‹ Traité des maladies vénériennesChapitre 7 sur 76 · DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Ce livre était surtout destiné à compléter les ouvrages classiques de pathologie interne et externe dont les cadres ne peuvent contenir toute la syphiliographie.

Il a été assez heureux pour suivre la fortune de ceux qui se partagent la faveur du public. Écrivant pour les jeunes médecins, j ai dû, avant tout, leur enseigner les vérités qui restent, indépendamment des systèmes et des systématiques qui tombent. J ai donc consacré la plus grande partie de cet ouvrage à la pratique, à la thérapeutique. Cependant, comme je Tai dit dans ma première édition, je ne pouvais être indifférent aux questions de doctrine. J ai surtout traité celle de la transmissibilité des accidents dits secondaires. Je l'ai résolue dans le sens des contagionistes. Pour savoir si j'étais dans le vrai, on n'a qu'à parcourir les productions qui ont suivi la publication de ce livre. Toutes celles qui ont un caractère sérieux sont dans les principes que j'ai soutenus. Il n'entre point dans ma pensée de m'attribuer ce progrès. Je désire tout simplement le constater. Les accidents syphilitiques dits secondaires se transmettent dans certaines circonstances^ voilà le dogme

n PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION.

actuel; il est déjà écrit dans les livres de MM. Grisolle * et Valleix ».

D'ailleurs d'autres observations, d'autres expériences confirraatives seront encore faites. Gardez-vous d'en douter. Arrivant après le bruit de la lutte et sous un pavillon neutre, elles seront acceptées, même par ce qui reste d'opposants. Le point d'honneur sera déclaré sauf. Personne n'aura été vaincu. Et s'il y a triomphe, il ne sera que pour la science.

On trouvera dans cette nouvelle édition beaucoup de corrections et des additions importantes. Les corrections sont littéraires. Les additions portent sur les articles relatifs à la syphilis des viscères. La section de la syphilis infantile a été refondue. Enfin d autres figures coloriées ont été ajoutées. Elles représentent surtout des accidents tardifs.

* Traité élémentaire et pratique de pathologie interne, T édition. Paris, 1857, 2 vol. grand in-8.

* Guide du médecin praticien. Paris, i853, 5 vol. in>8. 3" édition.

Paris, juin 185:».

Je réunis^ sous ce titre, quelques aperçus généraux sur les principales questions de la Syphiliographie. Us serviront à Tintelligence des points particuliers de pathologie et de thérapeutique, traités d'une manière spéciale dans ce volume. Les remarques particulières auront pour objet : La synonymie. — L'histoire des maladies vénériennes. — Les principes de Tobservation et de Texpérimentation. — La question de la syphilisation. — La transmissibilité des accidents secondaires. — Je terminerai par donner une idée des doctrines en syphiliographie, et j'indiquerai la classification que j'adopte.

SYNONTMIE.

Les maladies que je vais étudier ont reçu une infinité de noms venant tantôt de leur mode de propagation, tantôt d'un symptôme grave, tantôt du pays qui était accusé d'avoir donné naissance au fléau, ou du peuple qui l'aurait communiqué à d'autres peuples, tantôt enfin de la Fable. Ainsi Maladie vénérienne vient de ce qu'on la contracte ordinairement dans l'acte vénérien ; Vérole indique les pustules de la peau qui se manifestent à une certaine période du mal, pustules que l'on comparait à celles de la variole ; on dit Mal français, Mal napolitain, parce que les Français et les Napolitains ont été accusés d'avoir communiqué le fléau aux autres nations. Les noms de ces deux peuples n'ont pas été les seuls à servir d'épithète, car presque tous ont été tour à tour incriminés : les Turcs comme les Allemands, les Polonais comme les Moscovites, etc. Mais il faut convenir que les Français, sous ce rapport, ont acquis la plus grande célébrité. Syphilis est une création de Fracastor ; il suppose, dans son poème, que le berger Syphilus a été le premier frappé du mal inventé par le courroux des dieux. Je me garde d'épuiser la synonymie, car elle pourrait remplir plusieurs pages, sans intérêt pour la science et la pratique. Les dénominations qui ont prévalu sont celles-ci : Maladie vénérienne^ Syphilis, Vérole, 11 est des médecins qui les emploient indifféremment:

néanmoins on est assez généralement convenu^ aujourd'hui^ d'accepter la première dénomination comme la plus générale, car elle indique la source la plus féconde du mal^ c'est-à-dire le coït ou les autres rapports luxurieux : on dit Syphilis pour indiquer que le virus^ le poison morbide, est intervenu et qu'il joue le principal rdle ; il y a VéroU ou Syphilis constitutionnelle quand ce virus a modifié assez profondément l'organisme pour créer une diathèse^ une manière d'être, un tempérament à part. Ces maladies, du reste, peuvent être indépendantes de tout rapport vénérien, luxurieux, car le virus est quelquefois inoculé par un accident, par une plaie. Au moment où ceci est écrit, il y a, dans mon service, à l'hôpital des Vénériens, un charretier qui, dans une rixe, a été mordu au pouce par un camarajjB qui lui a inoculé en même temps un chancre.

APBRÇU HISTORIQCB.

Cet aperçu sera bref, car, partout, dans l'histoire de la syphilis, j'ai trouvé des obscurités, nulle part une vraie lumière pour la doctrine, pour la pratique. Le point historique le plus obscur est celui qui a trait à l'origine de la maladie vénérienne. A-t-elle la même date que l'humanité? est-elle moderne et serait-elle née à la lin du quinzième siècle ? L'immense érudition d'Astruc, les dates qu'il a accumulées, les commentaires auxquels il s'est livré pour répondre à cette double question, ne l'ont pas avancée d'un pas. On sait, il est vrai, qu'Astruc est partisan de l'origine moderne, mais on ne sait que cela quand on a pu le lire avec attention jusqu'au bout. La majorité des auteurs est contre Astruc et adopte l'origine ancienne.

Pour simplifier la question, je dois, avant tout, noter ici qu'il y a des maladies vénériennes non virulentes, indépendantes du virus, et d'autres qui sont spécifiques, avec virus. Èh bien ! il ne peut pas y avoir désaccord sur la question de savoir si les premières maladies ont toujours existé, car, de tout temps, on a observé aux parties génitales des phlegmasies, des écoulements, des ulcérations à la suite du coït trop souvent répété ou exercé dans des conditions défavorables : ainsi pendant les menstrues, pendant la grossesse, etc. Certaines maladies vénériennes sont donc de toute antiquité; nul doute sur ce point. Reste la question de savoir si les maladies spécifiques, celles avec virus, si la syphilis enfin est aussijancienne, si de tout temps on a observé des symptômes généraux et une infection générale comme nous l'observons journellement, ou bien si les maladies virulentes ne datent que de la fin du quinzième siècle. En parcourant les trois phases principales

de rhistoire des maladies vénériennes^ je m'efforcerai de jeter quelque jour sur ces deux questions.

Antiquité JaMia*aa qaliiBl^me siècle. — Il est vrai que la maladie vénérienne n'avait dans Tantiquité ni nom, ni thérapeutique^ ni livre à part. Hais déjà Moïse avait ordonné des précautions contre la contagion de la gonorrhée [profluvium seminis) qui est la blennorrhagie d'aujourd'hui. Hippocrate fait mention non-seulement des ulcères de la verge^ mais des pustules, et il parle de la chute des cheveux. Celse est plus remarquable ici, car, si on l'interprète bien, on voit qu'il connaissait presque toutes les ulcérations de la verge; et avec les notions acquises aujourdliui, il n'est pas Impossible de reconnaître dans ses descriptions, non-seulement le chancre, mais plusieurs de ses variétés : ainsi le chancre vulgaire et même le chancre induré. Bien plus, Celse indique les complications par phimosis, par paraphimosis. Mais les distinctions rigoureusement scientifiques ne pouvaient être établies par Celse, et il serait injuste d'exiger de lui un diagnostic que beaucoup de médecins seraient incapables d'établir, même de nos jours.

Anciennement, toutes les lésions des parties génitales étaient considérées comme des effets, des formes de l'inflammation ; la cause spécifique était inconnue, et les rapports des divers symptômes n'avaient pas été saisis. Cependant un fait qui aurait dû éveiller davantage l'attention des anciens, c'est celui de la contagion qui a été connu pourtant par les plus éclairés : ainsi Galien trace avec son génie ordinaire la contagion de la blennorrhagie, et son école ne manque jamais de le répéter en cela comme en tout.

A mesure qu'on s'éloigne de l'antiquité, les éléments pathologiques semblent plus distincts; ils se rapprochent pour constituer la maladie vénérienne avec ses formes spéciales : ainsi les Arabes et les Arabistes sont très-instructifs au point de vue de l'histoire . Avicenne et Arétée parlent d'un mal de gorge à part et que ce dernier appelle égyptien, et il le croit particulier aux jeunes gens. Le fait de la contagion est très-nettement exprimé, et la cause spécifique est entrevue par Guillaume deSalicet, Lanfranc, B. Gordon ; ces auteurs notent les funestes conséquences des rapports charnels avec des femmes immondes ayant des écoulements qu'ils désignent déjà comme virulents (vimlentos); ils indiquent des apostèmes des aines, et signalent des éruptions cutanées comme accidents généraux, éruptions qu'ils rapportaient à la lèpre. Pour les apostèmes, ils ne sont pas représentés seulement comme froids ou chauds et isolés de leur cause : ce sont de véritables bubons avec point de départ à la verge. Ainsi, on trouve dans G. de Salicet ce passage remarquable : a Et le bubon a lieu quand Thomme est infirmé à la

verge à cause d'un contact avec une femme immonde^ ou par toute autre cause^ de telle sorte que la corruption s'amasse dans cet organe^ et la matière, ne pouvant s'écouler^ retourne aux aines à cause de raffinité qu'ont ces parties avec la verge infectée. » Lanfranc, élève de G. de Salicet, parle aussi d'apostèmes des aines survenant à la suite d'ulcères à la verge : Sœpe provenit apostema in inguine ptvpter ulcéra virgœ, propterea quod est descensus humorum ad illa loca *. De plus, Lanfranc conseille un moyen préservatif que je ferai connaître^ quand je traiterai de la prophylaxie des maladies vénérienne;^. J'ajouterai que, bien avant le quinzième siècle, il existait des règlements de police médicale pour certaines maisons de prostitution ; celles de Londres, par exemple.

Nul doute donc sur l'antiquitéxies maladies vénériennes locales non virulentes, et de fortes présomptions sur Texistence, dans les mêmes temps, des maladies virulentes, de celles qui infectent localement et généralement. Ainsi, il est très-probable que plus d'une syphilide se trouvait cachée dans cette foule si confuse d'affections cutanées, parmi ces lèpres dont il est si souvent question chez les anciens et qui n'ont pas autant disparu que veulent bien le dire les hygiénistes. Quel est le point de départ de l'administration du mercure après l'épidémie du quinzième siècle? précisément les succès obtenus dans les temps anciens, pour la cure de ces maladies opnfondues avec la lèpre et parmi lesquelles devaient être des syphilides. N'est-ce pas là une nouvelle preuve établissant les rapports des maladies antérieures au quinzième siècle avec celles qu'on a observées après cette époque ? Mais d'ailleurs, comme je l'ai dit déjà, les maladies dites lépreuses n'ont pas disparu : seulement, ayant été mieux étudiées, mieux spécialisées, la part de la lèpre a été tellement réduite dans ce partage scientifique, qu'elle semble ne plus exister. Ce qui revenait à la syphilis ne pouvait être déterminé que par la connaissance delà filiation de l'accident primitif avec l'accident constitutionnel, avec l'éruption cutanée. Or, cette filiation était méconnue des anciens. Ignorant le temps qui s'écoule entre le phénomène d'inoculation (accident primitif) elle phénomène d'infection (accident consécutif), ces deux éléments de la même maladie ont pu passer à leurs yeux pour deux maladies à part et n'ayant aucun rapport de causalité. Peut-être cette espèce d'incubation de l'accident consécutif se prolongeait-elle davantage dans les temps anciens, et cela par des circonstances que nous ne pouvons apprécier, ce qui a pu être un nouvel obstacle au progrès.

' Pract. III, doctr. II, cap. ii.

QaliiBléme siècle» — A cette époque^ plusieurs peuples furent frappés par un fléau qu'on a représenté comme hideux et cruel. De nombreuses pustules couvraient la peau des malades^ des douleurs atroces se répandaient sur les meml»res^ attaquaient la téte^ douleurs qui correspondent à celles que nous appelons aujourd'hui ostéocopes^ rhumatoïdes;il y avait insomnie^ ardeurs d'urine et fièvre. C'est surtout à la fin du quinzième siècle (1495) et à Naples^ pendant l'occupation de l'armée française commandée par Charles VIII, que le fléau se montra avec ses caractères les plus saillants et fit le plus de victimes. La rapidité avec laquelle cette maladie se propagea^ l'étendue de pays qu'elle parcourut la firent considérer comme épidémique^ même par ciux qui admettaient ou soupçonnaient déjà la contagion ; aussi appelle-t-on toujours épidémie du quiniième siècle cette période de l'histoire de la syphilis.

Maissi^ pour quelques auteurs^ ce fut là une maladie nouvelle^ pour beaucoup d'autres il s'agissait d'une dégénérescence ou d'une aggravation d'une maladie déjà connue. C'était une forme de la peste maranique^ ou bien une affection analogue au lichen épidémique d'Hippocrate^ ou une mentagre ayant aussi le caractère épidémique. Il n'est pas étonnant qu'à cette époque certaines conjonctions des astres aient été accusées par plusieurs auteurs^ entre autres Pinctor ^ et Grunbeck ^ qui saisirent cette occasion pour se livrer à des dissertations dont il est difficile de voir la fin. On bétonnera moins encore d'apprendre que Tair atmosphérique^ que le souffle de la parole aient été considérés comme vecteurs du principe morbifique. Ce qui frappait le plus et tout d'abord l'observateur^ c'était l'état de la peau qui était couverte de pustules et les douleurs des membres qui tourmentaient les malades. Les lésions des organes génitaux étaient ignorées ou paraissaient peu importantes relativement aux autres manifestations pathologiques qui d'ailleurs les suivaient de très-près. Il est probable même que ces lésions^ c'est-àdire ce qu'on appelle aujourd'hui accidents primitifs y ont été quelquefois complètement absentes. Pour mon compte^ je suis porté à le croire^ surtout depuis que j'ai prouvé d'une manière si positive la transmissibilité des syphilides sous la forme pustuleuse. En effets à une certaine période les pustules répandues sur la peau devaient être transmises de l'individu malade à l'individu sain.

Quoi qu'il en soit, la maladie fut considérée d'abord comme épidémique^ puis comme épidémique et contagieuse^ et c'est surtout quand

« Tractatus de morbo fœdo et occulto his iemporibus affligente. 1499, chap. iv. « Tractatiis de origine pestilentiaîis scorrœ sive mala de Franzos magistri Jo^- (îninbeck de Burchauzen. 1503, chap. iv.

18 iNOTlONS PRÉLIMhNAIRES.

on lui reconnut ce dernier caractère que les divers peuples s'accusèrent mutuellement d'avoir importé le fléau. Ces accusations cessèrent un peu en Europe^ quand on eut inventé Torigine américaine. On supposa^ en effets que les Espagnols de retour de la conquête d'un nouveau monde avaient apporté avec eux un nouveau mal qu'ils auraient semé en Italie où se trouvait alors une armée française. Cette version^ c'est-à-dire la doctrine de l'importation américaine^ a été très-accréditée. Elle compte encore des partisans. On a fait plusieurs objections sérieuses. Ceux, par exemple^ qui croient que l'accident primitif seul est inoculable^ trouvent fort étrange que cet accident ait conservé sa virulence pendant la longue traversée des matelots espagnols et tout le temps qu'ils ont mis pour arriver jusqu'en Italie. On peut répondit que les accidents secondaires s'iaoculent aussi^ et que la maladie de l'armée d'Italie s'étant surtout manifestée par des pustules^ celles-ci ont pu naître chez les Espagnols pendant la traversée. Mais il y a contre les importateurs une objection plus embarrassante^ c'est celle qui s'appuie sur l'immunité des ports d'Espagne qui ont d'abord reçu les voyageurs où ceux-ci ont séjourné, et cela, en tenant la conduite de tous les marins longtemps privés de femmes. Ainsi, il est constaté que la plus grande partie de l'équipage de Colomb resta à Séville sans que cette cité ait eu à souffrir du prétendu mal importé par les navigateurs. Ils n'auraient donc été dangereux que pour la population napolitaine, après avoir laissé entièrement pure la population espagnole ! D'ailleurs, quand les Espagnols arrivèrent en Italie, ce pays était déjà infecté comme d'autres pays européens. Swediaur va même jusqu'à dire que ce sont les Européens, les Espagnols qui ont importé la vérole au nouveau monde ! Du reste, je nesais pourquoi les partisans de l'importation américaine soutiennent l'origine moderne de la syphilis et ne veulent en trouver aucune trace dans l'antiquité; car, en accordant que le mal soit venu d'Amérique, on est obligé de se demander, tout de suite, comment il est arrivé dans le nouveau monde. La question de l'origine première de la syphilis n'est donc que déplacée et non résolue, môme en admettant l'importation américaine.

Quoi qu'il en soit de l'origine delà maladie du quinzième siècle, elle nous apparaît avec un cortège, sous beaucoup de rapports, bien différent de celui de la syphilis que nous entrevoyons dans l'antiquité, et de celui delà syphilis de nos jours. Les tableaux des auteurs qui avaient observé au quinzième siècle nous montrent bien des traits qui se reproduisent encore ; mais autour sont des couleurs, des teintes qui prouvent qu'à des lésions dépendant, en réalité, de la syphilis, se mêlaient des lésions, des sy mptdmes généraux qui font présumer de graves

complications tenant à des conditions hygiéniques malheureuses, à un grand désordre de mœurs. Enfin^ il est très-probable que d'autres maladies graves sévissaient alors en même temps que la vérole^ et qu'elles se compliquaient mutuellement ; ainsi on a présumé que la lèpre^ le typhus, le farcin ont pu se mêler à la vérole, d'où ce caractère d'extrême gravité qu'on pouvait observer à l'époque que je décris^ Ce qui fait admettre cette hypothèse, c'est que les cas les plus graves de vérole observés aujourd'hui sont généralement fournis par des malheureux ayant supporté toute sorte de privations, ou sous l'influence complicative des vices scorbutique ou strumeux. Nous voyons alors se reproduire plus d'un trait des sombres tableaux tracés par le quinzième siècle. Ainsi, au moment où ceci est écrit, il y a dans mon service un jeune homme profondément débilité, d'une nature sfrumeuse, qui a son corps couvert de pustules; aux membres inférieurs sont des rupia et des ecthyma profonds, à croûtes noires crevassées; sous ces croûtes étaient creusées des ulcérations dont quelques-unes ont pris la forme serpigineuse, d'où des douleurs atroces. N'y a-t-il pas là plus d'une ressemblance avec la maladie du quinzième siècle qui a été appelée morbus pmtularum?

Les caractères de la syphilis devinrent plus clairs, plus faciles à saisir à mesure qu'elle put se dégager des maladies complicatives et que le génie épidémique s'effaça. En effet, on put alors rassembler les éléments syphilitiques et constituer une espèce pathologique qui prit rang dans la science.

• J'ai dit, en parlant de la première période historique, que la maladie vénérienne n'avait, dans l'antiquité, ni nom, ni thérapeutique, ni livre; mais à dater delà période que je termine, cette maladie a eu beaucoup de noms, une thérapeutique spéciale et des livres qu'on ne peut plus compter.

Seizième «l^Nrie. — Ici apparaissent trois grandes figures : Paracelse, Fallope, Fernel. Paracelse, un des premiers, rapporte lasyphi- . lis à Vénus. Il tend à faire rejeter la dénomination de mal français pour celle de maladie vénérienne. Paracelse pressent la véritable nature de la maladie. Il ne prononce pas encore le nom de virus pour énoncer la cause, mais il admet un miasme vénérien. Seulement, quand Paracelse veut expliquer les effets, il s'égare comme bien d'autres. La pratique doit placer très-haut ce novateur, car c'est lui qui a inauguré le mercure comme base de traitement. 11 fit la guerre au gaïac. Il le * considéra comme insuffisant, ce qui est toujours vrai, et comme dangereux, ce qui n'a jamais été prouvé.

Fallope représente le mieux les rhéteurs italiens. Les théories qu'il a

20 NOTIOiNS PRÉLIMINAIRES.

hasardées sur l'étiologie^ toutes ces conceptions de Fallope méritent l'oubli. Mais à côté de ces erreurs de l'imagination sont des tableaux qui décèlent un esprit réellement observateur^ et on peut dire que la vraie symptomatologie de la syphilis commence avec Fallope. Linduration du chancre est notée^ sa forme arrondie est tracée, les gommes, les tubercules sont décrits; la physionomie des syphilides est dévoilée; elles sont eôuleur chair de jambon * .

Mais Fernel restera toujours en tète de Tépoque réellement scientifique de la syphilis, et cela, avec d'autant plus de justice que les siècles qui nous séparent de lui ont à peine ajouté à sa doctrine *. Non-seuleiiient Fernel établit scientifiquement la nécessité, l'existence d'une cause spécifique^ mais il la suit de l'individu malade à l'individu sain ; il démontre la transmissibilité par ses véritables voies, surtout par l'acte vénérien, d'où lues Veneris. La maladie a son nom, sa cause; les symptômes sont reconnus, décrits : ce sont les accidents primitifs, les accidents consécutifs ou constitutionnels; enfin l'application du poison, ses effets locaux, ses résultats généraux, tout a été magistralement tracé par Fernel. Seulement, quand il veut classer les efiets du virus selon le degré de profondeur que celui-ci a atteint, quand il a eu la prétention d'établir quatre degrés de la maladie qui seraient marqués par quatre couches de nos tissus progressivement atteints, depuis l'épiderme jusqu'aux os; seulement alors, Fernel s'égare comme se sont égarés tous ceux qui ont voulu l'imiter et numéroter les formes de la maladie. Mais quant à la partie fondamentale de sa doctrine, elle règne encore dans nos écoles où elle est parvenue, surtout par« le livre d'Aslruc.

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