ACCIDENTS ATTRIBUÉS A L'IODURE DE POTASSIUM
ration de la muqueuse buccale ; il n'y a pas d'odeur particulière, de fétidité de l'haleine. Selon M. Payan^ la chimie a pu démontrer la présence de riodure dans la salive ^.
Les voies digestives tolèrent bien Tiodure^ dans le plus grand nombre des cas^ et Ton a vu souvent l'appétit augmenter pendant son administration, surtout à petites doses; mais quelquefois les malades se plaignent d'une douleur^ d'un sentiment de gène dans la région du grand cul-de-sac de l'estomac. Cette douleur a parfois de l'analogie avec la pleurodynie. Wallace avait déjà fait cette remarque ; il parle de la toux, de la gène de la respiration. Mais ici la douleur est plus profonde que dans la pleurodynie. Dans certains cas, la soif est augmentée, quoique le plus ordinairement l'appétit seul soit accru et la nutrition fortement activée^ de manière que les malades prennent bientôt de l'embonpoint. On a observé, mais rarement, des vomissements et de la diarrhée. H. Payan cite un enfant scrofuleux chez le* quel llodure de potassium aurait produit une gastro-entérite chronique qui a mis près d'un mois à se dissiper. Je dirai d'abord qu'une gastro-entérite chronique qui ne persiste pas plus longtemps est un accident fort peugrave^ et j'ajouterai que M. Payan signale une mauvaise nourriture comme ayant pu jouer un rôle ici.
J'ai noté quelquefois des douleurs vives dans les oreilles. J'ai supposé alors que l'irritation de la gorge avait passé dans l'oreille par la trompe d'Eustache. Je traite actuellement un jeune artiste dramatique très-nerveux, qui par la moindre dose d'iodure de potassium a un resserrement de la mâchoire, une espèce de trismus avec tendance au délire. Il y a dans la salle 10 de mon service, à l'hôpital du Hidi^ un malade chez lequel un gramme d'iodure par jour produit une céphalalgie intolérable.
On a signalé aussi^ mais rarement^ des symptômes de bronchite. Quelques phénomènes peuvent se présenter du côté de la peau : ce sont, le plus souvent^ des éruptions qui se rapportent à l'acné, à la forme ecthymateuse à très-petites pustules. Je traite en ville un malade dont le visage se couvre d'une éruption semblable à celle du. début de la variole, et cela le lendemain de l'administration de l'iodure, si l'on dépasse 1 gramme. Il est bien plus rare d'observer la maladie tachetée de WeslohI. H. Payan en cite un exemple dans son mémoire. Le sujet était lymphatique. Il prenait de l'iodure depuis deux mois. Il apparut aux deux jambes des taches comme des ecchymoses résultant contusion.
^ Voyez le travail de ce médecin 8ur l'emploi de l'iodure de poil p. 221. V
384 MALADIES VÉNÉRIENNES DITES œNSÉGUTlVES.
1 gramme pour rem^^lir h première indication^ et je vais rarement au delà de à grammes pour obéir à la seconde. Je m'explique : je croit que presque toutes les maTâdies' vénériennes peuvent être traitées p«t le mercure, et «lia. avec succès, si çett..agent est biea.manié ; mais la constitution lui est quelquefois antipathique; alors, au lieu de produire des effats curatife, il ne produit que des eflErt^mo|||^des. Ainsi, il est des malades profondément débilités qu^'on ne ^ut d'abord attaquer par le mercure, qui déprime évidemment Tes for6e|| car c'est ce qu'on appelle un hyposthénisant. J'administre flors l'iodure de potassium depuis 25 et SO centigrammes jusqu'à 1 gramme, â jamais plus. Par ces doses je ne me propose pas un effet antidiathisique, je ne vise pas directement au virus, je chenshe à agir suf la çonsùtution, à la fortifier et la mettre dans les circonstances les plus favorables pour lutter contre l'agent d'intoxication et pgur tolérer plus tard le mercure. L'iodure alors n'est pas un spédfique, et quand il guérit c'est indirectement, par contre-coup. L^estomac reprend du ton, l'appétit sous ces petites dotses devient vif, la nutrition s'active, Iff forces se rétablissent, et il n'est pas rare d'observer alors un certain eoibonpoint. Biais quelquefois la maladie vénérienne persiste. S'il s'a^t d'une syphilide superficielle,. on ne la voit pas disparaître ; il peut arriverméme qu'elle prenne plus d'activité : c'est le cas alors de faire intervenir le mercure; Usera employé seul, si la constitution est rétablie, ou bien on l'adjoint seulement à l'iodure de potassium ; on combine les deux moyens. C'est alors le traitement mixte. Quand les accidents sont plus tardifs^ c'est-à-dire quand les tissus fibreux, osseux, les organes pro fonds sont affectés, il y a un grand avantage à agir par la dose spécifique, par celle qui s'adresse directement au mal ; on débutera alors par 2 grammes d'iodure de potassium, afin d'aller jusqu'à 4 ou 6 grammes par jour dans la même semaine.
Voici ma formule :
Eau distillée 2bO grammes.
lodare de potassium 16 grammes.
Cne cuillerée matin et soir, dans un verre de tisane de houblon ou de saponaire. On peut aller progressivement jusqu'à 6 cuillerées, et comme, d'après cette formule, chaque cuillerée contient 1 gramme d'iodure, on en donne C grammes par jour. Je n'arrive à cette dose qu'exceptionnellement.
A l'hôpital du Hidi les flacons qui contiennent Tiodiire ont des lignes transversales sur un côté des parois, de manière à marquer huit espaces dont chacun est occupé par une cuillerée de solution, soit \ gramme d'iodure ; les flacons contiennent huit cuillerées.
On peut prouver qu'à haute dose l'iodure agit directement, comme
lODURK DE POTASSIUM. 355
antidiathésique : 1* parles modifications avantageuses qui s'opèrent du côté du mal avec une rapidité incroyable^ quelles que soient les circonstances Jiygiéniques dans lesquelles se trouve le malade^ et avant que Tensemble de la constitution paraisse le moins du monde modifié; 2* par les insuccès qu'on observe dans certains cas où la dose administrée a été.au-denous de i gramme^ et les succès qui sont la conséquence de rélévafion de la dose, et précisément dans ces mém»ica&. J'ai connu uq jeune littérateur qui avait une ulcération tardive de la • base de la langue assez profonde pour loger Textrémité de Tindex. Ce malade était traité inutilement depuis six mois par Tiodure à des doses qui ne s'élevaient pas au-dessus de 50 centigrammes par jour. Le traitement avait été suivi en province. Arrivé à Paris, ce littérateur voulut bien se confier à mes soins, et je débutai par 2 grammes par jour; j'arrivai à 4 grammes dans la première semaine, et en trente jours l'ulcération était complètement réparée.
L'iodure de potassium peut aussi avoir un effet prophylactique; il peut aider le mercure à empêcher les dernières périodes de la vérole de se produire. Ainsi je le donne souvent à petites doses, après un traitement complet, par le mercure, des accidents primitifs ou secondaires qui ont offert une espèce d'opiniâtreté, surtout quand le sujet est débilité. Je fais dissoudre alors l'iodure de potassium dans du sirop de fumeterre ou de bardane dont on prend une cuillerée à bouche, deux ou trois fois par jour, dans un verre de tisane de houblon.
J'ai déjà fait entendre qu'on ne s'était pas borné k combattre par l'iodure de potassium les accidents tertiaires, car on a voulu lui doimer une part dans toute la thérapeutique antisyphiiitique. Si l'on parcourt la liste des cas qui ont été traités par Wallace, on verra qu'elle contient des lésions secondaires, et, dans ces derniers temps, on a proposé l'iodure non-seulement contre cette seconde phase de la syphilis, mais encore contre la première, celle qui est représentée par les accidents dits primitifs. MM. Payan ^ et Bazin ^ ont publié des faits qui prouvent que ce puissant modificateur a produit, dans ces derniers cas, d'heureux effets.
Je suis loin de vouloir contester ces faits, car j'en possède d'analogues, ayant expérimenté l'iodure de potassium à toutes les périodes de la syphilis; j'ai donc vu guérir des chancres, des affections cutanées secondaires pendant l'emploi de l'iodure ; mais l'action thérapeutique de cet agent ne s'est jamais montrée alors avec cette prompti-
* \ oyez Journal de la Société de mf^decinnde HovdcnuXy 184 i.
• Gnzetfe dr< hA/ntaux, 1843.
aéft HALADIES VÉNÉRIENNES DITES CONSÉCUTIVES.
fût la nature des symptômes syphilitiques contre lesquels on les a prescrites ^. d La poudre est administrée^ d'après la méthode de Clare^ en frictions sur les gencives, la face interne des lèvres et sur la langue. Chrestien faisait aussi usage des pilules suivantes :
Hydrochlorate d'or et de soude 5 centigr.
Extrait de daphne mezereum 8 décigr.
Sirop simple q. s.
Pour 15 pilules. 1 par jour; aller progressivement jusqu'à 3 et plus.
L'or a toujours conservé des partisans à Montpellier, surtout dans la famille de Chrestien. Il a été expérimenté avec des préventions favorables, à Paris, par M. Legrand,et à Toulon, par M. Reynaud. Voici comment ce dernier chirurgien Ta employé et jugé. Je ferai connaître ensuite l'opinion de quelques autres syphiliographes sur le même modificateur, et je dirai, en passant, ce qu'ils pensent aussi de l'argent et du platine.
M. Reynaud se sert de la même combinaison que Chrestien : 5 centigrammes (1 grain) de sel et 10 centigrammes (2 grains) de poudre d'iris ou de lycopode traité^ par l'eau et l'alcool, qu'il mêle exactement et divise en douze paquets égaux.
Un paquet en frictions sur la langue et la face interne des joues tous les matins. Le malade humecte le doigt indicateur droit avec de la salive, le charge de la poudre, et frictionne la langue pendant cinq à dix minutes ; il essuie son doigt, à la fin, contre les joues. On choisit cette dernière partie pour la friction, si quelque cause empêche de la pratiquer sur la langue. On pourrait faire la friction sur les gencives, mais il serait trop difficile, dans ce cas, de mettre les dents à l'abri de l'or, et d'empêcher la coloration noiro désagréable qu'il détermine sur leur collet.
La salive afflue avec abondance dans la bouche ; elle doit être avalée en entier, chargée qu'elle est toujours de quelques atomes de sel.
Après cette première série de fiictions, M. Reynaud en prescrit une seconde en divisant les mêmes doses de muriate d'or et de poudre inerte en dix paquets, puis une troisième en huit paquets, une quatrième en sept, une cinquième en six, une sixième en cinq, une septième en quatre, une huitième en trois. Dans les cas les plus opiniâtres, on continue plusieurs séries à quatre ou à trois divisions, de manière à atteindre presque toujours des doses plus fortes que celles de Chrestien, et à pousser quelquefois jusqu'à 42 et 45 grains de sel d'or.
I Lagneau, t. n,p. 193.