EXPÉRIMENTATION
On ne s'est pas borné à observer les faits naturellement produits, on a provoqué des manifestations syphilitiques par de petites opérations, par des expériences. L'expérimentation a surtout été introduite en syphiliographie par Hunter dans un but d'investigation. On a tenté ensuite d'en faire une doctrine, une pratique ; on a abouti à un système. Pour ce qui est du système, j'ai déjà dit que ce n'éteit qu'une supposition. On a donc créé avec l'expérimentation une syphilis toute de
> J'ai entendu ces paroles sortant de la bouche de M. Velpeau, et je ne les ai reproduites qu'après les avoir relues dans le Bulletin officiel de r Académie de médecine. J'ai même hésité à le faire, dans la crainte que mon intention fût mal comprise. On a pu se convaincre que, dans ce livre, il n'est jamais question des fautes de rhomme. Je ne voU et surtout je- ne montre que les erreurs, et encore, je ne le fais que pour celles de l'esprit. Or, ce n'est pas la première foU que l'esprit, ne voyant que par l'opUque d'un système, fait l'histoire d'une maladie qui n'a pas existé et d'un malade tout à fait absent de ce monde. Seulement, quand il peut vous arriver de pareils accidents, U faut éviter de se donner comme des modèles d'exact Utode.
supposition. Cela devait étre^ car on n'a pas su distinguer rexpériinentation opérant dans Tordre physique et Texpérimentation s'exerçant dans un ordre de faits moitié physiologiques^ moitié pathologiques. Si la nature vivante avait Tuniformité de la nature morte^ les déductions des expériences tentées sur elle seraient aussi sûres^ aussi simples que celles des expériences tout à fait physiques^ et leurs déductions seraient des lois qui constitueraient une méthode naturelle scientifique. Hais^ comme dans les problèmes que nous avons à résoudre par Texpérimentation, entrent les forces de la vie, les idiosyncrasies et des phénomènes morbides souvent très-complexes, les résultats ne peuvent ressembler à ceux de Texpérimentation appelée à résoudre les problèmes de physique ou de chimie. D'ailleurs ces résultats n'ont pas le caractère de simplicité qui coupe court aux interprétations systématiques, aux arguties des hommes à idées préconçues. Tous les jours^ en effet, les opinions les plus diverses sont émises sur les résultats d'une inoculation, car ce sont des états pathologiques qui peuvent être interprétés différemment. Ainsi pour quelques syphiliographes toutes les pustules qui sont produites par le pus qui n*est pas celui du chancre sont de fausses pustules et elles ne sont pas syphilitiques : pour d'autres, ces pustules peuvent très-bien être syphilitiques. C'est surtout ici qu'il
faut admirer la profonde sagesse qui dit : Éxperientia fallax On
se rappelle probablement ce que j'ai dit de Hernandez. En outre les procédés par lesquels on provoque les manifestations syphilitiques sont très-bornés. On verra bientôt que ceux de la nature sont très-variés. Qui peut dire, par exemple, combien il y a de modes de contagion? Nos procédés enfin sont loin de ressembler à ceux que nous voulons imiter. Ainsi il y a une grande différence entre l'insertion du virus sous la peau par la lancette et la contagion par le coït. Les résultats doivent donc varier. On voit, en effet, que le pus du chancre porté dans nos tissus, quand il agit, donne toujours lieu à un chancre tandis que par le coït, c'est tantôt une blennorrhagie, tantôt une pustule plate, tantôt une végétation, tantôt un chancre. Certains accidents qui se transmettent par le coït ou d'autres rapports intimes ne sont pas transmissibles par les procédés artificiels, par l'inoculation.
Cependant je suis loin de rejeter les expériences comme moyen d'investigation ; je sais trop lesservicesqu'elles peuvent rendre : mais pour moi, elles n'ont une véritable valeur que quand leurs résultats concor* dent avec les faits de la pathologie naturelle bien observés. D'ailleurs notre époque étant à Texpérimentation, beaucoup de médecins n'ayant ni le temps ni le genre d'esprit nécessaires pour creuser les questions de syphiliographie parla clinique, par la philosophie, ont préféré les
démonstrations par la lancette. Mais les syphillographesles pluséminents^ forts de leur logique^ des observations cliniques^ et condamnant les expériences comme peu morales^ raisonnaient beaucoup^ raisonnaient très-juste et n'expérimentaient pas ; ils ne se plaçaient pas dans leur époque, d'où leur peu de succès auprès de ceux qui ne savent comprendre quand on ne parle qu'à l'esprit. Heureusement d'autres syphiliographes^ tout en faisant la plus grande part à l'observation^ ne dédaignèrent pas l'expérimentation et pensèrent qu'en l'employant dans certaines limites^ ils pourraient être utiles à la science sans enfreindre les lois de la morale bien interprétée. On expérimenta donc plus philosophiquement^ c'est-à-dire sans perdre de vue l'observation ; on ne se contenta plus de parler à l'esprit^ on parla aux sens^ et c'est surtout sur le terrain même de l'expérimentation qu'on attaqua, avec succès, les erreurs de l'expérimentation. Puis vinrent les syphilisateurs qui expérimentèrent à outrance. L'expérimentation sortit donc des mains de H. Ricord et de ses élèves ; elle fut faite dans un autre esprit, elle fut plus variée, d'où des résultatsque je ferai bientôt connaître. Je ne parle pas des dangers de l'expérimentation, et déjà l'on a pu voir mon éloignement pour tout ce qui n'est pas directement scientifique. Les dangers que je dois signaler ici, car je fais un livre d'enseignement, sont d'un autre ordre. Je l'ai déjà dit ailleurs : rien de plus nuisible aux études, aux véritables progrès, que de revêtir des formes de la certitude et surtout d'appeler certitude des procédés d'exploration qui peuvent quelquefois conduire à la certitude, mais qui sont loin d'être infaillibles, surtout s'ils sont employés isolément, s'ils ne sont pas appuyés sur l'observation. On prépare ainsi des déceptions aux élèves, des regrets au praticien. Je pense donc qu'en parlant des lois immuablede V expérimentât ion , M. Ricord commet une erreur et expose les élèves qui le prendront au mot à une foule de mécomptes. Il n'y a de lois immuables que celles qui ne sont pas faites : or ces lois sont de toute éternité ; ce sont celles qui ont dissipé le chaos ; les vôtres, celles que vous faites, le feraient renaître s'il pouvait renaître. D'ailleurs par l'expérimentation on produit des faits pattjiologiques dont l'interprétation est aussi difficile que celle des faits naturels ; ce qui le prouve, ce sont les dissidences, les obscurités qui sont nées des dernières expériences entreprises dans un but de syphilisation et dont il va être *parlé bientôt. Il n'y a de contrôle pour les résultats que d'autres expériences: ainsi un premier chancre ne peut être déclaré tel que quand il aura produit un second chancre, et celui-ci ne sera admis que par la production d'un troisième, ainsi de suite indéfiniment !
NOTIOiNS PRÉLIMINAIRES. 30
Il^OCULATION EN GÉ?IËRAL.
Les expériences tentées dans le but de produire des formes syphilitiques ont surtout consisté en insertions du virus ou de Thumeur supposée virulente par le procédé usité pour la vaccination. La lancette a été chargée de la matière qu'on voulait mettre en rapport avec les tissus vivants^ et elle a piqué la peau ; ou bien on s'est contenté d'un coup d'épingle. On 9 quelquefois pratiqué des incisions. On s'est borné parfois aussi à ratisser la peau^ à la dépouiller de l'épiderme ; il a été pratiqué des scarifications ; quelquefois une partie malade a été fixée contre une partie saine. Ainsi Luna-Calderon ratissait la peau avant d'appliquer le pus virulent dans ses expériences de préservation syphilitique ; H. Auzias entame seulement l'épiderme des animaux avec des ciseaux courbes; Wallace dénudait souvent la peau par un vésicatoire et pansait la plaie avec de la charpie imbibée du pus d'une pustule. Ce procédé a été suivi par M. Bouley qui a ainsi inoculé le pus d'une pustule et fait naître une seconde vérole chez une femme qui en avait eu déjà une complète. J'ai répété la même expérience avec le même succès. Waller a pratiqué des scarifications sur des sujets sains et a pansé les petites plaies avec du sang syphilitique ou du pus de pustules mu« queuses^ et dans les deux cas il a produit la vérole. M. Yelpeau a fixé le prépuce sur un point du gland qui portait une végétation sur cette enveloppe. Les procédés peuvent varier encore^ et cependant ils n'atteindront jamais la variété des procédés naturels et surtout ils ne pourront jamais les imiter complètement. C'est ce qui fait que les expériences échouent souvent.
D'ailleurs, pour le succès d'une inoculation^ deux conditions sont indispensables : 1® une matière virulente ; 2^ un organisme doué d'une certaine réceptivité pour le virus. Il faut une bonne graine et un terrain favorable à sa germination. Or ces deux conditions peuvent manquer^ et rien n'indique d'avance d'une manière positive leur absence, ce qui fait que l'inoculation n'est pas infaillible^ comme on a voulu le dire: elle ne peut donc être qu'un procédé d'investigation^ jamais un procédé pratique^ et le système qui s'appuyait seulement sur elle devait crouler. M. Ricord a prétendu par Tinoculation^ l"" distinguer des maladies qui étaient en apparence semblables; 2* étebiir la différence entre les accidents primitifs et les consécutifs ; 3"^ éclairer la justice; 4^ fonder une classification^ un système ; 5® en outre^ ce médecin a youlu^ par le même procédé^ limiter la vérole à l'espèce humaine.
Pour cette œuvre grande^ au double point de vue de la pratique et de la scieuce^ il fallait établir rinfaillibilité de Tinoculation^ lui donner la valeur d'un réactif. M. Ricord a cru à cette infaillibilité et a osé proclamer Végalité de Vhomme devant le ehancre^ devant Fulcération qui était^ selon lui, la seule forme syphilitique inoculable. Or, il a été prouvé qull y avait des chancres, de véritables chancres, qui ne contenaient pas la matière inoculable, tandis qu'il est de véritables accidents consécutifs qui s'inoculent ; il a démontré que le pus le plus virulent n'avait aucune action sur certaines individualités, qu'il y avait enfin des sujets qui pouvaient être réfractaires à toute infection syphilitique, et cela accidentellement ou naturellement. L'idée donc de donnera rinoculation la valeur d'un réactif chimique est une idée des plus malheureuses. Au point de vue de la doctrine elle conduit à des déceptions ; au point de vue de la pratique ordinaire à des désenchantements cruels; au point de vue de la médecine légale elle peut tromper la justice, ce qui est très-grave. Les véritables réactifs ont une valeur négative et une valeur positive. Vinfusum de tournesol accuse un acide quand il rougit, et il fournit alors la certitude de son existence ; s'il ne rougit pas, il donne la certitude de l'absence de Pacide. L'inoculation peut-elle faire ces deux réponses? Nullement. Il arrivera donc alors que si l'inoculation produit un résultat positif, vous direz à la justice : Oui, l'accusé est syphilitique, il est coupable; mais si l'inoculation ne produit rien, vous^ne pouvez répondre : Non, cet homme n'est pas syphilitique, il est innocent ; vous ne pourrez pas le dire, car il est prouvé que cet homme peut avoir le chancre le plus infectant de tous, lequel néanmoins ne saurait être inoculé dans certaines circonstances.
Je dois dire maintenant que j'ai fait une concession en acceptant le^ résultats positifs de l'inoculation comme témoignage ayant valeur devant la justice. Mais il importe d'ajouter que ces résultats positifs peuvent dififéremment être interprétés, puisque ce sont des faits pathologiques qui ne sont pas simples, qui peuvent avoir des caractères différents, car on sait maintenant qu'il n'est plus question de Ittpustule caractéristique comme premier effet de l'inoculation du chancre. Il n'y ajamaiseu, en réalité, de pustule caractéristique, et il sera prouvé, quand je traiterai de la première période du chancre, que cette ulcération peut s'étabir d'emblée, et que si elle est précédée d'une autre lésion, c'est tantôt une pustule, tantôt une vésicule, tantôt une bulle. Bien plus, quand on a montré des chancres sur le singe, M. Ricord a déclaré qu'il ne verrait là une forme syphilitique que quand les accidents consécutifs seraient survenus I On voit donc ce qu'est devenue
Tinocuiation^ même pour H. Ricord^ puisque^ selon lui^ le diagnostic du chancre n'est fait que quand il a produit la vérole !
INOCULATION DBS ANIMAUX.
Hunter^ Tumbull, MM. Ricord, CuUerier, de Casteinau et d'autres expérimentateurs ont essayé vainement^ disent-ils^ d'inoculer la syphilis aux animaux^ d'où l'on a conclu que le principe inoculable de la syphilis est particulier à l'homme et ne saurait se transmettre à la brute. M. Ricord est celui qui a formulé et soutenu avec le plus de force cette proposition^ s'appuyant sur les expériences de Hunter et les siennes^ qui seraient, dit-il^ très-nombreuses. Quanta l'opinion de Hunter et à ses expériences^ voici ses paroles : « De quelque manière que le virus syphilitique ait pris naissance^ il a certainement débuté dans l'espèce humaine^ car nous ne connaissons aucun autre animal que l'homme qui puisse en être infecté. » Dans un autre passage, Hunter ajoute : a On ne connaît aucun autre animal que l'homme qui soit susceptible de l'irritation vénérienne ; car des essais répétés ont démontré quil est impossible de la communiquer à un chien^ à une chienne ou à un âne. b Puis Hunter fait une note ainsi conçue : « Il m'est arrivé souvent de tremper de la charpie dans le pus d'une gonorrhée, d'un chancre ou d'un bubon, et de l'introduire dans le vagin d'une chienne sans produire aucun effet. J'ai fait la même expérience sur des ànesses sans plus de résultat. J'ai placé inutilement aussi de la charpie imbibée du même pus sous le prépuce chez les chiens ; j'ai même pratiqué des incisions afin de porter le pus au-dessous de la peau^ et il n'en est résulté qu'une plaie ordinaire. J'ai fait aussi cette dernière expérience sur des ànes^ et je n'ai rien pu obtenir. ^ »
Il est évident que ces expériences ne sont ni nombreuses ni trèsvariées^ et que l'opération expiiméeici par Hunter ii'est pas très-tranchée.
H. Ricord avance qu'il a tenté de très-nombreuses expériences. Je crois qu'on chercherait vainement une relation un peu détaillée de ces expériences. J'ai trouvé seulement dans les écrits de ce médecin les passages suivants : a J'ai tenté l'inoculation du pus syphilitique pris dans toutes les conditions possibles sur des chiens^ des chats, sur des lapins^ sur des cochons d'Inde^ sur des pigeons qu'on avait dit être bientôt tués par l'absorption du virus vénérien. Dans aucun cas, et malgré la diversité des expériences^ il n'a été possible de transmettre
i Hunter, traduction de Richelot, !'• édition.
la maladie. » On pourrait, sans se montrer trop difficile, exiger quelques détails de plus sur les procédés suivis afin de les comparer avec ceux qui aujourd'hui ont produit des résultats positifs, car on a inoculé ranimai avec succès. On pourrait encore, sans se montrer plus exigeant, demander sMl y a dans cet énoncé de quoi fonder une loi ou même une proposition sous une forme un peu absolue. D'ailleurs M. Ricord, avouant plus tard la possibilité de transmettre le chancre aux animaux, abroge lui-même cette loi et fait ainsi brèche à son édifice.
H. Cullerier s'est livré aussi à d'assez nombreuses expériences qu'il a eu soin de relater. Ces expériences ont môme été faites^ en partie, avec la coopération de M. Auzias, et M. Cullerier dit avoir échoué. Pour moi, je pense que mon honorable confrère n'a pas toujours échoué. Mais enfin ces expériences sont détaillées, publiées, on peut les juger. Presque toutes sont négatives.
M. Auzias lui-môme a eu de nombreux mécomptes ; mais il a réussi dans certains cas, ainsi que HM. Langiebert et Diday. Les expériences de ce dernier médecin, celles de H. Robert de Weltz, ne laissent aucun doute sur la possibilité de transmettre à la brute le chancre, qui est, selon M. Ricord, toute la syphilis primitive. M. Langiebert, en décrivant ses expériences pour démontrer l'efficacité d'un préservatif, dit positivement : « Je me ratmai le bras gauche avec une lancette trempée dans le même pus et dont j'avais la veille essayé la virulence en inoculant un singe qui porte actuellement un chancre parfaitement développé *. J'ai vu moi-même sur le bras de M. Robert de Weltz, un chancre bien caractérisé et qui avait été inoculé par H. Ricord, lequel avait puisé le pus à un chancre d'un singe. M. Robert s'était déjà inoculé un chancre dont le pus venait de la même source. Après ces résultats, M. Ricord présenta le courageux médecin allemand aux élèves qui suivaient son cours et déclara en leur présence a que les expériences de H. Auzias-Turenne avaient pleinement réussi et que les deux ulcérations dont il était porteur étaient de vrais chancres. x> Ce sont là les paroles mômes de M. Robert de Weltz K M. Diday expérimenta aussi ; il inocula un chat, prit du pus du chancre de la seconde génération du même animal et le porta sur son prépuce ; il se donna ainsi un chancre phagédénique très-grave. Avec du pus du chancre de H. Diday, deux lapins furent inoculés à l'oreille et avec succès ; un de
' Lettre adressée à TAcadémle de médecine, 22 julUet 1851. * Voyez De rinoculation de la syphilis «mx animaux (extrait de la Gazette médi' cale^ année 1860.)
ces derniers chancres s'indura ^. Les expériences de M. Diday, qui sont très-détaillées dans le travail que je viens deciter^ ne m'ont laissé aucun doute dansTesprit. M. Melchior Robert^ ancien interne de H. Ricord^ a fait naître à volonté des chancres sur Toreille des chats, avec du pus puisé à des chancres de l'homme. Puis, avec du pus recueilli sur ranimai même déjà inoculé, il a donné des chancres à un autre chat soumis aux mêmes expériences *.
Voici le procédé de M. Auzias décrit par lui-même. Ce médecin choisit le pavillon de Toreille en s'éloignant de la partie supérieure et de la partie postérieure de sa circonrérence, qui ne sont pas assez pourvues de vitalité, a Mon lieu d'élection sur le pavillon de Toreille lui-même est sa face mastoïdienne. Voici d'ailleurs les principales raisons qui fixent mon choix:
a V La partie est facile à manier; 2** Tanimal ne peut pas la lécher; 3^ il ne voit rien de ce que Ton fait et ne conçoit par conséquent aucune espèce de crainte; 4file tissu cellulaire de la partie mastoïdienne du pavillon de Toreille étant lâche et séreux, on y perçoit facilement Vinduratimy qui prend là un caractère prononcé. Uinduration, à mon sens, est la règle et non pas Vexception. C'est un point sur lequel je me réserve de m'expliquer plus loin. Deux instruments suffisent à cette petite opération : , ^^«i^^^
a l"" Une spatule, ou bien un instrument mousse qMlè(^filue pour ramasser le pus et le déposer sur l'endroit inoculé.
a 2<^ De petits ciseaux courbes sur le plat et pointus.
a Je préfère beaucoup ce dernier instrument à la lancette. La piqûre de la lancette provoque chez l'animal un mouvement brusque qu'il est important d'éviter pour la précision de l'opération et la sécurité de l'opérateur. L'animal, au contrah*e, ne parait jamais sentir l'action des ciseaux, dont on est d'ailleurs toujours maître.
a Je fais maintenir l'animal, s'il est indocile, et je rase au besoin la place que j'ai choisie. Il est plus simple d'en exciser les poils avec les ciseaux courbes. Voici le procédé opératoire :
al** Je coupe avec la pointe des ciseaux l'épiderme dans l'étendue d'un millimètre. Plus l'incision est superficielle, pourvu que l'épiderme soit entamé, mieux l'opération réussit. S'il vient du sang je considère le succès comme douteux et je fais une section dans un autre endroit. Quelquefois je fais plusieurs sections à une certaine distance les unes des autres.
* Voyez Gazette médicale de Paris, 27 décembre 1851.
• Voyez Union médicale, 30 novembre 1852.
c(^ Je dépose sur la portion dénudée du derme le pus chancreux simple ou délayé dans un peu de salive.
0 3* Je maintiens pendant une minute la partie humide^ au moyen de pus chancreux ou d'un peu de salive ; en même temps je frotte avec rinsti*ument mousse la périphérie du lieu.
0 J'abandonne ensuite Tanimal à lui-même.
0 Je ne redoute jamais le mélange du pus avec de la salive chaque fois que celle-ci n'est pas assez abondante pour l'entraîner. L'essentiel est qu'une certaine humectation empêche les fluides de se coaguler et d'emprisonner le virus.
a Le lendemain de cette petite opération une papjde se montre sur place. Le surlendemain apparaît une vésicule ; celle-ci se convertit^ au bout de vingt-quatre heures^ enpustule. Ces phénomènes parfaitement réguliers mettent plus ou moins de temps à se produire. Enfin un chancre couvert d'une croûte est le terme de cette évolution. Ce chancre s'arrondit^ se creuse et s'étend ; un pus abondant et foncé en couleur soulève la croûte et l'épidcrme^ à une certaine distance de cette croûte . La peau voisine est chaude^ rouge et tuméfiée. L'abondance du pus^ qui tend et irrite les parties^ sollicite l'animal à se gratter^ et ce liquide se fait jour de temps en temps par les bords de la croûte^ qu'il soulève et décolle. Dès qu'il s'en est écoulé une certaine quantité^ les parties sont moinft tendnes. Les bords de la croûte se recollent, ou elle se reproduit de tottlet pièces parla concrétion du pus, si elle a été entraînée. L'épiderme se rétracte, il se ride concentriquement au chancre, et se détache par pellicules. Le chancre suit ainsi son progrès pendant plusieurs jours, et la série de ces derniers phénomènes (je veux parler de ceux qui se -sont montrés après la pustule) se répète plusieurs fois. L'ulcération s'arrête enfin, se rétrécit graduellement, et finit par disparaître sans avoir jamais perdu la physionomie ni aucun des attributs du chancre de la peau, d
M. Ricord a eu plusieurs opinions sur les résultats des inoculations des animaux, comme sur presque toutes les questions importantes de la syphilis. Ce médecin a d'abord nié les résultats, puis il les a admis et a proclamé en pleine clinique le succès de M. Auzias. Hais faisant bientôt un retour et trouvant la théorie de la transplantation toute faite par M. Cullerier, il s'en est emparé sans réclamation aucune de la part du véritable inventeur. Selon cette hypothèse, l'ulcération produite sur l'animal ne serait pas spécifique, c'est une plaie comme une autre dans laquelle le virus est seulement déposé; il est sur un terrain qui ne peut le faire germer; il germera quand il sera transplanté sur un autre terrain, sur celui que Thomme lui fournit. Je
dois dire que j'ai entendu moi-même H. Ricord abandonner cette théorie qui a fort égayé H. Halgaigne. Aujourd'hui, enfin, H. Ricord admet le chancre chez la brute, c'est-à-dh*e la syphilis primitive, mais non la syphilis consécutive. Ainsi donc, voilà une loi abrogée par le législateur lui-même.
Ici se place naturellement une partie d'un discours qui a été prononcé par M. Malgaigne à l'Académie de médecine dans la discussion sur la syphiiisation, discours qui a été, comme on le dit, un événement.
M. Malgaigne a surtout produit une profonde sensation quand il a attaqué le système de M. Ricord. On savait l'amitié de vingt ans qui liait ces deux académiciens, on avait entendu plusieurs fois les éloges, bien mérités d'ailleurs, qu'ils s'adressaient mutuellement. On ne pouvait donc supposer en H. Halgaigne aucune pensée hostile, au contraire. Eh bien ! voici les paroles de cet éloquent professeur : a Bien des fois, s'écria- t-il, j'ai vu la doctrine de H. Ricord vigoureusement attaquée; bien des fois ces attaques ont renouvelé mes doutes ; jamais je ne l'avais vu vamcu, forcé de battre en retraite, bien moins encore de capituler. Ce jour est enfin venu, messieurs. Un des points de la doctrine de M. Ricord, c'est que la syphilis appartient à l'homme tout entière, qu'on ne pouvait la faire passer aux animaux. Je ne reviendrai point sur les premières expériences de M. Auzias : on bd nia longtemps ses résultats; moi-même je m'accuse d'avoir eu ma piit de œtte injustice. Je me disais d'ailleurs : Quand on donnerait des èhancres aux singes, à quoi cela mènerait-il? Préoccupation fâcheuse, messieurs: un fait est un fait, dût-il demeurer à jamais inutile; mais le plus souvent^ cette inutilité apparente ne provient que de l'ignorance où nous sommes de ses rapports. Pour moi, je l'ai déjà dit, ce fait est désormais inattaquable. En écoutant le discours de M. Ricoi*d, je n'ai pu trop démêler s'il l'admet ou s'il le rejette. (H. Ricord : Je l'admets.) Je suis donc très-heureux, reprend alors H. Halgaigne, de me trouver une fois de plus en accord avec lui. Hais s'il l'admet, n'aurait-il pu s'épargner ces agressions sarcastiques à l'aide desquelles il semblait lutter contre sa conviction actuelle, et éviter surtout de reproduire encore cette étrange théorie de la transplantation, qui ne le cède assurément pour l'excentricité à aucune des théories des syphilisateurs?
a Ce fait, si puéril en apparence, était une première brèche à l'édifice de H. Ricord. Pour la première fois il était vaincu, et, notez-le bien, c'est qu'il se trouvait attaqué cette fois par les mêmes armes qui lui avaient tant de fois servi à vaincre, avec l'expérimentation ! »
STPHlLlSATIOIf.
Je ne répéterai pas les déclamations contre la syphilisation. Je ne la défendrai pas. Je me bornerai à chercher si de tout ce mouvement^ de toutes ces expériences auxquelles on s'est livré à Voccasion de la syphilisation^ il n'est pas sorti quelques faits^ quelque lumière dont la science puisse profiter.
Selon H. Auzias, a Isl syphilisation serait un état de l'organisme dans lequel celui-ci n'est plus apte à subir révolution de la syphilis par suite d'une sorte de saturation. x> Pour le même expérimentateur^ le mot a syphilisme indique Taptitude à la syphilisation : on peut dire^ par exemple^ d'un individu^ qu'il a d'autant plus de syphilisme qu'il est plus facile à syphiliser. » J'ai besoin de déclarer que je copie textuellement M. Auzias.
On produirait la syphilisation en inoculant un certain nombre de chancres^ lesquels joueraient le rôle de la. pustule du vaccin ; ils vaccineraient donc, c'est-à-dire qu'ils produiraient l'immunité syphilitique. Partant de cette hypothèse^ on a donné des chancres à des individus sains dans un biit prophylactique^ pour les mettre à l'abri non-seulement de ia;éy|ltfEto primitive, mais de la syphilis constitutionnelle, pour leur donn<èr^i|îiftli le privilège d'échapper à Taction du virus, à ses effets qu'on a appelés locaux et généraux. Puis les syphilisateurs ayant imaginé que a le virus syphilitique était le meilleur remède contre l'action du virus syphilitique, » ils ont proposé de syphiliser, c'est-à-dire d'inoculer des chancres dans un but thérapeutique pour guérir les syphilis primitive et constitutionnelle. La double application de la syphilisation a surtout été soutenue par MH. Auzias et Sperino ^. H. Marchai s'est borné à préconiser la syphilisation curât ive.
H. Diday a inventé une autre vaccination. Croyant aussi à Y unicité de la syphilis, laquelle serait soumise à la même loi que la variole et la rougeole qui ne se reproduisent pas chez le même individu, le chirurgien de Lyon a inoculé non le chancre, mais le sang d'un sujet parvenu à la dernière période de la syphilis, pour que le vacciné arrivât, d'un premier coup, à la période ultime de la vérole, ou bien à un état constitutionnel qui ne permit plus aucune action syphilitique. Le premier système, celui de la vaccination parle chancre, a soulevé des passions, des orages dans les réunions savantes, dans la presse. Le second, celui
« De la syphilisation.
de la vaccination par le sang d'un tertiaire^ a été considéré comme un rêve d'un esprit honnête, et l'on a passé outre *.
Dans le seizième siècle, surgit l'idée consolante de la disparition de la syphilis, soit par épuisement du virus, soit par saturation de Tespèce humaine. Ainsi, la syphilisation universelle que ce bon H. Auzias veut réaliser aujourd'hui, nous était annoncée depuis bien longtemps. On peut voir dans Astruc cette opinion souvent exprimée : « La maladie vénérienne, ayant eu un commencement, doit avoir unefm. » On sait qu' Astruc est partisan de l'origine moderne de la syphilis. Ce qui est considéré comme favorable à l'opinion de cet auteur, c'est que le temps adouciraitia vérole, laquelle serait aujourd'hui plus bénigne que jadis. Ses effets étant actuellement moins redoutables qu'à la fin du quinzième siècle, on pouvait espérer son extinction complète. Hais, pour partager l'espérance et adopter l'hypothèse d'Astruc, il faudrait partager son erreur sur la date de la naissance de la vérole : en effet, si cette maladie est d'origine réellement ancienne, la question change, car elle n'aurait rien perdu de sa force en marchant vers nous ; elle se serait exaspérée, au contraire, à certaines époques, et elle aurait eu un violent paroxysme vei*s la fin du quinzième siècle.
Après l'idée de la saturation universelle, est venue celle de la saturation de certains peuples, et j'établirai bientôt que l'homme peut être saturé généralement et partiellement. Swediaur est l'auteur moderne qui a le plus nettement exprimé l'idée de la saturation, de la syphilisation de certains peuples. Ainsi, selon lui, le virus importé dans un pays vierge de syphilis, quel que soit son climat, produit d'abord des effets très-violents sur la population, effets qui s'amoindrissent peu à peu, car la population se syphilise plus ou moins; la maladie perd de sa violence. Mais, remarquez-le bien : si un peuple étranger envahit le pays en voie de syphilisation, il paye cher sa victoire. Ainsi on a vu le Portugal se syphiliser peu à peu par un long usage de la vérole, transmettre celle-ci avec toute sa violence aux Anglais envahisseurs.
Ces faits, vus de loin et, pour ainsi dire, à l'état brut, semblent favorables à la syphilisation moderne. Mais on se demandera, d'abord, sll y a eu des pays vierges de syphilis. On tiendra compte, ensuite, des différencesque peuvent apporter dans les manifestations syphilitiques le changement de climat, le changement de régime. Ainsi, une armée en pays étranger est toujours plus maltraitée par les maladies de ce pays que les naturels. On ne saurait croire le nombre des véroles appartenant à l'invasion étrangère en i815, et la gravité des symptômes qu'ils
* Voyez mes Lettres sur les Inoculations syphilitiques.
offrirent à Marseille, qui alors n'était pas du tout sur le point d'être syphilisée. Généralement, la population étrangère trouve moins de secours, elle sait moins se préserver, moins se traiter; d'où plus d'aggravation dans les symptômes, ce qui fait qu'on porte son attention sur les étrangers. Les indigènes, au contraire, se cachent plus facilement; le traitement suivi et le mal chez eux étant moins apparents, on en parle moins.
Cependant, je ne voudrais pa» nier d'une manière absolue la sy philisation même d'un peuple, car l'analogie, à la vérité une analogie éloignée, permet de l'admettre. U y a des fiûts de saturation de terrains qui peuvent être observés tous les jours : ainsi, un grain confié deux ans de suite à la même terre commence à dégénérer; si on ne change pas la semence, si on ne laisse pas reposer le terrain, les résultats sont hybrides et même nuls, car le grain ne germe même pas. Hais laissez la terre en repos, et, conune disent les agriculteurs, mettezla en jachère pendant quelques années, et vous verrez que le même grain qu'elle semblait, pour ainsi dire, refuser, poussera mieux que jamais.
Il peut en être de même de l'organisme qui finit par être insensible à un poison auquel on l'aura habitué, et qui, une fois reposé, n'en sera pas moins empoisonné par le même agent. On voit donc que la saturation, considérée de la manière la plus générale, se présente avec des caractères qui ne sont ni définitifs ni absolus. Comme la terre qui se refuse à la germination d'une graine se montre favorable à la germination d'une autre graine^ il ne serait pas impossible que l'organisme insensible à un virus ou à une qualité de virus, fût impressionné par une autre qualité. Ainsi, s'il y avait plusieurs virus, la question de la syphilisation serait bien autrement complexe, bien autrement obscure que dans l'hypothèse d'un seul virus, et elle l'est déjà bien assez comme cela.
Au lieu de déchaîner des orages contre les syphilisateurs, j'ai placé mon observation au point de vue de leur hypothèse pour juger froid#> ment, philosophiquement. Eh bien ! un fait bien réel pour moi, c'est la syphilisation dans une certaine sphère de l'organisme, la syphilisation locale, enfin. Ainsi, j'ai vu un chancre très-actif du sommet du gland, répandre le pus qu'il sécrétait sur le reste de cet organe, baigner tout le prépuce qui se prolongeait beaucoup, et cela sans inoculer aucun chancre sur ces parties. Ce même pus virulent souillait la verge, les bourses, qui résistaient à son action. Hais un jour apparut à la partie supérieure et interne de la cuisse, un chancre bien caractérisé fournissant un pus inoculable. C'est que l'extrémité de la verge s'était reposée
plusieurs fois sur cette partie de la cuisse. Ainsi^ le même pus qui restait inerte sur les organes génitaux avait inoculé la cuisse. La sphère génitale était ici syphiliséc, ou, si Ton veut, elle se trouvait sous Tinfluence d'une réaction vitale qui s'opposait à l'extension de l'ulcération du sommet du gland^ qui s'opposait aussi à la production d'autres chancres. C'est la même force protectrice qui a empêché M. Sperino de prolonger la période ulcérative d'un chancre par des applications^ durant six jours, d'un pus virulent sur ce chancre, parce qu'il était à la période de réparation. On est même forcé d'admettre, dans tous les cas, cette espèce de syphilisation locale^ car, sans elle, le chancre ne reconnaîtrait aucune limite, il s'agrandirait indéfiniment. Plus cette syphilisation locale est prononcée, plus le chancre se limite. Le phagédénisme prouve l'absence dans une sphère étendue de la syphilisation. Hais n'allez pas croire, pour cela, à une syphilisation définitive. Ces mêmes parties, cette même sphère qui, chez le malade cité tantôt, n'a pu être inoculée par le pus du chancre du sommet du gland, l'a été, un mois après, à la suite d'un coït impur. Ce malade, en effet, sortit de l'hôpital guéri de son premier chancre; mais, un mois après, à la suite d'un seul coït suspect, il revint avec trois chancres au prépuce, dont un était deux fois aussi large que l'ancien chancre du gland. Ainsi, voilà une partie d'abord réfractaire à l'action du virus continuellement en rapport avec elle, et qui plus tard, se laisse envahir par plusieurs chancres et à la suite d'un seul contact passager I On voit là une des meilleures preuves de la possibilité d'une syphilisation locale, mais, en même temps, une preuve du peu de durée de l'immunité produite par cette syphilisation. Ce fait prouve encore que les seconds chancres peuvent être plus nombreux, plus grands que les premiers, ce qui est contraire à la théorie de la décroissance successive de l'ulcération chancreuse à mesure qu'elle se reproduit.
La moitié du corps peut être syphilisée quand l'autre moitié se prend. Ainsi, chez un coiffeur dont il sera plusieurs fois question, des ulcérations profondes de la gorge, des pustules sur le cou, sur les épaules, avaient complètement disparu, quand les membres inférieurs se prirent, et quand celui du côté gauche devint le siège d'une des plus vastes ulcérations qu'on puisse observer.
Si ces faits de syphilisation locale avaient été connus par les expérimentateurs qui ont inoculé des sujets présentés comme syphilisés, ils auraient éloigné leur lancette de la sphère déjà inoculée, et auraient ainsi évité quelques mécomptes auxquels ils ont paru très-sensibles.
On comprend qu'en multipliant beaucoup leschancresdansplusieurs
régions^ en rapprochant les sypbiiisations partielles^ on puisse arrivera une syphilisation générale. Cet effet peut même être obtenu par des inoculations moins nombreuses et bornéesà une seule ou deux régions : ainsi il est évident que H. Laval ^ a été complètement sypbilisé par des inoculations pratiquées aux membres supérieurs.
Ceux qui ont suivi les discussions académiques sur la syphilisation savent que le fait de H. Layal a été diversement interprété. C'est ce jeune confrère qui a, pour ainsi dire^ servi de terrain au grand duel entre M. Auzias et M. Ricord. Ce duel a eu pour témoins plus de déUx cents personnes ; il a eu lieu enfln^ comme le veut toujoursM. Ricord^ corampopuloy et cependant on ne sait pas encore quel a été le vainqueur ! Mais ce dont je suis parfaitement certain^ c'est que M. Laval a été inoculé par notre honorable coUègue-H. Gosselin^ et cela avec du pus qui faisait très- facilement nattre des chancres sur une femme de TOurcine qu'on voulait traiter de la vérole parla syphilisation. Eh bien ! ce même pus restait impuissant^ inerte^ quand il était inséré dans la peau de M. Laval^ et cela après trois inoculations. Ce fait, je le tiens de H. Gosselin même, et j'y crois comme si j'avais expérimenté, car outre ses lumières et son honorabilité, ce collègue ne peut pas être considéré comme prévenu en faveur de la syphilisation, puisqu'il n'est intervenu dans les débats que par la publicité qu'il a donnée à un fait tout à fait contraire à ce système. En effet, H. Gosselina publié l'observation de cette même femme à laquelle il donnait des chancres, et il a constaté que sa vérole ne faisait que croître pendant ces inoculations.
On pourrait répondre que si le fait de la malade ayant la vérole n'est pas favorable à la syphilisation curatrice, le fait de H. Laval est très en faveur de la syphilisation prophylactique. Haisilfautdistinguer l'immunité temporaire de l'immunité définitive. Ainsi, ce même confrère, H. Laval, qui a défié impunément la lancette de MM. Ricord, Gosselin. et d'autres expérimentateurs encore, a fini, dans ces derniers temps, par être inoculé avec succès, du moins M. Ricord l'a déclaré en pleine Académie. Et ici je n'hésite pas à croire M. Ricord, car le fait qu'il a exprimé était dans mes prévisions. On se rappelle peut-être ce que j'ai dit de la saturation de la terre quand elle est plusieursfois ensemencée avec le même grain ; elle ne donne alors que des produits hybrides et flnitpar se refuser à toute germination. Mais, après un certain temps de repos, cette même terre n'est que plus favorable au développement de la graine qu'elle avait laissée inerte dans son sein. Je crois donc que
* M. LuYol, aujourd'hui docteur en médecine» a été syphilisé pendant qu'il élait élève ; il a soutenu une thèse sur la syphilisation.
l'organisme de H. Laval avait été placé dans le même cas que la terre dont je viens déparier : à force d'être labouré parla lancette de H. Auzias^ il n'a donné que des produits hybrides^ des pustules avortant avec une facilité extrême et n'aboutissant pas au chancre ; puis plus rien. HaiS; après un certain temps de repos, l'organisme de M. Laval est devenu comme celui de la plupart des hommes, c'est-à-dire apte à contracter des chancres. J'ai dit, comme la plupart des hommes et non comme tous, parce qu'il peut exister une immunité naturelle chez certains sujets, lesquels peuvent naître indemnes ou le devenir, ce qui arrive, comme on le sait, relativement aux autres virus.
Les faits relatifs aux sujets qui s'exposent fréquemment et avec impunité à la contagion syphilitique, ces faits sont connus de tous les praticiens, mais d'une manière vague. Je vais ici en préciser un qui m'a vivement impressionné dans le temps.
Un homme qui a joué un certain rôle pendant les révolutions de 1830 et de 1848 (il est connu de plusieurs confrères qui se sont mêlés aux débats sur la syphilisation), cet homme avait une constitution des plus belles, des pins robustes. Il était très-débauché et ne chobissait pas toujours les femmes avec lesquelles il avsdt des rapports. Jamais cepen* dant il ne fut infecté, tandis que ses amis qui voyaient les mêmes femmes l'étaient fréquemment, car j'étais souvent appelé à les traiter. Informé de ce fait et connaissant bien cet homme bronzé, comme on l'appelait, je parvins à visiter deux marchandes de fleurs avec lesquelles il avait des rapports habituelset qui avaient infecté d'autres personnes. Ces deux femmes portaient des chancres. Je me bornai à ces preuves et crus à l'immunité chez cet homme. Cependant, comme il faisait bravade du pouvoirqu'il possédait d'affronter la vérole, quelqu'un lui dit qu'il se chargeait de la lui donner, s'il voulait se soumettre à une toute petite expérience, ce qu'il accepta avec empressement : deux inoculations lui furent faites aux bras avec un pus puisé à un chancre en progrès, et cela sans succès ; rien ne parut, rien .
Voilà donc une immunité naturelle qui ressemble à l'immunité qui a été produite chez M. Laval, et plus complète encore,* car M. Laval n'a étésoumisqu'à l'inoculation expérimentale, tandis que la personne en question s'est exposée de plus à l'inoculation physiologique, à la véritable contagion. Mais ce sujet peut, par le temps, par un change-^ ment dans sa constitution, ou par des circonstances que je ne puis apprécier ici devenir vulnérable tout comme M. Lavah
Ainsi le fait de l'immunité temporaire établi par l'observation, par l'expérimentation, ce fait est considérable surtout pour les conséquences qu'il aura sur le système qui en syphiliographie se base sur l'inocula-
tion^ car il prouve que le chancre ne s'inocule pas toujours^ et qu'il ne constitue pas une affection locale ; il efface donc cette loi qui rendait tous les hommes égaux devant le chancre, loi dictée par Tignorance des principes de la vraie pathologie, car dans le fait de la contagion, elle n'admet qu'un élément, le virus, et supprime la prédisposition, c'est-à-dire l'état particulier de l'organisme de celui qui reçoit ce même virus. Ainsi, les hommes ne sont égaux devant rien, pas même devant le chancre.
Ici est la placed'unpassagedudiscoursqueH.Malgaignea prononcé à l'Académie de médecine qui s'occupait alors de la syphiiisation. M. Malgaigne, entrant dans la question de l'immunité naturelle decertains organismes, ajoute : a Or, cette immunité, peut-on artificiellement la produire ? La réponse désormais ne saurait plus être négative ; et je suis surpris que les orateurs de la commission aient tous relégué dans l'ombre un fait aussi capital. Vous vous rappelez l'observation du malade de M. Marchai (deCalvi); il a présenté cet état réfractaire.Comme M. Ricord passe rapidement sur ce point I Le malade de M. Zelaschi, si souventcité, avait acquis la même immunité ; ni M. Ricord ni H. Régin ne l'ont remarqué : il a fallu que le fait leur fût signalé par M. de Castelnau, qui cependant ne passera jamais poujr favorable à la syphiiisation. Et le fait de M. Lavai ? J'y viens dans un instant. Messieurs ; mais j'ai besoin de répondre à une objection préalable.
0 Quand le fait serait bien démontré, qu'a-t-il donc, après tout, de si important ? Ceux qui feraient cette question ne seraient pasbien au courant de la situation actuelle des doctrines de la syphilis. J'ai signalé brièvement quelques-unes des doctrines les plus importantes de H. Ricord ; pour la plupart, elles touchent de près ou de loin à une base commune, c'est l'inoculation limitée au pus du chancre, mais aussi forcée pour le pus du chancre. Ici, point de circonlocutions, point d'ambages. Le pus du chancre, dit M. Ricord, est fatalement inoculable XeL\mo\e et le vaccin trouvent desréfractaires, le pus du chancre n'en connaît point. Et c'est ce qu'il exprimait admirablement par cette sorte d'^horisme si énergique dans sa concision : Tous les hommes sont égaux devant le chancre. C'était, comme vous le voyez, une sorte de constitution politique qu'il imposait à la syphilis, c'était sa charte constitutionnelle.
a Or, voilà qu'un jour il est réveillé en sursaut par un fait révolutionnaire qui rompt tout à coup l'égalité promise, qui déchire la charte, qui soumet ses sujets à d'autres lois. Je comprends bienalors. Messieurs, que le législateur ait fait résistance ; je comprends toutes ses ardeurs belliqueuses; je comprends qu'il a vouluavoir sa bataillede Saltzbach^
et qu'à cette tribune il ait tentée selon ses propres expressions, une nouvelle campagne dC Italie. Cette résistance n'avait pas, d'ailleurs, attendu la discussion actuelle pour se produire. Aux premières annonces de rimmunité menaçante, il protesta et l'amphithéâtre de l'hôpital du Midi retentit de ses défis, de ses appels. Du reste, digne et loyal, c'était à la vérification qu'il provoquait ses adversaires, a J'attends surtout, 0 s'écriait-il, qu'on me présente un individu syphilisé et réfractaire qui « vienne devant les clkiiciens de l'hôpital du Midi ou devant TAca- « demie me défier en champ clos, avec des armes de mon choix /» Cet appel fut lancé par YUnion médicale le 12 août. Le 22, M. Auzias accepte; le 23 septembre, M. Ricord déclare qu'il attend. Le rédacteur de YUnion médicale s'écrie : Des faits, des faits I plus de théories I Et puis. Messieurs ? et puis le i novembre H. Ricord annonce que les expériences sont commencées et que le résultat en sera communiqué au . journal. Cherchez bien, jamais cette communication n'est venue. Huit jours après, H. Ricord présente H. L... à la Société de chirurgie, et le 18 novembre à l'Académie de médecine. Pas un mot des expériences. Le 20, H. Latour donne Tobservation de H. L.., comme la seule expérimentation publique et authentique qui soit encore connue. Comme pour mieux faire ressortir ce silence, le 9 décembre, M. Marchai écrivait à la Gazette des hôpitaux que M. Laval s'éiaii présenté à M. Ricard^ qui lui avait fait en deux fois sept piqûres avec trois pus différents, d'une virulence constatée^ et cela sans résultat aucun. M. Ricord ne répond rien ; V Union médicale ne souffle mot. Vous savez que le rapport de la commission a gardé pareillement le silence.
a Pour moi. Messieurs, ce silence équivalait à une défaite ; et cependant j'aurais encore préféré un franc et public aveu. C'est pourquoi j'ai provoqué des explications sur ce point. Il en est venu de plusieurs sources, je ne veux point m'y arrêter, je n'en veux croire ici c|ue M. Ricord : Qu'il avait produit sur M. Laval une pustule d^ecthyma assez caractéristique pour n'avoir pas besoin d'une contre-épreuve^ et que les autres inoculations qui avaient échoué sur le syphilisé avaient aussi échoué sur les malades auxquels le pus avait été emprunté. Pas d'autres détails. M. Ricord déclare qu'tV croirait manquer à sa dignité s'il en disait davantage. Ceci ne me platt pas. Messieurs. Quel rapport y at-il entre la dignité de H. Ricord et les détails d'une expérience? Au total, et de son aveu, sur son terrain, en champ clos^ avec des armes de son choix, il n'aurait réussi qu'une fois sur sept. Mais d'autres malades ont été pareillement réfractaires, ce qui prouve que le pus n'est pas bon. Qui aurait cru. Messieurs, que M. Ricord, après un défi si solennel, dans son service inunense, ayant le choix des armes, en serait réduit à
nous dire qu'il n'a pas su trouver le bon pus ? Mais enfin^ une inoculation a réussi. Réussi ! quand vous n'avez pas fait la contre-épreuve, que vous-même, en toute occasion, vous déclarez indispensable, à savoir si le pus produit peut être réinoculé !
a Pour ce qui me concerne. Messieurs, je regarde cette immunité acquise chez quelques sujets, comme avérée, démontrée, incontestable. Si M. Ricord élève des doutes, je me chargerai, moi, de lui fournir tous les éléments de conviction. Que la cogimission consente à assister aux expériences, je lui amènerai, j'y engage ma parole, un jeune homme qui se prétend syphilisé, qui porte défi à M. Ricord de produire chez lui un seul atome de pus inoculable. M. Ricord prendra ses précautions ; s'il ne réussit pas une première fois, il recommencera ; mon sujet se déclare prêt à se laisser faire douze cents inoculations, et davantage si l'on en veut davantage. Maintenant, personne ne niera, je l'espère, avant d'avoir vérifié.
a Voilà donc un fait capital qui sortira de cette discussion ; et ne doutez pas que ce soit un fait considérable. Vous avez lu lo beau livre de M. Ricord sur l'inoculation syphilitique ; vous avez vu les résultats importants qu'il en avait obtenus pour le diagnostic, pour le pronostic, pour le traitement; vous vous rappellerez les belles applications qu'il en déduisait en médecine légale : tout cela est ébranlé, tout cela croule, dès que le chancre n'est plus fatalement inoculable; le diagnostic redevient incertain, le pronostic faillible, la thérapeutique douteuse, et surtout la médecine légale, à qui, en pareille matière, il faut des certitudes, oserait-elle compter comme autrefois sur les inoculations?
a Cela ne touche encore directement qu'à la syphilis primitive; il est à craindre que la doctrine n'ait à subir bientôt un autre échec touchant la syphilis constitutionnelle ^. )>
Cette partie du discours de M. Malgaigne a produit la plus grande sensation. M. Castelnau^ qui, dans la Gazette des hôpitaux^ avait chaudement soutenu H. Ricord aux prises avec les syphilisateurs, écrivit dansle même journal une lettre à M. Malgaigne dans laquelle on trouve ce passage qui renferme une opinion qui tend à se généraliser: a Oui, vous avez eu raison d'insister sur ce fait, que le pus chancreux ne s'inocule pas fatalement, même alors qu'il est contagieux ; que certains individus lui sont réfractaires, soit accidentellement y soit d'une manière absolue. Oui, vous avez eu raison de proclamer hautement que
» Buiieiin de t* Académie de médecine^ t. XVIl,p. 1046.
M. Malgoigiic fait allusion à la discussion qui eut lieu ensuite sur la transmlssibilité des accidents lecondaires et qui tui si fatale à la doctrine que l'orateur combattait.
c'était là un &\icàpiiaiqni renversait l'ingénieux échafaudage de votre illustre confrère M. Ricord. » (Gazette des hôpitaux, 26 août 1852.)
Plus tard^ la syphilisation ayant encore été discutée à la Société de chirurgie, après un rapport sur le livre de M. Sperino, il fut reconnu par tous les membres de cette compagnie qui prirent la parole que le chancre ne s'inoculait pas fatalement (décembre 1853). Personne dans la Société n'osa dire le contraire.
Voilà ce qui est sorti de plus net, de plus clair des tentatives qui ont été faites dans le but d'édifier un système fantastique; elles ne pouvaient l'édifier; mais elles en ont renversé un autre qui était faux. Ce n'est pas la première fois que l'homme ne trouve pas ce qu'il cherche, mais qu'il trouve mieux encore. On sait très-bien que les alchimistesont été utiles à la science et qu'ils n'ont pas trouvé ce qu'ils cherchaient.
D'ailleurs, pour justifier la syphilisation préventive, il faudrait commencer par établir Vunicitéde la vérole et la nécessité pour l'organisme de subir cette intoxication ; il faudrait enfin que l'analogie entre la grande et la petite vérole fût complète. Or on verra, dans la deuxième section de ce livre, les preuves expérimentales et cliniques de la possibilité de plusieurs véroles, et l'on a pu déjà se convaincre de ce fait par ce que j'ai avancé sur la saturation temporaire de l'organisme, delà faculté qu'il a ensuite de se laisser envahir encore par la vérole. Ainsi, comme je l'ai déjà dit, celui qu'on voudrait syphiliser pourrait trèsbien subir la vérole qu'on lui donnerait et celle qu'il pourrait avoir autrement. Quanta la fatalité de la vérole, elle est loin d'être établie. Il est prouvé, au contraire, que la moitié des personnes qui s'exposent le plus à la contagion y échappent : c'est ce qui a été observé chez les filles publiques par Parent-Duchàtelet. Il serait donc irrationnel et inhumain de donner d'une manière positive une maladie à un être pour le prémunir contre une maladie à laquelle il n'est pas fatalement condamné. Ainsi la syphilisation préventive n'a pas sa raison d'être.
Quant à la syphilisation curative, j'ai bien examiné les faits qu'on a invoqués en sa faveur^ ceux avec lesquels on a voulu l'accabler, tous me paraissent insuffisants pour juger la question. Ainsi, H. Zelaschi traite un chancre phagédénique qui avait, dit-on, été exaspéré parla cautérisation. Il avait trente-six jours de date. Ce praticien fait dix-neuf inoculations, le chancre marche toujours. On le traite alors par une méthode plus rationnelle, et le chancre continue à faire des progrès. Survient une syphilide et des douleurs ostéocopes. H. Sperino, chirurgien distingué et plus habile en syphilisation, ordonne de recommencer les inoculations chancreuses. On en fait quarante-trois en huit jours. Le douzième jour, la syphilide s'arrête, les douleurs diminuent.
Le dix-septième jour^ plus de douleur ; le chancre commence à se cicatriser et en moins de deux mois la guérison est complète.
Ici Tobservation de H. Zelaschî est présentée comme Tont Kit les partisans de la sypbilisation. Eh bien ! pour moi, il s'agit là d'un chancre qui s'est cicatrisé en deux mois, d'une syphilide qui s*est arrêtée, et de douleurs qui se sont calmées tout comme cela peut être observé en l'absence de tout traitement. Ce fait n'est pas déplorable^ comme on l'a dit, mais il n'a rien d'admirable, comme peuvent le penser certains syphiiisateurs.
Le fait de M. Marchai (de Calvi), relatif à un vieux syphilitique, lequel avait inutilement pris de l'iodure de potassium et du mercure, ce fait d'un tubercule ulcéré de la langue et qui est avantageusement modifié en quatre ou cinq jours pendant qu'on inoculait des chancres, me parait plus digne d'attention. Mais cette attention et l'observation des cas de cures spontanées, môme rapides, après la cessation de toute thérapeutique, devront amoindrir de beaucoup l'importance de ce fait. Il faut noter de plus, que la vérole de ce sujet n'a pas été guérie pour cela, qu'il y a eu récidive. On verra dans le corps de l'ouvrage, l'observation remarquable d'un coiffeur qui avait une ulcération con^cutive envahissant presque enentierla face externe du membre inférieur. Tout fut tenté pour arrêter, guérir cet ulcère qui était douloureux et très-affaiblissant. Je donnai les préparations mercurielles, iodées, ferrugineuses, l'huile de foie de morue, et divers topiques furent inutilement appliqués. On me proposa alors de syphiliserce sujet. Je répondis qu'il était assez syphilisé lui-même et j'appliquai des bandelettes de sparadrap de Vigo sur les ulcères ; je les imbriquai, comme on le fait pour le pansement par occlusioriy et en moins d'un mois le malade fut guéri. On peut certainement attribuer ce beau résultat à l'absorption du mercure contenu dans l'emplâtre par une aussi large surface, et j'ai cru à cette action. Hais ne peut-on pas dire qu'ici l'heure de la réparation était sonnée, que l'organisme s'était mis à réagir efficacement, que la nature enfin a fait les frais de cette guérison ? Si j'avais laissé syphiliser ce malade, il eût probablement guéri, peut-être un peu moins rapidement, mais enfin il eût pu guérir. Et alors !...
Ce que viens de dire fait pressentir mon jugement sur les faits de sypbilisation qu'on a a^peXé^ déplorables. Il est possible que cesfaits aient été malheureux indépendamment de la sypbilisation. Ainsi M. L... dont il sera souvent question dans ce livre, ce docteur allemand qui a été donné comme une victime de la sypbilisation, avait pris une vérole par l'inoculation qu'il s'était faite avec un accident consécutif d'un de ses confrères. Il lui survint, après cette inoculation , une syphilide
papuleuse quil voulut traiter par rinoculation successive de plusieurs variétés de*pus chancreux. Il se donna ainsi une infinité de chancres. Sa vérole n'en marcha pas moins^ ce qui serait probablement arrivé s'il ne s'était pas inoculé^ et surtout s'il n'avait suivi aucun traitement. Conclusion : Le fait de la syphilisation existe, il est prouvé par ce que je viens de dire, et le dernier ouvrage de H. Sperino le met dans l'évidence la plus complète. Mais ce fait ne peut avoir qu'une valeur théorique ; il détruit une autre théorie qui a égaré les élèves et les praticiens. Mais la syphilisation^ sortant de la théorie pour entrer dans la pratique, pour servir à la prophylaxie et à la thérapeutique, devient un contre-sens et un danger ^.