‹ Traité des maladies vénériennesChapitre 17 sur 76 · BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME

de coutume^ surtout en avant, où Ton voit de petites saillies serrées et semblables à de petites végétations. Plus haut, la teinte rouge est bien moins foncée. Le col de Putérus est un \>eu plus rouge que la partie du vagin qui l'entoure. Son ouverture qui est une fente transversale assez large, indique que cette femme a été mère. La cavité du col a une couleur rouge presque violette. Le tissu de la mafrice n'est pas enflammé^ mais sa membrane muqueuse est d'une couleur lie de vin très-foncée. L'inflammation se continue dans les trompes qui ne sont pas oblitérées, du côté de la matrice. La cavité de ces diverses parties contient un mucus puriforme assez abondant; on n'y trouve point d'ulcérations. Dans toute l'étendue de l'abdomen, excepté dans le petit bassin, lo péritoine est parfaitement sain. Les intestins ne nous ont pas présenté la moindre perforation. D'ailleurs le péritoine, à sa surface^ n'offrait aucune altération; mais dans le cul-de-sac vésico-utérin, en bas de la face postérieure de la vessie et de la face antérieure de la matflcei existaient de fausses membranes rougefttres, molles, granuleuses, minces et faciles à détacher. Dans le cul-de-sac utéro-rectal, le péritoine est également enflammé, livide çà et là et recouvert d'adhérences filamenteuses qui s'étendent de la matrice au rectum ; des adhérences également filamenteuses recouvrent les ligaments larges, les ovaires et les trompes, à tel point qu'on ne peut retrouver les franges de la cavité gauche, qui est ainsi oblitérée. Malgré les adhérences nombreuses qui environnent le pavillon droit, sa cavité communique encore avec le péritoine *. »

Si la fièvre typhoïde n'avait pas tué cette femme, elle aurait vécu avec le pavillon de la trompe gauche oblitéré, et comme les franges du côté droit auraient pu empêcher le pavillon de ce côté de s'incliner vers l'ovaire, il aurait pu y avoir stérilité. D'ailleurs ce n'est pas la première fois qu'on a trouvé des oblitérations du pavillon et des trompes chez les femmes vénériennes. Ce fait d'anatpmie pathologique avait même été signalé par Horgagni. H. Mercier a demandé si là ne serait pas la cause principale de la stérilité chez les prostituées.

W^ïHgnomtle* — En décrivant les trois variétés, je crois avoir suffisamment établi le diagnostic quant au siège. Je n'ai rien dit alors de l'acidité de l'humeur pour la vaginite, de l'état alcalin pour les autres blennorrhagies^ ni des animalcules, parce qu'il est reconnu que ces caractères sont loin d'être constants et d'avoir l'importance qu'on leur a attribuée. Sur ce point encore^ je suis d'accord avec M. Baumes. Le diagnostic^ quant aux causes, à la connaissance de la nature de l'écou-

* Gazette des hôpitaux, t. Vlll, 2« série, p. 432.

facilement sous forme de squames et laisse au-dessous une teinte comme un vernis d'un rouge brun (teinte syphilitique). 11 est rare d'ailleurs qu'il n'y ait pas alors quelques syphilides. L'eczéma laisse aussi des excoriations qui pourraient être confondues avec celles de la vraie balanite^ mais on voit avant ou après de petites vésicules; il y a beaucoup de démangeaison, et souvent TafTection se répète sur d'autres points du tégument.

Promostie. — Ce que j'ai dit des terminaisons indique le pronostic. Comme affection locale, cette maladie est une des plus bénignes quand elle n'est pas compliquée. Mais elle peut être le point de départ de l'infection syphilitique, même sous sa forme en apparence la plus légère, sous celle qui a été considérée comme simplement catarrhale.

lVatare« — Les mêmes dissentiments qui existent sur la nature de la blennorrhagie urétrale se reproduisent ici. Mais, comme ici les surfaces peuvent être directement explorées, dans quelques cas, et que le chancre larvé ne peut venir obscurcir la vérité, la vérité, pour les esprits indépendants, se montre au double jour de la clinique et de l'expérimentation. L'observation, en effet, prouve que la balanite, sous ses deux formes, c'est-à-dire sans érosion et avec érosion, a été suivie des accidents consécutifs qui décèlent la vérole, c'est-à-dire de l'infection de l'organisme. Les expériences ont parlé dans le même sens. En effet, le produit de sécrétion de la muqueuse balano-préputiale a pu être inoculé avec succès, et cela lorsqu'il n'existait aucune ulcération, et sans la moindre érosion, la moindre solution de continuité de la muqueuse.

Il était impossible de nier les faits cliniques. On les a donc expliqués autrement que nous. Lesfaitsd'expérimentationontéténicstoutsimplement. Ces faits, cependant, se sont produits à l'hôpital du Midi : ils ont été recueillis par un interne que j'ai connu, et qui les a consignés dans sa thèse inaugurale. Le docteur Bartholi avance même qu'il compte par trentaine les observations de ce genre. Une de ces observations est surtout remarquable. Dans un cas de balanite, sans la moindre exfoliation de la muqueuse, sans aucun autre symptôme vénérien, il survint une adénite qui fut traitée par les ponctions multiples. Chaque piqûre fut transformée en chancre. Du pus puisé à une de ces ulcérations, et inoculé, fil naître ce qu'on appelait alors, à l'hôpital du Midi, la pustule caj^actcristique, c'est-à-dire celle qui précède le chancre (la thèse de M. Bartholi a été soutenue, à Paris, en 1845 ; elle est sur la syphilis et les scrofules). Je n'ai pas répété ces expériences, parce que la nature syphilitique de la balanite, sous la forme qu'on appelle simplement catarrhale, n'a jamais été douteuse pour moi, depuis que j'ai pu suivre pendant quelque temps les malades qui en avaient été affectés.

BLENNOHRHAGIE EN GÉNÉRAI.. fT?

Il est donc démontré que la blennorrhagie ba1ano*{yré|HitiaIe^ som^ sa forme ulcéreuse comme sous sa forme non ulcéreuse, peut être «o»tilgieuse^ inoculable et le point de départ d'accidents consécutif!», timt comme certaines blennorrhagies urétrales. Seulement le feit peut étr» phis directement démontré ici, puisqu'il s'agit d'une Uennarrhagieexterne^ c'est-à-dire d'une maladie qui est entièrement sous nos sens& Aussi, selon moi, l'histoire de cette blennorrhagie jette te plus gran^ jour sur l'histoire de toutes les autres blennorrhagies.

Tralteai^iit. — Je n'indiquerai ici que le traitement local, car I» traitement général, ou pour mieux dire spécifique, sera ensiifnfl quand il s'agira du chancre. Ce traitement spécial sera entrepris touttsi les fois qu'on n'aura pas la certitude que la balanite est de cause pby^ aique ou simplement irritante.

Pour le traitement local, on peut se borner à des soins de propreté^ à l'interposition d'un linge fin entre le prépuce et le gland. Ce systtens' d'isolement doit être employé dans tous les. cas où il y a possibilité. Rien n'entrave plus la résolution que le contact, le frottement d-une* muqueuse malade avec une autre muqueuse. Au lieu de linge, on peut se servir de charpie, de coton. Je dirai bientôt quel est le liquidi! qui doit les imprégner. Dans le plus grand nombre des cas, à l'eaiv ordinaire comme lotions, comme bains locaux, on substitue l'eau, blanche, une solution de nitrate d'argent. La formule que j'adopte^ai déjà été donnée quand j'ai établi le traitement de la blennorrhagie :•

Aiotate d'argent 2 déeigr.

Eau 200 grammes.

M. Baumes préfère :

Azotate d'argent 2 à S déeigr.

Eau 60 grammes.

M. Desruelles imbibe des bandelettes avec la solution suivante r

Eau 32 grammes.

Azotate d'argent 1 gramme.

Les bandelettes appliquées sur le gland, on ramène par^lessns I» prépuce. Quand le gland ne peut être découvert, on fait des injections^ entre lui et le prépuce avec la même solution.

!• Traitement de M. Ricord. — Quand le gland peut être mis à découvert, passer rapidement le crayon de nitrate d'argent sur toutes les surfaces malades. Application d'un linge fin sur lequel on ramène le prépuce. Après cette opération, fomentations avec eau de Goulard dont

on imbibe des compresses. Changer le linge fin deux fois par jour, et chaque fois, lotion avec eau légèrement saturnine.

Quand il y a inflammation trës-aigi;ê, complication de phimosis congénial ou accidentel, antiphlogistiques actifs, c'est-à-dire sangsues au pénii, au pli génito-crural de chaque côté, mais jamais sur la verge même. Bains locaux avec décoctions de racine de guimauve, de graine de lin, avec lait tiède, puis décoctions de moreile, de têtes de pavot. Injections entre le prépuce et le gland avec ces narcotiques légers. Une ou deux mouchetures de chaque côté de la partie inférieure du prépace quand il y a beaucoup d'oedème et peu d'inflammation. Éviter cette peti^ opération quand il y a érysipèle, préférer alors les sangsues comme il a déjà été indiqué.

S'il y a menace de gangrène, fomentations avec un soluté d'extrait gommeux d'opium, injections avec le même liquide dans la cavité préputiale ; à Tintérieur, un grain d'opium répété plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Le même narcotique s'administre en lavements avec 8 ou 10 grains de camphre.

2* Traitement de t auteur. — Je pratique une injection entre le prépuce et le gland d'après la formule déjà indiquée, et je passe aussi le crayon au nitrate d'argent sur toutes les surfaces malades quand elles peuvent être découvertes. Mais je ne me suis jamais trouvé dans la nécessité de pratiquer ni saignée locale, ni moucheture dans les cas de complication inflammatoire ou œdémateuse. Ceci n'est pas un blAme de la pratique que je viens d'exposer. Je désire seulement faire connaître comment je procède. Quand l'inflammation est très-vive, quand le sujet est jeune, sanguin, je préfère la saignée du bras. Je fais répéter les bains généraux, j'ordonne des fomentations avec la décoction de feuilles de morcUe, et après on couvre la verge d'un cataplasme de farine de lin arrosé avec extrait de Saturne.

II est des praticiens qui débrident le prépuce quand, avec un phimosis accidentel ou congénial, il y a une complication inflammatoire. Sans doute, il y a souvent avantage à faciliter le développement des tissus enflammés, car on peut ainsi éviter la gangrène. Mais dans la cavité préputiale et quand on croit à une balanite simplement inflammatoire, il peut y avoir un chancre caché; la plaie de l'opération pourra donc être inoculée ; elle sera, alors transformée en un large chancre qui souvent prendra la forme phagédénique. Je conseillerais plus volontiers le débridement, ou mieux la circoncision dans les cas d'inflammation chronique, surtout quand il y a possibilité de reconnaître que cette inflammation est limitée ru gland. Ainsi, il y a peu de jours, j'ai opéré un malade qui se trou' dans ce cas. 11 avait un phi-

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