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TRANSMISSIBILITÉ DES ACCIDENTS SECONDAIRES

La question de la transmissibiiité des accidents secondaires intéresse à un haut point l'hygiène privée, l'hygiène publique ; elle est posée tous les jours par la pratique ordinaire et quelquefois par la justice. Au point de vue purement scientifique, cette question est une des plus grandes de l'étiologie.

Les premiers observateurs de la syphilis crurent qu'elle pouvait être transmise par tout ce qui était autour de l'homme et dans l'homme : ainsi Tair atmosphérique, toutes les émanations, le souffle humain, la sueur, les sécrétions naturelles ou morbides, le sang, tout enfin pouvait servir de véhicule au poison. La syphilis était donc considérée comme épidémique, de plus comme contagieuse par toutes les voies possibles. Avec de pareilles idées étiologiques on devait admettre comme des réalités des fables quelquefois ridicules : ainsi la vérole aurait pu être donnée à travers la grille d'un confessionnal par le parfum d'un bouquet, et l'on sait qu'un ministre ^ fut mis à mort parce que, sachant qu'il avait la syphilis, il avait néanmoins osé parler h l'oreille du roi.

Les fables furent bientôt reconnues. Fernel les avait déjà caractérisées. Plus tard les erreurs furent attaquées, et de nos jours on en est venu à s'en prendre à la vérité. Non-seulement on a abandonné l'idée épidémique et les contagions fantastiques, mais on a voulu limiter la transmissibiiité à une seule voie, on n'a admis qu'un seul véhicule du vîrus le plus chancreux. Ainsi non-seulement l'air atmosphérique, le

1 Voyez la syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennes, par C. Sperino ; Turin, 1853. * Le cardinal de Wolsey, premier ministre de Henri vm.

souffle humain, ne peuvent plus porter le virus, ce qui est trèsvrai, mais ni le sang, ni les sécrétions morbides autres qu^ le pus du chancre, ne pourraient transmettre la syphilis, ce qui est en question et non hors de doute, comme le croyait Hunter et comme Tout professé les élèves de ce syphiliographe. Pour H. Ricord, qui a donné un caractère absolu aux idées du maître, on ne peut être infecté que par l'humeur chancreuse, laquelle seule porte le virus ; celui-ci ne peut entrer dans réconomie que par un chancre, et il ne conserve la propriété de se transmettre que jusqu'au premier ganglion lymphatique en rapport direct avec la surface de Tulcération primitive. Au delà du premier ganglion, le virus peut encore nuire à l'individu auquel il a été inoculé, faire naître chez lui des accidents, le couvrir de pustules, d'ulcères syphilitiques; mais il ne peut plus nuire aux autres^ car il n'existe plus comme agent contagieux. De sorte que s'il ne restait dans le monde qu'un individu dont les chancres auraient été cicatrisés, mais qui serait cependant couvert de pustules, d'ulcères syphilitiques, qui serait enfin en pleine vérole, celle-ci mourrait avec lui, elle ne pourrait revivre par aucun de ceux qui auraient été mis dans les rapports les plus intimes, les plus répétés, les plus longtemps continués avec ce syphilitique ! La syphiiisation du monde serait complète ! Voilà le dernier mot des élèves de Hunter.

Hais un fait grave, irrécusable, se dresse devant cet absolu : c'est le fait de l'infection de l'enfant dans le sein de sa mère, fait accepté par tous les syphiliographes. Il est parfaitement établi qu'une fenune qui n'a ni chancre, ni bubon chancreux, mais qui a la syphilis comme l'individu qu'on disait ne plus être nuisible à personne, il est reconnu que cette femme peut cependant infecter sa progéniture, qu'elle peut mettre au monde des enfants syphilitiques, qui infecteront les nourrices, lesquelles transmettront le mal à leur famille. Il est même prouvé que le père sans aucun chancre, mais qui a la vérole, peut avoir une postérité syphilitique. Voilà donc la vérole, qui devait s'éteindre avec la cicatrisation du dernier des chancres, qui renaît cependant et recommence ses ravages. Le principe contagieux peut donc être ailleurs que dans le pus chancreux, ailleurs que dans l'ulcération primitive.

L'analogie ne pouvait manquer de s'emparer de ce fait universellement reconnu, elle devait nous forcer d'admettre que, puisque la cicatrisation du chancre étant opérée, l'organisme pouvait encore contenir un principe contagieux transmissible à un autre être^ en multipliant les rapports, en variant les expériences, en puisant à diverses humeurs, on devait arriver à reproduire expérimentalement le fait de la transmissibilité de la vérole en dehors du chancre et sans la nécessité de son

produit. L'observation confirmant ici l'analogie avait déjà tàii prévoir les résultats de rexpérimentation^ et il faut le dire^ à toute autre époque que la nâtre^ elle aurait pu la rendre inutile^ car les faits d'infection de la nourrice par le nouveau-jié^ lequel ne porte presque que des acci* dents secondaires^ ces faits étaient extrêmement nombreux^ et dans ces derniers temps HH. Diday^ Bouchacourt^ Bardinet de Limoges et d'autres encore ont publié des observations avec des détails d'une précision qui ne laisse plus de place au doute.

D'ailleurs la transmissibilité de la pustule plate par les rapports intimes est généralement admise. On peut consulter sur ce point HH. Lagneau^ Baumes^ Cazenave^ Gibert et tous les hommes qui voient sans prévention. Pour peu que le cabinet d'un praticien soit fréquenté^ il lui arrivera^ s'il traite les deux conjoints^ d'observer la pustule plate chez l'un et chez l'autre dans des conditions d'origine^ de siége^ d'isolement de tout autre symptôme^ qui ne laissent plus de doute sur la contagion de cet accident. J'en appellerai d'ailleurs à H. Ricord luimême. On verra qu'il admet la contagion des accidents secondaires du nourrisson à sa nourrice ^ et la contagion -de la pustule plate chez l'adulte. Hais comme il le dit dans son Traité des maladies vénériennes, c'est par un procédé vital insaisissable ^. Ce médecin n'admet que la contagion^ c'est-à-dire l'inoculation physiologique; il nie encore l'inoculation expérimentale^ ce qui n'a aucune importance au point de vue pratique. D'ailleurs^ comme c'est surtout de la contagion en elle-même qu'il s'agit ici/ et non de tel ou tel procédé de contagion^ on voit que la question est résolue dans mon sens par H. Ricord lui-même^ ce qui fait que je suis toujours plus étonné des efforts d'imagination auxquels ce médecin se livre pour combattre aujourd'hui mon opinion.

Ainsi le fait clinique est reconnu par mes adversaires mémes^ taccident secondaire se transmet, puisque U. Ricord reconnaît la contagion de la pustule muqueuse^ accident qu'il classe parmi ceux appelés secondaires. Restait à établir le fait expérimental^ et c'était chose importante à une époque si éprise de l'expérimentation. Je ne saurais trop le répéter^ pour les praticiens^ pour les hommes dont l'esprit peut s'élever jusqu'à l'observation et à ses interprétations légitiines, le fait expérimental était parfaitement inutile à la question. Hais pour l'école^ surtout au point où elle en était naguère» il fallait descendre dans la voie expérimentale. Je l'ai fait, et le premier, en France, j'ai réussi à inoculer la pustule d'ecthyma secondaire.

i Voyez danB ce volume la secUon des Maladies des nouveaurfiés, * Voyez page 1S2 du livre de M. Ricord.

Au seul énoncé de ce fait^ et robservation complète étant encore dans mes cartons^ les attaques commencèrent^ et elles furent dirigées principalement sur Tobservateur. Je compris alors la position qu'on voulait me faire; je laissai couler longtemps en ^lence une prose peu scientifique^ sachant où elle tomberait tôt ou tard^ et je continuai à observer, à expérimenter. Pendant ce temps les hommes indépendants dont Tattention avait été éveillée observaient et expérimentaient aussi ; ils furent poursuivis^ comme moi^ par la même prose. On pourra voir^ en effets dans le corps de cet ouvrage^ des observations faites à Paris^ en Allemagne^ observations très-authentiques qui concordent fout à fait avec les miennes. Ces observations furent la base d'un travail dont je donnai lecture à la Société de chirurgie. Je provoquai ainsi une discussion dans le sein de cette Société. Plus tard on présenta à l'Académie de médecine^ un docteur allemand qui s'était inoculé un accident consécutif^ d'où une autre discussion qui^ pour tout homme indépendant^ a été une condamnation des doctrines que je combats.

On a objecté le petit nombre de faits qui prouvaient expérimentalement la transmissibilité de l'accident secondaire. On a même dit^ que si cet accident s'inoculait une fois, il pourrait s'inoculer toujours. D'abord il n'est pas inexact de dire que les faits d'inoculation sont rares. On aura une conviction contraire après la lecture, des leçons de Wallace reproduites dans les Annales des maladies de la peau et de la syphilis, et quand on aura parcouru ce livre. Ces faits seraient-ils rares, et, comme on a été obligé d'en convenir dans ces derniers temps, ne seraient-ils qu'exceptionnels, quils conserveraient leur valeur grande dans la question. On sait, en effet, que tous les fiiits négatifs possibles ne peuvent détruire un seul fait positif. H. Diflay, que M. Ricord s'obstine à citer comme partisan de sa doctrine, M . Diclay rapportant les expériences par lesquelles Wallace a prouvé la trantmissibilité de l'accident secondaire, dit : a Ces observations sont peu nombreuses, il est vrai; mais, comme faits positifs, elles n'ont pas h()Holn de l'être davantage pour ébranler une sécurité qui repose sur daa Aiiti négatifs ^ o M. Ricord, qui avait prétendu, à la Société de (Chirurgie, que si l'accident secondaire s'inoculait une fois, il s'inoculemit toujours, n'a plus reproduit cet argument à l'Académie de méde- <)ine, parce que, dans le temps qui s'est écoulé entre les deux discusaioni, il lui a été fait une réponse expérimentale, après laquelle il n'y A qu'à garder le silence sur ce point. Il a été prouvé, ce que je savais

( Oaiette médicale, 6 octobre 1849. C'est aosfil M. Diday qui a publié le fait le plui concluant d'inoculation du dumere à la brute, ce qui n'était paa admis par H. Hloord.

d'ailleurs^ que le chancre inoculé par le meilleur procédé, par le meilleur expérimentateur, ne se reproduisait pas toujours. Donc, le chancre ne peut se transmettre que dans certaines conditions. Eh bien 1 il doit en être de méraie de l'accident secondaire. Seulement, comme les principales conditions favorables au succès de l'inoculation du chancre sont connues (vu le grand nombre d'expériences qui ont déjà été faites dans ce sens), tandis que l'accident secondaire ayant moins été étudié à ce point de vue, ses conditions d'inoculabilité sont presque inconnues, on réussit moins souvent quand on veut l'inoculer. Cependant on peut dire déjà que l'accident secondaire, qui doit surtout être inoculable, est celui qui est purulent ; or cet accident, représenté par l'ecthyma, est rare. Cette espèce de syphiiide est composée de plusieurs variétés : une h&tive nombreuse, c'est une éruption qui s'opère quelquefois peu de temps après la cicatrisation du chancre ; il arrive qu'elle se répand sur la peau comme une vaiicèle ; les pustules ont une croûte peu épaisse qui, en tombant, ne laisse point d'ulcération, ou bien celle-ci est superficielle. Je puis presque avancer que cette variété est plus facilement inoculable que la variété tardive survenant à l'époque où les os se prennent : le nombre des pustules est alors très-limité, on les observe aux membres, aux jambes surtout ; elles sont d'ailleurs très-volumineuses, et leur croûte épaisse laisse en tombant une profonde ulcération. Ces pustules étant plus tardives doivent s'inoculer moins facilement. Ce fait a été noté dès qu'on a commencé à observer la syphilis. Ainsi à la fin du seizième siècle. Hercule Saxania établit dans son livre ^ que la vérole ancienne et confirmée était moins contagieuse que la maladie récente ou peu invétérée. Quoi qu'il en soit, les conditions voulues pour que l'accident secondaire s'inocule étant presque complètement ignorées, ceux de ces accidents qu'on a pu inoculer avec succès étant rares et les expériences étant entreprises depuis peu, tandis que le contraire existe pour le chancre, il n'y a pas lieu de faire un argument du nombre des succès obtenus en expérimentant les accidents soit primitifs, soit consécutifs.

D'ailleurs, on n'a pas assez varié les procédés. Je suis persuadé que certaines lésions non syphilitiques, qu'on considère comme ne pouvant être inoculées, finiraient par l'être si Ton saisissait Tinstant où elles contiennent la matière inoculable. Ainsi, jusqu'à présent, quand on a voulu inoculer le cancer, on a pris sur les ulcères de l'ichor ou bien des détritus de la matière cancéreuse. Hais est-ce bien ce qu'il fallait inoculer? N'est-ce pas plutôt la cellule à certaine période, à un âge

' De lue venerea.

m NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

peu avncé qu'il fallait transplanter? Ce qui me porterait à penser que c'est surtout cet élément quil faut saisir^ c'est le succès obtenu par Langenbeck. Cet expérimentateur a pris des cellules fraîches provenant d'un cancer encore chaud enlevé de Thumérus^ et les a introduites dans les vaisseaux sanguins d'un chien. Il est parvenu ainsi à faire naître Ses tumeurs cancéreuses dans les poumons de cet animal ^

Pour en revenir à l'accident syphilitique consécutif^ je dnrai qu'en France il n'avait guère été inoculé que par le procédé ordinairement employé pour le chancre , c'est-à-dire qu'on avait employé la lancette comme s'il s'agissait de la vaccination. Or^ on sait que le mode d'appli* cation de la cause peut avoir une grande influence sur les efl*ets. J'ai déjà prouvé que^ pour l'inoculation du chancre aux animaux, le procédé ordinaire ne suffisait pas^ puisque M. Auzias a été obligé d'en employer un autre que j'ai déjà décrit. En dehors même de l'inoculation de la syphilis^ on trouve des substances qui restent inertes par l'inoculation ordinaire, et qui produisent des résultats très-marqués par un autre mode d'application. La pommade stibiée est dans ce cas : je l'ai inoculée sans succès, tandis qu'en frictions elle produit des pustules. La pustule plate, qui se transmet si bien par le co!t longtemps continué, répété, et par l'allaitement , n'est pas inoculable par une simple piqûre de lancette. Hais, si on applique préalablement un vésicatoire et si l'on panse la peau dénudée avec la charpie imbibée du pus de la pustule, enfin, si le procédé de Wallace est suivi comme M. Bouley Ta fait, comme je l'ai répété, l'inoculation réussit alors. Il est probable aussi qu'une simple piqûre avec une lancette imbibée d'un sang syphilitique ne produirait pas de résultats positifs. Hais si, comme Ta fait Waller (de Prague], on scarifie la peau, si Ton introduit avec un instrument particulier du sang infecté dans chaque petite incision , et si le tout est recouvert avec ce môme sang, on a de fortes chances de réussir, comme Waller.

Après les arguments que je viens de produire et de combattre, on en est venu à d'autres qui devenaient de moins en moins scientifiques, et cela à mesure que nos adversaires perdaient du terrain. D'abord les observations laissaient à désirer comme authenticité ; le diagnostic de l'accident inoculé n'avait pas été bien fait : au lieu de puiser à un accident consécutif, on avait puisé à un chancre; puis des allusions, tantôt à la crédulité, tantôt à la mauvaise foi des observateurs, etc. Toutes les causes perdues en viennent là. Pour ce qui est des expérir mentateurs, je citerai Wallace, Waller, ayant été à la tète d'un grand service vénérien; HH. Bouley etRichet, ayant expérimenté à l'Ourcine,

» Voyez VEncyciopédie anatomique, t: XI, page 279.

et M. Cazenave^ l'auteur du Traité des syphilides, ayant expérimenté à Saint-Louis. Les élèves qui ont recueilli les observations à Paris, et dont je me rappelle les noms^ sont HM. Pellagot^ Schneph^ Lafargue, Piberet^ Rossen^ Codet^ Dubreuil^ Duménil, tous internes distingués.

Maintenant je supplie les médecins qui ont pris au sérieux cette question^ et qui voudraient enfin conclure^ je les supplie de lire mes observations^ celles des internes cités^ et celles de mes confrères adhérents^ qui toutes prouvent la transmissibilité de la vérole autrement que par le pus cbancreux (ces observations sont surtout au chapitre des plaques muqueuses^ au chapitre des syphilides et quand il s'agit de l'exostose). Après cette lecture^ ils devront consulter les faits dont la prétention est de prouver le contraire (on les trouvera dans le Traité des maladies vénériennes de M. Ricord); alors, après avoir pesé les observations des deux côtés, on verra où sont les conditions qui constituent l'authenticité. On sera frappé de deux choses en lisant le livre cité : d'abord du petit nombre d'expériences qui ont été faites, du décousu, puis de l'absence de détails ; enfin du peu de temps que les malades sont restés sous l'observation après l'expérience. Or, il est à tout instant question de très^ombreuses expériences négatives, absolument comme quand il s'agissait de Tinoculation des brutes! Eh bienl allez aux sources, comparez, et vous verrez quel chiffre on peut vous offrir ! Il, est bien entendu qu'il est question ici des sources authentiques , des livres, des écrits et non des conversations privées. Ainsi, quant aux observations qu'on nous oppose, M. Velpeau l'a déjà prouvé dans un discours qui restera comme une critique des plus écrasantes , elles ont été réduites à l'état de simples assertions, n'ayant pas toujours un caractère sérieux. Waller, de son côté , n'a pas manqué de faire remarquer le peu de temps qu'on a mis à observer les sujets auxquels on avait inoculé l'accident secondaire ; car l'incubation étant quelquefois très-prolongée , comme on le voit dans les observations de Wallace et du médecin de Prague, il est possible que M. Ricord ait considéré comme des cas d*insuccès quelques-uns de ceux dans lesquels il aurait réellement inoculé l'accident secondaire. M. Ricord, en ce cas, n'aurait pas été le seul à réussir sans le savoir. On n'a qu'à parcourir les ouvrages de ce médecin pour s'en convaincre. M. G. Blackman dit, dans la première édition de la traduction de ce livre, qu'on pour* rait prouver à H. Ricord qu'il admet la transmissibilité des accidents secondaires, et cela dans son Traité de l'inoculation^ iàm ses Lettres sur la Syphilis, dans ses notes à Hunter *.

* Voyez A Treatise on Venereal Diseases by Vidal (de Cassis) translated by G. Blackman, p. 56.

tt4 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

On a pu voir que je n'ai pas été absolu quand j'ai parlé de Tincubation de Taccident secondaire , car elle peut manquer^ ou bien il survient d'abord une petite pustule qui avorte, et quelque temps après la véritable pustule se produit. Il semble alors que la première pustule n'est qu'un effet traumatique ou d'irritation^ tandis que l'autre est un effet spécifique.

D'ailleurs M. Ricord^ depuis que j'ai soulevé cette question de la transmissibilité des accidents secondaires^ n'a guère examiné sérieusement les observations, il les a rejetées sans examen, et ici les observateurs n'ont pas dû être blessés du procédé de ce confrère, car il en ferait autant pour celles de ses élèves et pour les siennes. M. Malgaigne a dit en pleine tribune , dans la discussion sur les tubercules du testicule : H. Ricord a commencé par rejeter les observations de ses confrères, il en a fait autant pour celles de ses élèves, recueillies sous ses yeux , et pour les siennes quand elles venaient à le contrarier ^. Comme on le pense bien, si H. Ricord traite ainsi l'observation quand il s'agit de tubercules testiculaires , que doit-il faire quand il s'agit d'observations compromettantes pour son système ! Aussi écoutez les discours, lisez les écrits de H. Ricord répondant aux raisonnements, aux faits que je produisais, répondant à tous les orateurs de l'Académie qui venaient à la tribune, les mains pleines d'observations ; œtte réponse est toujours la même : c'est tout simplement ce qu'on appelle une question de principe; car M. Ricord, supposant démontré ce qui est précisément en question, et son opinion étant sur ce point inébranlable, répond par la question, c'est-à-dire par son opinion. Tous ces discours, enfin, peuvent se résumer par ces mots : le chancre seul est inoculable. Or, c'est précisément ce qu'on mettait en question, c'était le contraire qu'on venait de prouver par les faits. Ce vice de raisonnement n'est pas né d'aujourd'hui chez M. Ricord, car il y a longtemps qu'on le lui signale, et cela dans de bonnes intentions. Ainsi on verra, dans une thèse, M. Hélot, ancien interne de l'hôpital du Midi, dire : a Mon cher maître, vous avez établi la valeur de l'inoculation sur une pétition de principes. » D'ailleurs, il en est à peu près de même de

' Voici les paroles mêmes de l'orateur. On remarquera que M. Malgaigne est Taml de M. Ricord, et que c'est dans un journal ami qu'elles sont copiées. « M. Ricord, possesseur d'un théâtre d'obsenatiuns le plus vaste qu'on puisse désirer, a commencé par mettre de côté les observations des autres ; puis, sa doctrine faite, il en est venu à mépriser les observations de ses élèves recueillies sous ses yeux, dans son propre senice, et enfin, le dirai-je, à ne tenir nul compte de ses observa- Uons à lui-même quand elles venaient à le contrarier. » On lit cela dans V Union médicale^ 30 août I85l. "

NOTIOiNS PUÉLIMLNAlKbiS. (fô

tous tes systématiques. Aussi n'est-ce pas pour eux que j'écris : j'écris pour ceux qui veulent encore examiner^ et je crois leur avoir fourni dans ce livre des éléments de conviction que j'ai puisés à trois sources : Tanalogie, l'observation et l'expérimentation. Depuis la publication de la première édition^ ce livre a été couronné par le premier corps savant de France. L'Institut m'a accordé une récompense de deux mille francs pour avoir contribué à établir la transmissibilité des accidents seconr daires de la syphilis. Ainsi l'Institut et l'Académie de médecine se sont trouvés ici unanimes. Les livres classiques les plus estimés se sont prononcés. Dans la traduction anglaise de mon livre^ M . Biackman a dressé la liste des partisans de la transmissibilité des accidents secondaires. Cette liste est très-remarquable par le nombre et la haute position des adhérents. (Voyez cette traduction, loc. cit.) Les journaux français et étrangers qui se sont occupés de mon livre l'ont soutenu et ont approuvé mes opinions. La Gazette médicale ^y en rendant compte de la séance de llnstitut pour la distribution des prix^ dit : a Les maladies syphilitiques ont eu l'honneur d'obtenir dans le rapport un chapitre à part. En effets elles ont fait beaucoup de bruit dans ces dernières années^ principalement à l'endroit de la transmissibilité des accidents secondaires et des formes que peuvent revêtir les accidents tertiaires. Relativement au premier point de vue^ H. Vidal s'est distingué par la fermeté de ses convictions et la précision des faits qu'il a rapportés pour les établir. C'est un pas dans l'histoire phénoménale de la maladie. Il ne manque plus à ce chapitre que d'y joindre la détermination des conditions qui décident la transmissibilité des accidents syphilitiques secondaires de la part de celui qui les donne et de la part de celui qui les reçoit, d J'ai cité ce passage d'abord pour m'appuyer de l'opinion de H. J. Guérin^ à laquelle je dois tenir pour beaucoup de raisons, et surtout pour reproduire le vrai programme des travaux à entreprendre. Il s'agit, en effet, de déterminer les conditions de transmissibilité.

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