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CHAPITRE III

BLENNORRHAGIE cÂeZ LA FEMMB.

L'inflammation spéciale que je vais décrire atteint plusieurs muqueuses. La femme donc peut avoir plusieurs blennorrhagies. Elles se confondent trop souvent pour que je les décrive dans des articles sépa^ rés, comme je l'ai fait pour l'homme. Je préfère n'établir ici que des variétés que je décrirai dans le même chapitre.

Pour peu que la vitalité des organes génitaux de la femme soit modifiée, ils deviennent le siège de certaines sécrétions morbides confondues sous la dénomination de flueurs blancheSy qui peuvent communiquer des blennorrhagies et ont nécessairement été considérées elles-mêmes comme des blennorrhagies. La femme peut donc donner un écoulement qu'elle n'a pas reçu et celui qu'elle a reçu. C'est ce qui a fait dire que, quant à la blennorrhagie^ la femme donne plus qu'elle ne reçoit.

Mése. — Placer exclusivement le point de départ de la phlegmasie à la vulve, au vagin ou à l'urètre, c'est s'exposer à sortir des faits. La blennorrhagie peut avoir ces trois points de départ, et c'est plus souvent par le vagin qu'elle débute. Voilà ce qu'on peut dire de plus positif. Elle peut être limitée à un des points indiqués, en envahir plusieurs et s'étendre en même temps sur toute la muqueuse génitale et sur celle de l'urètre.

vartétés. — Je vais étudier la blennorrhagie chez la femme dans ces trois régions. Je diviserai donc cette maladie en trois variétés qui seront basées sur le siège. H y aura ainsi une variété vulvaire, une vaginale à laquelle je joindrai les variétés utérineB^ et une urétrale. On verra dans les doux premières variétés des analogies avoc la blennorrhagie balano-préputiale, analogies qui avaient déjà été remarquées par Hunter.

!• Blennorrhagie vulvaire. — On sait que la vulve comprend le cli-

loris et son prépuce^ le vestibule, les petites et les grandes lèvres, les caroncules et ce qu'on appelle Tanneau vulvaire. Ces parties peuvent être affectées séparément, ce qui est très-exceptionnel. Dans le plus grand nombre des cas, la vulve est prise dans son ensemble. La biennorrbagie est superficielle, c'est-à-dire simplement érythémateuse et bornée à la muqueuse; ou bien les glandules, les tissus, qui doublent cette membrane, prennent part à Tintlammation. La phlegmasie peut même s'étendre à la peau qui avoisine les parties génitales, surtout chez les femmes qui ont beaucoup d'embonpoint.

En général, la blennorrbagie vulvaire est avec prurit très-incommode, chaleur vive, rougeur très-prononcée, tuméfaction. Il y a quelquefois des érosions comme dans la balanite. Chez beaucoup de femmes, le début est marqué par de grands désirs vénériens. Mais c'est exceptionnelleroent que cette espèce de nymphomanie suit toutes les phases de la blennorrbagie. La marche échauffe les parties et les rend douloureuses. Quelquefois la malade souffre en s'asseyant. Même en l'absence de toute urétrite, l'émission de l'urine est douloureuse, surtout à la fin, quand les dernières gouttes se répandent en nappe sur la vulve enflammée.

Il y • souvent un gonflement œdémateux et inflammatoire en même temps; il peut aller jusqu'à l'oblitération du vagin, à l'étranglement, à une espèce de paraphimosis des nymphes. L'urètre même est quelquefois comprimé, d'où douleur pendant tout le temps de rémission de l'urine, car il y a dysurie. A ce degré de Tinflammation, quand elle s'étend à la peau de la vulve et des parties voisines, l'humeur est trèsacre et la femme exhale une odeur des plus fétides. Les glandules qui doublent la membrane muqueuse de la vulve, celles qui sont dans l'épaisseur des lèvres, peuvent être envahies par l'inflammation. Uuand on croyait que l'écoulement blennorrhagique n'était autre chose qu'une matière séminale, on plaçait le siège de la maladie à ces glandes considérées alors comme des réservoirs du sperme. Ainsi on peut voir dans Astruc que a les prostates, les glandes de Cowper» sont considérées comme des points de départ de la blennorrhagie. Pour ce qui concerne la femme, cet auteur dit très-explicitement que ces dernières glandes a sont situées dans le périnée, près de Tanus, lesquelles a s'ouvrent dans la vulve par deux conduits qui sont au commence- « ment du vagin, près des caroncules myrtiformcs *. » Ce sont là évidemment les corps glanduleux décrits naguère par M. Huguier. Eh bien ! ces glandes peuvent aussi s'enflammer comme les follicules plus

* Traité des maladies vénériennes y t. III, p. 7.

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ou moins profonds, et alors la vulviie revêt une forme phlegmoneuse. Il se forme des abcès qui, s'ils ne sont pas ouverts convenablement, peuvent très-bien devenir le point de départ d'une fistule borgne, c'est-à-dire avec une seule ouverture à la vulve, ou d'une fistule complète dont la seconde ouverture sera au rectum, très-près de l'anus. J'ai depuis très-longtemps fait connaître les caractères de ces abcès et indiqué les conséquences qu'ils pouvaient avoir.

Selon que la vulvite est plus ou moins superficielle, plus ou moins récente, selon qu'elle s'étend en profondeur, en surface, elle peut donner lieu à un écoulement d'abord muqueux, puis muco-purulent, puis tout à fait purulent. Le pus s'offre ordinairement avec tous ces caractères quand les glandes ont suppuré. Si l'inflammation s'est étendue à la peau voisine, il suinte de cette surface une humeur comnoe celle d'un vésicatoire. C*est alors surtout que la fétidité est insupportable.

La vulvite est observée assez souvent chez les petites filles un peu lymphatiques. Elle se manifeste d'abord par un écoulement muqueux qui se (rouble peu à peu; elle peut être avec des démangeaisons et 'quelquefois avec des cuissons et une véritable douleur. Dans le plus grand nombre des cas, cette blennorrhagie est spontanée. 11 est rare qu'elle soit due à des attouchements.

â® Blennorrhagie vagino-uiérine. — Sous ce titre, j'étudierai la blennorrhagie qui se borne au vagin et celle qui remonte jusqu'à la matrice. La vaginite est une extension de la vulvite, ou bien, ce qui est le plus fréquent, c'est la vaginite qui commence. Le vagin peut être entièrement envahi, ou seulement dans sa portion la plus voisine de la vulve, ou celle qui embrasse le col utérin. Si la blennorrhagie se borne au •cul-de-sac en rapport avec le col, et si l'humeur s'accumule dans cette impasse, on peut, si l'on visite superficiellement une femme, la décladrer saine quand elle recèlera en réalité de quoi infecter très-facilement •celui qui aura des rapports avec elle. Il faut introduire le doigt profondément dans le vagin, déprimer sa face postérieure, former là un sillon. On voit alors l'humeur filer le long du doigt pour arriver à la vulve. Jl vaut encore mieux, lorsqu'il y a possibilité, appliquer le spéculum 'et examiner avec soin l'état de la muqueuse à mesure qu'on retire il'instrument.

Ici encore l'inflammation peut n'être qu'érythémateuse, catarrhaléou phlegmoneuse, selon qu'elle se borne à la surface muqueuse ou qu'elle envahit la doublure du tégument et les follicules muqueux, ce qui rend ia maladie très-tenace. En parlant de la vulvite, je n'ai pas fait mention des phénomènes qui se passent dans la sphère génitale et plus loin, jMirce qu'ils sont rares alors. Mais quand il y a vaginite, il est fréquent

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d'entendre les femmes se plaindre de pesanteurs aux aines, d'embarras^ de douleurs dans le bassin, d'un malaise général, de courbature. La douleur locale est ici généralement moins prononcée; il est même des femmes qui ne souffrent à aucune période de la vaginite et chez lesquelles le coït n'éveille aucune sensation désagréable. Or comme quelquefois elles le désirent plus que jamais, les hommes qui vivent dans leur société se trouvent fort exposés. Il arrive num que la vaginite est irès-douloureuse, que le toucher le plus méthodique est insupportable et que la femme souffre même pendant la défécation. On observe surtoutces phénomènes de sensibilité quand Tinflammation de la muqueuse passe aux tissus sous-jacents. Si en général la douleur est moindre dans la vaginite, l'écoulement, au contraire, est plus considérable. L'inspection du vagin montre la muqueuse plus rouge qu'à l'état normal; la rougeur est vive, franche, et elle se fait principalement remarquer sur les rides alors plus saillantes. Quelquefois la surface vaginale a l'aspect d'une plaie qui bourgeonne : c'est alors ce qu'on a appelé la vaginite populeuse ou granuleuse. M. Deville croit qu'elle est spéciale aux femmes enceintes. Il est vrai qu'on l'observe plus souvent danë cette circonstance, mais elle peut être constatée aussi chez la femme en dehors de l'état de grossesse.

Comme on a vu chez l'homme la blennorrhagie débuter par la fosse naviculaire, parcourir l'urètre, aller jusqu'à sa partie la plus profonde, et là s'établir à l'état chronique, se compliquer d'un gonflement prostatique, on voit aussi, chez la femme, la blennorrhagie commencer par la vulve, parcourir le vagin, séjourner à son cul-de-sac et se fixer au col de l'utérus qui se gonfle et subit diverses modifîcations pathologiques. Ce sont les altérations de cette partie de la matrice, ce sont les sécrétions morbides dont elle devient le siège qui, pour le dire en passant, donnent le plus de chaudes-pisses. A cet état chronique, la femme ne souffre nullement du coït. Comme la maladie est ancienne, elle croit qu'elle est passée, et les sécrétions morbides sont confondues par elle avec les écoulements qu'on appelle flueurs blanches.

La blennorrhagie peut même aller plus loin ; elle peut parcourir l'intérieur du col de l'utérus. Alors l'humeur est plus muqueuse, elle sort du vagin par masses filantes; elle a une ténacité qu'on n'observe pas quand il y a seulement vaginite. Enfin, le corps même de l'organe peut être envahi et on a même des raisons de croire que l'inflammation pourrait arriver aux ovaires par les trompes d'Eustache, comme elle arrive aux testicules par le canal déférent à une certaine pci ioJe de la blennorrhagie urétrale chez l'homme.^ Quand je traiterai des accidents, je citerai des faits qui semblent autoriser à admettre une ovarite bien-

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norrhagique^ laquelle serait l'analogue de rorchite blennorrhagique.

2^ Blermorrhagie uréirale. — L'urètre est d abord affecté ou bien c'est consécutivement par extension de Tinflammation de la vulve ou du vagin. La symptornatologie de la bicnnorrhagie urétrale chez la femme ressemble beaucoup à celle de Turétrite chez Thomme. Il y a quelquefois une légère démangeaison, une cuisson qui se transforme en une douleur véritable^ douleur qui devient brûlante pendant rémission des urines. Pour acquérir la crrtiluiie que le siège de Tintlammation est réellement à Turètre^ on introduit le doigt index dans le vagin^ on tourne sa face palmaire vers le pubis et Ton presse sur Turèlre, en allant du col de la vessie au méat. Dans les cas d'urétrite, le cordon formé par Turètre dans le vagin paraît plus volumineux : il est plus sensible^ et la pression amène à l'extérieur une quantité plus ou moins considérable de muco-pus.

AccMents. — Les accidents de 'la blennorrhagie, chez la femme^ sont bien moins nombreux que chez l'homme. On a de moins ici la prostatite^ Tépididyniite. Quant à l'ophthalmie et à l'arthrite blennorrhagiques. elles s'observent moins souvent. L'inflammation du corps de la vessie, celle suilout du col de cet organe, est bien moins fi'équente que chez l'homme. Un accident qu'on peut comparer en quelque sorte à l'orchite, c'est l'ovarite. Je l'ai constatée plusieurs fois; elle n'a pas échappé à l'observation de M. Riçord, et, dans ces derniers tenips^ M. Mercier a prouvé par l'anatomie pathologique que non-seulement l'inflammation pouvait envahir les trompes, enflammer les ovaires^ mais aller jusqu'au péritoine, donner lieu à une inflammation de cette séreuse, à l'oblitération des trompes, et devenir ainsi une cause de stérilité.

Voici les symptômes de l'ovarite blennorrhagique. Après ceux de la vulvite et de la vaginite, après quelques accidents du côté de l'utérus^ on observe des douleurs dans une ou dans les deux régions iliaques, avec tension, gonflement, douleur à la pression. Un signe qui a paru constant h M. Ricord, et auquel il accorde la plus grande valeur, c'f^st celui-ci : Toutes les fois qu'on fait coucher une femme ainsi malade sur le côté où existe le gonflement, la douleur diminue, car, à mesure que la position change, les tiraillements exercés par l'organe affecté diminuent, et par suite la douleur dont ces tiraillements sont la cause.

Quelquefois l'affection se propage à l'utérus et à l'ovaire, non pas pendant le fort de la vaginite, mais après un certain temps, comme on voit chez Thomme Torchite survenir après le deuxième ou le troisième septénaire de la blennorrhagie. En général, il existe l'analogie la plus

m MALADIES VÉNÉRIENNES DITES PRIMITIVES.

«purfflHe entre i'ovarite blennorrhagique et Torchite. Presque toujours fon (rfytîent la guérison. La suppuration a lieu très^rarement. Je crois il-avoir observée une fois. C'était une ovarite qui survint après une ■vaginite intense^ avec extension à Tutérus. Il y eut douleurs trè&-vives 5wrs les deux fosses iliaques^ douleurs qui néanmoins n'étaient pas «aanifestement augmentées par la pression. En explorant ces deux ^régions, après avoir vidé le gros intestin par deux lavements, on sentait ion -empâtement. Le haut des cuisses était douloureux; il y avait des (orampes aux membres intérieurs. Des vomissements^ des douleurs 'd'estomac se déclarèrent. Le pouls était médiocrement accéléré^ cassez souple. Céphalalgie. Dix jours après les premiers symptômes de 4'ovartte^ après la cessation des douleurs^ pendant le calme, j'appliquai le spéculum. A peine fut-il introduit qu'il s'échappa par le col utérin une grande quantité de pus bien lié^ mais ayant une odeur des plus .repoussantes. J'ai pensé que ce pus venait des ovaires^ qu'il avait été Heonduit dans Tutérus par les trompes, ou que cet organe avait subi 'ime solution de continuité quelconque.

•Je vais maintenant transcrire une observation importante de M. Merdier. Je ferai ainsi connaître un fait qui éclaire l'anatomie petbologi- ^e de la biennorrhagie chez la femme sous sa forme la plus intense et rla plus extensive. On verra tous les points, que j'ai considérés comme «pouvant être le siège de la biennorrhagie, envahis. Il y a en eflfet des ^traces de vulvite, d'urétrite, de vaginite, de métrite, etc.

« Il s'agit d'une fille de dix-neuf ans qui, affectée de biennorrhagie ' dlepuis qoelques semaines,fut prise de prodromes d'une fièvre typhoïde. I^ndant ce temps, une douleur intense se manifesta dans le bassin : une application de quarante sangsues amena une amélioration, mais 'te fièvre typhoïde ayant, malgré cela, poursuivi son cours, la mort survint au bout d'un mois.

v{ Voici ce que nous trouvâmes à l'autopsie : « Dans le canal digestif, il existe environ soixante ulcérations à différents degrés. . . Face interne des grandes lèvres rouge et boursouflée ; •à gauche surtout elles sont excoriées çà et là. Les nymphes sont couvertes de granulations serrées de la grosseur de tôtes d'épingle. La •vessie^ très-petite, contient un peu d'urine puriforme. Sa membrane ■interne est rosée, surtout aux environs des uretères et de l'orifice urétral. La partie inférieure de l'urètre, jusqu'à 3 lignes environ, ofifre une teinte rouge uniforme très-foncée. Plus haut, ce canal ne présente plus que des taches rouges assez nombreuses. Le vagin, depuis la vulve ^jusqu'à i pouce 1/2 de hauteur, a une teinte rouge extrêmement foncée. Dans cet endroit aussi les rides transversales sont plus prononcées que

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