THÉRAPEUTIQUE. 3Î
l^s observateurs qui ont fixé leur attention sur les véroles multiples auront remarqué les retours^ surtout après des blennorrhagies^ lesquelles sont passées sous silence par les unicistes^ probablement parce quils ne les considèrent pas comme syphilitiques. Ainsi la vérole peut se répéter sur le même individu, et surtout la vérole bénigne. On expliquera ce fait par une saturation incomplète de l'économie; on dira que la première vérole, s'étant peu prolongée, laissait à l'économie le temps de devenir encore apte à la diathèse ; on expliquera la seconde vérole par Ténergie du nouveau virus, par une dose plus forte du poison. Peu importe ! le fait reste, et Tunicité syphilitique, qui n'est qu'une hypothèse, s'évanouit. La thérapeutique, la prophylaxie basées sur elle, n'auront donc aucun fondement, aucun avenir.
Pour compléter cet article, voyez ce que j'ai dit quand il a' été question des chancres. J'ai prouvé que c'estle chancre avecrinduration qui indique l'existence de la vérole ; j'ai établi par un fait des plus authentiques que ce chancre pouvait être contracté plusieurs fois par le même individu, lequel a donc eu deux fois la vérole.
ARTICLE VIL Thérapenttqiie.
Le traitement de la syphilis peut être prophylactique ou curatif. Je ne m'occuperai ici que de ce dernier, la prophylaxie des maladies vénériennes devant faire l'objet d'un chapitre à part.
Quand éclata ce qu'on a appelé l'épidémie du xv^^ siècle, les médecins furent démoralisés; croyant à une maladie nouvelle, ignorant sa nature, effrayés de ses ravages, ils n'osèrent la traiter, les malades furent réellement abandonnés. Rougissant ensuite de cette inaction, quelques praticiens cherchèrent avec ardeur et anxiété un moyen de combattre, d'arrêter le fléau. On s'adressa à tous les modificateurs puissants de la thérapeutique alors en usage. Le mercure fut bientôt indiqué par l'analogie, car depuis longtemps déjà ce métal avait triomphé de quelques maladies cutanées très-rebelles : or, comme la syphilis s'offrait souvent alors sous la forme d'une affection de la peau, on fut naturellement conduit à tenter le mercure. Paracelse vint ensuite et en fit la base essentielle de la thérapeutique vénérienne ^. Les résultats furent si satisfaisants, ils se sont depuis tellement soutenus^ que ce métal obtint et conserve encore une vogue qui n'a jiii Mre sérieusement
* Libri fie cura morbi gallki, Germ. Bile» U'
contestée. C'est donc par ce puissant modificateur que je commencerai Pétude de la thérapeutique.
§!•'. — Mercure.
Le mercure a d'abord été administré à Textérieur, ensuite à Tintérieur.
MBRCIIBB A l'extérieur.
On a mêlé à ce métal des résines^ des graisses : on a ainsi fait des onguents^ des pommades ; c'est même sous cette forme qu'il a été employé pour la première fois. En effet, l'onguent sarrasin était composé de vif-argent, de litharge, d'euphorbe, de staphisaigre et de graisse de porc. Mais c'est Vmguent mercuriel qui est presque toujours employé, c'est-à-dire l'onguent sarrasin moins les ingrédients qu'on ajoutait au mercure. On administre aussi ce métal sous forme de bain de vapeur.
Frictions mercorlelles* — {"" Procédé ordinaire, — On les fait avec l'onguent mercuriel double, dit napolitain, lequel n'est pas un onguent, puisque c'est un mélange, parties égales d'axonge et de mercure.
Dans les premiers temps de la pratique des frictions on ne manquait jamais de les faire précéder d'une saignée et d'un purgatif. Il est évident que la saignée peut être utile lorsque le sujet est jeune et d'une forte constitution; mais elle serait nuisible dans les cas où la vérole a déjà fortement affaibli le malade, ou quand il est naturellement faible. Quant au purgatif, son emploi peut être généralisé avec moins d'inconvénient.
Pour le succès des frictions, on devra préparer d'abord la peau. Il faut qu'elle soit à un degré de perméabilité, ou plutôt de sensibilité favorable à l'absorption du mercure. On donne, pour cela, des bains chauds, des boissons délayantes, lesquelles sont également indiquées pendant tout le cours du traitement. Cinq ou six bains suffisent ordinairement pour les préparations, et même, s'il y a difficulté à s'en procurer, on peut, dans les cas simples, s'en abstenir jusqu'à l'instant où Ton doit commencer l'administration du mercure. Chaque bain, en général, doit être d'une heure et d'une température à peu près égale à celle du corps. Chez les individus dont la peau est naturellement trop sèche, on favorise les bons effets des bains en frictionnant, immédiatement après, toute la surface du corps avec la main nue ou avec une flanelle imprégnée d'une huile douce, comme celle d'amandes.
Les sujets faibles, qui sont déjà épuisés par la syphilis ou par un«^
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autre maladie^ ne doivent pas se baigner aussi fréquemment que les sujets robustes. On pourra même alors s'en abstenir entièrement pendant le temps des préparations, et lorsqu'il faudra administrer les premières frictions, le médecin jugera, d'après Tétat des forces, s'il peut être avantageux de donner un ou deux bains.
On a aussi prescrit des bains froids pendant les préparations. On n'en ordonnera qu'aux individus peu vigoureux, dont l'état des forces parait l'exiger, et encore ne doivent-ils ôtre employés que pendant la saison chaude. Ils sont alors toniques, tandis qu'à toute autre époque de l'année ils seraient débilitants pour ces malades mêmes. Si l'on ne peut donner des bains pendant tout le traitement par les frictions, on devra y suppléer par de fréquentes lotions d'eau savonneuse. Selon M. Lagneau, pendant ces préparations, il faut ordonner, comme il vient d'être dit, un régime adoucissant et humectant; réduire le malade à l'usage modéré d'aliments de facile digestion, tels que viandes blanches, les végétaux aqueux, les fruits cuits; on défendra le vin pur, ainsi que la fréquentation des femmes et les exercices violents. Je ne crois pas qu'on soit dans tous les cas obligé au régime prescrit par H. Lagneau. Il faut, au contraire, tonifier certains malades, car le mercure est très-dépressif des forces.
On renoncera aux frictions et à tout autre mode d'administration du mercure, quand il existera des accidents vénériens compliqués d'une vive inflammation, et particulièrement lorsque cet état, qui s'observe presque exclusivement dans les infections récentes, tient surtool ^ l'âge et à la vigueur du sujet. Avant de commencer les frictions, on devra alors calmer la douleur et l'irritation par le moyen de la diète, du repos, des bains, et de tous les antiphlogistiques généraux et locaux.
Une fois le malade préparé, on commencera les frictions. Le premier jour qui, au plus tard, sera le deuxième après le purgatif, on donnera un bain dans la matinée, et l'on fera le soir une friction sur l'une des jambes depuis et y compris la malléole interne et la portion voisine de la plante du pied jusqu'au genou. On usera 4 grammes d'onguent mercuriel. La friction durera de vingt minutes aune demi-heure. Le surlendemain, nouveau bain de corps de plus ou moins longue durée, ou des lotions selon l'état des forces. La friction cette fois aura lieu sur la cuisse correspondante, depuis le genou jusqu'auprès des bourses; le sixième jour, ce sera sur l'avant-bras; le huitième, sur le bras; et les jours suivants sur les extrémités opposées, en commençant de même par la jambe, la cuisse, etc.^ mais constamment de deux jours l'un, et à la face interne des membres. Les malades couvriront ces parties, à mesure qu'elles auront été ^ * has de fil, desr
m UMJME& VÉiNÉRlENNES DITES CONSÉCUnVES.
cdeçons et des gilets de toile qu'ils feront bien de opnsenrer la nuit comme le jour, afin de ne pas laisser une partie de la pommada sur les draps, qui d'ailleurs en conserveraient des taches extrêmement dit* 0ciles à feire disparaître.
Pendant l'hiver^ dans les pays firoids et humides, les régions onctumnées devront être couvertes avec de la flanelle, surtout si les malades se trouvent obligés de sortir souvent pour vaquer à leurs occupations.
Quant aux bains, pendant le cours du traitement, on les continueia plus particulièreinent ches les individus d'un tempérament sec, bilieux, chez ceux qui sont très-irritables ou si la nature des symptômes Texige, et toi;yours on les fera prendre les jours mêmes où les onctions devront être pratiquées. Vers la fin du traitement, on pourra n'ea donner que tous les trois ou quatre jours. Pour la propreté, on lotionnera avec l'eau savonneuse les parties couvertes de la pommade desséchée. Les' malades que leur faiblesse ou d'autres raisons empêcheraient de se baigner se nettoieront chaque fois la peau avec la même eau.
Le traitement peut être compromis par des frictions trop rudement fidtes et qui échauffent en un instant la partie soumise à cette opération, irritent la peau et retardent ainsi l'entière introduction du mer» cure dans l'économie; quelquefois même on s'y oppose presque complètement en donnant lieu au développement d'une inflammation érysipélateuse. On devra donc frictionner avec douceur et ménagement. A la cinquième ou sixième friction^ la dose de pommade pour chaque friction pourra être doublée^ ce qui la portera à 8 grammes, car à cette époque on doit peu craindre la salivation qui ne survient guère qu'après le huitième ou douzième jour. Du reste, on continuera les bains ou les lotions chaque jour de friction et le malade se reposera les autres. Il se bornera, dans ces intervalles, à prendre de la tisane délayante ou sudorifique, suivant qu'il s'agira d'affection primitive ou consécutive, et à faire localement ce que réclameront les syroptêmes extérieurs de la maladie.
La réussite du traitement antivénérien n'est pas absolument dépendante de l'ordre que j'ai indiqué pour les parties sur lesquelles se pratiquent les frictions. Ainsi on ne fera aucune difficulté, surtout si cela convient mieux au malade, d'appliquer le mercure sur les extrémités inférieures et même sur les jambes exclusivement, en observant néanmoins de ne pas frictionner deux fois de suite la même partie, afin de ne pas irriter la peau. On verra que pour les enfants, je fais faire les frictions de la poitrine. Il vaut mieux, quand les forces du malade le permettent, et si c'est un adulte, qu'il se frictionne lui-même.
VERCURE. 337
Dans le cas contraire^ on a recours à un aide dont la main sera couverte par un gant mince ou une vessie^ afin qu'il n'absorbe pas une portion du médicament. L'obésité, la grossesse sont des circonstances qui réclament ordinairement l'intervention d'une personne étrangère pour l'application des frictions.
Les malades peuvent se livrer à leurs affaires, faire des promenades pendant ce traitement, car l'exercice modéré, en favorisant la transpiration, s'oppose à ce que le mercure agisse sur la bouche. Mais on évitera les vicissitudes atmosphériques, le froid, surtout le froid humide. Ainsi, c'est principalement aux heures où le soleil a le plus de force qu'on doit engager les malades à sortir, et non à la fin du jour et pendant la fraîcheur des nuits.
Les malades qui se conforment avec exactitude à ces règles ont de grandes chances de guérir promptement. Mais il ne faut pas croire à une guérison radicale, par cela seul que les symptômes extérieurs sont dissipés. L'expérience journalière apprend que, malgré la disparition quelquefois très-prompte de ces apparences d'infection , il faut, si l'on veut détruire complètement l'état syphilitique, continuer les frictions mercurielles pendant l'espace d'environ trente ou quarante jours dans les affections récentes, et plus longtemps dans celles qui sont anciennes. C'est là l'opinion de nos prédécesseurs exprimée par M. Lagneau. Selon ce praticien, la quantité ordinaire d'onguent mercuriel, nécessaire pour une vérole récente, sera de 4 ou 5 onces à peu près. Pour les symptômes anciens et difficiles à vaincre, cette quantité peut être portée à 6 ou 8 onces. On a même des exemples de personnes qui en ont employé jusqu'à 2 livres pour une même infection.
2* Procédé de Pihorel. — Après les préliminaires d'usage, Pihorel frictionnait le dessous des pieds, la paume des mains, la face interne des jambes ou celle des bras ou du poignet avec une pommade ainsi formulée :
ODguent napolitain 90 gramines.
Sulfate de chaux ammoniacal 30 grammes.
Mélangez exactement.
D'abord 2 grammes matin et soir ; on augmente la dose Jusqu'à S grammes pour chaque jour de friction. Laver préalablement les parties qui doivent être frictionnées ; les couvrir ensuite avec des mitaines, des bas ou des gants qu'on garde deux ou trois heures après. *
On a reconnu, entre autres avantages de ce procédé, celui de conserver la propraMi parce que le sulfure de chaux
ammoniacal rend la pommade de Khorel très-miscible à Teau de saron.
Les inconvénients de cesfirictions^ la malpropreté, la difficulté d'apprécier la dose dn métal absorbé, la presque impossibilité de garder le secret de ce traitement, ont &it imaginer les procédés dont je vais donner une idée succincte.
3* Procédé de Peyrilhe. — Les moyens accessoires sont négligés. Les frictions sont bornées à la muqueuse du gland et du prépuce. On baigne la verge avant d'appliquer la pommade. On finctionne avec deux doigts et pendant quinze minutes, deux fois par jour ; on use ainsi i gros de pommade. Après trois ou quatre jours, il y a des symptômes de salivation. On suspend alors les frictions qui ne sont reprises que quarante-huit heures après. On augmente la dose de la pommade de manière à en employer I gros le matin, I gros le soir, e'est-à-dire le double de la première série de frictions. Selon Peyrilhe^ douze jours pour les affections récentes et vingt-cinq jours pour les maladies anciennes suffisent, la guérison est assurée 1 II arrive quelquefois que ces frictions irritent, tuméfient le gland, ce qui peut inquiéter le malade. On devra le prévenir de la possibilité de cet accident. Les bains locaux tièdes, Téloignement du mercure pendant vingt-quatre heures suffisent pour rétablir Tétat normal.
4* Procédé de Scatigna. — On Ta appelé traitement mercurielpar application. En effet, on applique 1, ^ ou 4 grammes de pommade mercurielle dans le creux de chaque aisselle, et Ton ramène les bras, d'abord débarrassés des manches de la chemise, contre le tronc. On répète cette application tous les deux jours ; le soir on se couche bien couvert, et Ton reste ainsi toute la nuit. Il n'y a déjà plus rien sous les aisselles, tellement l'absorption a été active.
Cette application, est moins malpropre que la friction ordinaire. Elle peut donner la mesure exacte de la quantité du métal absorbée ; mais chez quelques malades elle irrite Taisselle, la face interne du bras, le côté de la poitrine, d'où des éruptions boutonneuses érisypélateuses.
5* Procédé de Cyrillo. — Il frictionnait avec le deutochlorure de mercure mêlé à Taxonge selon la formule suivante :
Deutoclilorure de mercure • 4 grammes.
Axonge 30 grammes.
Triturei dans un morUer de verre pendant douze heures, et i^outez à la fin :
Chlorhydrate d'ammoniaque 4 grammes.