CHAPITRE XII
Résumé de la deuxième Partie.
L'hypocondrie est une maladie nerveuse, sui generis, distincte des diverses affections avec lesquelles on l'a confondue.
Son étymologie, dWo, sous, ^oi/efyoî-, cartilage, nous indique en partie le siège qu'elle occupe; en effet, elle affecte les organes situés entre les hypocondres et dans ces cavités, ou plutôt leur système nerveux.
Sa synonymie est nombreuse; les auteurs semblent s'être proposé de rappeler un de ses symptômes ou de ses effets dans la dénomination qu'ils avaient adoptée; d'où l'on peut conclure qu'ils ont reconnu, au moins tacitement, la nécessité de choisir des mots qui fussent en rapports avec les idées qu'ils voulaient exprimer.
Les nosographes ont peu varié sur le rang que
n Y P OC O N DR I E. J 55
cri le maladie doit occuper dans un cadre méthodique. De nos jours on se rallie généralement à l'avis du professeur Pincl, qui la place dans les névroses; ordre : vésanies.
Depuis Hippocrate 9 tous les médecins avaient bien distingué l'hypocondrie et l'hystérie. Sydenham le premier a voulu les identifier, et a, malheureusement , fait partager son erreur à ses contemporains. Il était réservé à l'auteur de la Nosographie philosophique de signaler cette méprise, que les bonnes dissertations sorties de l'Ecole de Paris ont amplement rectifiée.
Les sources d'où, dérive cette vésanie sont nombreuses : les unes ne constituent que des dispositions; les autres sont des causes déterminantes. Parmi les premières on distingue une sensibilité physique très-vive , les professions ou métiers qui n'exigent presque aucune locomotion; les extrêmes de la température, les variations brusques de l'atmosphère , les dérangemens de la transpiration, les refroidissemens, un froid trop vif, une chaleur trop intense, l'impression de l'humidité. Sur la première ligne des causes productrices de la maladie on range la vie sédentaire, et surtout quand elle succède à des habitudes très-actives, physiques et morales; exemple, les militaires et les négocians retirés du service ou des affaires; parfois aussi une trop
grande fatigue.
Bbb 2
j!j6 maladies nerveuses.
La surcharge habituelle de l'estomac, ou les excès de table, la pénurie des alimens, et une nourriture grossière amènent cette vésanie.
Les mêmes effets proviennent quelquefois de l'abus des liqueurs alcooliques, ou de la privation totale de ces boissons, surtout quand on y joint l'usage dune eau de mauvaise qualité, ou l'habitude des travaux manuels les plus pénibles. Une boisson très-froide ou à la glace, prise dans le moment dune soif ardente ou d'une forte transpiration, et avalée subitement, peut être suivie des mêmes conséquences; on aggrave alors le mal si on se livre au repos.
Les médicamens , par une administration inconsidérée, deviennent quelquefois aussi l'origine de cette maladie : tel est l'usage trop prolongé des boissons délayantes, des astringens, comme le baume de Copahu, des substances toniques, comme le quinquina, prescrites trop tôt ou en trop grande quantité. Ne peut-on pas admettre en outre qu'une fièvre intermittente soit remplacée par une hypocondrie, sans que le traitement ait eu aucune part à cette succession. Poursuivons l'examen des causes, et indiquons comme propres encore à déterminer ou à aggraver celte névrose, un usage indiscret ou trop multiplié des narcotiques, des purgatifs, des émétiques , des substances irritantes, comme le sublimé, etc.
Elle provient aussi de différens troubles sur-
n y p o c o n n r i f. 7 Sy
venus clans notre économie : ainsi la marche dune maladie, et surtout des affections cutanées , intervertie spontanément ou par des efforts inconsidérés, la suppression ou cessation prématurée d'un exutoire, dune suppuration ou d'un écoulement quelconque à la surface de la peau, l'arrêt spontané de la transpiration ou d'une sueur habituelle aux pieds , aux aisselles, etc.
Nous citerons encore, comme source très-féconde de l'hypocondrie , le dérangement des règles, et surtout celui du flux hémorrhoïdal, et en général des hémorrhagies; la négligence d'une saignée périodique; une perte de sang trop considérable par suite de l'application des sangsues, des saignées trop réitérées ou trop copieuses , une hémorrhagie accidentelle ou naturelle , l'onanisme et toute déperdition trop considérable.
Les circonstances suivantes exercent, sous ce rapport, une action moins énergique; telles sont l'altération des sucs gastrique , pancréatique , l'âcreté de la bile ou sa trop grande abondance ; des concrétions biliaires, des vers, etc.
La prédominance du tempérament biliaire, la susceptibilité des organes abdominaux, la compression habituelle exercée sur ces viscères par des ligatures ou par des corps extérieurs, comme dans certaines professions; un état chlorotique,
plus souvent une débilité générale ou du système digestif seulement ; les efforts impuissans de la nature pour établir un flux hémorrhoïdal, une hémorrhagie, un écoulement, ou la crise d'une maladie; la pléthore sanguine 5 le transport de certaines affections cutanées, rhumatismales ou goutteuses, etc. ; les fièvres gastriques ou muqueuses, enfin les phlegmasies des organes de l'abdomen mal jugées conduisent au même désordre.
De l'analyse des causes physiques passons à un examen également rapide des causes morales. Les impressions antipathiques n'ont, à ce sujet, qu'une influence indirecte ou secondaire, mais l'empire de l'exemple, et surtout la lecture des livres de médecine, et le spectacle habituel des malades, est pour les gens du monde et pour les médecins une cause des plus puissantes.
Une timidité ou une pusillanimité démesurée seconde puissamment l'action de ces dernières causes, Nous ferons encore remarquer comme dispositions un caractère morose, mélancolique, l'habitude de s'ennuyer de tout et partout. Nonseulement le défaut d'exercice , mais encore l'isolement où sont beaucoup d'ouvriers, favorisent ce dérangement de la santé. L'habitude des contentions d'esprit , si familière aux hommes de cabinet, les travaux administratifs, même sans forte application mentale, disputent le premier
HYPOCONDRIE, yl)C)
rang parmi les circonstances qui amènent la production de cette vésanie. On ajoute à leur action en se livrant à l'étude, à l'issue des repas, ou dans une position vicieuse.
Notons en outre une imagination ardente, et les professions qui provoquent son exaltation, comme celles de poète , de musicien , etc.
Le plaisir ne peut déterminer l'hypocondrie qu'autant que son impression est brusque ou extrême , ou qu'il succède à un sentiment contraire ; mais le regret d'avoir quitté un pays ou une personne, objet d'un vif attachement, y concourt plus souvent.
Toutes les affections pénibles de l'âme , dont l'influence est si fréquente et si variée ; l'ennui , le vide du cœur, un amour contrarié, des chagrins domestiques , les revers de fortune , les tourmens de l'envie , de la jalousie, des emportemens journaliers, une ambition trompée dans ses calculs ; les chagrins politiques, suite des proscriptions, des exils, des destitutions, de l'envahissement de son pays ; la perte de nos parens , de nos amis , d'un enfant chéri ; la peine qui résulte d'une maladie chronique, exempte de douleurs vives, contribueront en plus ou en moins à l'invasion de cette névrose.
La crainte exerce à cet égard une action trèsmanifeste. Le plus souvent, c'est la peur dune maladie dont on entend faire des récits, ou dont
on a sous les yeux le spectacle journalier : tantôt c'est la crainle d'un péril réel, tantôt celle d'un danger imaginaire ou au moins exagéré; d'autres fois c'est la frayeur des ravages qui sont attribués, avec ou sans raison, à des traitemens mercuriels. Enfin, nous mentionnerons ici l'empire dune disposition héréditaire physique et morale.
Les causes varient suivant l'âge, le sexe, le tempérament, les différentes professions, le pays, le climat, les habitudes, etc. Leurs effets sont tantôt accélérés ou augmentés, tantôt ralentis ou anéantis par diverses circonstances. Souvent une seule cause détermine la maladie, d autres fois plusieurs concourent à son développement.
Mais où réside l'hypocondrie? Le cerveau, les nerfs, les différens viscères de l'abdomen, etc., ont tour à tour été réputés le siège de cette affection, dont l'essence, la nature intime, n'a pas cependant varié selon les systèmes prédominans. Elle réside, suivant nous, dans les organes de l'abdomen , spécialement dans l'estomac , et consiste dans une affection , une exaltation de leurs propriétés vitales, et surtout de la sensibilité organique.
Le plus souvent son invasion s'opère lentement ; les malades n'accusent pendant longtemps qu'un trouble léger dans leurs digestions, et une sensibilité obtuse à l'épigastre ou aux
nYPOCOHDRIE. 'jGî
liypocondres. A une époque plus ou moins éloignée , ils se plaignent d'éprouver des vents, des rots et des borborygmes. L'appétit est parfois dérangé- cependant, chez un assez grand nombre, il se maintient; dans d'autres cas, il y a alternative de voracité et d'inappétence. Un malaise local , ou qui réagit sur le cerveau , s'annonce pendant la digestion : s'il survient peu de temps après le repas, on doit en conclure que l'estomac est l'organe affecté ; mais quand il se manifeste deux ou trois heures après le dîner, on est en droit de présumer que le principal trouble réside dans le canal intestinal. La plupart de ces malades ressentent des tensions 5 des contractions , des douleurs sourdes , ou même des palpitations dans l'abdomen, et surtout vers l'épigastre et les hypocondres; les sécrétions sont en général peu altérées; l'urine est ordinairement limpide ; le plus souvent il y a constipation.
Plus tard , la maladie se propage aux organes voisins : dès-lors , resserremens spasmodiques de la poitrine , gêne de la respiration , toux sèche, palpitations; pouls irrégulier, et rarement manque total des pulsations à l'artère radiale ; sentiment de construction vers le col peu prononcé, et encore moins fréquent.
État variable de la figure, qui tantôt porte l'empreinte du désordre, tantôt n'en laisse apercevoir aucun indice.
y 62 MALADIES NERVEUSES.
Maux de tête , pesanteurs , étourdissemens , bourdonnemens , embarn», vertiges, éblouissemens, sensibilité étonnante des cheveux oii plutôt du tissu sur lequel ils sont implantés.
Douleurs plus ou moins mobiles, superficielles ou profondes, de nature extrêmement variée, rarement avec développement considérable de la sensibilité animale ou relative ; sensations anomales, fourni illemens, engourdissemens, crampes, saccades, froids irréguliers ou cbaleurs erratives, sortes de paralysies dans les membres abdominaux et thorachiques, faiblesse et instabilité plus ou moins grande dans la progression, quelquefois chutes fréquentes sur les genoux; sommeil ordinairement troublé par des rêves, quelquefois insomnie, agitation, cauchemar, bruits singuliers simulant une détente ou la détonation dune arme à feu, craquemens , rarement accès de somnambulisme. Exaltation générale de 3a sensibilité. Augmentation desaccidens, lors des changemens de température, au renouvellement des saisons, et surtout quand le vent souffle sudouest; par suite des impressions morales un peu vives ; ou chez les femmes à l'approche des règles.
Tôt ou tard les organes de nos relations extérieures participent à ce trouble ; les sens acquièrent ordinairement une grande susceptibilité. Le désordre mental se prononce plutôt et davan-
HYPOCONDRIE. r]Gj
tage, quand l'hypocondrie provient d'une cause morale. lies craintes les plus bizarres, relatives à leur moi physique, poursuivent ces malades, et le moindre trouble de l'organisation leur semble t'annonce dune maladie grave ou mortelle. Tristes et ennuyés , recherchant la solitude , fuyant le mouvement ou l'exercice, ils gémissent sur leur situation, mais n'attentent presque jamais à leurs jours. Ils se plaisent à entretenir de leurs souffrances, sollicitent des remèdes, et se plaignent d'un vague, d'un vide, dune sorte d'ivresse qui leur ôte parfois toute aptitude au travail. L'entendement est troublé; mais le dérangement des fonctions intellectuelles n'est jamais essentiel ; c'est l'imagination qui est le plus affectée, et toujours sympathiquement.
Leurs maux peuvent être exagérés, mais ne laissent pas d'être réels. Us en parlent souvent avec emphase , avec exaltation , et ont en générai une manière de s'exprimer toute particulière; un modus dicendi qui leur est propre. D'autres portent une attention minutieuse à observer tout ce qui est relatif à leur santé. Parmi leurs craintes les plus familières, nous distinguerons la crainte de la folie , des syncopes, et desaccidens attribués au mercure. Les femmes redoutent en outre les maladies qui leur sont particulières.
Nous n'admettons qu'une seule espèce d'hypocondrie, et nous ne nous arrêterons pas à ses
variétés qui n'offrent rien de notable. Les phénomènes accidentels les plus singuliers sont lhydrophobie ou plutôt l'horreur de l'eau , des quintes de toux assez vives, un hoquet spasmodique,desgargouiilemens sonores, au point d'être insupportables ; des hémorrhoïdes sèches ou fluentes, et parfois très-douloureuses; les irrégularités de la menstruation , l'influence souvent favorable de la grossesse , etc. etc.
Cette névrose se termine par une guérison quelquefois prompte, pi us ordinairement tardive, ou se convertit en d'autres maladies dont la mort est trop fréquemment le terme. Ses crises les plus communes sont les éruptions, les clous,- les abcès , la salivation , une sécrétion abondante d'urine , les écoulemensdes surfaces muqueuses, les diarrhées , les vomi.ssemens , les différentes hémorrhagies, les règles , et plus souvent le flux hémorrhoïdal.
L'exaltation de la sensibilité organique des viscères abdominaux et pectoraux favorise le développement de leur sensibilité animale, et par conséquent leurs inflammations aiguës et chroniques, ou l'altération de leurs tissus.
Parmi les complications de l'hypocondrie, on distingue celles qui s'en rapprochent par leur nature ou par l'identité et l'analogie de siège; d'autres ne s'y trouvent associées que par suite de leur extrême fréquence ou de leur coïncidence.
n Y P O C O N 1) R i k.j yGS
Mais prévenons qu'à mesure qu'il s'établit une autre affection, et spécialement une phlcgmasie ou une lésion organique , on voit dune part augmenter les signes locaux de celle-ci , et de l'autre s'affaiblir les phénomènes sympathiques de l'hypocondrie , qui , de toutes nos maladies, est la plus féconde en résultats sympathiques.
L'hystérie et la mélancolie, plus rarement les aliénations et l'épilepsie , compliquent l'hypocondrie. Les phlegmasies chroniques et les lésions organiques de l'abdomen sont distinctes de cette vésanie, avec laquelle on les a confondues : mais elles la compliquent fréquemment, et en sont de plus une terminaison assez ordinaire.
Nous noterons parmi ses complications accidentelles les dartres, les paralysies, les fièvres intermittentes, les vers.
Pour établir son diagnostic, nous avons suivi deux procédés, l'analyse et l'exclusion. La première, c'est l'appréciation des principaux symptômes que présente un malade; la seconde est lart de distinguer une maladie au milieu des diverses affections avec lesquelles on pourrait la confondre , par suite d'analogies ou de similitudes spécieuses. C'est cette dernière méthode que nous emploierons d'abord, pour tracer le cordon qui sépare l'hystérie et l'hypocondrie.
Les névroses utérines se manifestent principalement à l'époque de la puberté et à l'âge de re-
tour; l'hypocondrie, commune aux deux sexes, se déclare le plus souvent chez l'adulte, et succède à la vie sédentaire, aux travaux forcés du cabinet, aux affections pénibles de lame, à la suppression des hémorrhoïdes, à l'abus des médicamens intérieurs, etc. ; tandis que l'hystérie tient communément au dérangement des règles, à la continence et aux chagrins d'amour. En général, les causes de I hypocondrie sont plus nombreuses et plus variées, et attaquent un bien plus grand nombre d'individus.
Dans l'hystérie , le plus souvent l'invasion est brusque , les accidens parviennent très-promptement à leur plus haut degré, et se terminent dans l'espace de deux à trois heures ou de deux à trois jours ; ils reparaissent ensuite à une époque plus ou moins prochaine. Telle est du moins leur marche la plus constante. L'accès s'annonce fréquemment par un trouble , un fourmillement vers l'utérus, le sentiment d'une boule qui de l'hypogastre s'élève, par un mouvement oscillatoire, jusqu'à la gorge, où existe une constriction violente; il s'y joint une perte de connaissance, rarement complète, et des mouvemens convulsifs ordinairement très-violens.
A la fin de l'accès , on observe un flux abondant d'urine, claire et limpide, et des évacuations utéro-vaginales, accompagnées quelquefois d'une sensation voluptueuse. Ces évacuations,
et le retour des règles forment les crises les plus fréquentes de l'hystérie, qui se termine trèssouvent par le retour à la saute. Quand, par suite de son intensité ou dune complication , cette névrose devient funeste, ses traces se rencontrent constamment vers l'utérus et ses annexes.
Chez les hypocondriaques, la maladie marche lentement ; mais elle se prolonge bien davantage. Elle est continue, avec redoublemensirréguîiers: au début, trouble varié des digestions; plus tard, exaltation de la sensibilité générale, aberrations mentales, multiplicité étonnante des symptômes. Lorsque l'hypocondrie devient mortelle, ce qui n'arrive qu'à la suite dune complication, le désordre existe presque toujours dans les viscères de l'abdomen.
Leur traitement diffère également : dans l'hystérie , en rappelant les menstrues, on est souvent très-utile; mais le remède souverain c'est l'union désirée, ce sont les plaisirs de l'hymen. Une vie active, les voyages, et les différens modes de diversion , sont parfois aussi d'une application avantageuse, mais secondaire : ces moyens constituent au contraire les ressources les plus puissantes, les plus directes et les plus constantes de l'hypocondrie ; il faut cependant y joindre les procédés susceptibles de rappeler les hémorrhagies, et particulièrement le flux hémorrhoïdal.
Si nous cherchons à faire ressortir les nuances
qui distinguent l'hypocondrie de la mélancolie, nous remarquerons que dans celle-ci les causes sont plus souvent morales que dans la première. Comme sources particulières de mélancolie, nous citerons un amour-propre exagéré, l'habitude de la crainte, une frayeur vive, les remords, tous les grands événemens d'un siècle, rinfluencedes erreursou des opinions religieuses, qui est nulle ou presque nulle, quant au développement de l'hypocondrie. Celle-ci nous offre un trouble manifeste, mais lent, des fonctions digestives, l'exaltation de la sensibilité générale, des aberrations mentales, des terreurs paniques relatives à la santé. Très-souvent l'invasion de la mélancolie a lieu d'une manière rapide; il y a délire exclusif et permanent sur un objet particulier, et sur une série d'idées qui s'y rattachent, délire partiel, relatif au moi moral, aux affections du cœur ou aux fonctions de l'entendement; tantôt une passion dominante, souvent une propension à la défiance sur les motifs les plus frivoles ; une bouffissure ou une timidité également démesurées, et dans certains cas, un amour exalté du pays natal, ou un penchant très-prononcé au suicide ; ce qui forme trois espèces particulières.
La mélancolie se complique spécialement avec d'autres aliénations , et est susceptible aussi de curation. Il faut? pour guérir le mélancolique,
it y p o c o n d n i t.. rjCxy
employer deà subterfuges, affaiblir, détruire sa passion dominante', vers laquelle sou imagination tend toujours à revenir, comme l'aiguille aimantée vers le pôle.
Si l'analogie de siège et de quelques symptômes a pu faire confondre l'hypocondrie et les phlegmasies chroniques de 1 estomac, la différence de nature et de leurs principaux phénomènes aurait dû prévenir cette méprise. Afin de la faire éviter, rappelons les caractères distinctifs de ces affections.
Les phlegmasies chroniques attaquent tous les âges , et particulièrement les hommes qui fatiguent beaucoup , et qui souvent reprennent trop tôt leurs travaux à la suite dune maladie; ceux qui sont mal vêtus, exposés aux intempéries de l'air, et qui, se nourrissant d'alimens grossiers, en jeûnent quelquefois pendant plusieurs jours, comme les militaires en campagne; enfin , ceux qui, privés habituellement dune nourriture restaurante et de boissons toniques, en font excès dans d'autres cas. Les sudorifiques ou stimulans donnés mal à propos, dans le moment dune irritation, l'abus des médicamens qui troublent par une action immédiate les organes digestifs, sont encore des causes plus spéciales de ces phlegmasies.
Dans celles-ci, trouble des digestions plus intense, désordre fixe et limité; soif, chaleur et
fréquence du pouls plus prononcées ou plus constantes , et surtout la nuit ; insomnie plus physique que morale, redoublemens sensibles, altération plus grande de la figure, dépérissement rapide.
Terminaisons en général plus promptes, et souvent mortelles. Tout annonce ici , non une exaltation de la sensibilité organique, mais une affection locale de la sensibilité animale. Les délayans , la diète ou la nourriture la plus légère, le repos du lit, sont la base du traitement applicable aux phlegmasies chroniques. Qui ne sent maintenant combien diffèrent ces deux genres de maladies? Mais ces affections si dissemblables se compliquent, et c'est cette circonstance qui, échappant même à l'œil des observateurs attentifs, a jusqu'ici occasionné de fréquentes erreurs.
Il est un autre ordre de lésions qui peuvent encore , par leur siège , donner lieu à des méprises, bien que leur nature soit toute différente : ce sont les altérations organiques des viscères abdominaux.
Ne pouvant passer ici en revue leurs signes particuliers énoncés pages 547, etc., nous nous bornons à leurs caractères généraux. Ici , les symptômes sont encore plus locaux, plus fixes, plus constans, plus continus; il s'y joint lot ou tard le trouble prédominant d'une fonction importante, la perte de l'appétit, l'anorexie, la car-
n Y p o c o n nr, i r. 77 r
dialgie, souvent l'ictère, et les douleurs dnnslhypocondre droit ou dans la région de la rate } de ; douleurs d'abord sourdes, puis vives, et enfin lancinantes; la difficulté croissante des digestions, quelquefois les vomissemens , et la constipation avec alternatives assez rares de diarrhée. Dans ces cas, les plaintes des malades peuvent nous éclairer; un pressentiment intérieur semble souvent les avertir : aussi leurs plaintes sont calmes, constantes, invariables, et offrent fréquemment 1 accent de la résignation ou du désespoir.
Passant également sous silence le parallèle de l'hypocondrie avec les affections qui s'en rapprochent, mais faiblement, nous nous arrêtons à son pronostic.
Celui-ci varie suivant l'âge et la constitution de l'individu, l'état général des forces vitales, la cause, le degré et l'ancienneté de la maladie ; selon les circonstances favorables ou fâcheuses où l'on est placé , les différentes professions, une atteinte première ou plusieurs attaques consécutives ; enfin les complications modifient encore le jugement du médecin. Nous avons rapporté l'opinion de Tissot, qui nous semble avoir jugé trop sévèrement cette vésanie, à moins que son pronostic ne soit applicable à l'affection nerveuse compliquée. Celui de Baglivi est très-rassurant, et, considéré dans son application exclusive à l'hypocondrie simple , se rapproche bien da-
Ccc 2
vantage de la vérité, ou plutôt en est l'expression fidèle.
Les lésions organiques que présentent à l'autopsie les personnes qui succombent dans un état d'hypocondrie , sont très-variées, et se rencontrent le plus souvent sur les viscères de l'abdomen ; elles ne sont presque jamais la conséquence de cette névrose, mais dépendent d'une autre maladie.
INous arrivons au traitement général de l'hypocondrie , que nous avons divisé en traitement , i°. de la maladie; 2°. des symptômes; 3°. des complications. Dans des considérations préliminaires , nous posons en principe qu'il doit être varié suivant la cause, parce que la soustraction de celle-ci favorise ou produit souvent la guérison : Sublatâ causa, tollitur effectus ; suivant le climat, la saison, la constitution, l'idiosyncrasie, l'état général des forces, et les dispositions accidentelles physiques ou morales.
Les lois de l'hygiène sont une des parties essentielles du traitement. Si le froid modéré est favorable à l'action du système digestif, un froid trop vif, l'humidité, la pluie, la brièveté des jours pendant l'hiver, sont autant de circonstances contraires, parce qu'elles forment autant d'obstacles aux promenades, aux voyages, etc.
On recommandera à ces malades , et surtout dans la belle saison , un bon air, tel que celui de
n ypocon i) n i r:. 77 J
la campagne, dont l'influence agit sur notre physique, et même sur notre moral; une habitation saluhre et bien située, au midi dans les pays froids ou tempérés, à l'est ou à l'ouest, et même au nord , dans les climats opposés. Du reste , en combattant l'extrême chaleur parles précautions d'usage , ils éviteront les imprudences d'où résultent les refroidissemens ; et en militant contre l'intensité du froid par une chaleur douce, égale, ils ne passeront jamais brusquement dans un railieu très-condensé, à moins qu'ils ne soient bien couverts ou aguerris contre ces oppositions de température. Mais rien ne peut balancer sous ce rapport les bons vêtemens, et spécialement l'usage habituel, immédiat et plus ou moins général de la flanelle. Les frictions sont encore une pratique bien entendue ; elles sont au système cutané , comme les différens modes d'exercice à l'économie toute entière, l'excitant le plus utile.
Mentionnons d'une manière spéciale l'exercice, cette puissante ressource, dont chaque jour atteste un nouveau succès, mais qui demande à être modifiée selon la force des individus, leur profession, le degré de la maladie, etc. Il n'est pas, en outre, indifférent de s'y livrer dans telle ou telle saison, à une heure ou à une autre, avant ou après le repas , le jour ou la nuit ; exemple , à Naples. Mais citons comme très -favorables les voyages, le cabotage, l'équitation, les voitures,
surtout découvertes, depuis les calèches jusqu'aux carioles ; les longues promenades au milieu des champs. Qu'elles aient toujours un but, et que le malade y soit en compagnie agréable. Notons encore la chasse, la pêche, le jardinage, les différens jeux de société, ceux de cartes, les occupations mécaniques ou domestiques. Ces dernières sont surtout utiles quand le mauvais temps nous consigne dans nos maisons, ou quand la profession d'un individu lui interdit la possibilité de tout exercice. C'est alors qu'un changement d'état, plus facile dans les classes les moins éclairées de la société, offre une bonne ressource.
Les règles diététiques ne sont pas moins importantes sous le rapport de la quantité et de la qualité de nos alimens : le point important, c'est de ne pas trop exciter l'appétit par la variété ou la préparation des mets ; il faut seulement le satisfaire, et ne jamais surcharger son estomac : trois ou quatre repas légers sont préférables à un ou deux trop copieux. Les légumes herbacés, les viandes douces, le poisson, les œufs frais, les bons fruits bien mûrs ou cuits, et surtout le raisin, formeront la base de la nourriture, à laquelle on joindra l'eau rougie ou le vin pur à dose modérée, relative aux forces de l'individu, à la nature des accidens.
11 faut en outre aider toutes les fonctions, toutes les sécrétions ou excrétions, celles surtout
II Y POCON n R I F. ^7 5
dont le trouble a favorisé on déterminé eette vésanic.
L'emploi des médicamens est soumis à des règles générales et particulières : ainsi il est le plus souvent subordonné à la connaissance de la source d'où provient le désordre ; il doit être en outre raisonné, conforme à la nature de la maladie ou des accidens, et non aux doctrines régnantes. On variera leur choix ou leur mode d'administration suivant le tempérament , les dispositions individuelles, et l'idiosyncrasie; il faut surtout en être économe dans l'hypocondrie produite par des causes morales, par la vie sédentaire , etc.
En se fixant dans le choix des médicamens d'après la nature des causes les plus ordinaires de la maladie qui sont débilitantes, on est conduit à prescrire fréquemment les toniques. En effet , ceux-ci trouvent leur application toutes les fois qu'il y a débilité ; ils sont au contraire contre-indiqués lorsqu'il y a excitation générale.
Les anti-spasmodiques et les narcotiques, seuls ou unis aux fortifians, réussissent contré l'exaltation de la sensibilité organique accompagnée d'atonie, de douleur, sans mouvement fébrile. L'opium n'est pas, comme on le croit vulgairement, un simple palliatif ; c'est un médicament curatif et presque exempt d'inconvénient , s'il est administré d'une manière opportune. Mais avant
JjG MALADIES NERVEUSES.
de le prescrire, il faut détruire les circonstances qui pourraient contrarier son action. S'il entraîne la constipation , on remédie facilement à celle-ci par les lavemens mucilagineux , laxatifs, etc.
Les absorbans , comme la magnésie et les poudres calcaires, jouissent d'une propriété implicitement annoncée dans leur dénomination, et sont prescrits dans l'état moyen des forces; s'il est rare qu'ils guérissent employés exclusivement, ils ne sont presque jamais nuisibles, et prêtent souvent leur appui à l'action des autres substances.
On administre les délayans aux individus àfibre sèche, dont le tempérament est sanguin , bilieux , sujets aux affections cutanées, qui sont échauffés, ou qui ont abusé des nourritures acres, des liqueurs alcooliques, etc. , ou chez qui l'on a prodigué les remèdes irritans.
Contre l'hypocondrie simple l'émétique ne convient presque jamais; à peine est-il applicable à l'embarras gastrique, accident, ou complication. Nous donnons alors la préférence à une infusion d'ipécacuanha , qui expose moins aux accidens consécutifs. L'abus des purgatifs, conséquence fâcheuse d'un système tombé en ruines, n'en doit pas faire proscrire l'usage réfléchi : ainsi, ils seront admissibles, et plus souvent sous forme de lavemens ou de suppositoires, chez les personnes peu excitables, avec prédo-
n y po c o n i) u i k. 777
minance (lu système graisseux, et habituellement constipées.
L'usage du lait, qui s'assimile facilement à notre substance organique, nous fournit un médicament et un aliment également précieux, et dont l'utilité est bien constatée, particulièrement chez toutes les j^ersonnes plus ou moins entachées d'un vice dartreux.
On trouve, pour cette classe nombreuse d'individus , une ressource puissante dans l'emploi intérieur et même extérieur des eaux sulfureuses. Les eaux acidulés gazeuses conviennent spécialement aux estomacs débiles , peu irritables. Les hommes avec prédominance lymphatique , et atonie du système digestif, se trouveront fort bien des eaux ferrugineuses : celles de Passy, épurées, pourront, dans bien des cas, être éminemment utiles. Les eaux salines, deSedlitz, etc. , seront indiquées aux hypocondres replets , avec embarras, empâtement des premières voies ; mais ce qui ajoutera surtout au bon effet des eaux minérales, c'est le voyage, le mouvement et les impressions morales qui en émanent.
A l'examen des moyens intérieurs joignons celui des agens extérieurs. J'ai dit que les exutoires étaient en général beaucoup trop négligés, et j'en pourrais citer nombre de preuves (i);
(i) Le docteur Ribes , l'un de nos chirurgiens les plus
cependant on devra les employer dans les constitutions avec prédominance du tissu cellulaire, et dans les cas de rhumatismes ou de dartres.
Les bains tièdes sont recommandés aux sujets atrabilaires, etc. , et sont fréquemment avantageux. Les bains froids , ceux d'eau courante et de mer sont également susceptibles des meilleurs résultats , quand la température est fort élevée. Les bains d'eaux minérales pris à propos ne seront pas moins favorables.
Le traitement moral forme le complément de notre thérapeutique, et n'est pas susceptible d'un moindre nombre d'applications utiles ; il se compose de tout ce qui peut agir sur nos sens et modifier nos sensations ou affections, et des impressions diverses que reçoivent nos passions et nos facultés intellectuelles.
Il importe que ces malades recherchent les lieux fréquentés, animés , les sites les plus variés, les spectacles, les réunions nombreuses, ou la société de quelques amis, et de préférence celle des personnes gaies, franches, ouvertes; qu'elles fuient les hommes atteints des mêmes maux , la lecture des livres de médecine, en un mot , l'influence de l'exemple. Elles devront se livrer à
instruits et les plus distingués, a été long-temps tourmenté par une névrose du système abdominal ; depuis l'application d'un vésicatoire, que je lui ai conseillé 7 il se porte fort bien.
il y I» o c o N n n i i:. 779
l'exercice, faire de fréquentes promenades, s'occuper constamment ou à des travaux manuels ou à des jeux récréatifs, afin de songer moins souvent au trouble de leur santë. A un petit nombre on permettra une application modérée de leur entendement.
Contre les peines de l'âme il faut employer les consolations de l'amitié, tous les modes de diversion, les voyages. Quand l'hypocondrie provient d'un amour malheureux, il faut conseiller l'union désirée par le malade ; si des obstacles s'y opposent, un nouvel attachement apportera bientôt un remède certain.
Il faut en outre rassurer l'imagination effrayée des hypocondres par le langage de la raison, eu leur donnant la preuve que leur maladie, bien que très-fâcheuse, n'est point aussi grave qu'ils le pensent; leur citer la sentence de Baglivi, et la longévité à laquelle sont parvenues des personnes qui furent sujettes aux mêmes maux. Mais gardez-vous de n'ajouter aucune foi à leurs récits, à leur maladie, car vous éloigneriez leur confiance, et loin de leur être utiles, vous aggraveriez leur mauvaise disposition physique et morale. Tantôt on abonde dans leur sens pour les ramener doucement et insensiblement à une opinion plus exacte, plus conforme à la vérité; tantôt on combat franchement leurs opinions ou plutôt leurs erreurs ; d'autres fois on a lieu de s'applau-
dir d'avoir apporté dans ces sortes de discussions de la chaleur, de la vivacité, et même un peu d'emportement. Telles sont les règles principales que nous avons développées en exposant le traitement général de la maladie; mais il est en outre quelques considérations relatives à la médecine du symptôme.
Ainsi l'on combattrait une cardialgie violente par l'usage intérieur et extérieur des opiacées à doses convenables. On opposerait au vomissement nerveux, au hoquet spasmodique, les mêmes moyens , souvent aussi la potion de Rivière, et parfois les irritations à la surface cutanée. Les toniques , les amers sont ordinairement les agens par excellence contre l'atonie intestinale avec surabondance de gaz et borborygmes ; ils seraient contre-indiqués dans les cas d'irritation générale ou locale; et les délayans, les bains tièdes seraient alors bien placés. Les syncopes réclament les excitans , secondés plus tard par l'usage des fortifians ; aux vertiges on remédie par les frictions alcooliques vers le sinciput ; aux bourdonnemens d'oreilles , par les applications analogues, etc. On ramène le sommeil par l'exercice des sens, des facultés intellectuelles, et le retour des mouvemens physiques ; plus tard , par un demi-grain ou un grain d'opium gommeux. Enfin on dissipe la somnolence par une vie active ; par les toniques et l'usage du café , s'il y a fai-
nypocoNDRïF. ^81
Liesse; pnr les saignées et les laxatifs, s'il y a pléthore.
Quand l'exaltation mentale ou la prédominance d'une idée font craindre la manie ou la mélancolie , il faut insister sur les ressources morales et sur l'exercice. Dans le premier cas , on recommandera spécialement le calme de l'âme, de fréquentes promenades dans les champs, l'éloignement de toute dissipation trop bruyante; dans le second, au contraire, on prescrira de préférence le séjour d'un pays très-pittoresque, trèsanimé , l'habitude des spectacles, tous les modes de diversion.
Contre les complications, on dirige le traitement de l'hypocondrie combiné avec les moyens déduits de la nature de l'autre affection : ainsi, l'hypocondrie hystérique se guérit le plus souvent par le mariage. L'affection dartreuse oblige à modifier le traitement de la vésanie. On ajoute à des habitudes actives les bains tièdes , les médicamens dits dépuratifs , les sulfureux à Tinté-» rieur et extérieurement.
Il faut en outre subordonner le traitement de la névrose à celui de la complication , quand celle-ci présente quelques dangers, comme dans les cas d'inflammations des viscères abdominaux, de dispositions à la phthisie pulmonaire , etc.
Le traitement préservatif de l'hypocondrie et de ses retours consiste , d'une part , à fortifier la
'jSl MALADIES NERVEUSES.
constitution, à régulariser toutes les fonctions, à éloigner toutes les circonstances qui peuvent les déranger, et surtout à prévenir le trouble des hémorrhagies, de la transpiration, les irritations abdominales; de l'autre, à modérer, à compenser l'habitude des méditations par un exercice du corps régulier, journalier; à combattre un attachement malheureux par le sentiment de l'amitié, etc.; et le chagrin que nous cause un ami , par la passion de l'amour ; à opposer à toutes les peines morales les consolations affectueuses, le langage de la raison, le calme de l'âme, les principes dune philosophie bien entendue, et les distractions adroitement amenées. Mais en outre le médecin et le malade redoubleront de soins pour écarter tout agent propre à rappeler dans l'économie de nouveaux désordres. Enfin nous terminons ici l'histoire des maladies nerveuses proprement dites; sous cette dénomination, sous ce double titre d'affections hystériques et hypocondriaques , nous avons rangé un £;rand nombre de maladies : nous les avons vues, tantôt se présenter sous la forme d'espèces ou de variétés différentes, tantôt se dessiner par des nuances encore plus multipliées; souvent elles étaient simples , quelquefois elles s'associaient entre elles, plus souvent e!les se réunissaient ;• d'autres désordres, ou ceux-ci venaient s'y adjoindre; et c'est alors surtout que leur ter-
IIYPOCONDR I r. ^83
minaison, ordinairement favoral)le, se trouvait cependant plus ou moins éloignée. Sans doule un pareil cercle est limité, mais on conçoit quel nombre prodigieux d'objets sont compris dans sa sphère ; c'est en quelque sorte le cercle de Popilius qui renfermait la destinée de tout un peuple; à ce cercle des maladies nerveuses se rattachent aussi le sort, l'existence dune population encore plus nombreuse.
Si j'ai conduit mes lecteurs, sans avoir fatigué leur attention, dans ces sentiers variés, je respire et je m'applaudis; mais si, chemin faisant, ils ont de lassitude abandonné le livre, je regretterai moins mes veilles que leur peine, et réclamerai toujours, pour mes faibles essais, l'indulgence qu'il est d'usage d'accorder au travail opiniâtre, aux intentions droites et louables.