‹ Traité des maladies vénériennesChapitre 34 sur 76 · EUT-ON AVOIR PLUSIEURS FOIS LA VÉROLE · texte numérisé non relu

EUT-ON AVOIR PLUSIEURS FOIS LA VÉROLE

le primitif peut venir Vextensif ; après le secondaire peut survenir Vintermédiairey car les auteurs de la simplification en syphiliographie ont admis des phases et des demi-phases. Comptez ce qu'il faut de jours^ quelquefois de mois, pour la réparation d'un chancre^ la guérison d'un bubon ; notez les mois qui le séparent des syphilides, la durée de ces aflections tégumentaires ; n'oubliez pas les lésions des parties qui sont sous les téguments, engorgements ganglionnaires, tumeurs du tissu cellulaire, nodus, affections parenchymateuses, comme celles du testicule ; additionnez le temps voulu pour que le tissu fibreux, le tissu osseux, soient envahis, pour que la périostose, Texostose, se montrent avec tous leurs caractères, pour que le malade enfin, soit, comme on le dit, un tertiaire, mais un tertiaire incontesté; faites cette addition du temps exigé pour que ces différentes affections s'établissent, et vous verrez à quel chiffre il vous sera possible d'arriver.

Cest là, il est vrai, la marche chronique, mais qui n'a rencontré nulle part aucun modificateur thérapeutique, ce qui est presque impossible. La thérapeutique, en effet, intervient presque toujours et le malade reçoit d'une main quelconque une préparation mercurieile. Or il a été admis par les unicistes que ces préparations ont pour effet d'entraver, de retarder la manifestation de l'accident secondaire, de le supprimer même. Le chiffre du temps qu'une thérapeutique plus ou moins incomplète fait perdre au vénérien que l'on veut complet devra donc être représenté. Ce n'est pas tout : sous la colonne du temps nécessaire à l'établissement d'une vérole confirmée complète, vous devrez faire figurer le chiffre qui représente le temps voulu pour que cette diathèse soit éteinte, le temps exigé pour la guérison. Or, multipliez par 2 le chiffre qui représente le temps nécessaire à l'établissement de la maladie, vous obtiendrez à peine celui qu'exige une entière guérison.

Si maintenant on additionne le tout, on voit sortir un total qui représentera un ftge assez caduc pour mettre le sujet dans l'impossibilité de gagner un nouveau chancre. On sait d'ailleurs que des praticiens très en renom prétendent que la vérole confirmée est inonrable. L'individu tertiaire resterait donc toujours tertiaire. Si donc mon calcul est exact, si cette opinion est juste, en disant qu'on n'a qu'une fois dans sa vie une maladie qui dure toute la vie, on proclame une vérité qui n'a que l'inconvénient d'être trop vraie, ce qui est peut-être désagréable pour les unicistesy surtout s'ils ont déjà dit qu'on ne pouvait avoir la rage qu'une seule fois ! On m'objectera encore les observations qui prouvent que certains sujets ont pu voir naître, se développer et disparaître leur diathèse en un temps assez court pour pouvoir jouir encore après des

plaisirs qui exposent à Tinoculation syphilitique. Cela est vrai^ et ce sont précisément ces sujets qui fournissent des exemples d'une double vérole. Ils peuvent en effet contracter un nouveau chancre^ et ceci li'est contesté par personne ; ils peuvent avoir ensuite des symptômes consécutifs, des symptômes de vérole, et ceci encore est admis par tout le monde, mais avec une autre explication. Ainsi les unicistes n'attribuent pas les derniers accidents aux derniers chancres, mais au premier, c'est-à-dire au chancre le plus éloigné ; et ces accidents, au lieu d'indiquer une nouvelle vérole, ne seraient, selon eux, qu^une récidive. Le premier virus, après avoir produit certains accidents, aurait sommeillé pendant une période de la vie, et son réveil aurait été marqué par de nouveaux accidents. Ceci est tout simplement une hypothèse venant au secours d'une autre hypothc!se, car ces seconds accidents consécutifs peuvent être moins profonds que les derniers qui ont fermé l'ère de la première vérole.

Ainsi il y a absence de statistique en faveur de Tuiiicité de la vérole, et il y a contre elle des faits cliniques, lesquels, concordant avec Texpérimentation, ne permettent plus le moindre doute sur la possibilité de plusieurs véroles chez le même individu. J'ai déjà parlé de l'inoculation à l'aide de laquelle H. Bouley, médecin de Lourcine, a pu faire naître une seconde vérole sur une femme tout à fait tertiaire. Quand il a été question des pustules plates, j'ai analysé l'observation remarquable de l'interne de M. Bouley, laquelle fait partie d'un travail étendu inséré dans les Annales des maladies de la peau et de la syphilis (novembre 1851). Je crois donc que, quand cette expérience sera bien connue, on ne songera plus aux vaccinations syphilitiques, c'est-à-dire à donner la vérole pour prévenir la vérole.

D'ailleurs, les effets de la dialhèse varient de nombre, d'intensité, de gravité, et toutes les véroles ne se ressemblent pas. Il y en a à divers degrés ; il en est de plus graves, de plus complètes les unes que les autres : depuis la simple roséole, depuis Texpression la plus fugace, la plus bénigne de la diathèse, jusqu'aux nécroses, aux caries, aux affections viscérales qui accusent une cachexie profonde, il y a plusieurs degrés, comme il a été prouvé que le virus pouvait se borner à la production d un chancre et laisser, après sa réparation, la constitution tout à fait saine, il a été établi aussi que ce même ajjent pouvait se borner à une éruption syphilitique, à une syphilide dont la guérison était la guérison de la vérole. Mais comme, par une nouvelle inoculation, le chancre peut se reproduire, par une autre infection la vérole peut se répéter aussi. J'ai déjà dit que ces retours étaient considérés comme des récidives, et j'ai prouvé que ce n'était là qu'une hypothèse.

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