers, ou d'annoncer les espérances qu'il est permis de concevoir.
HYPOCONDRIE. bjQ