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cipe le plus actif: elles sont remarquables par une odeur d'œuf couvi et un goût fort désagréable.
Celles de Barèges, de Bagnères, de Bonnes, sont, parmi les eaux sulfureuses thermales , les plus renommées. Les eaux d'Aix-la-Chapelle , recommandées tout récemment contre l'hypocondrie, par le docteur Huffeland , revendiquent de nombreux succès. Viennent ensuite les eaux de Bade, de Loeche, et celles d'Enguien près Paris. Ces eaux conviennent surtout dans les maladies nerveuses des organes digestifs compliquées ou produites par les affections de la peaun
Les eaux minérales acidulés contiennent de l'acide carbonique et quelques sels : elles sont excitantes. On remarque surtout les eaux thermales acidulés du Mont-d'Or et de Clermont- Ferrand ; celles de Montbrisson, de Seltz, sont froides : celte dernière est d'un usage très-répandu ; on les prend ordinairement aux repas avec un filet de vin. En général, ces eaux sont indiquées contre La débilité des organes digestifs.
Les eaux ferrugineuses acidulés thermales ont une saveur analogue à celle du métal qu'elles contiennent ; elles sont fortifiantes , très-salutaires aux personnes nerveuses et débiles, et méritent leur réputation. On a surtout préconisé l'usage intérieur des eaux de Vichy et de Bourbon-L'Archambaut contre l'hypocondrie, la mélancolie et
l'hystérie, etc. Ces dernières sont encore employées en douches et en bains.
On a également vanté les eaux ferrugineuses acidulés froides de Spa, de Forges, de Vais, de la fontaine de Jonas à Bourbon-L'Archambaut, de Bussang , de Provins ; celles de Passy près Paris ont été éminemment utiles dans un grand nombre de circonstances, et méritent plus d'éloges qu'elles n'en ont obtenu : il faut les prendre épurées; la proximité (i) ajoute à leur utilité l'avantage d'un prix très-modique.
Les eaux minérales salines contiennent différenssels,et principalement du muriate de soude, des sulfates de soude et de magnésie.
Elles sont thermales ou froides. Parmi les premières, on distingue celles de Plombières, de Bains, de Luxeuil , Lamotte, Balaruc, Bourbonne-les-Bains, et de Bagnères. Les plus accréditées des eaux salines froides sont celles de Pyrmont et de Sedlitz , dont Hoffmann recommandait l'emploi , et obtenait les plus heureux effets. Enfin celles d'Egra et d'Epsom ont encore été conseillées ; les unes et les autres peuvent être d'un grand secours contre les névroses , avec embarras des premières voies.
La composition et la température des eaux minérales leur donnent sans doute des propriétés
(1) Quai Billy ou de Chaillot, n° 19.
utiles et variées ; mais ce qui ajoute à leur efficacité, c'est l'exercice que leur usage nécessite, c'est l'empire des impressions agréables que reçoivent à leur source les malades qui s'y rendent ; c'est parfois l'espoir qu'inspire un moyen nouveau : enfin , c'est la diversion qui résulte des rapports nouveaux que produisent le voyage, un climat inconnu , des habitudes différentes, et surtout le spectacle d'une société variée. Mais autant les plaisirs plus ou moins bruyans qu'on trouve à la plupart de ces sources sont favorables aux individus dont la sensibilité est seule affectée, sans lésion profonde des tissus organiques, autant ils seraient contraires aux personnes atteintes d'altérations profondes dans les viscères.
Nous avons rapporté déjà plusieurs observations qui démontrent l'utilité des eaux minérales; Hoffmann en a consigné dans ses œuvres un grand nombre d'exemples : tantôt la guérison était due à l'usage intérieur des eaux, tantôt aux bains; dans d'autres cas, à leur usage intérieur et extérieur , puissammentsecondé parle voyage, l'exercice, la distraction , et toutes les impressions morales qui en sont le résultat le plus ordinaire.
Après avoir examiné l'action des médicamens intérieurs, nous allons passer succinctement en revue les agens extérieurs.
L'application de la saignée et chs sangsues ,
Tï Y 1» O C O N 1) R I F. 679
dans le traitement de l'hypocondrie simple, doit être déterminée par la cause qui a produit la maladie , par l'âge des malades , par l'état général des forces vitales , et par les symptômes qui font préjuger l'existence d'un état de pléthore sanguine. Si l'affection nerveuse est le résultat de la suppression d'une hémorrhagie , on doit chercher à la rappeler par l'usage rationnel des moyens avoués généralement, par les fumigations, les bains locaux , et les mélanagogues ou eraménagogues.
Si ces premières tentatives sont insuffisantes, on a recours à la saignée ou aux sangsues. Quand l'hypocondrie reconnaît pour cause une aménorrhée accompagnée d'atonie, on insiste surtout vers l'époque des règles, sur les infusions amères, avec addition de safran; sur l'eau ferrée, le vin d'absinthe, de quinquina, l'éthiops martial, la poudre de cannelle , l'extrait de gentiane , de genièvre ou de quinquina; les frictions sèches ou aromatiques et irritantes pratiquées sur les lombes, le bassin, les jambes et les cuisses; on seconde leur action par les bains tièdes de jambes ou de siège simples , ou même animés par l'addition du muriate de soude, de la moutarde, du savon, du sulfure de potasse, etc. etc. Si la femme était fortement constituée et trèssanguine , les médicamens excitans seraient contr'indiqués, et l'on se bornerait aux bains
68o MALADIKS NERVEUSES.
locaux ; quelquefois > malgré tous ces efforts , l'aménorrhée persiste ; l'indication est alors positive ; on en vient à l'application des sangsues ; la vulve, ou plutôt la région interne, moyenne et inférieure des grandes lèvres, est le lieu le plus convenable. On peut, si la malade répugne invinciblement à cette application, la conseiller aux cuisses, aux jambes, ou mieux la remplacer par une saignée du pied proportionnée aux forces générales.
Faisons succéder l'exemple au précepte.
Une jeune veuve d'un tempérament sanguin, dune figure vive , fraîche et colorée, s'étant mise en route par un temps froid et pluvieux , eut ses règles supprimées : aussitôt maux de tête violens, chaleur et rougeur du visage , perte d'appétit. A l'époque menstruelle suivante, pesanteur générale ? douleurs dans les lombes et aux aines, gonflement des veines, dégoûts, flatuosités, constipation , malaise après les repas. On lui donna des purgatifs, et on lui fit une saignée du bras; elle en éprouva quelque soulagement ; on lui prodiguaensuite une foule d'apéritifs, où se trouvaient mêlés quelques emménagogues. Enfin, à l'époque des règles, on la saigna du pied; elles reparurent, et sa santé se rétablit parfaitement.
(Dissertation de M. Rojer-Collard sur X aménorrhée. )
Il faut choisir pour l'emploi des saignées lo-
h y i» o c o in n r i r:. 68 r
cales ou générales chez les femmes dont les règles sont dérangées, l'époque correspondante au moment de leur menstruation, et attendre quelle soit passée plutôt que de la devancer, parce que souvent les bains de pied ou de siège animés, et l'usage des frictions, des emménagogues , ont dispensé d'avoir recours à ces opérations.
L'épistaxis se supprime parfois vers 1 âge de trente-cinq ou quarante ans, époque où le système veineux abdominal devient prédominant. Souvent alors, surtout chez l'homme, le flux hémorrhoïdal s'établit, oif l'affection hypocondriaque se déclare; dans ce cas, on doit se proposer d'exciter cette hémorrhagie par les sangsues à l'anus, quand surtout l'hypocondrie aura été précédée, ou sera accompagnée des signes qui font connaître la surabondance du sang ; on agira de la même manière lorsqu'on voudra rappeler des hémorrhoïdes dont la suppression aura produit cette névrose. Stahl , Rivière et Bonnet ont reconnu le parti avantageux qu'on pouvait retirer alors de l'application des sangsues. On emploie, dans ce cas, la saignée du pied ou les sangsues; on met celles-ci au siège, quand l'homme approche de quarante ans , et quand la femme a cessé d'être réglée, ou qu'elle ne présente aucun indice d'irritation ou de congestion vers l'utérus; mais lorsque cet organe devient le foyer d'une congestion sanguine , caractérisée par les dou-
68l MALADIES NERVEUSES.
leurs hypogastriques, lombaires, une ménorrhagie, etc., la saignée du bras est seule praticable, et doit être préférée aux sangsues appliquées au siège, et qui , sous le rapport de l'hypocondrie, seraient cependant mieux indiquées. Au contraire, dans le jeune âge, où l'on s'efforce d'appeler le sang vers l'utérus, lorsque la nature l'en éloigne, soit par débilité, soit par suite d'une direction vicieuse, c'est vers le bassin qu'on établit les excitations, et à la vulve ou aux parties inférieures qu'il faut pratiquer les saignées ou appliquer les sangsues.
Si l'hypocondrie , occasionnée par l'absence d'une évacuation habituelle, se complique d'un engorgement des organes de la poitrine, et spécialement de l'abdomen, on doit opposer à la pléthore pulmonaire, ou même à l'hémoptysie, la saignée du bras. Au contraire, les sangsues au siège seront très-efficaces dans le principe des engorgemens au foie, à la rate, etc. Cette pratique conviendrait également, si l'on redoutait ces accidens chez une femme bien réglée; mais alors on pratiquerait la saignée du bras, ou l'on appliquerait les sangsues huit à dix jours après les règles finies, afin de ne pas troubler cette fonction importante. Un élève de Stahl fait des sangsues un éloge fondé, mais peut-être un peu exagéré : Minime reticenda utilitas hirudinum in hoc affectu , dit Georges Clacius. Il recommande en
HYPOCONDRIE.- fi'^3
outre la saignée du pied , et regarde celle du bras comme nuisible dans beaucoup de cas. Enfin, il donne le conseil que nous avons déjà mentionne, de faire à la veine une ouverture un peu grande : lncisio fiât largior , ut spissior sanguis breviori tempore sufficienter effluere queat. En effet , il nous semble que les saignées du pied et les sangsues aux extrémités inférieures, et surtout au siège , sont bien préférables, dans cette maladie, aux saignées du bras. Ceci ne doit pas infirmer ce que nous avons dit de ces différentes opérations considérées chez les personnes du sexe.
La nécessité de la saignée ou des sangsues s'annonce presque toujours par plusieurs des symptômes suivans : maux de tête ou pesanteur, étourdissemens , éblouissemens, vertiges, somnolence, sommeil lourd ou agité , et parfois prolongé, réveil difficile, rougeur et injection des yeux, coloration de la figure, démangeaison générale ou locale, palpitations ou oppression, battemens du pouls plus ou moins forts , engourdissemens des mains, des bras, des pieds, et parfois des jambes et des cuisses. L'habitude ou la présence d'une hémorrhagie confirme l'indication; cependant tout cet appareil peut être trompeur, et produit par l'exaltation nerveuse. Dans un fait analogue que je vais rapporter, je fus long-temps incertain, et le hasard peut-être, autant que la réflexion, me fit éviter recueil. Un
des officiers les plus distingués de l'armée française, dans l'arme du génie, d'une imagination ardente et d'une grande activité, prend, après la paix, des habitudes casanières, éprouve bientôt du dérangement dans sa santé , et vient me consulter. 11 avait trente-trois ans, la figure animée, la voix forte; son moral était exaspéré, et il se plaignait de la majeure partie des accidens que je viens de mentionner. Ma première idée fut de lui conseiller l'application de douze sangsues vers l'anus; mais, après une assez longue hésitation, je considérai que sa constitution était faible, et son tempérament nerveux ; que l'inaction physique et morale avait depuis peu remplacé chez lui la vie la plus active et la plus pénible , et que la pléthore sanguine pouvait n'être qu'apparente. Je le mis à l'usage des anti-spasmodiques doux et fortifians ; je l'engageai à rechercher toute espèce de distractions, à fréquenter davantage la société de ses amis, à voyager dans les environs de Paris ou au loin. En effet, il a repris une vie très-active et fort occupée , et a retrouvé dès-lors une très-bonne santé.
S'il existe chez un malade atteint d'hypocondrie des indices d'une pléthore sanguine ou d'un effort de la nature vers un flux hémorrhoïdal, lors même que l'invasion de la névrose serait étrangère à toute suppression d'hémorrhagie , il faut encore recourir à la saignée ou à l'applica-
HYPOCONDRI E. G85
tion des sangsues. C'est l'analogie qui nous suggère ce précepte : la nature guérit souvent ces maladies nerveuses en produisant deshémorrhagies, et le médecin imite ce mouvement critique par la saignée locale : Hœmorrhoïcles melancholiam et lienis morbum curant. (IIipp.)
Quand la suppression d'une hémorrhagie,loin d'être cause, n'est qu'un effet de la maladie, on doit en quelque sorte l'oublier pour combattre celle-ci , persuadé que l'écoulement ne tardera pas à reparaître quand l'affection essentielle sera guérie. Si cependant la suppression consécutive de l'hémorrhagie aggravait les accidens, on chercherait à la rappeler, ou à diminuer les résultats par les procédés que nous avons déjà fait connaître ; mais on ne saurait être trop circonspect sur l'emploi des saignées dans ces maladies, si souvent remarquables par un affaiblissement local du système digestif, ou par une débilité générale, et on ne doit les employer que quand leur indication est bien évidente.
De plus, il ne suffit pas d'appliquer des sangsues à l'anus pour rappeler un flux hémorrhoïdal, ou de rétablir cet écoulement pour dissiper une maladie produite parla suppression de cette hémorrhagie; il faut, pour qu'on puisse espérer de guérir l'hypocondrie par la soustraction de la cause, que le désordre de l'économie ne soit pas trop avancé, et qu'il soit combattu par les moyens
CSG MALADIES NERVEUSES.
appropries. Nous allons confirmer cette assertion par un exemple extrait de Zacutus Lusitanus,
Un baron , sujet depuis long- temps aux douleurs hémorrhoïdales, et à un écoulement mensuel d'un sang épais et comme bourbeux , éprouve, par la suppression de ce flux habituel, tous les accidens de la mélancolie (ou plutôt de l'hypocondrie ) ; on leur oppose les moyens usités, les mélanagogues, les sangsues sur les tumeurs hémorrhoïdales, les lotions chaudes sur les cuisses et les scarifications, la saignée du pied, les bains, etc., les cardiaques, et deux cautères aux jambes : il n'en résulta aucun soulagement ; on eut recours alors à un cautère appliqué sur la région de la rate, et au bout de deux mois les accidens furent entièrement dissipés.
Toutefois il ne faut rien conclure de ce fait et de quelques autres analogues contre le conseil donné de combattre, par l'application des sangsues au siège, l'hypocondrie, suite d'un flux héinorrhoïdal supprimé : ce précepte, conforme à la bonne pratique , n'en conserve pas moins toute sa valeur, considéré d'une manière générale : mais lorsque la névrose est déjà ancienne, il faut, nous le répétons, perdre de vue en quelque sorte la suppression qui l'a occasionnée.
Les embrocations ou les applications toniques, si vantées par les anciens, et récemment par le professeur Barlhez y ne sont point à négliger;
HTPOCO R I) I ! I". Giïy
elles seront encore plus efficaces, si on a soin de les rendre calmantes. C'est ainsi que nous avons vu bien souvent un emplâtre de thériaque applique sur l'épigastre dissiper des cardialgies violentes : on peut y ajouter avec avantage l'extrait de ciguë et l'opium , ou simplement la poix de Bourgogne, et le diachylon gommé, qui serviront en outre à maintenir les autres substances, en bornant par un cercle la circonférence de l'emplâtre.
Pour frictionner la région de l'estomac, on se servira utilement des spiritueux, comme la teinture de quinquina, de gentiane, d'aunée , de cochléaria , de l'eau de mélisse ou de Cologne , etc. etc. Mais s'il y a sensibilité vive à l'ëpigastre ou aux hypocondres , les narcotiques et les anti-spasmodiques devront être associés aux fortifîans : on combinera le baume tranquille, le laudanum liquide , l'opium, le camphre , l'éther aux toniques ou aux stimulans, dont la dose et l'intensité sera relative à la sensibilité de l'individu.
Parmi les topiques admissibles dans la cure de cette maladie , on distingue encore les vésicatoires. Non-seulement il est avéré que l'on négligeait autrefois, dans une foule de circonstances, d'avoir recours à ces moyens énergiques, lorsqu'ils étaient commandés par les accidens, mais il est en outre reconnu que leur emploi était
souvent beaucoup trop différé. C'est ainsi qu'ils ne sont point mentionnés dans la plupart des ouvrages qui traitent de cette névrose, et cependant ils fournissent une ressource ordinairement exempte dinconvéniens, et fréquemment applicable. L'analogie vient appuyer le raisonnement : en effet, on connaît les heureux résultats obtenus par les vésicatoires dans plusieurs névralgies, dans le vomissement nerveux, et dans une foule d'autres affections. Sans doute, des succès aussi nombreux qu'éclatans auraient dû conduire à mettre ces médicamens en usage contre plusieurs cas d'hypocondrie.
Indiquons maintenant les variétés de cette vésanie , qui réclament plus particulièrement leur application.
Le transport d'une affection rhumatismale, arthritique ou goutteuse ; la desquammation imparfaite ou prématurée des phlegmasies cutanées aiguës, comme variole, scarlatine, rougeole, érysipèle ; la disparition spontanée ou artificielle des maladies dartreuses peut donner lieu à diverses affections hypocondriaques , qui seront affaiblies ou même dissipées par les vésicatoires secondés convenablement. On ne se bornera pas à une seule application , il faudra quelquefois les entretenir, ou y revenir à plusieurs reprises: dans d'autres cas , il faudra varier le lieu de leur application, en mettre un d'abord sur le siège
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primitif de la maladie qui a été déplacée; d'autres fois , c'est sur L'épigastre qu'il faut l'appliquer, ou
enfin dans la région où il se manifeste un sentiment douloureux.
Ces topiques sont spécialement indiqués contre l'hypocondrie produite ou aggravée par la présence ou le déplacement d'un rhumatisme-, d'une goutte vague, dune irritation dartreuse , érysipélateuse, psorique, et doivent être secondés par les bains tièdes, les bains d'eaux et de vapeurs sulfureuses, etc. Aucun inconvénient ne saurait balancer les avantages qu'on doit altendre de ces agens quand ils sont administrés convenablement.
Les rubéfians sont également applicables au traitement de ces maladies; les plus usités sont l'alkali volatil, la teinture de cantharides, la dissolution de sublimé corrosif, les sinapismes, les huiles acres essentielles, le suc des plantes irritantes, l'euphorbe, la dentellaire, etc. La nature détermine fréquemment, dans ce genre de maladies, des éruptions critiques; et c'est agir sagement que de suivre la route quelle trace ellemême. Ces topiques, ou les vésicatoires volans, promenés sur la surface cutanée, sont susceptibles d'amener une très -grande amélioration, soit en déplaçant le principe morbifique (1), soit
(1) C'est ainsi qu'on rapporte, dans une dissertation sou-
6gO MALADIES NERVEUSES.
en excitant l'action de la peau , soit en relevnnt syrnpathiquement les forces vitales affaiblies ou opprimées.
Le moxa, le séton et les cautères seront aussi admissibles dans diverses circonstances , et agiront avec une énergie relative à l'intensité et au mode de leur action. Il est encore d'autres moyens, également employés à l'extérieur, et qui sont d'un usage plus éprouvé et plus général dans la cure de cette maladie : ce sont les bains.
On les divise généralement en bains froids ou chauds, en bains domestiques ou d'eau courante; ils peuvent être simples ou composés, soit artificiellement, soit par la nature de l'eau dont on se sert; tels sont ceux d'eaux minérales, naturelles ou artificielles. Les bains tièdes sont d'un usage journalier; leur température doit être, en hiver, de 28 à 3o degrés, de 26 à 28 en été. On doit n'y pas rester très-long-temps : une heure ou deux au plus suffisent ordinairement. Les frictions sèches pratiquées à l'issue du bain ajoutent à son efficacité; ils ont véritablement une propriété relâchante, et conviennent surtout aux individus secs, et dont la fibre est irritable; tandis que les personnes qui ont beaucoup d'em-
tenue à Berlin , que l'inoculation de la gale a fait cesser une hypocondrie qui émanait de la disparition trop prompte d'une affrction cutanée.
HYPOCONDRIE. 69 c
honpoint, et dont la peau est flasque, en retirent moins de profit.
Lorsqu'un de ces malades a été sujet à des affections cutanées, qu'il transpire très-peu , les bains pourront lui être favorables, surtout s'il ajoute à leur usage l'attention de se tenir à l'abri du froid, ou de se mettre au lit en sortant de l'eau.
En général les bains tièdes ont, comme ceux qui sont froids, l'avantage de provoquer l'appétit.
Ne savons-nous pas d'ailleurs que les bains tièdes ne sont débilitans que d'une manière relative, et non absolue : on peut dire qu'ils affaiblissent toutes les fois qu'ils sont conseillés inconsidérément ; mais ils relèvent souvent l'énergie vitale , quand ils sont prescrits à propos ; en effet , Fliomme exténué par une marche forcée, une fatigue excessive, celui qu'un rhumatisme violent prive de l'usage d'un membre sort du bain tiède , plus dispos et plus fort.
Le succès que retira César-Auguste des bains froids, dont Antonius Musa, son médecin, lui avait donné le conseil, les mit en grande faveur; et cette pratique est encore très-suivie de nos jours; ils agissent comme excitans lorsqu'on se borne à de simples immersions dans l'eau, ou quand on n'y fait qu'un séjour de vingt à trente minutes; si on les prolonge plus long-temps, leur propriété change, et ils deviennent dé-
6o/2 MALADIES NERVEUSES.
bilitans. Mais cette influence est relative à la force et à la sensibilité individuelle; telle personne les supporte très-bien pendant une heure, et retrouve de suite toute sa vigueur, tandis qu'une autre n'y séjourne qu'avec peine pendant un laps de temps beaucoup plus court. Qui ne connaît d'ailleurs les résultats du climat et des longues habitudes à cet égard? On ne doit en outre les conseiller, dans nos régions, que pendant les chaleurs de l'été , ou lorsque le thermomètre marque au moins 10 degrés au-dessus de zéro.
Les personnes d'une constitution molle et lymphatique, douées d'un embonpoint très-prononcé, spécialement quand elles ne sont pas trèssensibles au froid , en éprouvent souvent de bons effets.
Les bains d'eaux courantes, et surtout ceux de mer, sont en général beaucoup plus efficaces, et ont souvent répondu à l'attente du médecin , qui les propose de préférence contre cette vésanie, lorsque les puissances de la vie ne sont pas trop affaiblies. Quant au passage du bain chaud ou tiède dans l'eau froide, il expose à des inconvénieus; je ne vois qu'une circonstance où ce procédé serait admissible, c'est dans l'hypocondrie produite par la suppression brusque d'une fièvre intermittente qu'on voudrait rappeler.
HYPOrONDRIF. »
Les bains de mer sont applicables à beaucoup de ces malades, et spécialement dans les pays chauds, où l'on peut en faire usage pendant une grande partie de Tannée. Il existe maintenant à Dieppe un établissement destiné à cet usage, et dirigé par un médecin très-éclairé, M. Langlois. Les bains sulfureux de Barèges, de Bagnères, etc.; ceux de Plombières et de Bourbonne, etc., sont également susceptibles d'applications utiles. On peut imiter les premiers en ajoutant à l'eau d'un bain, sulfure de potasse § de ij à iv ; et la préparation suivante pourra très-bien suppléer celui d'eau naturelle de Plombières.
2/1 Carbonate de soude
Sulfate de
Muriate de soude 3 g
Albumine % j
Carbonate de chaux 3 i j
Eau. q. s.
Telles sont les principales ressources que nous pouvons puiser dans les médicamens appliqués au traitement de cette affection nerveuse ; nous allons nous convaincre incessamment qu'on trouve dans la direction des facultés mentales un parti non moins avantageux.
QUATRIÈME SECTION
Traitement moral de VHjpocondrie.
Le traitement moral de cette névrose consiste dans la bonne direction donnée à tous les attri-
de soude "|
soude j ra3"J|5
6g4 MALADIES NERVEUSES.
buts qui constituent nos facultés mentales , et qui se rattachent à cette fonction étonnante par laquelle nous nous élevons au-dessus de tous les êtres animés, en un mot à notre intelligence. On ne peut mettre en doute le plus glorieux apanage de l'homme ; et bien que l'âme en ellemême soit inaccessible à nos sens, ses effets sont évidens pour nous , et son existence incontestable. Nos sensations, nos perceptions, nos affections, nos passions, nos fonctions intellectuelles, sont autant de phénomènes qui peuvent être considérés comme les résultats de notre entendement.
Ces attributs moraux, bien dirigés, sont susceptibles de coopérer au rétablissement des personnes atteintes d'hypocondrie; mais il faut leur donner une direction tout opposée à celle qu'ils reçoivent de cette vésanie. Ainsi, ces malades rapportent à eux ou plutôt à leur santé toutes leurs facultés mentales; ils paraissent ne sentir que leurs maux, et semblent presque étrangers à tout autre objet : dans l'âge des passions ils n'en éprouvent que faiblement le besoin impérieux; leurs craintes prédominantes sont toujours relatives à leur existence; le jour et la nuit les mêmes idées sinistres se représentent à leur esprit. Le but que se proposera le médecin n'est donc pas seulement d'éloigner ces pensées de l'imagination du malade , il faut encore qu'il
HYPOCONDRIE. fip
s'efforce de l'attacher sur d'autres objets, de lui offrir d'autres sujets qui le frappent et appellent son attention tout entière, soit dans la conversation, soit dans ses méditations, quand il est en repos ou en mouvement, et aux époques si différentes de la journée : tels sont en partie les avantages qu'on peut espérer également des différens modes de diversion , de la fréquentation des sociétés, des spectacles, des voyages, des pro* menades, des lectures agréables et propres à remplacer la crainte ou la tristesse par des affections douces et plus convenables.
Mais c'est surtout dans les maladies nerveuses qui ont succédé à l'influence des peines de l'âme, et qui sont remarquables par le désordre de l'imagination et l'exaltation mentale, qu'il faut appliquer les moyens dont l'ensemble forme le traitement moral. Celui-ci se compose de tout ce qui peut agir sur nos sens et modifier nos sensations ou affections, et des impressions diverses que reçoivent nos passions et nos facultés intellectuelles.
Toutes les circonstances de la vie propres à faire naître le calme de l'âme, le plaisir ou la joie , et par conséquent capables d'affaiblir et d'effacer la peine, devront être recherchées par ces malades ou leur être offertes , quand rien ne s'y opposera : c'est aux sensations agréables qu'on doit rapporter les succès briîlans attribués
à la fréquentation des sociétés particulières et des réunions plus nombreuses, aux pèlerinages de la Grèce, de l'ancienne Thébaïde, et enfin aux voyages vers les sources d'eaux minérales.
Des observations réitérées ont appris qu'en général les personnes gaies, actives et franches payaient moins souvent tribut aux affections hypocondriaques que les individus d'un caractère opposé : n'est-ce pas encore préparer la solution heureuse de ces maladies, que de faire contracter, à ceux qui en sont atteints, lhabitude des affections agréables , et de leur con • seiller la société des personnes portées à la gaîté, ainsi que la lecture des ouvrages qui excitent des sensations analogues. On les engagera en outre à s'adonner aux professions qui n'exigent pas de profondes méditations, qui permettent la distraction ? et les plaisirs d'une récréation variée , comme autant de circonstances qui peuvent à la longue influer sur leur état d'une manière avantageuse.
Ils s'étudieront à fuir la solitude et l'inaction, chercheront à provoquer la confiance , en en donnant l'exemple, en fournissant le témoignage d'une franchise éclairée , et s'efforceront de se monter à l'unisson des individus dont ils font leur société , afin de concourir à son agrément en travaillant à leur propre bien-être.
Il est en outre facile de sentir qu'en éloignant
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de ces malades les hommes affectes des mêmes maux, qui, par leurs discours ou leur présence, les entretiennent dans des craintes continuelles , et leur rappellent sans cesse la maladie à laquelle ils sont en proie; il est, disons-nous, évident qu'en détruisant l'action puissante de l'exemple, on fait en quelque sorte un premier pas vers leur guérison. C'est donc offrir aux hypocondres un conseil favorable, que de les engager à fuir la société et surtout la conversation des personnes qui éprouvent les mêmes accidens, ainsi que la lecture des ouvrages de médecine. La plus simple réflexion suffit pour convaincre de l'utilité de ce précepte. En effet, n'est-ce pas augmenter sa frayeur que de la communiquer à un homme déjà également effrayé? N'est-ce pas aggraver sa peine, que de s'en repaître constamment et de se refuser à toute distraction? Enfin ne devront -ils pas se garder de faire du récit de leurs souffrances l'éternel sujet de leurs entretiens, i
On affaiblira les effets d'une douleur profonde, en écartant de l'esprit de ces malades tous les objets et toutes les circonstances propres à en retracer le souvenir. On conçoit également tout le parti qu'on peut attendre du temps, dune heureuse diversion, et des moyens appropriés aux différens symptômes qui se déclareront.
Il est sans doute difficile de consoler les mal-
6g3 MALADIES NERVEUSES.
heureux , parce que trop souvent on oppose le sang-froid à leur égarement, l'indifférence à leur agitation : dès-lors leur confiance s'éloigne , et le chagrin se concentre davantage. -
La conduite que doit hien souvent tenir le médecin nous est tracée par Horace écrivant à Virgile , pour l'exhorter à supporter avec calme la mort de Quintilius. Il lui dépeint l'étendue de la perte qu'ils ont faite, il l'engage à se résigner à la patience qui adoucit les maux qu'on ne saurait guérir.
Durum , sed levius fit patientiâ Quidquîd corrigere est nef as.
Ho rat., od. xx.
Voulez-vous combattre le chagrin? provoquez la confiance de la personne qui est affligée; partagez sa douleur, insinuez- vous dans ses affections. Vous chercherez en même temps à diminuer l'excès de son désespoir et l'étendue de ses justes regrets. Plus tard vous ferez valoir avec adresse et ménagement les moindres sujets de consolation. Quelquefois vous rappellerez les pertes plus cruelles encore que d'autres ont éprouvées, ou vous laisserez apercevoir que des malheurs plus sensibles pouvaient l'atteindre. Par cette première tentative vous vous emparez de son esprit, afin de l'arracher à ses méditations, à la cause sur laquelle se concentrent toutes ses pensées, toutes ses affections, enfin toutes les
sensations quelle éprouve. Employez ensuite les moyens de diversion ; faites succéder aux épanchemens que vous avez amenés des conversations variées, étrangères à la peine prédominante; repoussez vous - même toute dissipation trop joyeuse : quel surcroît de douleur inspirerait le contraste d'une gaîté folle et souvent irréfléchie, avec la contrainte imposée, et un simple retour sur soi-même ! Mais offrez au malheureux la société de ses amis les plus intimes, qu'ils excitent ses larmes : oh! combien elles soulagent le cœur! non-seulement elles procurent ce bien moral ; elles sont en outre, du moins en quelque sorte, une garantie contre les effets sourds et insensibles d'un chagrin intérieur et profond : plus son action est expansive, moins il est à craindre; mais redoutez avant tout une douleur muette, sombre, concentrée, en un mot, une peine rentrée. C'est un principe septique, mortifère, qui a pénétré jusqu'aux sources de la vie : bientôt elles seront troublées , infectées ou épuisées.
Souvent il faut éloigner le malade du séjour qu'il habite, quand surtout rien ne l'y attache, lorsqu'il n'est pas obligé d'y revenir peu de temps après, ou quand les objets de ses affections les plus chères peuvent le suivre dans sa' retraite.
Quelle puissance de diversion et de sensibilité douce exercent la vue de la campagne , le spec-
tacle de la belle nature , et par Ibis même la contemplation des chefs-d'œuvre de l'art ou des monumens célèbres ! L'imagination est absorbée , toutes les facultés intellectuelles et morales sont agréablement occupées; déjà la douleur a perdu de son empire, et 1 âme devient accessible à des idées de consolation : elle peut insensiblement renaître aux affections douces, à l'amitié, aux plaisirs tranquilles de la société, au bonheur du sage. Il ne suffit donc pas de dire à l'homme plonge dans la peine de changer de sentiment; la joie ne se commande pas plus que l'amour ou la haine; aussi faut-il observer les nuances successives , et conduire l'infortuné , au milieu des orages et des peines morales, jusqu'au but, jusqu'au port où il trouvera un asile assuré. Tantôt il faut faire naître l'espoir dans un cœur accablé sous le poids de ses maux, tantôt dissiper la tristesse par une heureuse diversion; ici. ménager; là, parler avec énergie; ailleurs, consoler, distraire , afin de remplacer le désespoir par des regrets réfléchis; et plus tard, afin de diminuer le chagrin, ou de faire succéder à la peine des sensations douces et agréables. Magnus mihi crit je polio, dit Brunerius, qui hjpocondriacum, non sublato prias animi aculeo, ad sanitatem reduxerit. Il faut donc, pour guérir ces malades, effacer le chagrin qui les opprime, et qui est souvent le principe de l'hypocondrie.
H y i» o condri i. not
La société des femmes, dont L'âme est en géaérai si compatissante, est d'un précieux avantage pour les personnes en proie à la douleur morale; elle tempère l'amertume de leur peine et provoque des affections douces, ou nous inspire l'espoir d'un meilleur avenir. « C'est dans » la société des femmes, dit M. Lecamus , que » l'homme perd son caractère farouche. Cicéron, » après avoir écouté les leçons d'éloquence que » lui donnait Scevola son maître, venait se ré- » créer dans la société de son épouse Lœlia, dont » les discours, suivant l'expression de l'orateur «romain, avaient la teinte la plus élégante». ( Médecine de V esprit. )
Tissot y dans son Avis aux Gens de lettres, nous offre le même conseil.
Le devoir du médecin est rempli quand il a opposé à la douleur morale toutes les ressources d'une consolation douce et adroitement amenée ; mais le malade doit aussi seconder ces efforts, et appeler sa raison à son secours. Trop souvent celui qui gémit sous le poids des affections les plus pénibles, désespère de trouver en lui-même aucune ressource. Cependant, dit l'auteur des TusculaneSy la nature nous a été libérale, et en nous donnant tant de remèdes pour le corps, elle en a aussi destinés à l'âme : celle-ci même a été le mieux partagée ; car les remèdes du
corps lui viennent de l'extérieur, et ceux de l'âme sont en elle.
Les passions peuvent également concourir a la guérison de ces névroses : elles sont la source de nos peines et de nos plaisirs; elles sont l'origine de nos maux , et souvent aussi leur remède.
On a mis en problème, si nos passions étaient subordonnées à l'empire de notre volonté. Cette question , qu'il y a dix-huit ans nous avions osé juger affirmativement, a reçu une nouvelle sanction du retour à l'ordre et aux vrais principes de la morale. Sans doute l'homme peut maîtriser ses passions, ou leur être asservi- ces combats intérieurs que nous éprouvons lorsque les sens nous portent vers un but dont nous éloignent le jugement et la réflexion; ces deux volontés opposées, dont Saint- Augustin, après Saint- Paul, nous a donné l'idée, Yhomo duplex de Buffon; et cette distinction de l'homme des passions, et de l'homme de la raison, admise par les philosophes; ces combats enfin, s'ils attestent le pouvoir que les passions tendent à usurper sur nous, démontrent cependant, en dernier lieu, l'empire que peut toujours obtenir une raison forte et éclairée.
« L'âme est condamnée à se prêter aux besoins » du corps, mais non pour en être l'esclave; elle » revendique continuellement ses droits, et ja- » mais la partie de nous-mêmes qui, selon l'ex-
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m pression de Cicéron, nous met eo rapport avec » les dieux, ne peut être soumise à celle qui nous « ravale à la eonditiou des brutes, sans que tout » Tordre social n'en soit renverse, et qu'il n'en » naisse les plus grands malheurs. (Mably.)
En s'armant dune forte détermination, en opposant un grand courage et une volonté ferme à l'ascendant des passions, l'homme parviendra donc le plus souvent à les maîtriser. Ne sait-on pas qu'on peut réprimer ou arrêter un mouvement de colère , et qu'il est également possible de borner ses désirs, et de n'être pas dévoré par des espérances chimériques ou des projets ambitieux ? Nous avons connu des individus trèsportés à la colère, et qui ont fini , à force de soins, par dompter leur irascibilité naturelle. Socrate lui-même fut dans sa jeunesse fort enclin à la débauche ainsi qu'au vin , et sut , par la supériorité de sa raison , résister à l'impulsion de ces penchans honteux (i).
On doit donc recommander aux personnes menacées ou atteintes d'hypocondrie , de contracter
(1) Nous signalerons ici deux sources auxquelles nous renvoyons pour plus de développemens ; i°. le beau travail du professeur Halle , sur les affections de l'âme [Encyclop. méthodiq.) ; 2°. la dissertation du docteur Esquirol , qui, en éclairant l'histoire des passions, a sans contredit le mieux démontré les avantages qu'on pouvait en retirer dans la cure des aliénations mentales.
yO/J. MALADIES NERVEUSES.
l'habitude de maîtriser leurs passions, de ne pas s'asservir à l'empire des sens, et de s'appliquer surtout à ne connaître que la raison pour mobile de leurs discours et de leur conduite. Rien ne peut mieux disposer à cette étude, et surtout à cet empire de soi-même, qu'une bonne éducation , dont le but principal aura été de former ou de rectifier le jugement.
A l'hypocondrie provoquée par le chagrin d'un amour malheureux, opposez les consolations de l'amitié, la perspective d'un prochain adoucissement, les voyages; et laissez surtout entrevoir la possibilité d'un nouvel attachement : ce dernier moyen est le plus puissant de tous.
Ovide , pour guérir d'une inclination contrariée , conseille également de former de nouveaux liens :
Binas habeatis arnicas , Àlterius vires subtrahit aller atnor.
On trouve, dans les Tusculanes, un avis analogue :
Etiam novo quodam amore veterum amorem tanquam clavo clavum ejiciendum.
Tel est aussi le conseil que nous donne un philosophe qui connaissait bien le cœur humain : Vouloir oublier un objet , c'est penser à lui. Pour l'oublier, il faut penser à d'autres objets. (Labruyère. )
Ce n'est plus le même sentiment qui dirige
II YPOCON D R I s. 7o5
Ovide dans les moyens qu'il indique pins loin pour détourner d'une passion contrariée :
Exige quod cantct , si quœ est sine voce puella Non didicit chordas tangere , posée lyram : Turgida, si plena est, si fusca , nigra voectur , Et poterit dici rustica si qud proba est.
Ce conseil a été répété depuis par Sauvages , qui avait bien étudié l'histoire et le traitement de ces maladies : Vitia objecti amati detegenda , exageranda.
Il faut avouer que ce précepte , en écartant ce qu'il offre d'odieux et de contraire aux convenances sociales , peut être utile dans quelques cas, et qu'il est même par fois le seul susceptible d opérer une guérison parfaite.
Obs. Un jeune homme au printemps de l'âge , doué d'une santé robuste, d'un physique prévenant et d'un extérieur plein de noblesse, d'un caractère doux, et d'une imagination aussi vive que brillante, quitte la province et vient suivre à Paris le cours de ses études. Il se propose de sacrifier deux années au complément de son éducation, espérant recevoir, pour prix de ses travaux , la main d'une jeune personne qu'il aime et dont il est aimé. Après dix-huit mois d'un travail opiniâtre, auquel l'encourage l'espoir de posséder un jour sa jeune amie , toute correspondance est interrompue : dès-lors inquiétudes vagues, perplexités chaque jour renaissantes.
yoG MALADIES NERVEUSES.
Bientôt il reçoit une lettre de cette jeune personne, qui lui apprend, que cédant aux désirs de ses parens, elle ne peut s'unir à lui.
Dans l'instant, douleur profonde et vivement sentie; exaltation de toutes ses facultés mentales, suivie d'un état de stupeur et d'abattement extrême , constriction violente vers lépigastre , respiration insensible, soupirs profonds, séparés par de longs intervalles.
Le médecin le trouve plongé dans une consternation effrayante, et observant un mornesilence. À la seconde entrevue il s efforce en vain d'émouvoir l'imagination concentrée du malade, qui cependant arrache de son sein la lettre fatale.
Pendant trois jours même affection morale, et même trouble physique ; refus des boissons et de toute nourriture, ce qui faisait craindre un dépérissement rapide.
Le médecin se concerte alors avec un de ses collègues; on ne pouvait favoriser cette inclination : il fallait donc en détourner ce jeune homme; ils se réunissent , provoquent sa confiance par les témoignages de l'intérêt le plus sincère , et se concilient son affection ; bientôt tous les secrets d'un cœur ulcéré leur sont exposés avec candeur et effusion ; le malade semble éprouver du soulagement: on vient alors au dénigrement de 1 objet aimé; mais sa douleur s'exaspère, son imagination s'exalte, et il se retrace avec ravissement les
H YPOCONDK I K. 70
traits et la perfection morale de sa déité ; sa perle lui semble irréparable : o!e là le désespoir le plue atterrant. Ils le laissent exhaler la fougue de ses
emportemens , conviennent de ses justes regrets, et semblent partager sa douleur; mais ils ne peuvent concevoir comment cette jeune personne, avec les qualités les plus estimables , s'est déterminée aussi légèrement à abandonner son ami.
Cette objection, présentée sous diverses formes, fait sensation sur l'esprit du malade, et amortit sa passion dominante; dès-lors il ne s'agit plus que de seconder par d'heureuses diversions 1 impulsion déjà communiquée; on le promène de distractions en distractions, et au milieu d'un repas, dans l'expansion d une joie commune, et la réunion de quelques amis, on lui fait écrire une lettre de reproches et de rupture.
Il se trouve ainsi enchaîné; le voile du prestige tombe, l'amour s'évanouit, et bientôt la raison reprend complètement son empire.
C'est alors que le médecin méritera le nom cT/0-oOsok, ou de médecin du corps et de l'esprit, c\\ï Hippocrate donnait à ceux qui s'occupaient non-seulement des maladies du corps , mais aussi de consoler et de guérir les peines de 1 âme. Cependant, s'il était possible d'écarter les obstacles qui s'opposent à l'union désirée, le meilleur parti serait d exaucer les vœux du cœur.
En fouillant 1 histoire des temps plus reculés,
Yy 2
Jp6 MALADIES NERVEUSÏÏ5.
nous trouvons un beau modèle, un bel exemple de îa médecine philanthropique dans la conduite (ÏJErasistrate.
Appelé près XAntiochus , ce médecin ne s'empresse pas de combattre les accidens qu'éprouve le jeune prince, mais il s'attache à en découvrir la cause, à recueillir tous les phénomènes que les sens peuvent lui fournir, et à les comparer ensemble. Bientôt l'émotion que produit sur Antiochus la présence de Stratonice, dissipe tous les doutes à'Érasistrate, et lui découvre la source véritable de la maladie.
La main de la belle Stratonice assura le salut du jeune prince, et confirma la juste célébrité du médecin philosophe.
Les principes du traitement sont dans ces cas faciles à saisir. On doit proposer l'union désirée quand elle est possible ; dans le cas contraire, léloignement de l'objet aimé, les voyages, tous les sujets de distraction ; quelquefois un nouvel amour ; l'on doit surtout défendre l'inaction physique et morale.
En effet rien n'est plus propre à dissiper l'hypocondrie erotique qu'une activité continuelle; elle est donc bien juste celte allusion de la mythologie, qui nous représente la divinité de la chasse comme ennemie de l'amour. Mais cette passion peut contribuer elle-même à la guérison de certains malades ; ainsi, quand l'ennui du
célibat, quand un veuvage prématuré ont cause l'hypocondrie, un mariage assorti et conforme à nos désirs peut être alors très-favorable ; de plus dans beaucoup d'autres cas, on pourra également s'applaudir d'avoir inspiré ce sentiment; ne serat-il pas un excellent préservatif, ou le meilleur remède contre une foule de chagrins, tels qu'une humiliation, une offense non méritées, une injuste destitution, les mauvais procédés de l'amitié. Rappelons à ce sujet ce que dit Montaigne dans son style naïf: « Ayant besoin dune » véhémente diversion, pour m'en distraire, je » me fis par art amoureux et par estude, à quoy » 1 âge m'aydait : l'amour me soulagea, et re~ » tira du mal qui m'estait causé par l'amitié ». (Tome III, liv. in , page *fB. )
Combattez, s'il est possible, l'hypocondrie qui provient de méditations abstraites, de chagrins, etc., par une passion nouvelle : celle des voyages, de la chasse, la culture des beaux-arts, du dessin, de la musique. Dans d'autres cas, mettez enjeu les mobiles les plus puissans, intéressez l'amour-propre ou plutôt le sentiment de l'honneur; envoyez le médecin hypocondre pour arrêter les ravages d'une épidémie meurtrière ; confiez à un jeune compositeur la musique d'un poème intéressant , à un artiste l'exécution d'un grand ouvrage , à un savant une entreprise scientifique importante, etc. ; présentez au courtisan
morose les appas de l'ambition; enfin, chargez l'avocat, en proie au même mal, dune cause importante, de la défense d'un illustre accusé, vous ferez ainsi diversion à leurs idées maladives , à leurs craintes habituelles, et vous favoriserez leur rétablissement.
Tous les moyens dediversionsontéminemment utiles à cette classe de malades; mais ce n'est pas ordinairement un ou deux de ces moyens, une ou deux tentatives, qui peuvent rétablir de suite l'économie, c'est leur concours, leur continuité. Aussi voyons-nous chaque jour les meilleurs effets de la fréquentation des spectacles , des réunions nombreusesoud'unesociété intime, des <lifférens modes de récréation , des jeux de paume, déballe, de billard, des diverses occupations mécaniques, mis en pratique concurremment , et avec ténacité.
Le retour vers le pays natal, ou l'espérance seule de revoir la terre de prédilection, dissipera presque toujours les affections hypocondriaques, suites de la nostalgie.
Lorsqu'une autre maladie, par sa réaction sur notre moral, a entraîné l'hypocondrie, il faut combattre l'impression produite sur l'esprit du malade, et attaquer en même temps l'affection première, dont la guérison assurerait la fin de la vésanie.
La crainte peut concourir au traitement d?
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cette névrose : ainsi , quand les malades se refusent à suivie les conseils qu'on leur donne , et surtout à rompre des habitudes casanières, il faut les effrayer, mais avec mesure , non sur leur état présent, mais sur l'avenir, sur les malheurs auxquels ils sYvxposent en n'adoptant pas un genre de vie plus actif. Peignez à leurs yeux , quelquefois même avec exagération , les dangers de l'inaction , qui a produit ou qui entretient le désordre; représentez-leur que l'affection dont ils gémissent est en grande partie le résultat de la vie sédentaire ; que le repos , comme l'excès de fatigue, amène du trouble dans l'économie, et que plus ils resterout inactifs, plus ils aggraveront leurs maux ; prévenez-les enfin , qu'à la vérité leur maladie n'est pas inquiétante tant qu'elle reste simple, mais qu'une complication peut arriver, et que non-seulement leurs coutumes favorites n'y apporteront aucun obstacle, mais qu'au contraire elles la favoriseront.
Une femme de beaucoup d'esprit était affectée d'une hypocondrie dont le chagrin fut ancienne-ment la source , et qui était entretenue principalement par un repos presque continu ; rien ne pouvait la déterminer à quitter le coin de son feu pendant neuf mois de l'année. Je cherchai à lui persuader que sa maladie était sans danger présent , mais que l'ancienneté et la continuité du désordre pouvait en occasionner de plus
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graves, et que le meilleur moyen de les prévenir était l'adoption d'un genre de vie différent , les longues courses, les promenades variées ou un voyage : bientôt il fut moins difficile de la décider à sortir, et un mieux sensible s'annonça dès-lors.
La peur bien dirigée peut encore agir utilement, par un autre mode d'action. Quand la crainte d'une maladie devient prédominante chez un hypocondriaque, occupez-le d'un autre sujet d'effroi ; faites-lui le tableau d'une affection plus dangereuse encore , et annoncez-lui qu'à cette frayeur vous en ferez succéder à volonté une troisième 9 une quatrième , etc. En procédant ainsi, vous l'obligez indirectement à se convaincre ou à convenir, au moins tacitement , qu'il se tourmente, sinon sans raison, du moins sans mesure , et que son imagination lui exagère ses souffrances, et plus encore les dangers de sa situation. La crainte et la frayeur peuvent donc non -seulement être utiles, mais même, dans beaucoup de cas, opérer une action salutaire.
Le grand art consiste quelquefois à communiquer à l'imagination une impulsion favorable; car alors l'imagination, comme la lance & Achille, a seule le privilège de guérir les blessures quelle a faites.
En suivant une autre route on parvient également à diminuer les inquiétudes de ces malades : représentez-leur que des personnes atteintes de
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la même maladie en ont cependant guéri parfaitement , et que d'autres, dont l'affection a été seulement modérée , ont néanmoins fourni une très-longue carrière. Non-seulement il faut les assurer et itérativement de cette vérité, mais on fera plus, on leur citera, nommera les individus, et il sera même très-utile de les mettre en rapports avec eux. Vous tendrez encore à écarter de leur esprit l'idée d'un mal irrémédiable , en leur faisant remarquer que l'exaltation générale de la sensibilité, et 1 étonnante multiplicité de symptômes propres à leur vésanie, sont incompatibles avec une lésion organique , qui presque toujours masque ou dissipe tôt ou tard les symptômes sympathiques et locaux de la première.
Enfin on les rassurera encore en présentant à leur mémoire et leur rappelant fréquemment le pronostic de Baglwi. Voyez page 583.
J'ai engagé maintes fois ces malades à placer sur le manteau de leur cheminée cette sentence du célèbre praticien de Rome, et à échanger souvent les terreurs paniques qui les tourmentaient contre l'impression consolante qui résultait pour eux de cette lecture, et l'espoir dont elle leur retraçait constamment l'image.
Dans d'autres cas, pour agir plus efficacement sur l'imagination des hypocondres, il faut accorder quelque chose à leurs opinions, et même à
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leurs erreurs, tout en combattant ces dernières : ainsi, convenez avec eux de cette vérité, à laquelle ils tiennent singulièrement, c'est qu'ils sont réellement malades ; mais tâchez aussi de leur démontrer qu'ils exagèrent quelquefois leurs souffrances, et presque toujours le péril qui peut en résulter. Dites-leur que les accidens dont ils se plaignent amèrement, et qui les tourmentent si cruellement , sont cependant de nature à céder aux médicamens les plus simples, à des habitudes actives, ou à un emploi plus raisonnable de leurs facultés mentales.
Par cette conduite , vous provoquerez leur co-nfiance , et ils se persuaderont alors facilement que vous connaissez leur maladie , que vous la jugez bien ; et vous en préparez ainsi la guérison. Tandis qu'en agissant autrement, en leur disant constamment qu'ils sont malades imaginaires , et qu'ils ne souffrent pas, vous les révoltez, vous jusùûez leur éloignement pour vos conseils, et leur versatilité ; ils se convaincront, et non sans quelque raison , que vous ne connaissez pas leur maladie. Du moins la jugerait-on mal, en la considérant comme une affection toujours idéale , chimérique, ou plutôt produite par la seule imagination.
Le médecin doit donc s'efforcer de gagner la confiance de ses malades : c'est en faisant naître ce sentiment qu'il pourra obtenir les guérisons
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les plus étonnantes par les moyens les plus simples, souvent même par des médieamens sans action. Le succès dans ces cas est du plutôt à l'impression produite sur l'imagination qu'à l'influence physique de la substance médicamenteuse. Nous avons vu dernièrement , aux consultations de l'Oratoire , un hypocondriaque qui nous déclara qu'il avait contracte unegonorrhée simple, pour laquelle il avait subi un traitement méthodique. Malgré les soins les mieux dirigés, et une guérison parfaite , cet homme devint sujet à une hypocondrie violente , qui fut en partie produite par l'idée qu'il avait encore le sang gâté. Nous feignîmes de partager son opinion , et nous lui ordonnâmes diverses préparations inertes , mais en apparence très-compliquées. Nous eûmes lieu de nous applaudir de ce stratagème, plus propre à réussir chez cet individu que tous les argumens de la meilleure logique.
On ne doit donc pas craindre de Ijs tromper par une ruse innocente, et qui doit tourner à leur bénéfice. Tous les médecins ont eu maintes occasions de s'applaudir de pareils expédiens , inventés dans l'intérêt de l'humanité.
Il faut en outre déférer, dans quelques cas, à la confiance aveugle d'un malade pour tel ou tel médicament, pourvu toutefois que son action soit bénigne. On ne considère alors que l'effet moral, que l'influence exercée sur l'imagination.
Nous avons connu un hypocondre qui attribuait divers accidens imaginaires à des médieamens convenables, et qui se trouva mieux du moment qu'on lui prescrivit ceux dans lesquels il avait placé sa confiance. Si ceux-ci lui avaient été administrés à son insu, ils auraient eu le sort des remèdes précédens, et auraient pareillement échoué.*
Quand un malade est tourmenté par des craintes continuelles, qu'il appréhende diverses maladies, enfin qu'il désespère de sa guérison , le médecin est placé entre deux écueils: en effet, si Ion abonde aveuglément dans son sens, on ajoute à son désespoir ; si au contraire on paraît regarder ses observations comme autant de fables , nonseulement on le laisse dans un état pénible; mais, ce qui est encore plus fâcheux, on le désole, et souvent on anéantit ses espérances.
Comment l'homme qui souffre , et dont les fonctions sont tellement dérangées, qu'il est obligé de s'imposer toutes sortes de privations, qu'il ne dort pas, et qu'il dépérit, pourrait-il attendre sa guérison d'un médecin qui refuse de le croire malade , et qui regarde son mal comme un simple jeu de son imagination.
Les médecins doivent au contraire se persuader que l'hypocondrie est une maladie véritable, et accueillir avec attention le récit des malades; qu'ils soient surtout bien convaincus que rien
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n'est moins propre à calmer L'inquiétude d'un être souffrant que L'incrédulité présomptueuse. En exposant ces ecueils, nous avons indique! implicitement la conduite qu'il sied au médecin de tenir. II faut , nous le répétons, qu'il s'attache à concilier l'opinion du malade avec la vérité, qu'il lui présente sa maladie comme une affection réelle, des plus pénibles, mais peu dangereuse, et très-souvent susceptible d une guérison prochaine et durable : en consolant ainsi l'esprit, on imprime souvent à l'organisation physique une impulsion avantageuse. L'imagination n'étant plus aussi alarmée, l'hypocondre renaît à l'espérance, et ne tarde pas ordinairement à éprouver les bons effets de cette déférence.
Par cette condescendance raisonnable, si on ne guérit pas constamment, du moins on n'aggrave jamais le mal , et toujours on console, on soulage, et on soutient l'espoir des malades : c'est en outre un procédé sûr pour gagner et fixer leur confiance ; celle qu'ils ont dans l'homme qui les dirige entraîne une prévention favorable pour les conseils et lesmédicamensqu'il prescrit. Cette disposition morale, et la sécurité qui en émane, sont également capables des plus heureux effets.
Dans d'autres cas il faut suivre une route opposée; c'est ainsi qu'on a quelquefois excité avec» avantage chez ces individus un mouvement de
colère; maison ne doit risquer ce*s essais qu'avec la plusgrande circonspection. Cependant, quand tous les efforts du médecin auront échoué, quand les exemples cités, les autorités rapportées, et les ressources du raisonnement n'auront nullement ébranlé un hypocondriaque en proie à des craintes exagérées ou chimériques , on peut alors démentir ce qu'il avance, et après avoir usé de douceur et de ménagement, mettre dans la discussion de la fermeté et de la vivacité: le malade s emportera; mais le médecin, qui a conservé son sang-froid, profite quelquefois de l'exaltation qu'il lui a communiquée pour combattre avec plus d'avantages et avec succès les argumens ou les craintes de celui-ci, comme nous le verrons dans l'observation ci jointe :
M. G**, âgé de trente-six ans, fut doué d'une bonne constitution , d'un tempérament nerveux et d'un caractère un peu susceptible ; il reçut une éducation très-libérale, et se fit constamment remarquer par un jugement des plus sûrs, et une grande élévation de pensées. A vingt ans il s'adonne à l'étude de la médecine, et obtient des succès aussi nombreux qu'éclatans. Au milieu de ses cours, il eut une première atteinte d'hypocondrie, dont l'origine ne peut être attribuée qu à des contentions d'esprit trop sou*tenues , et dont la durée ne fut pas fort longue. 31 éprouva aussi, à quelque distance de là, des
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douleurs rhumatismales très -vives et bien caractérisées.
Plus tard il partage son temps entre la pratiqué de son art et la continuation de ses travaux, auxquels il consacre cinq heures soir et matin. Dans le milieu de la journée il voit ses malades, et n'accorde au repos qu'un temps très-limite.
Durant trois années de ce genre de vie, il jouit dune très-bonne santé ; l'exercice journalier, nécessité par les devoirs de son état, contrebalançait avec avantage les inconvéniens d'un travail de tète trop continu.
A vingt-huit ans, maître d'une fortune considérable, surtout comparativement au stricte nécessaire qui jusqu'alors avait été son partage, il renonce à sa profession , échange ses méditations et ses courses longues et occupées contre le repos, les habitudes tranquilles des riches, les soins ou plutôt les petits embarras domestiques. Bientôt sa santé s'altère , ses digestions ne s'exécutent plus aussi régulièrement, la sensibilité générale est singulièrement exaltée; mais le plus grand désordre , les phénomènes prédominans se manifestent vers la poitrine, et spécialement vers la région du cœur.
M. G** était tourmenté par la crainte d'une maladie organique, parce qu'un trouble sensible existait vers ce viscère; de plus, le pouls était serré, et souvent irrégulier. Telle était son exaltation
morale ou nerveuse, qu'il n'osait se coucher ni prendre d'alimens; il ne se risquait qu'en tremblant à boire mi simple bouillon, parce qu'immédiatement après, ses anxiétés et ses souffrances augmentaient.
Il consulte un de nos confrères qui , sur la crainte d'une goutte- vague ou remontée que témoigne le malade, lui fait appliquer le remède de P radier. Ce moyen fut suivi du plus mauvais résultat, et dès-lors abandonné.
Deux autres médecins d'un mérite très-reconnu , sont appelés, et dans une consultation, décident l'application de dix sangsues au siège; cette opération diminua momentanément le désordre. Néanmoins, M. G** regretta qu'on n'eût pas pratiqué une saignée ou l'artériolomie; il eut également désiré qu'on lui appliquât cinq ou six moxas autour de la poitrine.
On prescrivit en outre des anti-spasmodiques, qu'on varia suivant les circonstances, et qui n'eurent aucun succès marqué. Ces deux médecins cherchèrent à rassurer l'esprit du malade ; mais comme on le fait souvent en pareil cas , lorsqu'on partage les craintes. Pour nous, plus familiarisés peut-être avec les névroses, et nous appuyant plus sur le commémoratif que sur les accidensrnèmedelamaiadie,qui étaient vraiment efïrayans, nous nous crûmes fondés à soupçonner une affection nerveuse ; soupçon qui nous fut en
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partie inspire1 par les renseignement particuliers que nous communiqua madame G** ; ainsi, elle nous apprit que son mari, qui jadis faisait de longues courses, depuis quelque temps ne sortait presque jamais , qu'il se couchait de bonne heure et se levait très-tard; qu'à la campagne, où. il s'occupait beaucoup, il se portait toujours trèsbien ; et qu'enfin autant il était dur à lui-même autrefois, autant il aimait actuellement tous les raffinemens du luxe et de la mollesse. Nous combattîmes pendant plusieurs jours les craintes du malade médecin ; dans nos discussions, nous apportions l'un et l'autre une certaine vivacité qui s'arrêtait tout près de l'aigreur ou plutôt d'un peu d'emportement.
Un jour je demandai à sa dame , si ces discussions ne fatiguaient pas notre malade, et si je ne devais pas en redouter les suites ; elle me répondit qu'il n'était jamais plus tranquille, ni plus long-temps tranquille qu'après s'être ainsi disputé ; je continuai donc mes visites, mes conseils, ou plutôt mes disputes. Bientôt une légère amélioration commence à s'annoncer. Sur ces entrefaites, j'engage M. G** à retourner aux champs et à y reprendre ses travaux manuels, ses habitudes actives. Un soir il en forme la résolution, s'occupe toute la nuit et les jours suivans des préparatifs de son départ, et dès-lors il renaît à la santé. Depuis quatre ans, M. G44, que
Zz
rjll MALADIES NERVEUSES.
grand nombre de médecins connaissent très-bien, n'a pas éprouvé la moindre maladie.
Les preuves surabondent pour démontrer combien l'habitude des méditations profondes favorise le développement des affections hypocondriaques, et combien leur continuation est propre à perpétuer ces maladies ; mais l'expérience nous offre en même temps une consolation non moins certaine; en effet, le résultat de l'observation journalière nous atteste que la plupart des névroses* provenant de celte cause ou s'affaiblissent ou se dissipent par un régime convenable, par un choix de médicamens appropriés, par la cessation des travaux du cabinet, enfin par l'exercice ou les voyages. Toutefois il ne faut pas croire que tous ces malades doivent entièrement renoncer à leurs études favorites ; il en est un petit nombre pour qui l'habitude du travail est indispensable, c'est l'interruption d'un travail trop prolongé ou continu , et non l'entier abandon delétude qu'il faut leur recommander.
Le travail , a dit Hésiode, est la sentinelle de la vertu ; nous ajouterons et de la santé. Le désœuvrement est une cause fréquente de cette maladie ; une vie active et bien remplie en sera souvent le meilleur préservatif, et le remède assuré. Ce conseil d une occupation de l'esprit n'est point de notre part une contradiction , puisqu'on voit de ces malades qui ont un besoin presque irré-
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sistible d'exercer leurs facultés intellectuelles, et pourvqui une application exclusivement mécanique , ou des courses continuellesseraient insuffisantes. Il faut composer avec ces individus, leur permettre de se livrer à 1 étude, mais exiger qu'ils compensent les réflexions du cabinet par l'exercice du corps, qui est le plus souvent indispensable et toujours utile. On évitera d'offrir à leurs méditations des objets abstraits , ou d'une conception difficile : l'étude de la géographie, de la botanique, la culture des beaux-arts, la lecture des comédies de Molière , Pœgnard, Destouches , et même celles de plusieurs de nos contemporains; les voyages du capitaine Cook , ceux du jeune Anacharsis, etc., offriront un aliment facile et agréable à leur imagination.
Mais de plus l'exercice modéré de nos fonctionsintellectuellesa été des long-temps considéré comme une consolation réelle contre les peines de l'âme : « C'est vous, disait Ovide à sa muse, )) quiseule faites ma consolation, vous qui calmez » mes inquiétudes , vous qui êtes l'unique remède » à mes maux :
Tu solatla prœbcs , tu curce Requies , tu medicina venis,
Ovid., lib. iv, Tris t. eleg.
C'est ainsi qu'un de nos philosophes prétendait qu'il ne connaissait pas de chagrins qu'une heure de travail n'affaiblît ou ne dissipât.
Zz 2
Un jeune homme devenu hypocondre par «xeès de médita lions, était grand amateur de peinture ; je résoins de mettre a profit cette disposition , et l'engageai à suivre les travaux d'un de ses amis, qui copiait plusieurs des beaux tableaux du Muséum. Chaque jour notre malade traversait tout Paris, afin d'assister au travail du peintre. Ces longues promenades , cette étude interrompue fréquemment par des discussions relatives à cet art favori, secondées par queques autres moyens, ont d'abord amené dans 1 état de cet individu une très grande amélioration, et par suite une guérison complète.
Outre ces moyens moraux, il existe des agens mécaniques dont l'action est remarquable au moral, et qui sont quelquefois mis a contribution par !e médecin. Voyons à ce sujet l'influence de la musique, qui, dans le traitement des maladies nerveuses, a produit de bons elfels; cet agent est surtout applicable aux cas de mélancolie et d'aliénations mentales. Bien que les affections hypocondriaques n'en réclament pas l'emploi aussi fréquemment, elles peuvent néanmoins en éprouver une influence favorable. On connaît les effets surprenans de la musique grecque de la lyre du centaure Chiron, dont les heureux accords calmaient la colère & Achille :
Puerum citharâ perfecit Âchillem , Atque animos molli contudit arte/cros.
HYPOCONDRIE JV&
Les résultats non moins surprenans de la lyre de Timothée sur Alexandre , de la harpe de David sur Saûl , sont des exemples célèbres, et qui suffisent pour autoriser le recours à ce procédé dans la ( uration de cette névrose.
Mais quel est le genre de musique le plus convenable, c'est celle qui porte à 1 âme des impressions promptes, légères et agréables, telle que la musique guerrière, les airs dansans et villageois, ou ceux de nos opéra-comiques, Toutefois elle doit aussi être relative, ainsi que le genre d'instrument, à la susceptibilité particulière des individus, ou même à leur goût.
M. D** fut long temps hypocondre et goutteux au plus haut degré ; néanmoins il se traînait tous les jours à l'Opéra, qu'il aimait passionément. Tel était sur son organisation l'empire de la musique , qu'après le spectacle, il s'en revenait leste et dispos, et d'autant mieux portant, que la musique l'avait ému plus vivement.
Terminons par un dernier exemple. Philippe V était tombé dans une espèce de mélancolie hypocondriaque , qui le rendait inhabile à toute espèce de travail. La reine, après avoir en vain fait employer toute sorte de moyens pour le guérir, résolut d'essayer l'empire parfois si puissant de la musique. Elle engagea Farinelli à chanter, dans un appartement qui joignait celui du roi, les plus beaux et les plus touchans de
J'iG MALADIES NERVEUSES^
ses airs. Le monarque parut d'abord surpris, et bientôt ému : à la fin du deuxième air il fit entrer le virtuose , qu'il accabla de caresses et de complimens. Celui-ci chanta un troisième morceau, dans lequel il se surpassa. Le prince, transporte, lui permit de demander la récompense qu'il voudrait.
Farinelli, qui était prévenu, pria seulement Sa Majesté de se faire raser et habiller, ce qu'elle n'avait pas fait depuis long-temps, et de reparaître au conseil. Depuis cette époque, la maladie du roi diminua sensiblement, et le virtuose eut l'honneur de cette guérison.
Nous bornons ici l'exposé des avantages que nous offrent les moyens moraux appliqués à la cure de cette affection, et qui complète la thérapeutique générale de l'hypocondrie; cependant l'étonnante multiplicité des symptômes locaux et sympathiques de cette névrose, et l'intensité à laquelle ils parviennent quelquefois, exigent que nous leur consacrions un examen particulier, auquel nous ferons succéder quelques conseils relatifs aux maladies qui s'associent le plus fréquemment à l'hypocondrie.
CINQUIÈME SECTION
Traitement des Symptômes,
Nous avons à tracer maintenant la conduite du médecin , lorsqu'il existera quelque phénomène
prédominant : or l'on conçoit facilement qu'une maladie aussi fréquente, dont la durée est quelquefois si longue, dont les nuances et les variétés sont si nombreuses, et les rapports sympathiques si multipliés, doit souvent présenter des symptômes ou accidens capables d'aggraver , d'une manière plus ou moins fâcheuse, l'état physique et moral de ces malades.
La plupart des symptômes considérés en masse ne méritent ni une attention particulière, ni un traitement spécial; ils se dissipent ordinairement d'eux mêmes, à mesure que le traitement général réussit, et que l'affection essentielle avance vers sa guérison ; toutefois il s'en rencontre souvent qui , par leur nature , leur influence , ou les résultats dont ils sont susceptibles, exigent des soins appropriés et des médicamens spéciaux. Cette thérapeutique particulière forme ce qu'on nomme la médecine du symptôme ; associée et subordonnée au traitement général de la maladie, elle constitue un des attributs du bon praticien ; mais appliquée exclusivement au lit des malades, elle ne peut former de grands maîtres, ni donner des résultats bien favorables. Si cette méthode a compté parmi ses zélateurs quelques médecins distingués, loin d'avoir contribué à leurs succès, elle n'a pu, au contraire, que les arrêter dans une foule de circonstances; et les partisans de la médecine symptomatique n'auraient presque
jamais réussi, s'ils n'avaient , tout en se persuadant suivre leur marche empirique, le plus souvent combattu la maladie elle-même, et non chacun de ses élémens.
En effet quel succès peut- on espérer de ce traitement partiel , de cette médecine du symptôme, qui ne s'élève presque jamais à l'idée totale de la maladie, si ce n'est parfois un soulagement momentané ; et ne devra-t-on pas toujours craindre que le mal ne fasse de nouveaux progrès. Il vaut autant ne pas attaquer l'hydre que d'en abattre successivement une tête, s'il s'en reproduit une autre immédiatement après :
Cave ne , inter ramorum excisionem , Crescat truncus.
Benêt. , Theatr. tabidorum.
En effet, bientôt les accidens reprennent leur intensité première, si l'on ne se hâte de soustraire les malades à l'empire des causes, et si l'on ne s'efforce de combattre simultanément tous les élémens de la maladie : Ridenda verbo et damnanda versipellis Ma medicina^ quœ inox capiti, mox pectori , mox renibus aut aho medens , non modo nihil medetur , sed plurimùm nocet. ( Febris Lausannensis , ïissot. )
Si donc il est important que le médecin subordonne celte curation partielle au traitement général de la maladie essentielle, il est cependant
aussi cîc sou devoir de s'opposer aux symptômes les plus urgens.
Suivons dans un certain ordre ces divers accidens, et voyons d'abord ceux qui émanent plus directement delà nature même de cette névrose.
Lorsque la sensibilité des organes situés dans l'épigastre et les bypocondres acquiert un trop grand développement, on cherche à diminuer cette exaltation locale par les adoucissans, les boissons délayantes ou anti-spasmodiques, les potions calmantes, les bains, les cataplasmes opiacés, les emplâtres analogues, les linimens anodins, etc. Quand il ne coexiste pas de réaction générale, de pléthore sanguine, et quand ces premiers moyens ne répondent pas à l'attente du médecin, il peut administrer alors , mais avec modération, les toniques, comme deux ou trois onces de vin de Malaga ou de Lunel. Plus tard, on établit des irritations dans le voisinage ou sur les extrémités, afin de déplacer celle qui assiège des organes plus importans. Il n'est pas d'un moindre intérêt d'arrêter le vomissement nerveux qui survient chez quelques malades, et qui, par le fait seul de ses retours, pourrait altérer le tissu même de l'estomac. Pour le dissiper, on emploie les caïmans ou les toniques suivant qu'il est le résultat d'une irritation vive ou de la faiblesse* Les narcotiques à dose modérée offrent trèssouvent un moyen salutaire , non-seulement
73o MALADIES NERVEUSES.
contre la maladie elle-même toutes les fois qu'une sensibilité trop vive la déterminée ou l'entretient ; mais encore contre beaucoup de symptômes isolés de l'hypocondrie, et surtout contre la cardialgie : c'est ainsi qu'on prescrit fréquemment l'opium gommeux , le sirop diacode , le laudanum, les gouttes noires, ou de Rousseau. La thériaque est tout à la fois un narcotique et un fortifiant; un emplâtre préparé avec cette substance, et mis sur la région épigastrique , a dans plusieurs occasions dissipé au bout de quelques jours une cardialgie très-ancienne.
La potion anti-vomitive de Rivière a obtenu des succès marqués lorsqu'il a fallu enchaîner les mouvemens vicieux de l'estomac, ou faire cesser son mouvement anti-péristaltique. C'est une composition éminemment utile dans une infinité d'occasions, et principalement contre les différons vomissemens et contre le hoquet spasmodique ; mais dont la préparation a subi plusieurs modifications. Je la prescris ordinairement de la manière suivante : dans une fiole n° i , on verse eau distillée et sirop d'althœa , aa g j ; puis on y ajoute carbonate de potasse 9 j. Dans une autre, n° 2, on place suc de citron § j , eau distillée et sirop § il. On fait prendre la fiole n° i , et de suite celle n° 2.
On a encore conseillé contre le vomissement la potion dite de Boërrhaave , qui est plus dé-
HYPOCONDRIE. 73 ï
sngréable, et ne réussit pas aussi fréquemment. Quand ees moyens sont insuffisans , on a recours à la limonade frappée de glace, à leau de menthe , aux amers, comme le vin d'absinthe ou de quinquina, au café , à l'extrait de quinquina uni à la rhubarbe, surtout dans les cas d'atonie; enfin , si le vomissement résiste à ces différens efforts, on applique sur l'épigastre un vésicatoire, qu'on transporte plus tard au bras, afin de s'opposer aux retours de ce phénomène.
Le hoquet est un accident nerveux peu inquiétant, quand il n'est qu'un symptôme de l'hypocondrie ; mais lorsqu'il constitue une affection idiopathique , c'est une maladie très-redoutable. Dans le premier cas , il cède souvent à un verre de vin de Malaga. Je l'ai arrêté maintefois chez plusieurs hypocondriaques par ce seul moyen. On le fait encore cesser dans quelques cas en excitant fortement l'attention, en causant une surprise , une frayeur. Quand il résiste aux procédés les plus simples , il faut avoir recours aux potions calmantes et toniques, aux boissons à la glace, au musc, à l'opium , à la potion de Rivière , qui a dissipé chez un de mes malades un hoquet trèsrebelle. Plus tard, on emploie les vésicatoires sur l'épigastre, et surtout les lavemens purgatifs les plus forts. Deux fois je suis parvenu à dissiper un hoquet opiniâtre, en excitant fortement les évacuations intestinales. Un de mes confrères a
réussi, dans un cas qui semblait désespéré, par l'application du inox;» sur la région de l'estomac.
On oppose aux borborygmes qui fatiguent presque toujours ces malades, le cachou, lequinquina, le sirop d'élher , les huiles volatiles de semences de pimprenelle, danis, d'aneth, de fenouil, de coriandre ; les infusions de camomille , de menthe, de feuilles d'oranger, et les vinsamers, de quinquina, etc. Quelques malades sont tourmentés par des rots ou rapports bruyans dont la sortie sonore est fort désagréable. Zacutus Lusitanus en cite un exemple ( Prax. med. ) ; la maladie fut long-temps rebelle, et céda à g iv d'ambre et § ij de vin de Falerne, pris tous les matins à jeun pendant un an. Les glaires, les mucosités, les aigreurs sont combattues avec succès par la magnésie et la rhubarbe, le cachou, la cannelle, ou par les préparations calcaires, à la dose d'un demi-scrupule avant chaque repas.
Le trop long séjour dans les intestins du résidu desalimens, ou la présence de sucs dégénérés et d'une bile irritante, etc., peuvent causer des coliques très-vives , et occasionner beaucoup d'inquiétude au malade ; il est donc urgent dans quelques cas de remédier à ce symptôme; mais avant de combattre la constipation il faut en rechercher la cause: si elle provient de l'inaction, on recommandera l'exercice au dehors, ou une occupation active dans la maison ; lorsqu'elle est
la conséquence d'un <:lal de spasme du tube intestinal, il faut prescrire les moyens les plus doux, l'usage du raisin, des pruneaux , des figues, des pommes cuites, du pain d épice, de l'oseille ; plus tard on passe à de légers laxatifs, etc. Dans certains cas d'atonie, on s'est bien trouve de la rhubarbe, du quinquina, etc., et même de l'ipécacuanha, prescrits en infusion. On doit en général préférer aux purgatifs en boissons les lavemens de même nature, parce qu'ils n'irritent que les gros intestins , et n'agissent sur les intestins grêles que par sympathie; il en résulte souvent des évacuations suffisantes, et une irritation ou une débilité moindres dans le canal intestinal.
Contre la diarrhée on dirige les boissons gommeuses, légèrement aromatisées; s'il n'existe aucun état fébrile , on passe aux aslringens les plus doux: un état de faiblesse très-avancé, mais exempt de fièvre, fait recommander des moyens plus actifs, comme la thériaque, le diascordium r l'écorce desimarouba , les narcotiques, et même les vésieatoires volans.
Les vers que l'on rencontre souvent chez les individus dont les organes de la digestion sont affaiblis, peuvent produire l'hypocondrie, ou au moins contribuer à son développement, ou la compliquer. Si le malade est affecté du tœnia , on le traite parles moyens appropriés : l'éther à la dose d'un ou plusieurs gros , suivant le profes-
seur Bourdier, est un des plus efficaces : celui de Me Noufler n'occupe plus que le second rang. On oppose en outre les anthelmintiques ordinaires aux ascarides, aux lombricoïdes , etc.; et quand le ver, quel qu'il soit, a été évacué, pour prévenir le retour de la même affection , on continue pendant quelque temps l'usage du quinquina, de la gentiane, ou du vin d'absinthe, de la mousse de Corse; quelquefois on administre de temps à autre le jalap , le mercure doux , ou la poudre de semen contra.
Les hémorrhoïdes nécessitent quelques considérations particulières ; elles sont sèches ou fluentes : dans ce dernier cas , elles amènent souvent une amélioration dans l'état du malade, ou inèmesa guérison ; dans le premier, elles peuvent indiquer la nécessité d'appliquer des sangsues. Lorsqu'elles sont très-grosses, douloureuses et squirrheuses, on est souvent obligé de les emporter; mais il faut avoir soin d'en laisser au moins une, celle dont l'endurcissement est moins avancé, et qui fournit un écoulement plus abondant.
Lorsqu'il existe une gêne habituelle de la respiration , on s'efforce de reconnaître si elle ne dépend pas de quelques causes particulières, et s'il en est ainsi, on les combat plutôt que leurs résultats; mais si la dyspnée tient à l'exaltation de la sensibilité générale , à l'état nerveux du malade, on y oppose les infusions de menthe,
l'eau de fleurs d'orange, la sirop d'éther , l'inspiration de l'éther, et surtout l'exposition à l'air extérieur, et, autant que possible, dans une température douce ou au milieu de la végétation ; enfin un exercice modéré. Quand l'oppression provient de la surabondance sanguine, on y remédie par des boissons adoucissantes, ou légèrement acides , et par la saignée : très-souvent un exutoire établi au bras est le remède le plus efficace conlre la dyspnée habituelle.
Lorsque la toux est fréquente, qu'elle subsiste depuis plusieurs jours , on cherche à la dissiper en écartant les causes qui l'ont provoquée, ou qui l'entretiennent, et par le régime, une température chaude, les boissons pectorales, les potions incisives, excitantes, ou rendues narcotiques. On unit alors, avec avantage, l'extrait gommeux d'opium au kermès. S'il existe une douleur fixe vers un point de la poitrine, on a recours aux sangsues appliquées localement. Dans d'autres cas on dirige, dans le même but, les rubéfians, le cataplasme de farine de moutarde délayée avec du vinaigre, les emplâtres fondans, ou même le vésicatoire.
Les palpitations nerveuses cèdent souvent à l'influence des mêmes procédés modifiés, à l'eau distillée de laurier cerise, à la teinture de castor, ou de corne de cerf succinée , à l'éther phosphore , ou à la teinture éthérée de digitale pour-
prée , à l'inspiration de l'éther, de l'acide acétique , à celle du vinaigre et du sucre en vapeurs ; on emploie d'autres fois contre ce phénomène les frictions éthérées et narcotiques sur la région précordiale, les plaques aimantées, les topiques réfrigérans , et surtout les saignées , quand il y a pléthore générale ou locale , habituelle ou accidentelle, ainsi que les sangsues qu'on applique, suivant les circonstances, à l'anus, à la vulve, ou même sur la région du cœur. Les irritations établies aux extrémités sont, dans quelques cas, aussi très-efficaces.
On observe encore chez certains hypocondriaques des crampes, soit vers la région du cœur, soit aux bras, ou dans d'autres parties; parmi les topiques préconisés contre cet accident, on distingue les bains tièdes , l'application des substances aimantées, les linimenS éthérés, et même opiacés quand il y a douleurs; mais lorsque ces crampes dépendent dune affection , ou même d'une lésion de l'origine des nerfs, il faut recourir à des moyens plus actifs , aux bains de vapeurs, aux vésicatoires, et principalement aux moxas appliqués sur le siège de la maladie.
Les syncopes sont assez rares dans ce genre d'affection; cependant il faut quelquefois les prévenir, et surtout les combattre par les excitans des sens, les odeurs spiritueuses , l'acide acétique, leau de Cologne , de mélisse, l'éther , Tammonia-
HYPOCONDRIE.' y?)J
qup. On fait prendre quelques goût tes de ces substances étendues convenablement, ou (lu vin , du
bouillon; on excite l'action cutanée par les frie-~ tions, et surtout le jeu des poumons par l'inspiration d'un air frais. Plus tard , on fortifie le malade s'il est débde ; enfin si les accidens sont produits par la pléthore sanguine, la surcharge des premières voies, on y oppose les méthodes de curation indiquées en pareil cas.
Plusieurs malades éprouvent dans la tète, et surtout au moment où ils viennent de s'endormir, une ou deux détonations analogues à un coup de pistolet. Si cet accident se reproduisait d'une manière réglée, à une heure précise, on accélérerait ou on retarderait celle du sommeil; on pourrait encore essayer de prévenir ce symptôme désagréable en amenant le repos par excès de fatigue , ou a la suite d'une longue promenade. Du reste ce phénomène n'est point inquiétant, et se dissipera de lui-même à mesure qu'on réussira dans le traitement général de la maladie.
Contre les vertiges , les éblouissemens , ce vague de la tète, désigné sous le nom à' ivresse hypocondriaque , nous recommanderons les frictions, sur le front et la tète, pratiquées soir et matin avec l'alcool camphré, l'eau de Cologne, de mélisse, le baume de Fioraventi, de muscade, l'essence de girofle , la teinture de cannelle , etc.
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^38 MALADIES HERVKtiSES.
Les tremblemens dépendent le plus souvent d'une origine complexe , d'un état d'irritation nerveuse, ou d'exaltation de la sensibilité organique, à laquelle se joint une atonie partielle ou générale : on les affaiblit ordinairement par l'union, à l'intérieur et à l'extérieur, des opiacés et des fortifians.
Si les tintemens et les bourdonnemens d'oreille sont assez fatigans pour amener l'insomnie, on peut essayer le suc d'oignon blanc, dont on verse tous lesjours trois ou quatre gouttes dans l'oreille. Des médecins ont retiré de bons effets d'un peu de coton trempé dans la teinture de quinquina et de cannelle , dans celle de castoréum ou le laudanum, et introduit dans le conduit auditif. Quelques malades en ont été débarrassés, en plaçant sous leur oreiller une montre dont le mou-
vement était dur et bruyant; la sensation la plus forte absorbait la plus faible : enfin, d'autres fois on a opposé avec succès, à ces phénomènes devenus très-incommodes, les vésicatoires, et même le cautère actuel sur l'apophyse mastoïde, ou derrière la nuque.
On sait que le sommeil est indispensable à l'homme, et qu'il est le résultat de la fatigue des organes de la locomotion et des facultés intellectuelles. Lorsqu'un malade est privé de ce repos, il faut lui conseiller l'exercice des açens locomoteurs et de l'entendement \ si l'insomnie persiste
on a recours aux narcotiques administrés à faible dose, ou plutôt à doses progressives, qu'on diminue par la suite, à mesure que [individu se livre à l'exercice, ou qu'il a recouvré le sommeil. Sans doute il ne faut point abuser des substances opiacées, mais dans tous les cas, il vaut mieux procurer aux malades un sommeil artificiel que de les abandonner à une insomnie bien plus capable d'aggraver leurs maux; on doit d'autant moins y répugner qu'il suffit le plus ordinairement de prescrire l'opium pendant un petit nombre de jours, pour ramener l'habitude du calme.
11 existe après le repas, dans certaines hypocondries, une propension très-pénible au sommeil; elle résulte du peu de repos que prennent ces personnes pendant la nuit, ou dépend de toute autre cause, soit de l'état nerveux, de l'atonie, d'une disposition habituelle, ou d'un état de pléthore sanguine. Dans le premier cas, il suffira d'assurer le sommeil; dans le second, on y remédiera par la saignée, ou par l'application des sangsues à l'anus, s'il y a pléthore; on détruira l'effet de l'habitude par l'exercice ou par l'impression de la musique, qui facilite souvent la digestion. Si la somnolence tenait à un état nerveux ou atonique, on y opposerait soit le traitement même de la maladie, soit les caïmans ou les excitans, comme le café, si la coutume n'en existait pas. On pourrait encore dissi-
f!\0 MALADIES NERVEUSES.
per cette propension au sommeil par la promenade à l'issue du dîner, ou par un exercice tel que celui du jeu de paume , du volant ou du billard, et surtout par l'équitation.
A la douleur de tête habituelle et nerveuse on oppose les sternutatoires, l'usage intérieur des anti-spasmodiques, les pédiluves; les sangsues, s'il coexiste un état pléthorique.
Quand l'exaltation mentale prédomine et fait craindre la manie; quand ces malades s'abandonnent à des frayeurs paniques, ou à une crainte unique, et qui avoisine la mélancolie ; il faut multiplier les efforts et les soius, opposer le calme de la raison à leur exagération, à leurs craintes ; enfin les rassurer du mieux possible , en variant les ressources morales , les réflexions rassurantes, et les moyens de diversion.
Telles sont les principales considérations que nous semblent exiger les symptômes les plus marquans de l'affection hypocondriaque ; il nous reste à examiner quelles modifications peuvent apporter dans le traitement de cette névrose les maladies qui la compliquent le plus fréquemment.
, SIXIÈME SECTION
Traitement des Complications,
Nous avons remarqué déjà l'hystérie et la mélancolie parmi les complications dont la nature
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se rapproche plus ou moins de celle propre à l'affection hypocondriaque.
Le traitement de l'hypocondrie compliquée avec l'hystérie se déduit de la combinaison des moyens que nous avons indiques, en exposant l'histoire de l'une et l'autre affection. Le mariage, dans ce cas , fixera le plus souvent un terme prochain aux accidens de l'une et l'autre vésanie. Relatons ici une observation & Hoffmann : Une femme âgée de trente ans, très-sensible, irritable , et née de parens mélancoliques , vécut sans progéniture, et fut très-affligée de la mort inopinée de son mari ; il s'ensuivit la suppression des règles, des anxiétés, l'insomnie, le dégoût des alimens , et une sorte de délire. Bientôt mouvemens convulsifs de la figure , puis convulsions violentes , qui ne furent dissipées ni par la saignée, ni par aucun autre moyen. Elles revinrent vers l'époque des règles , avec une intensité voisine de la fureur. On employa les bains, les acidulés ; elle voyagea , consulta plusieurs médecins , et n'obtint qu'un peu de soulagement: enfin elle se remaria, et fut dès-lors entièrement guérie. Cette affection est intitulée èpilepsie ; mais pour nous, c'est une hypocondrie compliquée d'une hystérie épileptiforme . (Obs. g , t. III, de Epil.}
Dans les hypocondries mélancoliques et maniaques, les symptômes du désordre de la digestion sont masqués, et quelquefois suspendus, par
suite cle l'excitation cérébrale. Il faut s'occuper spécialement des mesures propres à arrêter ou à dissiper les progrès du desordre mental.
Le traitement des aliénations ne peut être indiqué que dune manière générale et peu précise : il doit varier suivant l'âge du malade, son sexe, son tempérament, ses habitudes , sa profession, le pays qu'il habite, et surtout suivant la cause physique ou morale qui a produit le désordre, suivant l'espèce particulière d'aliénation, et son caractère avec atonie ou avec excitation des forces vitales, etc.
Les principales ressources ce la médecine contre ce genre d'affections sont les saignées générales ou locales, et proportionnées à l'état des forces ; les évacuans , les boissons rafraîchissantes , adoucissantes, les antispasmodiques , quelquefois les médiçanaens toniques, les applications réfrigérantes sur la tète, les rubéfians aux extrémités inférieures, les bains tièdes , l'exercice, les promenades champêtres, les soins du jardinage, ou une occupation mécanique, tous les agens propres à faire diversion, à dissiper les chagrins; enfin , une bonne direction donnée aux facultés morales et intellectuelles.
Le succès de ces moyens est d'autant mieux assuré que l'aliénation est récente, accidentelle, et non héréditaire, que la cause est amovible, et peu susceplibie de reparaître, que le sujet est jeune
il ypocon nr. r r. 7/^
ft vigoureux. Quand l'affection du cerveau paraît sympathique et non essentielle , les chances de réussit? sont prédominantes ; l'espoir de la guérison est surtout fondé lorsque l'aliénation dépend de la suppression dune hémorrhagie qu'on peut aisément rétablir, etc.
Au nombre des complications les plus ordinaires de l'hypocondrie, et qui en sont une sorte de conséquence, nous avons noté les phlegmasies abdominales aiguës et chroniques, et les altérations organiques des viscères de l'abdomen : on reconnaît leur présence aux symptômes qui leur sont propres, et dont nous avons fait déjà mention en traitant des complications, pag. 44^» etc* Aux phlegmasies intestinales aiguës il faut opposer le repos, la diète la plus sévère, les boissons adoucissantes et mucilagineuses , les lavemens, les demi-lavemens, les fomentations et les cataplasmes de même nature , quelquefois les bains tièdes entiers ou de siège, les saignées générales ou locales proportionnées à l'intensité des accidens ; et quand l'excitation est affaiblie, les irritations ou vésicatoires dans le voisinage , aux cuisses, aux jambes : rarement sur l'abdomen. Les vésicatoires sont des phlegmasies cutanées quj tendent à faire cesser les inflammations intestinales, etc. On les préparera, dans ces cas surtout, de manière à ce qu'ils n'exercent aucune influence sur les organes urinaires et géni-
taux (1). Ils seront entretenus quelque temps et pansés mollement.
Le traitement des inflammations intestinales chroniques doit être basé d'après les mêmes principes : on peut, à la vérité, être un peu moins sévère sur le régime; mais il convient encore de ne permettre que les alimens les plus légers, eu très-petite quantité, et avec beaucoup de précaution. On devra, dans l'un et l'autre cas, bien prendre garde aux récidives , qui sont si fréquentes et si redoutables; et ne s'occuper du
(i) Presque tous les pharmaciens de Paris tiennent maintenant des vésicatoires dits anglais , ou par incorporation, et qui mettent les malades à l'abri de ces inconvéniens. Je joins ici une des formules qu'on peut employer dans leur préparation , renvoyant, pour plus de détails , au Mémoire que j'ai fait insérer dans le Journal général de Médecine, tom. boy page 248.
2f Poix de Bourgogne ^ j
Résine 3 iij
Cire jaune 5 j 5 v
Térébentine g tf
Onguent basilicum ^ i j
Cantharid. porpbyr % i j
Huile de lavande q. s.
Il convient aussi d'employer une pommade sans cant\arides y car celle qu'on trouve dans la plupart des pharmacies, sous le nom de pommade de Garou , contient une certaine quantité de ces insectes.
HYPOCONDRIE. r]{\5
traitement de l'hypocondrie qu'après l'entière et parfaite guérison de la phlegmasie.
Dans les altérations organiques de l'abdomen, comme dans celles des autres viscères, la médecine peut revendiquer quelques succès, quand le désordre n'est qu'imminent ou peu avancé; mais lorsque le mal a jeté des racines profondes, ou qu'il mine l'économie depuis long -temps, l'art reconnaît les limites qui lui sont opposées, et ne peut les franchir; le médecin est réduit à pallier les accidens, à dissiper, ou au moins à diminuer les souffrances, à tromper, à consoler l'esprit de ces malades; enfin à prolonger et à adoucir leur existence. Heureusement le terme qui doit attester l'impuissance des efforts de la science est souvent ignoré, et quelquefois très-éloigué.
Dans les circonstances favorables, mais trop rares, notre seul but est d'enrayer les progrès du mal , en écartant les causes physiques et morales qui le favoriseraient, en prescrivant le repos, une nourriture réparatrice, mais non excitante, et à dose très-modérée; les bouillies, avec les différentes farines de froment , de maïs, le gruau ou l'avoine, le salep , le vermicel, la semouille, etc., faites très-claires, avec addition d'un peu de beurre ou de sucre , enfin la diète lactée. On y joint en outre les boissons adoucissantes et mucilagineuses, les lavemens et demilavemens, les fomentations et les cataplasmes de
même nature, ou composes avec les feuilles de ciguë et de morelle, etc.; les emplâtres fondans, de ciguë, d'opium, de camphre; les bols de savon, d'extrait de ciguë et d'opium gommeux. Les potions anti-spasmodiques et légèrement narcotiques, celles de Rivière ou de Boerhaave , etc., sont souvent très-efficaces, ainsi que les bains tièdes, les exutoires et les vësicatoires placés dans le voisinage, et parfois sur l'abdomen. Rarement prèscrit-on les saignées ou les sangsues, sinon dès le principe, quelquefois les sucs d'herbes, et spécialement dans les lésions du foie, de la vésicule, du pancréas et de la rate. Si on veut solliciter les évacuations alvines, on a recours aux purgatifs les plus doux, et de préférence en lavemens ou en frictions à la partie interne des cuisses. Mais le médecin laissera toujours luire aux yeux du malade quelques rayons d'espérance; il le consolera, et recommandera les précautions hygiéniques, la respiration d'un bon air, la tranquillité dame, enfin les affections douces.
Il est très-ordinaire de rencontrer des personnes du sexe qui, vers la cessation des règles, éprouvent une foule d'accidens dépendant de l'époque critique imminente, présente ou passée : dans ces cas de complication, les saignées au bras ou au pied, et l'application des sangsues à l'anus, sont susceptibles d'un effet très-utile, quand surtout leur emploi est bien motivé.
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Tantôt les femmes éprouvent des chaleurs très* in commodes , des maux de tète violens, de la, somnolence, des étourdissemens, des palpitations, une forte gène de la respiration ; tantôt elles sont affectées d'embarras dans le système veineux abdominal, d'engorgemens du foie ou de la rate, et d'hémorrhagies supplémentaires du nez, des poumons ou de l'estomac , qui ajoutent encore à l'intensité des symptômes nerveux propres à l'hypocondrie.
Ces accidens disparaissent ordinairement quand on enlève la cause qui les occasionne, lorsqu'on diminue la surabondance du sang par l'un des moyens que nous avons indiqués.
On peut rencontrer le même désordre, mais plus rarement, chez les hommes, à la suite d'un flux hémorrhoïdal supprimé, ou quand la nature fait effort pour établir cette hémorrhagie. L'indication dans ce cas est évidente, et quelques sangsues appliquées au siège sont presque toujours d'une très-grande efficacité.
Quand à la maladie nerveuse il se joint une disposition dartreuse ou des dartres véritables, le traitement est difficile, et nécessairement plus long que dans un cas simple.
Il faut alors prendre en considération les deux affections, et ne choisir que des médicamens qui conviennent à l'une et à l'autre, afin de les traiter simultanément. Une macération légère de quin-
quitta avec du lait et addition de gomme arabique, de sucre ou de sirop, conviendrait assez bien; on y joint ordinairement le régime végétal, l'usage du lait, les sucs d'herbes, le cachou, la rhubarbe, les sirops anti-scorbutique, de fumeterre, de chicorée, de quinquina, les pastilles soufrées, les décoctions amères, le calomel; à l'intérieur et en bains , les eaux sulfureuses , etc. On a recours quelquefois aussi à l'application des exutoires. Si cependant l'on pouvait concevoir des inquiétudes sur les résultats d'une de ces maladies, on choisirait alors les moyens les plus efficaces pour arrêter les progrès du plus grand mal.
Les affections siphilitiques peuvent coexister avec l'hypocondrie : elles la modifieront, l'aggraveront même , ou n'exerceront sur cette névrose aucune influence. On doit, dans tous les cas, traiter d'abord la maladie dont les progrès sont parfois très-dangereux ; mais ce traitement, surtout en hiver, où le malade est obligé à une vie sédentaire, contrarie singulièrement la cure de la vésanie. Si cependant la débilité était grande, les accidens nerveux très - prononcés , et la siphilis stationnaire, il serait préférable d'en ajourner le traitement jusqu'après la guérison de la névrose, et d'attendre le retour des forces.
Un de mes collègues m'a rapporté l'observation d'un homme fort et robuste , chez lequel
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l'hypocondrie paraît avoir été déterminée et entretenue par une affection vénérienne masquée : lemploi des spécifiques fit disparaître l'un et l'autre désordres. Il faut alors consulter, pour le choix de l'agent anti-siphilitique, la disposition du malade , afin de ne pas fatiguer les organes do la digestion, déjà très-affaiblis, ou pour ne pas exalter davantage la sensibilité nerveuse : les frictions méritent, dans ces cas surtout, la préférence. On y joint les sudorifiques très- rapprochés, et on y associe avec avantage les bains tièdes, les anti-spasmodiques, et l'extrait gommeux thébaïque à dose convenable.
Quand l'hypocondrie vient se joindre aux affections goutteuses, ou quand celles-ci sont les dernières en date, le traitement n'est pas pour cette raison très-différent. Barthez rapporte qu'il est divers symptômes nerveux et mélancoliques ( ou hypocondriaques ), qui surviennent dans la goutte chronique des organes digestifs : dans ces cas, dit-il, il faut combiner le traitement, associer les anti-spasmodiques et les caïmans aux toniques intérieurs, et aux attractifs extérieurs; varier suivant les cas les pédiluves, les frictions avec la teinture de cantharides, les sinapismes , les vésicatoires. On ne peut rien ajouter à ces principes généraux de traitement également avoués par le raisonnement et l'expérience. Quand la goutte est le principe des affee-
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lions nerveuses, il conseille, d'après Stoll, d'em» ployer, pendant les attaques, l'opium, le musc, îa liqueur de corne de cerf succinée, etc. ; hors des attaques, le régime anti-goutteux , les gommes des plantes férulacées, le quinquina, les martiaux, et les autres toniques appropriés.
Les complications aggravent presque toujours la maladie première. Ce précepte offre cependant un très-petit nombre d exceptions. M. Dumas ( Doctr. des mal. chroniq. ) a vu une hypocondrie qui, associée à une fièvre consomptive , tendait rapidement vers une terminaison funesle ; l'estomac et les muscles abdominaux furent saisis d'un s>pasme violent, semblable à la crampe, qui, arrêtant les progrès de la fièvre, suspendit ceux de la consomption , et modifia la vésanie de manière qu'elle pût céder ensuite à l'usage des anti-spasmodiques et des tempérans qu'on avait employés jusqu'alors sans aucun fruit. Mais dans ce cas, peut-on admettre l'existence dune complication? N'est-ce pas plutôt une affection incidente qui agit d'une manière critique par suite de ce principe, qui fait qu'une irritation plus vive dissipe presque toujours une irritation moins forte. Enfin, quand une phthisie pulmonaire, ou plutôt une disposition à cette maladie, est associée à l'hypocondrie , il faut combiner le traitement de cette dernière avec celui qui convient à l'affection de poitrine, et pour lequel
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nous renvoyons p«ige 201 ; niais comme celle-ci a nue marche beaucoup plus rapide, et présente souvent des résultats fâeheux, elle a droit aux soius les plus empressés du médecin.
Après avoir étudié le traitement de cette névrose, et les moyens applicables, soit à ses symptômes prédominans, soit à ses complications, iL nous reste, pour en terminer la thérapeutique générale, à considérer par quels procédés on peut prévenir son invasion , ou plutôt ses retours.
SEPTIÈME SECTION
Traitement préservatif' de V Hypocondrie et de ses
rechutes.
Le traitement préservatif de cette vésanie n'est pas, sous quelques rapports, susceptible de considérations aussi étendues ou aussi directes que celui de l'hystérie : cette dernière attaque les personnes du sexe, le plus souvent avant leur entier développement: tandis que l'autre affecte spécialement l'âge adulte, c'est-à-dire, qu'elle se déclare lorsque l'organisation a acquis son complément : aussi n'est-il pas également facile de la prévenir. C'est pourquoi nous exposerons simultanément les règles de conduite les plus propres à s'opposer à l'invasion première, et aux retours des névroses hypocondriaques; ceux-ci sont assez fréquens : j'en connais du moins plusieurs exem* pies, et je rappelle ici l'observation, page 718,
Quelquefois une rechute est plus grave, comme clans le fait que je viens de mentionner; dans d'autres cas, la récidive peut être moins rebelle ou moins longue ? ce qui toutefois dépend de l'intensité ou de la multiplicité des causes.
Le premier soin que l'on doit se proposer, c'est de fortifier la constitution , quand il existe de l'affaiblissement; on s'efforce en même temps de régulariser toutes les fonctions, on évite les dèrangemens de la transpiration, des sécrétions ou des hémorrhagies habituelles, etc. D'autres foison éloigne toutes les causes, les impressions antipathiques ou irritantes , etc.
L'expérience a démontré que l'hypocondrie , quoique moins sujette aux rechutes que la mélancolie, et surtout la manie, n'en était cependant pas exempte; on les préviendra en écartant les causes spéciales qui ont donné naissance à la maladie; par un bon régime, une vie active, et enfin par la modération dans les affections du cœur et dans l'exercice de l'entendement.
Les hommes qui donnent à 1 étude ou à des travauxd'administration ou de cabinet unegrande partie de leur temps, compenseront les inconvéniens d'une application mentale trop soutenue par des exercices variés, des promenades fréquentes, ou des occupations mécaniques. Lue attention extrême à supporter courageusement les contrariétés et les peines de la vie, à les affai-
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Llir, ou au moins à en diminuer les effets par l'empire de la raison et les ressources puissantes de la diversion , constitue également un des moyens prophylactiques par excellence. L'élude modérée, la fréquentation des sociétés, des spectacles, les voyages, tous les moyens de diversion sont également susceptibles d'affaiblir, d'attiédir les effets d'un violent chagrin, dune passion orageuse. On préviendra les retours de cette névrose lorsqu'ils pourraient être favorisés par l'onanisme, en rappelant à celui qui est coutumier de ce vice la honte dont il se couvre. On recommandera en outre aux femmes et aux personnes habituées à des hémorrhagies ou à des écoulemens habituels, de ne commettre aucune imprudence capable d interrompre ces sortes d'évacuations naturelles, d'où dépend l'intégrité de leur santé. Engagez une jeune femme, qui fut hypocondriaque, à nourrir son nouveau-né; les soins de l'allaitement et de la maternité seront un excellent préservatif du retour de cette vésanie.
Le traitement des récidives ne diffère pas en général de celui de l'affection elle-même ; on pourra de plus dans ce cas faire tourner au profit du malade la situation où il se trouve, en lui rappelant la première atteinte qu'il a essuyée , les inquiétudes qui l'ont tourmenté , et la terminaison heureuse de la maladie. On doit de préfé-
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rence employer les moyens qui ont déjà réussi , avec les modifications qui seront commandées par la nature différente de l'âge , des causes ou des accidens.
Nous terminons ici l'histoire de l'hypocondrie, comme nous avons fait, au sujet de l'hystérie, par un résumé qui nous rappellera les principales divisions de ce travail, ses traits les plus notables, en un mot par l'analyse succincte de cette maladie.