IRITIS SYPHILITIQUE* — PRONOSTIC. — TRAITEMENT
le diagnostic, surtout ceux qu'on puisera dans la marche^ ia nature desdouleurs. Avant tout, examinez lapeau, si vous voulez établir un diagnostic certain. En effets on trouve presque infailliblement sur la peau une de ces éruptions ou des traces qui indiqueront son passage^ etsi elle n'a pas existé encore^ elle apparaîtra bientôt avant que l'iritis soit très-avancée. Dans le cas où le tégument externe n'exprime rien, on trouvera probablement vers les muqueuses de la cavité buccale, de Tanus et des parties génitales, des lésionsanalogues aux syphilides. De sorte qu'en tin de compte la certitude du disignostic devra être puisée en dehors des caractères physiques de Tiritis. Mais ce n'est pas une raison pour dédaigner les éléments que cette symptomatologie peut fournir, car ils peuvent nous mettre sur la voie et nous porter à un examen du tégument qu'on aurait peut-être négligé sans ces premiers avertissements.
Je ne chercherai pas à établir maintenant les variétés d'iritis syphilitiques. J'ai déjà dit que M. Ricord avait supposé une iritis pour chaque forme de syphilide. Il y aurait une iritis érythémateuse, une iritis papuleuse, une iritis pustuleuse. Les iritis les moins graves correspondraient ainsi aux formes légères des éruptions cutanées, tandis que les iritis graves correspondraient aux formes graves de ces mêmes éruptions. Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai observé des iritis très-peu graves tout à fait érythémateuses avec les formes les plus profondes des éruptions cutanées.
Pronoiitic* — Le pronostic ne tire pas sa gravité de l'iritis syphilitique même, car, comme inflammation du diaphragme oculaire, c'est peut-être une des moins compromettantes pour la vision. Une circonstance qui doit rendre le pronostic au moins très-réservé, c'est la tendance évidente de cette iritis pour les récidives. Hais le danger vient surtout de l'altération que l'organisme en entier a subi par le fait de la vérole, c'est-à-dire du nouveau tempérament du malade. En effet, l'iritis survenant quand la vérole est constitutionnelle, et après d'autres manifestations syphilitiques^ le sujet est en général débilité, et par conséquent peu favorablement disposé à supporter les antiphlogistiqueset les autres débilitants qui font partie principale de la thérapeutique de l'iritis.
Traitement* — Les évacuations sanguines sontsouventindiquées. Monteath insiste sur l'indispensable nécessité de ces moyens, surtout dans certains cas ; il combat ceux qui placent toute leur confiance dans le mercure pour combattre cette espèce dlrttls. à Texclusion de tous les autres moyens de traitement, tels qu' ' toires, etc. Ce praticien a vi| en effet des iriti
h grandâ pas vers un hypopÎDn dangereux > malgré ractioti pleine et pnlière du mercure, et s'arrêter d'emblée dans leurs progrès par une large saignée du bras et Tapplicalion d'un vésicaloire k la nuque* Mackensie, qui cite et approuve Montcath, dit avoir été obligé de saignerau brasà plusieurs reprises, indépnndaniment desappbcatioasda sangsues, avant devoir céder suffisauiÈuenl les syniptôrnes pour qu'on pût attendre beaucoup d'avantages du ujerçure qui était administré *. Malheureusement l'iritis syphilitique se (lécbre. souv<*nl dans des cas où la constitution, fortement débililéej se prtMe peu aux saignét*s.
Les applications autour de IWbite^ sur les paupières, sont irès-usilées, soit pour calmer lesdouleurs^ soit pôurtuipécher les rétrécissements, les oblitération:! de la pupille, soit conjme antiphlogistique hyposthénisant, soil enfin comme antidiathéfeique,
bes frictions opiaci'f's Boni faites ordinairement pour empêcher les douleuis nocturnes : on les pratique environ une heure avant Tuttaque des douleurs. On couvre ensuite 1 œil avec une compresse pliée en plusieurs doubles qu'on fait préalablement chauffer devant h fc^u. Toutes les fois que la douleur menace de se reproduire^ et elle leud à se faire sentir particulièrement vers minuit, on doit renouveler les frictions opiacées* On a employé atii*si Tonguent mercuriel opiacé^ ou imim la teinture de tabac^ suivant les cire on stances et l'opinion du praticien. L'extrait de belladone sous forme de pommade est beaucoup plus employé d'après la formule suivante :
Extrait de belladone 4 grammes.
Axonge . 30 grammes.
On applique aussi moitié extrait de belladone et moitié onguent mercuriel. Il y a des précautions à prendre quand la belladone est employée à une dose un peu forte. C'est ici le lieu de parler d'un phénomène qui a souvent été observé et dont M. Velpeau fait mention. On prescrit ordinairement l'extrait de belladone pour s'opposer au rétrécissement de la pupille et pour favoriser la déchirure des fausses membranes qui peuvent se développer dans le champ de la pupille rétrécie. Mais on a observé que la pupille n'obéissait pas à l'action dilatatrice de la belladone, dans les cas d'inflammation très-intense de l'iris; c'était seulement quand Tinflammation tombait, et pendant que la congestion diminuait, que la dilatation de la pupille pouvait s'opérer et amener la déchirure et la séparation des fausses membranes grisâtres et très-minces qui avaient pu se développer. Ceci implique la nécessité préalable des antiphlogistiques.
^ Maladies des yeux, traduction franchise. ^
IHITIS SYPHILITIQUE. - THAlTKMExNT. 401
On étendra la belladone largement tous les soirs sur les sourcils et sur les paupières. Après la cessation des symptômes aigus, on peut faire tomber plusieurs fois par jour sur la conjonctive la solution aqueuse filtrée de cette substance. L'emploi de ce médicament doit être continué régulièreineiit pendant des mois, à moins que la pupille n^ait complètement recouvré sa mobilité naturelle-.
Le meilleur de tous les moyens, c'est encore le mercure. C'est sur ce médicament, ditMackensie, que Ton doit fonder ses principales espérances pour arrêter les progrès de Tinflammation syphilitique de l'iris et dissiper les changements morbides qui |)euvent s'être déjà produits dans cette membrane et dans la pupille. Et ici ce n'est pas le cas de l'administrer à petites doses et comme altérant ; il faut que la constitution en soit pleinement imprégnée, et surtout que la bouche soit manifestement aÂ'ectée. Dans beaucoup de cas, on ne voit que peu d'effets produits tant qu'une salivation assez abondante n'est point établie.
Je fais frictionner deux fois par jour les paupières, les sourcils, avec une pommade composée de deux tiers d'onguent napolitain et d'un tiers d'extrait de belladone; puis on frictionne sous les angles maxillaires avec l'onguent napolitain seul. De plus, j'administre à l'intérieur deux, trois, jusqu'à quatre pilules de proto-iodure par jour. La bouche ne tarde pas à s'affecter, même gravement, d'où une fluxion substitutive et la résolution prompte de l'iritis. Je ne connais pas une pratique plus salutaire, plus rapide.
Mackensie parle d'un cas où le mercure fut mis de côté par le médecin de la famille; ayant été repris, il ne produisit que peu d'avantages; enfin le n)alado ayant pris 10 grains de calomel et 5 grains d'opium chaque jour, pendant plusieurs jours de suite, la bouche s'affecta tout à coup et riritis se dissipa comme par enchantement. C'était un cas positivement syphilitique ; le corps était couvert par une éruption cuivrée.
Mackensie préconise beaucoup l'union du calomei à l'opium. On peut donner une pilule composée de 1 décigramme du premier et de â à 6 ou 8 centigrammes du second, le malin, au milieu du jour et le soir, jusqu'à ce que les gencives soient décidément affectées; ensuite on peut continuer doux pilules par jour pendant quelque temps, et quand la salivation mercurielle est plus avancée, on n'en donne qu'une le soir. Cette médication est destinée aux cas graves, quand on doit se hâter d'arrêter les progrès df 1* nubwliA He prévenir l'épanchcment de la lymphe dans la puptlia c mt l'absorption si elle est
déjà déposée. Pour les cas Uip kaoler de donner une
pilule matin et soir, ék
im MALADIKS VÉÎSÏ»^BIB?SNESi DITKS COJSSÉCliTlVKS.
te mercure, âurtout le piolo-iojupe, devra être continué Irès-long* temps, noa-seulement pour que Tinlis soit eniayée et ses effets dissipés, mais encore pour guérir ia syphilis constitution neile, car il ne faudriiit pas conclure de la cessation de Tirilis à la guérison de la syphilis, H l'on n'oubliera pas ici les faits qui prouvent que la maladie confititutionnelle est ou paraît être guérie, bien'qull reste encore beaueoupà faire, et cela principalement par l'action du mercure, pour que Tœii soit délivré de ririlis et de ses effets consécutifs.
Je vais parler d'un moyen quia beaucoup été vanté, c'est la lérébenttîine. Carmichtiëlj de Dublin, a rapporté dans son mémoire des cas qui offrifflient la preuve que ce médicament a guéri quelquefob Firîtis syphilitique. Après répanchement de la lymphe dans la pupille et après la formation des eondylomes à la surface de Tins, il a ramené ces parties â leur état normal. Ce qui porta Ca.mîchaël à employer la térébenthine contre l'irUis, ce fut rintluence reconnue de ce moyen sur la péritonite et l analogie qui existerait entre ces deux maladies sous le rapport dfs effets morbides, puisque dans l'un et dans Tautre caaune membrane séreuse se trouverait atîectée, et que dans toules deux également il s'élabiîtdes adhérences entre des surfaces qui sont destinées à être isolées l*une de l'autre. Ce moyen, que je n'ai pas administré d'ailleurs, pourrait convenir dans des cas où diverses circonstances empêcheraient Tadministfation du mercure.
On donne l'huile de térébenthine à la dose d'un drachme trois fois par jour. On évitera sa saveur désagréable et les nausées qu'elle produit en la prenant sous forme d'émulsion. S'il survient de la strangurie on peut donner l'infusion de graine de lin ou un julep camphré; on suspendra la térébenthine pendant quelque temps. Pour prévenir les chaleurs d'estomac^ on a conseillé l'addition de 25 à 30 centigrammes aux 240 grammes d'émulsion contenant 30 grammes de térébenthine.
Concurremment avec tous ces moyens et même avec les applications opiacées dont il a déjà été question, on devra employer le sulfate de quinine^ si les douleurs nocturnes sont marquées. On donnera donc une pilule de i décigramme de quinine à l'heure du coucher^ et une autre pilule une heure avant l'accès.
ARTICLE V
Maladies des iestleole*.
Dans la première section de.ce livre^ j'ai décrit une affection des testicules qui est une des maladies véi^rienne$ dites primitifs; e'eat
MALADIES DES TESTÏCII.ES. — SARCODÈLE. 'f63
l'orchite^ lésion presque toujours aiguë. Ici il s'agira d'une affection observée après d'autres manifestations syphilitiquas ; c'est une des formes les plus remarquables de la syphilis consécutive, c'est le sar- €ocfile$ yphilitique ou le testicule vénérien, maladie essentiellement chronique.
Sarcocèle syphilitique ou testicule vénérien.
Cet engorgement chronique, qui avait déjà été entrevu par Astruc^ queB. Bell semble indiquer, n'a commencé à être un peu connu que depuis les observations de Dupuytren et d'A. Cooper. Mais ce sont surtout les travaux plus modernes qui ont rc^ellement éclairé l'histoire de cette maladie, en laissant néanmoins bien des points encore obscurs.
Comme je l'ai déjà dit, le sarcocèle syphilitique est une des formes les plus remaiTfuables de la syphilis consécutive ; c'est aussi la maladie dont les débuts fournissent peut-être la preuve la plus forte contre la division systématique des accidents en trois périodes. En effet, la même tumeur peut être un accident secondaire, un accident de transition et un accident tertiaire; car tantôt on voit le sarcocèle syphilitique se développer pendant l'existence du chancre et au moment où apparaissent les syphilides les plus précoces et même sans syphilide préalable, tantôt il n'apparaît qu'avec des syphilides profondes et tardives avant l'exoslose ; enfin il peut n'arriver qu'à la dernière période et avec les exostoses : il est alors tertiaire! J'ai observé pendant longtemps dans mes salies trois malades qui portaient des tçsticules syphilitiques qui avaient ces trois rapports avec les autres accidents.
Sjrnapt4liiie»« — Si l'on veut dissiper, en partie, les obscurités qui entourent encore l'histoire des engorgements vénériens du testicule, il faut de nécessité établir deux variétés.
Première variété, — Il a existé une blennorrhagie, qui peut durer encore, mais elle est rarement seule, car le plus souvent il y a ou il y a eu des chancres. La tumeur commence presque toujours pur Tépididyme ; à une période ordinairement avancée de la maladie on constate un épanchement plus ou moins considérable de sérosité dans la tunique vaginale. Quelquefois le testicule s'affecte en même temps que l'épidyme ; il peut former la plus grande partie de la tumeur, qui est^ en général, considérable ; elle est presque toujours plus volumineuse que dam la deuxième variété, plus inégale et plus douloureuse. Cesl MM '^ AMmière variété que la tumeur est le siège de
dooleiv* >^ du cancer. Pour peu que la maladie
464 MALADIES VÉNÉRIENNES DITtS CONSÉCUTIVES.
soit ancienne, on trouvera les deux côtés atl'eetés; alors, quand od croit avoir affaire à une orcbite ordinaire qui passe d'un testicule à Tautre, on est bien trompé, car, tandis que l'orchite ordinaire disparait d^in côté au moment où Tautre s'affecte^ ici on voit la tumeur d'uo côté faire des progrès^ tandis que celle du côté opposé ne rétrograde pas. C'est là Tengorgoment testiculaire qui est pour M. de Castelnau une orcbite cbronique et pour les autres syphiliograpbes un testicule syphilitique, et qui, pour moi, est Tune et l'autre. Si Ton veut, je dirai que c'est une orcbite compliquée de sypbilis, ce qui lui donne un caractère éminemment chronique. Ainsi, dans cette première variété, la vérole s'est portée sur un testicule déjà malade, déjà enflammé ; elle a envahi Torcbite.
Deuxième variété. — Cette variété peut être observée chez des malades n'ayant jamais eu de blennorrbagie, qui même n'ont jamais eu antérieurement aucune affection des parties génitales, puisque j'ai observé un sarcocèle syphilitique chez un sujet dont le seul antécédent était un chancre à la lèvre. En général il y a eu d'abord une ulcération primitive de la verge, puis une syphilide. Dans le plus grand nombre des cas, rien n'annonce que le testicule va être envahi, et souvent le hasard seul faitdécouvrir au malade qu'il y a quelque chose de changé à ses parties génitales, ou bien il éprouve un peu de pesanteur, une gène, un tiraillement. Si le médecin n'explore pas fréquemment les testicules du syphililiquo qu'il traite, il peut i^jrnorer l'existence de l'affection dont je parle. Ceci arrive plus souvent qu'on ne pense. On observe, mais rareinent,*(ju'une douleur gravative aux lombes^ manifeste surtout la nuit, précède ou accon)pagne cetJe variété d'engorgement syphilitique. En général, la tumeur est moins consirable que dans la première variété. Quelquefois Tépididynie ne prend aucune part à la formation de la tumeur. La glande s'endurcit peu à peu par plaques, par zones; elles se multipli(»nt, cntin elles se réunissent toutes, et le testicule, sans avoir augmenté de volume, sans changement manifeste de sa forme, devient d'une dureté remarquable. En général, les deux testicules sont aH'eclés, n)ais il y en a un quj l'est d'une manière plus marquée, ce qui fait (ju'il fixe seul l'attention des observateurs. Si un i^eul testicule est d'abord affecté, lautrt' ne tardera pas à être envahi. On a réellement rencontré un seul testicule malade dans des cas anciens ; mais comme un traitement énergique avait dej i été aduiinistré, un testicule avait été guéri, tandis que l'autre est resté malade, et celui-ci a été alors considéré comme seul affecté, parce qu'on a négligé les antécédents. Ainsi l'erreur vient de ce qu'on observe trop toi ou trop tard
SARCOCÉLE SYPHILITIQUE. - SYMPTOMES. 465
L'atrophie du testicule peut être une conséquence du sarcocèie dont il s'agit, mais elle n'est pas constante. Plus d'une fois lès deux testicules complètement vénériens sont revenus à leur état normal et ont rempli ensuite parfaitement leur fonction. J'ai même constaté l'hypertrophie testiculaire après l'affection syphilitique. J'ai observé le testicule syphilitique chez un sujet qui n'en avait qu'un^ l'autre avait été amputé^ et ce malade, après sa guérison^ a abusé du coït. Je reviendrai sur ces faits.
Cette deuxième variété, qui porte plus spécialement sur la glande séminale^ peut se produire sans qu'on ait observé antécédemment aucun chancre ; elle peut être la suite d'une blennorrhagie syphilitique. Ce sont les cas de cette dernière espèce qui ont jeté le plus d'obscurité dans l'histoire de la maladie que j'étudie ici^ car les partisans de l'orchite chronique^ ceux qui rejettent presque toujours la seconde variété que je viens de décrire^ tirent un grand parti de l'aor técédent blennorrhagique pour constituer cette même orchite chronique.
En général^ les tumeurs ne sont pas douloureuses^ qu'elles appartiennent à la première ou à la seconde variété. Si l'on comprime un peu fort, on peut produire la douleur ordinaire de la compression d'un testicule sain. Mais il arrive souvent que cette compression n'éveille aucune espèce de sensibilité. La douleur, s'il y en a une, est plutôt vers la région inguinale, et elle est alors, dans le plus grand nombre des cas, causée par le poids de la tumeur lorsque celle-ci est volumineuse.
Comme je l'ai déjà dit, il s'agit ici d'affections chroniques. La marche est donc lente, la durée peut être de plusieurs années. Si l'on observe une certaine tendance à l'état aigu, c'est qu'il s'agit de la première variété, c'est que l'épididymite est intervenue. Il y a dans le plus grand nombre des cas une altération marquée des fonctions testiculaires. Les désirs vénériens sont moins vifs, s'éteignent quelquefois complètement; les érections sont donc moins fréquentes; les rapports sexuels, moins recherchés d'abord, finissent par devenUr impossibles. Le sperme subit une diminution, une altération qui est prouvée par le nombre toujours moins considérable des animalcules. Ces lésions de fonctions sont d'autant plus marquées que l'affection atteint plus particulièrement la substance testiculaire et qu'elle envahit les deux côtés. La deuxième variété, sous ce rapport, est plus grave que la première. Je reviendrai d'ailleurs sur l'altération des fonctions génitales en parlant du pronostic.
■Mayiiovtlc* — Le diagnostic sera singulièrement simplifié si l'on
to
466 MALADIES VÉNÉRIBNNES DITES GONSÉGOTIVES.
a égard à ta règle générale *■ que j'ai bit connaître dans un travail lu i rAcadémie de médecine. J'ai dit que quand il y a engorgement chronique des deux testiculea^ l'affection est nécessairement bénigne ; elle ne peut appartenir à aucune fimne de cancer, ni à la catégorie des tomeurs formées par des tubercules qui sont répétés dans les viscères. Ainsi le sarcocèle syplûlitique ne peut être confondu qu'avec Tengorgement chronique des testicules considéré comme tuberculeux, mais qui est bénin parce que l'affection des bourses n'est pas répétée dans les viscères. Il s'agit doncde di^guér le sarcocèle syphilitique de cet engorgement chronique, ou, si on le préfère, de ces tumeurs tnbercn* leuses bénignes. Ici les antécédents, les symptômes concomitantaseront d'un grand secours. De plus, la tumeur de la seconde variété est biens moins inégale que la tumeur strumeuse, et la dureté porte sur le testicule même, tandis que celui-ci a sa souplesse normale dans la tumeur strumeuse. La première variété, celle que j'ai décrite d'àboad, serait plus &cilement confondue avec l'engorgement dont il est question, d'autant mieux que dans les antécédents des deux tumeurs on peut trouver une blennorrfaagie. Hais la tumeur strumeuse est béai»coup plus inégale, souvent il y a des points de cette tumeur qui se rar mollissent, qui suppurent; il est rare que le nlalade n'èît'pës éprouvé de la douleur à une certaine période de la maladie, la compression détermine cette douleur et même une compression légère. TiC sarcocèle syphilitique, au contraire, peut parcourir toutes les phases sans jamais avoir été le siège de la moindre douleur, et quelquefois même par une compression un peu forte.
Le traitement peut ici éclairer le diagnostic ; en effet, Tiodure de potassium à haute dose aura une action prompte, marquée sur la tumeur syphilitique, surtout dans les premiers temps, tandis que le même modificateur, s'il agit sur la tumeur strumeuse, ne le fera qu'après untrès-long temps et après une modification profonde de l'organisme. Il est vrai que l'action si prompte et si évidente dont j'ai parlé ne s'exerce que sur la première variété, et qu'il est rare de l'observer avec ces caractères quand l'iodure est administré contre la première variété. Mais celte première variété est très-favorablement influencée par le traitement mercuriel externe et interne, tandis que le mercure est funeste dans les cas de tumeurs strumeuses.
ProniMitlr. — J'ai déjà manifesté mon opinion sur le pronostic du sarcocèle syphilitique, puisque je l'ai classe parmi les tumeurs bénignes des bourses. Ainsi le pronostic est favorable, surtout depuis que
< Je dis r^yie génëmle pt non Im nhsnhte, deux choses bien diflërcntes, car, en IMithologfe, la première existe et Fantre n'existe pas.
SAHCOCÉLK SYPHIIJTIQl E. — PRONOSTIC. 4(Î7
rioduredepotassium a été introduit dansla thérapeutique de certaines formes de la syphilis. Tout le monde convient de cela. L'individu n'a donc rien à craindre^ en général ; mais que lui reste-t-il de ses fonctions génitales ? Voilà une grave question que j'ai cherché à traiter dans un travail lu à la Société de chirurgie.
Il est évident que le testicule atteint de ce qu'on a appelé sarcocèle syphilitique subit de profondes modifications dans sa structure. Cet organe peut passer à l'état fibreux^ devenir cartilagineux, son parenchjntne peut même être envahi par des sels calcaires ; mais ce qui domine alors, c'est l'atrophie. L'acte nutritif est affaibli dans la substance, testiculaire ; l'organe est amoindri, et après la guérison de cette espèce de sarcocèle il reste plus faible, plus petit. L'atrophie testiculaire est donc un fait qui se produit assez fréquemment, après le sarcocèle syphilitique, pour qu'on soit autorisé à lui donner un caractère de généralité. Hais je pense que ceux qui ont voulu considérer l'atropiiie comme une terminaison fatale du sarcocèle syphilitique sont allés au delà de l'observation, ou, pour mieux dire, n'ont pas suffisamment observé avant de conclure. On conçoit les conséquences, pour les fonctions génitales, de l'atrophie du testicule, puisque, si elle est portée très-loin, si elle envahit les deux parenchymes, elle équivaut à la castration. Malheureusement cela arrive quelquefois. Ainsi j'ai été consulté par un de mes confrères qui avait vu le parenchyme de ses testicules se fondre, pour ainsi dire, sous l'influence syphilitique ; il ne restait plus des deux côtés qu'une portion de l'épididyme; ces débris de l'organe étaient d'une sensibilité extraordinaire ; l'impuissance était complète. Ce fait montre l'atrophie dans ses effets les plus graves. Il est plus fréquent de voir le testicule seulement réduit dans son ensemble, un peu déformé et de consistance inégale.
L'échec éprouvé par la virilité n'est pas toujours en rapport avec les pertes que la syphilis semble avoir fait subir à la substance testiculaire : on voit, en effet, des sujets ne pouvant plus entrer en érection, ou capables seulement d'une émission séminale très-peu abondante, très-fluide, et qui cependant n'ont presque rien perdu de la substance testiculaire. Ces différences tiennent beaucoup à l'ftge du sujet, à l'usage ou à l'abus qu'il a pu faire de ses forces viriles et à l'état de son esprit. Sous ce dernier rapport, on peut observer des faits bien tristes : ils se produisent surtout dans la classe de la société (fui peut comprendre ce que c^est que Patrophie testiculaire ou du moins ses effets sur la virilité. On a expliqué à aqb malheureux le chancre Induré et ses conséquences, le tartksiâfi V* «-iRiiibv'MsiUtats ; le mal les tient
longtemps sous mm uf^ HlBi^à Vidée d'une impuis-
sance dont souvent ils ne sont pas frappés en réalité ; ils n'osent aborder le mariage^ se considérant comme des hommes déchus, et vivent dans le célibat le plus complet et le plus triste. Si certaines considérations, des exigences de famille ou l'intérêt les portent à contracter des liens conjugaux, au moment d'accomplir l'acte, le courage qu'ils s'étaient fait les abandonne, il se passe alors des scènes fort sombres. J'ai connu un sujet qui s'est trouvé acteur d'une pareille scène, qui plus tard est réellement devenu père, et cela quand il a été persuadé que la virilité peut très-bien être conservée aux individus qui ont eu les deux testicules syphilitiques, mais quand un traitement méthodique a été fait à temps. Ce seul fait est bien de nature à faire comprendre l'importance du sujet que je traite.
Pour mon compte, non-seulement je ne crois pas à une atrophie, à une impuissance fatale après la guérison de ce qu'on appelle sarcocèle syphilitique, mais je connais des faits qui me portent à penser que, dans certains cas, le testicule affecté ainsi de syphilis peut, après un traitement bien dirigé et commencé à temps, après guérison, conserver sa vigueur, être complètement réparé au point de vue anatomique et physiologique. Une exception rare, c'est de voir la même influence syphilitique, s'exerçant sur le même individu, produire des effets complètement opposés dans chaque testicule ; elle atrophiera un testicule, tandis qu'elle hypertrophiera le congénère. Je rapporterai bientôt une observation qui est une preuve de ce double effet de Taffection syphilitique.
L'observation qui établit le mieux que la virilité peut survivre à une affection syphilitique profonde du testicule a déjà été publiée par moi ; elle est dans mon livre de Chirurgie ei je la reproduirai en parlant de la thérapeutique. Le sujet était un militaire auquel un chirurgien de Tarmée enleva un testicule pour une tumeur qu'on crut de nature maligne. L'autre testicule s'affecta plus tard ; il formait une tumeur ayant les caractères de celle qui déjà avait été enlevée ; je m'informai des antécédents, parmi lesquels je trouvai des symptômes vénériens. Je fis prendre à ce militaire de l'iodure de potassium à la dose que j'appelle suffisante. Le testicule revint peu à peu à Tétat normal ; seulement son volume resta plus considérable que celui d'un testicule ordinaire. Je note ici, avec soin, que Tobservation finit par ces mots : Le sujet est toujours plus porté aux plaisirs vénériens. Ce qui mo Ta continué, c'est que j'ai été à même de traiter ce militaire de deux hlennorrhagies depuis sa sortie de l'hôpital.
Ainsi, voilà un sujet qui n'a plus qu'un testicule, ce testicule est affecté de ce qu'on appelle sarcocèle syphilitiijue ; les antécédents, kv^
SARCOCÈLE SYPHILITIQUE. — PRONOSTIC. 46^
caractères de cette tumeur^ les bons effets de Tiodure de potassiun)^ tout le prouve ; eh bien ! ce testicule^ après guérison^ non-seulement n^est pas atrophié^ mais il semble hypertrophié ; non-seulement la virilité n'est pas éteinte^ mais elle se manifeste par des écarts que le malade paye par plusieurs chaudes-pisses.
Dans mon service de l'hôpital du Midi, il y avait^ en août 1847^ un charretier qui a offert un cas analof^e à celui que je viens de faire connaître. Ce malade n'avait pas perdu de testicule^ mais il en portait un qui n'avait pris aucun développement : c'était le droit ; il était resté vers l'orifice externe du canal inguinal^ où il n'était représenté que par l'épididyme^ qui avait à peine le volume d'une fève de marais. Ce charretier sortit guéri de mon service ; il contracta ensuite un chancre dans une maison de tolérance^ le transmit à sa femme qui devint enceinte et donna le jour à un enfant, qui mourut peu de temps après sa naissance avec des syphilides comme celles que j'avais observées chez la malheureuse mère. Voilà donc encore un sujet qui n'avait, en réalité, qu'un testicule ; il est devenu manifestement syphilitique^ et cependant la virilité n'a nullement été atteinte^ puisqu'elle s'est manifestée par des rapports dont la conséquence a été la naissance d'un enfant portant les traces du mal paternel.
Voici maintenant une observation qui semble prouver que l'affection syphilitique, envahissant les deux testicules^ peut en atrophier un. H. Ricord fait remarquer que cette atrophie est consécutive à une affection réelle du testicule qu'on a pu ignorer, car elle n'a pas augmenté le volume du testicule. Pour moi peu importe que l'atrophie soit primitive ou consécutive ; ce que je soutiens, c'est qu'il peut y avoir atrophie d'un côté, et hypertrophie de l'autre.
Le 19 juillet 1845 est entré dans mon service le nommé B..., ftgé de cinquante ans, cantonnier, d'une bonne constitution. Il y a vingt ans, il contracta un chancre qui fut suivi d'un bubon suppuré du côté gauche. Au bout de dix jours le chancre fut cicatrisé, mais le malade fut obligé de rester au lit pendant quarante jours pour attendre la guérison du bubon. Il a pris à cette époque des pilules, mais il ne sait pas si elles contenaient du mercure ; jamais il n'a eu d'éruption h la peau, ni de mal de gorge. Il y a six ans, il éprouva des douleurs dans la tête, le cou et les membres, sans cause appréciable ; elles ne durèrent que quinze jours. Il y a trois mois, il contracta un nouveau chancre h la partie antérieure de l'impasse du prépuce ; le chancre fut seulement cautérisé ; il était cicatrisé au bout de quinze jours.
Jamais ce malade n'a eu de blennorrhagie. Il y a cinq mois, c'est-àdire deux mois avant le dernier chitti i^ticule gauche conmionça
à grossir sans devenir douloureux. Depuis un mois seulement^ le malade y ressent des élancements plus fréquents la nuit que le jour.
Aujourd'hui le testicule gauche.a le volume d*un gros œuf de poule; il est dur^ pesant^ piriforme^ présentant de très-légères inégalités. Od ne sent pas Tépididyme^ qui parait confondu avec le testicule.
Le cordon est un peu plus gros qu'à Tétat normal^ les veines du même côté sont aussi plus développées. La pression ne détermine qu'une faible douleur. Il y a un mois et demi^ il parut à la partie externe et supérieure de la cuisse gauche une petite tumeur qui suppura. La plaie n'est tout à fait cicatrisée que depuis huit jours ; il reste une cicatrice assez large, rougeàtre, analogue à celles que laissent après eux les tubercules cutanés.
Le testicule du côté droit est atrophié ; il est réduit à ta moitié de son volume. Cette diminution s'est opérée sans gonflement préalable, environ deux mois après que le gauche eut commencé à augmenter de volume et à l'époque où des emplâtres fondants avaient été appliqués sur ce dernier, ce qui avait fait croire au malade que l'emplâtre était la cause de Tatrophie du côté droit.
42 juillet. — L'iodure de potassium est administré au malade à la dose de 2 grammes par jour. Ce modificateur est rapidement porté jusqu'à la dose de 6 grammes par jour.
Huit jours après, les douleurs n'existaient plus, et la diminution dans le volume du testicule était sensible.
28 juillet. — Le testicule gauche, celui qui était volumineux, est réduit à la moitié à peu près de ce qu'il était à l'entrée du malade. On y sent bien plus manifestement des bosselures quand on le fait glisser sous la peau entre les doigts ; la consistance est moins considérable. L epididyme se distingue parfaitement du reste de la glande ; le cordon a repris son volume normal. 11 n'y a plus de douleurs même à une pression un peu forte. La sensibilité normale semble diminuée.
Depuis quelques jours le malade éprouve de la faiblesse dans la vue, les vaisseaux rayonnes de la sclérotique sont légèrement injectés ; il y a de la photophobie et du larmoiement. Le malade se plaint aussi de bourdonnements dans l'oreille gauche ; mais ceux-ci existent depuis plusieurs années.
8 août. — Les yeux sont revenus à leur état normal, tous les phénomènes congeslils ont disparu. Les bourdonnements d'oreille continuent. Les bosselures du testicule gauche sont devenues moins nombreuses et moins sensibles. La consistance a encore diminué.
22 août. — Le testicule gauche a aujourd'hui sa forme ordinaire. Mais il reste phis volumineux qu'un testicule normal. Le droit est tou-
SARCOCÉLE SYPHILITIQUB. — PRONOSTIC. 474
jours petite c'est-à-dire réduit de moitié. J'ai pu revoir ce malade, un mois après sa guérison, car il est venu me consulter pour une biennorrhagie qu'il venait de contracter.
Voilà trois faits qui prouvent que le testicule et ses fonctions peuvent être conservés dans leur intégrité après les effets, après la guérison du sarcocèle syphilitique. Ils m'autoriseraient même à admettre l'hypertrophie testiculaire dans les mêmes circonstances.
Je ne me dissimule pas les objections qu'on pourrait faire et qu'on pourrait puiser dans les faits mêmes que je viens de citer. On m'objectera peut-être que l'hypertrophie d'un testicule, quand l'autre est absent, ouquand il estincomplétement développé, quecettehypertrophie estun fait d'organogénésie très-connu; qu'ici l'hypertrophie a précédé l'infection syphilitique. Le mouvement hypertrophique aurait donc été soumis à cette loi de compensation qui veut que les matériaux destinés à l'accroissement d'un organe absent ou qui existe à peine, se portent vers l'organe congénère qui en reçoit un accroissement exagéré. On dira peut-être que dans les trois faits dont il vient d'être question» la syphilis a rencontré des testicules hypertrophiés, et que si, après guérison, ils sont restés avec leur volume naturel ou un volume au-dessus de la règle, s'ils ont pu fontionner encore, cela ne prouve nullement que ces organes n'aient pas subi un certain degré d'atrophie ; car un organe qui est puissant comme un et demi peut très-bien subir une soustraction et rester encore puissant comme un et même un peu plus. Le fait le plus favorable à ce raisonnement se rapporte au charretier déjà cité : il était venu au monde avec un seul testicule complètement développé, tandis que la place de l'autre était seulement marquée par une partie de Tépididyme. On se croitdonc en droitde soutenir qu'ici le testicule régulièrement constitué a pris un développement considérable avant d'être malade. La vérole sévissant alors sur lui a pu l'amoindrir sans le réduire à un volume au-dessous de la règle. Chez ce malade il y aurait eu atrophie sur hypertrophie, et cette dernière aurait fait les frais de la guérison. Ces arguments, auxquels je ne refuse pas une certaine valeur, ne détruisent pas le fait d'un testicule restant avec son volume, et même avec un volume plus considérable, conservant ses fonctions, et cela après avoir subi l'affection appelée sarcocèle syphilitique. Je ne sais pas précisément ce qu'était avant la syphilis le testicule gauche de ce charretier ; ce que j'affirme, c'est qu'après la guérison il s'est trouvé plus volumineux qu'un testicule appartement à un sujet de l'âge et de la forée de oe mdade. J'ajoute que ce charretier, qui n'avait pas eu d'enfimlmaftil «Baeu un après sa guérison .
On pourrait peut-étoediîwii^ nents contre le fait du
CÔNSÉCTlîtVES,
militaire à qui on extirpa un tesfîcule et quî^ après la guérison d'un sarroc^le syphilitique du côté opposé* a conservé le testicule correspondant hypertrophié et très-actif, car il s'est passé deux ans entre la castration d'un côté et l'afï'ection syphlUtique de l'autr**. côté. Pendant ce temps, dira-t-on, le testicule épargné a profilé, k hii seul, des matériaux nutritifs destinés aux deux glandes et a pu prendre ainsi un développement exagéré ; il se serait hypertrophié, ce qui aurait empêché les elTets de l'atrophie de se produire. Je répondrai d'abord qu'il ne s'est passé que deux ans depuis l'opération qui a privé ce militaire d'un testicule ^ l'invasion syphilitique de l'autre glande ; or c'est déjà un temps assez court pour qu*un organe s'hyperlrophie au point de résister aux efl'ets atrophiques de la syphilis. D'ailleurs^ comme toute l'histoire pathologique de ce militaire, histoire qu'on lira bientôt, me prouve que le testicule amputé n'était pas cancéreux, mais seulement syphilitique; comme c'est ta même vérole ayant sévi d'abord sur le premier testicule qui a envahi ensuite le second, je me demande si un sujet, en pleine syphilis, sous l'influence d'un principe qui tend à atrophier le testicule j peut voir un de ces organes s'hyperirophier. Je crois d'ailleurs que les altérations de tissu qui constituent la tumeur appelée testicule ou sarcocèle syphilitique doivent varier et le mode de réparation ne doit pas être toujours identique : j'en donnerai pour preuve rubservation que j'ai rapportée complètement. Elle prouve^ en effet, que sous la même influence syphilitique un testicule s'est atrophié sans se tuméfier, tandis que Tautre s'est tuméfié, a formé réellement tumeur et est resté avec un certain degré d'hypertrophie. Ces faits et ces interprétations sont, selon moi, de nature à mériter l'attention des praticiens, car ils touchent à une question importante d'anatomie pathologique et à la question de la stérilité chez l'homme, question très-grave sous beaucoup de rapports.
Traitement. — Le traitement est celui de la vérole confirmée; mais il y a des modifications à apporter selon la variété de sarcocèle et d'autres circonstances que j'ai déjà notées. On doit se rappeler ici que le sarcocèle syphilitique n'apparaît pas toujours à la même période de la vérole. J'ai avancé en commençant cet article, que la tumeur pouvait se produire, peu de temps après la première manifestation syphilitique, avec une syphilide précoce ou sans syphilide, qu'elle avait été observée pendant la période de transition, et qu'enfin elle pouvait être retardataire et n'arriver qu'avec les accidents ultimes, avec les périostoses et les exostoses. Ces circonstances doivent être prises en considé* ration par le praticien. Lie sarcocèle qui apparaîtra avant cette profonde altération de l'organisme, laquelle contre-indique tout hypos-
SARCOCÈLE SYPHILITIQUE. — TRAITEMENT. 473
thénisant^ celui-là pourra être traité avec avantage par le mercure. C'est ce sarcocèle^ que j'appellerai hfttif, qui a été guéri à la faveur du mercure seul par Dupuytren, Boyer et les praticiens qui, avant de se décider à la castration, soumettaient au traitement mercuriel les malades portant des tumeurs testiculaires chroniques, ayant certains caractères du cancer. Ainsi, dernièrement, j'ai fait disparaître par tes pilules de proto-iodure de mercure un double sarcocèle syphilitique^ qui avait précédé une sypbilide squammeuse. Le mercure donc, et même le mercure seul, peut guérir radicalement certains sarcoc^les syphilitiques, et je crois qu'on fera bien de commencer par lui quand il y aura une sypbilide concomitante peu profonde, sur un sujet conservant des forces, et dont la constitution n'est pas profondément altérée. C'est, je crois, le moyen d'éviter les récidives. Hais il est évident que certains sarcocèles, surtout ceux de la deuxième variété, ne sont quelquefois nullement influencés par le mercure, quel que soit son mode d'administration. Ce moyen alors peut avoir des dangers, et c'est principalement quand l'affection est tardive, quand elle arrive à la période ultime de la vérole, quand le sujet passe à la cachexie. Ce sont ces sarcocèles pour lesqu<'ls la castration était autrefois pratiquée. On considérait ces tumeurs comme cancéreuses, parce qu'elles résistaient au mercure. Cette époque n'est pas loin de nous, et j'ai vu enlever par les grands maîtres que je viens de citer (surtout par Boyer), des testicules qui auraient été sauvés par l'iodure de potassium. C'est donc ce moyen qu'il faudra employer dans les cas graves, quand la constitution sera déjà compromise ; il aura alors un effet prompt et d'abord très-marqué, dans la deuxième variété. Son emploi même ne devra pas se borner à celle-ci ; le plus souvent il devra être associé au mercure dans la première variété. Voici enfin l'observation dont j'ai déjà parlé ; elle est de nature à faire réfléchir tous les chirurgiens, et à inspirer des regrets au praticien qui a fait la castration.
Engorgement grave du testicule gauche. Ablation de cet organe par un chirurgien militaire qui a considéré la tumeur comme un hydrosarcocèle. Engorgement analogue au côté droit. Guérison par fiodure de potassium. — B..., âgé de vingt-neuf ans, armurier, couché au n* 24, salle 40, est entré à l'hôpital le i 1 mars. C'est un homme peu robuste, qui a l'apparence scrofuleuse. Il dit que, dans l'enfance, il n'a jamais été malade. Ses parents se portent bien et sont très- vigoureux. Cependant, on remarque à la face et au cou des cicatrices qui ont succédé à des ulcérations scrofuleuses. Il y a six ans, il eut uneUen' ^
qui coula pendant dix-huit mois ; elle ne fut jamais dcN
474 MALADIES VÉN|î:RIENNES DITES CONSÉCIÎTIVES.
guérit sans traitement. Six mois après^ survinrent des ulcérations au prépuce et au gland, fort longtemps après tout rapport sexuel. Le malade suivit un traitement mercuriel.
Depuis, survint à la peau une éruption que le médecin.ne regarda pas comme syphilitique, à ce que rapporte le malade, puis un engorgement dans Taisselle gauche, sans écorchure ou plaie au membre supérieur correspondant ; bubon peut-être scrofuleux, traité par les maturatifs et Tincision. Le malade rapporte avoir eu dans la bouche une ulcération syphilitique que son médecin toucha et guérit plusieurs fois avec le nitrate d'argent. Enfin le testicule gauche s'engorgea (1^ malade était alors au service militaire) ; en quatre mois il acquit un volume énorme ; dur au début, il est de plus en plus mou ; des élancements de plus en plus fréquents parcourent la tumeur ; ils se font ressentir jusque dans les reins. B... resta pendant quatre mois dans les hôpitaux militaires. Enfin on fit l'ablation de cette tumeur en avril 1841. Au bout de six semaines la cicatrisation était complète. Cet homme reprit sa profession d'armurier.
Deux ans après apparaît un nouvel engorgement au testicule droit. Depuis le mois d'août 1843 cet engorgement acquiert assez rapidement le volume de deux poings. Il était dur surtout à la partie inférieure ; il était le siège de douleurs intenses, lancinantes, qui ne laissaient point au malade un instant de repos. Son médecin fait appliquer successivement un grand nombre de sangsues sur la tumeur, puis il fait faire dos frictions avec Tonguent mercuriel, et appliquer un emplâtre de Vjgo. Six semaines après, il y avait beaucoup d'aniélioration ; mais le malade mène une vie peu régulière, fait des excès. Quoiqu'il soit privé d'un testicule, et qu'il ait l'autre malade, le désir des rapports sexuels est très-vif chez lui. Après ces excès, les douleurs reparurent plus fortes qu'auparavant. C'est alors qu'il prit la résolution de se confier à mes soins, et qu'il se fit recevoir à l'hôpital du Midi. La tumeur était beaucoup plus volumineuse que le poing; elle est dure en arrière et sur les côtés; un peu molle en avant, où il y a une apparence de fluctuation dans l'étendue d'un pouce environ ; elle est ovoïde, à grosse extrémité supérieure, et ressemble assez bien, pour la forme, à une hydrocèle ; mais elle est beaucoup plus lourde que cette dernière tumeur. Comme je l'ai dit, cette tumeur est le siège de douleurs lancinantes exti»émement vives. La dureté particulière de cette tumeur, la nature des douleurs, la circonstance de l'ablation déjà faite de l'autre testicule, tout semblait prouver que c'était là un véritable sarcocèle, une tumeur squirrheuse ou encéphaloïde qui devait avoir une terminaison funeste. Mais ayant bien étudié l'histoire de ce malade, je le sounus, dès son
SARCOCÈLE SYPHILITIQUE, -r- TRAITEMENT. 47î>
entrée^ à llodure de potassium ; il en avait pris environ 8 grammes^ et déjà les douleurs avaient à peu près cessé. Maintenant^ c'est-à-dire le 45 avril 4844^ la tumeur a diminué de moitié, et il n'y a plus trace de douleur.
La partie de la tumeur c|ui ofirait une fluctuation obscure ne s'est point agrandie» mais elle offre la sensation d'un liquide un peu épais, comme le serait la matière d'un ramollissement. Le 2 mai 1844, le point endurci a diminué d'étendue, la fluctuation est plus apparente, la totalité de la tumeur est moindre que la moitié du volume primitif; le 19 mai, la tumeur a à peine le double du volume d'un testicule ordinaire. On suspend l'iodure de potassium. On fait des frictions sur la tumeur avec la pommade à l'iodure de plomb. Enfin le testicule revient à l'état normal, et le malade sort le 15 juin. Il est toujours plus porté aux plaisirs vénériens.
Ainsi on voit là une tumeur qui offre plusieurs caractères de Tencéphaloide : fluctuation obscure, douleurs lancinantes, débilité, pâleur du sujet, circonstance d'un testicule déjà enlevé, testicule qui ofirait une tumeur analogue, et cependant l'iodure de potassium triomphe ! Est-ce que l'iodure aurait fondu un cancer, ou bien a-t-on opéré de l'autre côté pour une tumeur bénigne, pour un sarcocèle syphilitique? Cette hypothèse me paraît plus soutenable.
Plus je réfléchis à ce fait, plus je me persuade que quand le testicule gauche a été enlevé le droit était déjà affecté, mais d'une manière peu sensible, et qui n'aura fixé l'attention ni du premier médecin, ni du malade. Celui-ci ne s'est plaint du testicule droit que quand il est devenu très-volumineux et très-sensible.
ARTICLE VI
Maladies da tlMa cellulaire. — Tnmears gommemMmm.
En décrivant les affections de la peau et des muqueuses, il a été souvent question des lésions simultanées du tissu cellulaire. Ainsi, les syphilides profondes, les lésions tardives du voile du palais, du pharynx, de la langue, sont avec plus ou moins d'engorgement du tissu cellulaire sous-jacent. C'est là l'induration syphilitique diffuse du tissu cellulaire; il semble alors affecté par extension de la lésion de la peau ou de la muqueuse qui le recouvrent. D'autres fois le tiaso oéllttlaire s'épaissit, s'endurcit sans lésion préalable du tégument* laqoel i rester longtemps et môme toujours à l'état normal. . n.
4T6* MALADÏÎS VtNÉRIENNnËS UtîES llONSÉCm^TS.
Au lieu de cette induration ditruse, on vaguement circonscrite, on peut observer des engorgements partiels qui, peu à peu, prennent la forme d'un noyaUi d'untuberculej d'un nœud* Ce sont tantôt ûescmdyhmeSj et alors on les remarque surtout à l'anus; ou bien ces (umeurs sont appelées gommer nodus^ iameurs gornmeuses, et on ies observe sous la peau, dans !e tissu cellulaire profond^ dans le sein même de certains organes, des muscles. On observe cette affection du tissu cellulaire quand la vérole a déjîi fortement compromis la constitu* tion* Le siège le plus fréquent des tunieurs est aux membres et à leur face externe, dans le tissu cellulaire sous-cutané, surtout où il est lamineux et dense; là elles peuvent conserver longtemps une certaine mobilité et font une saillie très-prononcée: il en est qui se pi^dieulenL
On a trouvé de ces tumeurs dans le tissu cellulaire du scrotum ; elle* forment alors une tiimrur qu*on pourrait confondre avec i** sarcocèle syphilif rquCj ce qui ne serait pas grave, ou avec le vrai cancer du testicule^ erreur beaucoup plus préjudiciable. J'ai observé un malade portant une de ces affections testiculaîres. Il était couché salle iode mon service, a ThApilal du Midi, La tumeur envahissait le testicule gauche ; elle était ulcérée, et du fond s'élevaient de gros bourgeons formant champignon comme au dernier terme du cancer encéphaloidc. Le testicule droit était un p**u dur au centre* Ce malade était complètement anémique* essoufflé, ne pouvant rester dix minutes debout; La tète lui tournait. De plus il y avait boursouflement du ventre et un peu d'ascite. Je lui fis prendre, du premier coup, 2 grammes d'iodure de potassium, le lendemain 3 grammes,, les jours suivants 4 grammes par jour pendant deux mois, ce qui fut suffisant pour la guérison. I>es premiers phénomènes curatifs se manifestèrent du côté du ventre dont le volume diminua au bout de trois jours de traitement. Puis la réparation se manifesta du côté du testicule, et après deux mois, conune je l'ai dit, le malade était rendu à la santé.
On trouve aussi des tumeui*s gommeuses dans le tissu cellulaire profond, et même dans celui qui lie ou sépare les éléments qui constituent le système fibreux ou le système musculaire. Ainsi ces tumeurs envahissent assez souvent la langue qui paraît alors comme rembourrée de petites noisettes. H. Ricord cite un cas remarquable qui se rapporte à cette forme de l'affection syphilitique du tissu cellulaire. C'est alors surtout qu'on a pu la confondre avec le cancer. Dans ces derniers temps on a présenté à la Société de chirurgie une tumeur du sein qu'on considérait comme gommeuse.
Il y a ordinairement plusieurs de ces tumeurs ; elles ne naissent pas toutes en même temps, et leur évolution n'est pas simultanée. Quel-
MALADIES Dl TISSU CELLULAIRE. 477
quefois il faut compter non-seulement par mois^ mais par années^ le temps nécessaire à leur guérison, quel que soit le traitement mis en usage. Ces tumeurs sont d'abord petites^ à peine sensibles^ dures^ adhérentes à la peau, mais libres au-dessous et mobiles. Elles se déve • loppent, s'accroissent lentement et sans provoquer de douleur. Une gène vers la localité, quelquefois le hasard les font découvrir par le malade. Elles vont jusqu'au volume d'une noisette ou d'une noix (voyez planche VI). Longtemps dures, ces tumeurs finissent par céder à la pression, par offrir comme une quasi>fluctuation, puis elles deviennent tout à fait fluctuantes. Alors, si elles sont voisines de la peau ou d'une muqueuse, cette enveloppe s'amincit, se colore en rouge brun violacé, subit des solutions de continuité, et offre des perforations qui ressemblent à celles qui ouvrent un anthrax. Un pus mal lié, une matière comme la solution de gomme concentrée, des débris organiques sortent par ces ouvertures, qui s'agrandissent : la tumeur gommeuse éliminée, apparaît une espèce de caverne limitée par une coque, un kyste, lequel doit lui-même subir une destruction ou élimination pour que la réparation s'opère complètement. La cicatrice qui remplace le tout est déprimée, inégale, comme celle qui succède à une brûlure profonde. Quelquefois le tégument s'ulcère et montre à nu la tumeur gommeuse qui est comme lobulée, jaunâtre, inégale. La planche VI, figure 2, représente trois tumeurs gommeuses que j'ai observées dans mon service; elles étaient situées au dos. Le décubitus avait favorisé l'ulcération de la peau et la dénudation des tumeurs.
H. Ricord dit que les destructions ulcératives qui succèdent aux tumeurs de la langue, dont il a été question plus haut, a furent horribles, et pour des yeux peu habitués elles auraient pu simuler d'affreux cancers*. »
Il faut savoir aussi que toutes les tumeurs syphilitiques profondes ne sont pas formées par le tissu cellulaire, ou du moins par le tissu cellulaire seul. Ainsi bientôt, en décrivant les tumeurs des muscles, j'en montrerai qui sont formées par une dégénérescence particulière des fibres mêmes. D<ans des cas complexes, le tissu cellulaire et le parenchynie des organes entrent dans la composition de la tumeur.
Les maladies du tissu cellulaire, quelle que soit la forme qu'elles revêtent, sont nécessairement graves, parce qu'elles arrivent à une époque de la vérole qui est marquée par une profonde altération de l'organisme. La gravité du pronostic est en outre relative au siège des tumeurs gommeuses : ainsi elles sont bien moins graves sous la peau
* Traité des maladies vénérietmest p. 6€0.
MALAISES VÉNÉWiENNES JMTKS COiNSÉCirriVTSS,
Hes membres que dans l'épaisseur de la langue, dans Tépaisseur ilii voile du palais; car l'ulcératîoii produit abi-s de grands éégkts^ et dlm portantes fonctions peuvent être compromises»
Le traitement est dicté par la nature de l'jtffection et Tépoque de h vérole à laciwelle on l'observe. ïl est rare qu'ici le mercure puisse être rationnellement administré, et cela h cause de cette profonde altéra- Uon de l'organisme qui se lie à ces tumeurs. Le praticien devra donc éviter cet hyposthénisant et tous les autres, pour se tourner du c^té des toniques et de tout re qui peut réconforter la constitution.
Le premier, le meilleur moyen, c'est encore Tiodure de pota&&iutti. Si le sujet le supporte bien, s\ Tadministration est faite à temps, on il presque la certitude de voir disparaître les tumeurs.
On a conseillé l'application du vésîcatoire sur lestumeursj leur ouverture et mfime rextirpation* Il est évident que ce traitement chiror* gical ne pourra être entrepris que dans certains cas, lorsque le siège dcB tumeurs les rend accessibles aux moyens que je ^iens d'indiquer* C'est CuUerier qui traitait ces tumeurs par le vésicatoire pansé avec le deutochlorure, comme M, Malapert le conseillait pour les bubons. L'ouverture des tumeurs n'est qu'un palliatif, et Textirpation ne doit être entreprise qu'après un traitement général complet, quand satisfaction a été donnée à Tiodure de potassium. Si Ton entreprend Textirpationj on devra la faire complète, car la suppuration se pro- Idi^L^rijiit ericotT tongteriips, si on iiiissait une portion de la porbr kystique. Il survient quelquefois une inflammation assez vive^ après l'ouverture spontanée ou chirurgicale de la tumeur. On doit alors avoir recours aux topiques émoHients. Dans le plus grand nombre des cas^ on préférera un pansement avec la charpie^ qu'on trempe dans deux tiers d'eau et un tiers de teinture d'iode. On en vient ensuite aux pansements avec le Vigo cum mercurio, qui trouve ici encore une trèsutile application.
ARTICLE VII
Maladie* des mascles» des tendoiu et des aponévroee».
Ces organes de la locomotion subissent souvent les atteintes de la syphilis dans ses périodes ultimes^ et cependant l'étude des lésions dont ils sont le siège a été presque entièrement négligée jusqu'à notre époque. Astruc s'était borné à signaler cette forme de la vérole : selon lui; quand la substance des muscles était infiltrée du virus, il survenait des ^an^/io/is^ des /um^r^ dure<; il parle de douleurs rhuniatis-