VIRUS SYPHILITIQUE
C'est, selon Hunter, un poison morbide, un effet d'une maladie; ce poison peut répéter la maladie dont il est un produit, ce qui n'a pas lieu pour les autres agents toxiques.
Le virus syphilitique ne peut être directement, matériellement observe; rien n'a pu le mettre à nu sous nos yeux, rien n'a pu le montrer à l'état simple et sans mélange ; la micrographie, la chimie, se sont montrées ici complètement impuissantes. Il est impossible de le connaître directement, mais tout aussi impossible de le nier. Il se révèle par quelques-uns de ses effets dont le plus remarquable est une grande facilité de reproduction. Placé dans de certains rapports et dans cer-
* De iuis venereœ curatione perfectissima liber.
* De morbo galiieo, cap. xxxvi.
NOTIOiSS PRÉLIMINAIRES. 21
taines conditions avec les tissus vivants^ le virus provoque ordinairement un acte morbide dont le résultat est sa reproduction, sa multiplication. C'est là une germination^ car la cause produit un effet, lequel devient lui-même cause. L'observation avait démontré l'existence du virus syphilitique^ car le nombre d'individus qui gagnent des chancres par des rapports avec des porteurs de chancres estinAni. Hais, pour certains esprits, il fallut que l'expérimentation intervint afin de lever tous leurs doutes : on a vu alors le pus d'un chancre, porté sur une lancette et inséré sous l'épiderme, donner naissance à la même forme d'ulcération avec la même propriété de reproduction.
Le virus syphilitique a pour véhicule ordinaire un pus ténu, mal lié, séro-sanieux, avec détritus organiques plus ou moins apparents. Mais le pus le plus louable, le muco-pus, servent aussi de véhicule au virus et ne paraissent le modifier en rien. Non-seulement le virus peut exister dans les sécrétions morbides, mais il n'est pas prouvé qu'il ne puisse altérer les sécrétions normales. Il se combine avec le sang et y subit quelques modifications ou se mêle seulement à lui. Un pus particulier, le pus putride, résultat de la gangrène, semble neutraliser le virus.
On a conservé longtemps le pus virulent dans des tubes, entre deux verres, comme le virus vaccin, sans lui faire perdre ses propriétés. Percy en a donné la preuve. Hais, pour que les propriétés du virus se développent, il faut qu'il soit appliqué à l'état liquide, ou qu'il soit rendu tel par les humeurs de la partie avec laquelle on le met en rapport. Une solution très-étendue de ce pus peut être inoculable. On a parlé d'une goutte de cette humeur dans un verre d'eau et qui a suiB pour rendre le liquide virulent. Ceci est à noter pour justifier ce que j'appelle Vabsorption physiologique du virus et pour être prévenu contre les eaux qui ont servi aux bains, au lavage des vénériens.
Le suc gastrique^ une solution de sulfate de fer, n'ont en rien altéré les propriétés du virus (Hernandez). Certains acides tuent, pour ainsi <lire, le virus. Il en sera question quand je traiterai de la prophylaxie de la vérole.
ir a-t-ll plaslears ^imsY — - La question de l'existence du virus n'en est plus une. Mais on ne cesse de se demander s'il y a un ou plusieurs Virus, s'il peut être de qualité, de force différentes. «Cette question a dû être posée par tous les syphiliographes qui se sont trouvés en présence des effets quelquefois si divers de la matière virulente. Ainsi y a-t-il un virus qui ne fait qu'enflammer la muqueuse, et un autre qui l'ulcère ? Ou, pour mieux dire, y a-t-il un virus pour la blennorrhagie, et un autre pour le chancre? Hunter répoud ici par la
négative, et explique la différence des effets par la différence des surfaces d'application. Selon le syphiliographe anglais^ si le pus spécifique est mis en rapport avec des surfaces sécrétantes, il surviendra une blennorrhagie (ces surfaces sont les muqueuses de Turètre, du vagin), si le même pus est mis en rapport avec la peau et les muqueuses qui sont sur ces limites, il y aura chancre (ces muqueuses sont celles du gland, du prépuce, de la vulve, des lèvres buccales). Mais comme on a constaté des chancres sur toutes les muqueuses mises directement en rapport avec la matière virulente, la théorie de Hunter a dû être abandonnée. On la remplaça alors par la théorie du double virus, soutenue surtout par B. Bell et Heruandez. J'en parlerai quand il s'agira de la blennorrhagie; mais je dois dès à présent montrer comment elle a été défendue par Hemandez contre les arguments les plus péremptoires, puisqu'ils étaient puisés dans l'expérimentation.
Un expérimentateur nommé André s'inocula avec la matière de la gonorrhée et se donna aussi un chancre. A cela Hemandez répond que le fait a peu d'importance par ce qu'il est unique et parce qu'il faut s'en rapporter à un chirurgien inconnu. Mais Hunter aussi avait produit ces chancres avec le muco-pus de la blennorrhagie. Alors Hemandez objecte que ces ulcérations guérirent d'elles-mêmes, et que par conséquent elles ne pouvaient pas être syphilitiques; ce n'étaient pas des chancres! Mais il y eut bubon; il survint des accidents consécutifs. Le bubon, répond Hemandez, peut tenir à « l'état de l'irritation de l'ulcère du gland. » Quant aux accidents consécutifs, comme ulcère à la gorge, pustules, tout cela pouvait être rapporté à d'autres causes. On a vu tantôt Hemandez ne pas croire à André parce qu'il était inconnu. Vous vous imaginez peut-être alors que Hunter lui inspirera une plus grande confiance parce qu'il est très-connu ? Pas le moins du monde. Hemandez finit par dire : a Peut-on d'ailleurs beaucoup compter sur la nature syphilitique de toutes les affections données comme vénériennes par de grands médecins? »
Bien plus, Hemandez ne croit pas même à ses propres expériences. Ainsi il inocula des forçats qui craignaient les travaux de l'arsenal. Sur 17 forçats les résultats furent des ulcères; 5 furent promptement guéris sans remèdes internes, sans que les ulcères eussent aucune apparence vénérienne, a Dans les autres, dit Hemandez, on a eu des ulcères opiniâtres dont quelques-uns avaient toutes les apparences syphilitiques avec àes symptômes généraux qui paraissent le confirmer^, d Deux ne purent obtenir la guérison que par le mercure doux. Vous pensez
^ Hernandez» p. 63.
peut-être que notre expérimentateur^ ayant donné dés chancres à i2 forçats sur il, et cela avec du muco-pus de la gonorrhée^ \a conclure à la possibilité de produire des chancres par ce même muco-pus? Nullement. Ces ulcères n'étaient pas vénériens parce qu'ils avaient été provoqués sur des scorbutiques et des scrofuieux ! Or^ c'est Hernandez lui-même qui avait choisi les sujets à expérimentation. Il savait donc d'avance qu'ils étaient en proie au scorbut et aux écrouelleslje cite ce passage remarquable de Hernandez non-seulement pour prouver l'identité du pus blennorrhagique et du pus chancreux^ mais pour faire voir encore une fois que l'expérimentation^ pas plus que l'observation^ ne peut détruire les préventions systématiques^ prévenir les subtilités^ puisqu'on voit ici Hernandez^ possédé par l'idée du double virus^ résister aux preuves les plus matérielles sorties des expériences de deux médecins et même de ses expériences personnelles. Le système était pour lui plus fort que l'évidence. On croit généralement que c'est tout à fait de nos jours que l'imagination joue un grand rôle dans le positivisme ; que certaines subtilités sont modernes et originales. Cette erreur est bien grande !
Hernandez ayant d'ailleurs à sa disposition le chancre larvé, puisqu'il l'avait inventé^ s'en sert, mais il n'en n'abuse pas. M. Ricord l'édite de nouveau et en abuse. Pour ce médecin, il n'y a qu'un virus, celui du chancre. La blennorrhagie n'est qu'une inflammation catarrhale comme celle qui peut être provoquée par une cause simplement irritante; elle n'a aucun rapport avec la vérole. Quand, par hasard, avec l'humeur qui sort de l'urètre on inocule un chancre, quand l'écoulement a été suivi d'accidents syphilitiques consécutifs, c'est qu'il n'y avait pas, à proprement parler, blennorrhagie; l'humeur provenait d'un chancre qui s'était dérobé à nos investigations, d'un chancre profond de l'urètre, d'un chancre larvé, puisqu'il faut l'appeler par son nom *. Or, parmi ces chancres cachés, il en est qu'on peut découvrir, qu'on finit par trouver ; mais il en est qui sont introuvables. On les suppose dans la profondeur de l'urètre, chez l'homme, et dans la cavité utérine, chez la femme, c'est-à-dire la où on ne peut les constater. Mais si un jour
1 II est évident pour moi, et pour tous ceux qui ont examiné sérieusement les deux faits d'anatomie pathologique publiés par M. Ricord pour appuyer sa tliéorie, qu'il s'agissait d'ulcérations tuberculeuses de l'urètre semblables à celles de la prostate qu'on observait chez les mêmes sujets. D'ailleurs, pour M. Ricord, il faut qu'il y ait solution de continuité préalable, pour que le chancre soit inoculé. Ainsi, dans ses Lettres, p. 90, ce médecin dit : « La présence d'une écorchure est de rigueur. ■ Il faudra donc que dans le fond de l'urètre il y ait une écorchure pour que le prétendu chancre se produise !
on pouvait directement explorer la partie profonde de Turëtre et la cavité utérine et y prouver Tabsence obstinée du chancre^ on le supposerait plus loin, plus profondément encore^ car avec un système qui met à son service les suppositions, il n'est pas difficile de tout supposer. On sait d'ailleurs qu'avant Hernandez et ses copistes^ on avait recours aux causes occultes quand on n'en trouvait pas d'autres pour avoir raison <3ontre l'évidence. L'esprit humain n'a jamais été plus fertile que cela. En général, il remonte les temps quand il veut innover. Hais alors, 6 vous qui sacrifiez aux dieux inconnus comme de vieux Romains, cessez donc de nous appeler retardataires !
Voyons maintenant si l'admission d'un seul accident primitif, si le chancre lève les difficultés. Accordons provisoirement à cette forme d'ulcération seule de sécréter le virus syphilitique et de produire les accidents dits consécutifs, expressions de la vérole confirmée» Mais restera toujours une maladie des muqueuses sans ulcération, naissant dans les mêmes circonstances que le chancre, et qui pourra produire sur le même individu des accidents de métastase, comme lesophthalmies, les arthrites blennorrhagiques ; resterai toujours une maladie, effet d'une contagion, laquelle n'est pas une simple phlegmasie, et donnant lieu aux efiets primitifs que je viens de signaler. Si l'on ne voit pas, en elle, une maladie spécifique dont la cause est identique à celle du chancre ; si l'on refuse d'admettre que le même virus peut produire les deux lésions, il faudra trouver une autre cause^ supposer un autre virus, l'on arrive alors à B. Bell, à son double virus^ un pour lagonorrhée, un pour le chancre. Encore ici on réédite; on n'invente pas.
Pour expliquer les différences de la blennorrhagie et du chancre, soit dans la formule de la lésion, soit dans ses conséquences, on a aussi admis un virus plus ou moins fort, un virus entier et un demi-virus. HH. Lagneau et Baumes semblent sympathiques à cette hypothèse sur laquelle je reviendrai. Au lieu de deux virus, Carmichaêl en a imaginé quatre donnant lieu à quatre accidents différents. Je le répète, les lésions qui suivent le coït suspect sont quelquefois si différentes dans leurs formes, leurs conséquences, qu'il n'y a aucun lieu de s'étonner des efforts auxquels on se livre pour trouver dans la cause la raison de ces différences. Mais, comme, jusqu'à présent, on n'a vu que par l'hypothèse, on n'est arrivé qu'à des suppositions. Les expériences qui ont été faites dans ces derniers temps, soit pour prouver Tinoculabilité des accidents secondaires, soit pour démontrer que l'organisme pouvait arriver à un état de saturation qui le rend réfractaire à toute action syphilitique, soit pour prouver la possibilité du chancre chez les animaux : ces expériences, dis-je, ont de nouveau posé les questions de sa-
voir^ si le virus pouvait être de force diverse^ s'il pouvait être modifié dans le sang ou par le crible de certains organes ou en passant d'un individuàun autre, d*une espèce animale à une autre espèce, ou bien encore si ces différences dansleseffets n'étaientdues qu'aux états divers de l'organisme qu'on mettait en rapport avecle virus. Ons'est demandéenfin siles différences des produits provenaient de la graineoudu terrain. Il a été soutenu, avec raison, que des différences, et même des différences profondes, peuvent être attribuées à certains états del'organisme créés par une hygiène particulière, par des maladies ayant précédé l'action syphilitique, par une thérapeutique sans méthode ou appliquée intempestivement et sans mesure. Ainsi de longues privations, des excès, les scrofules, le scorbut, un traitement mercuriel mal dirigé, pourraient avoir une influence sur la marche d'un chancre, et même sur sa forme. Mais, parmi les nombreux chancres qui ont été inoculés sur le même individu, surle même organisme, enpeu de temps, et celapourproduire des effets de syphilisation (saturation], on a vu de ces ulcérations marcher avec une grande promptitude, d'autres rester longtemps stationnaires, d'autres enfin devenir phagédéniques, d'autres revêtir la forme du chancre induré classique. Notez bien que ces variétés n'ont pas toujours répété les variétés des chancres qui avaientfoumi la matière virulente inoculée. Ainsi, au moment où le jour semble se faire, l'obscurité reparaît : on sort d'un antre pour entrer dans un labyrinthe. C'est presque toujours ainsi en syphiliographie, surtout depuis qu'elle a la prétention d'être positive. Mais ces questions ne peuvent être ici qu'indiquées. En étudiant les diverses lésions syphilitiques, je les reprendrai. Alors plus voisines des faits, elles pourront peut-être laisser entrevoir une solution. C'est surtout au chapitre Chancres que je traiterai des rapports de la vérole avec l'induration de cet ulcère, ulcère considéré comme le seul infectant et auquel on attribuerait un virus différent de celui qui produit les autres chancres, lesquels ne seraient pas infectants. M4Nles decontai^on et de propagation du %'lra». — Chaque virus a, pour ainsi dire, son mode particulier de propagation. C'est par les rapports sexuels que le virus syphilitique se transmet dans la grande majorité des cas, et ce sont les organes génitaux qui sont le plus souvent affectés. Mais la débauche a fait naître d'autres rapports vénériens, d'où d'autres modes de contagion et qui exposent d'autres parties : l'anus, la bouche, les lèvres. L'allaitement est aussi une circonstance favorable àlacontagion. Le toucher, les opérations avec les doigts écorchés, blessés, ont produit des accidents syphilitiques. Plus les rapports seront intimes, prolongés, plus il y aura de chances de conta- ^on : c'est ce qui fait que la vérole est plus souvent transmise par le
coït et ^allaitement. Les chances seront bien plus grandesencore^ quand il y aura solution de continuité^ plaie ou déchirure^ gerçures ou ulcérations de nature quelconque. Ainsi le coït avec des organes disproportionnés est pluscompromettant que celui qui s'exerce dans des circonstances contraires, car, dans le premier cas, il peut s'opérer des déchirures qui facilitent singulièrement Tinfection ; d'où il résulte que, toutes choses égales, d'ailleurs, on est moins exposé avec une femme qui a fait des enfants qu'avec les autres, et surtout les jeunes filles. Quand il y a déjà balanite avec excoriation ou herpès, la contagion est singulièrement favorisée. Hais une solution de continuité préalable n'est pas, comme on l'a dit, absolument nécessaire pour que la contagion s'opère. Voilà pour la contagion immédiate, celle qui a lieu par le contact immédiat d'une personne malade avec une qui est saine.
Ce que j'ai dit de la possibilité de conserver longtemps le virus peut faire supposer la contagion médiate, c'est-à-dire par des objets sur lesquelscetagent aété déposé depuis quelque temps : par exemple sur une pipe, sur le bord d'un verre. Fabrice de Hilden cite cette noble demoiselle de quinze ans qui, faisant le carnaval avec des seigneurs, changea d'habits avec un jeune homme et eutdes ulcères aux parties génitales parle seul attouchement des culottes ^. Un masque, les draps d'un vérole, la lunette des lieux d'aisances, auraient servi, dit-on aussi d'intermédiaire. Mais ces faits n'ont pas toute l'authenticKé désirable, et s'ilsétaient prouvés, ils seraient en faveur delà transmissibilité de l'accident secondaire. Les organes sexuels d'une femme pourraient servir, pour ainsi dire, de vase où l'on aurait puisé le virus. L'homme qui aurait commerce avec cette femme pourrait être infecté, tandis qu'elle-même ne le serait qu'après ou jamais. Ce mode de contagion a été indiqué de tout temps. On lit dans Astruc (tome II, page 16) : a Une femme vue par un homme gâté, si elle est vue peu de temps après par un homme sain, peut gâter celui-ci sans qu'elle-même ait été gâtée. x> Hernandez viendra ensuite avec ses imitateurs, se servir de ce fait et de cette hypothèse pour soutenir la doctrine qui n'admet que le chancre comme point de départ de la vérole. Ainsi, quand un homme prendra un chancre avec une femme qui n'a qu'une chaudepisse, on dira que cette femme avait un chancre larvé; si ce chancre n'estpas trouvé, on invoquera.le virus récemment déposé dans les organes de la femme, virus que l'homme vient de ramasser, à son grand détriment, et au grand avantage de la femme, laquelle en sera débarrassée et n'aura pas la vérole I Toujours des suppositions venant à l'appui d'une supposition !
* Cent. ijObs. 100.
Mode» €l*actloiii effet» du mira»» — Hais quelle est Taction du virus ? Fernel avait déjà trouvé une réponse qu'on peut utiliser encore aujourd'hui: il avait dit que Taction du virus était comme celle de tout contact vénéneux ; il produirait une espèce d'empoisonnement qu'il comparait à celui delà piqûre de l'aspic^ à Teffetâe lamorsure du chien enragé^ à l'absorption du virus varioleux. La chimie^ le vitalisme pur^sont intervenus etont fourni de nombreuses explications dont l'exposé n'aurait ici aucune utilité réelle. L'explication qui aeule plus de faveur estcelle de Hunier. Selon lui^ le virus exerce sur les tissus vivants une irritation qui lui est propre et détermine une inflam* mation particulière^ fournissant un produit spécial^ le pus virulent. (Je reproduis ici les termes de la traduction française.) Ailleurs Hunter ajoute : La présence de l'inflammation n'estpasnécessairepour quece mode particulier d'action existe^ car le poison continue à se former longtemps après que les signes de l'inflammation ont disparu. Outre l'action spécifique^ le virus a^ d'après Hunter^ une action irritante ; il pourrait alors produire des inflammations franches^ et tous ses produits ne seraient pas contagieux. Cette dernière hypothèse^ qui a été reproduite de nos jours, a singulièrement obscurci les questions qui se rattachent à la nature des bubons et de la blennorrhagie, et cela pour couvrir quelques déceptions des expérimentateurs.
Hunier admet l'absorption du virus, sans lésion aucune des surfaces d'application, c'est-à-dire sans ulcération, sans inflammation préalable, '\\ eidmei ce que y appelle V absorption physiologique. Après avoir été absorbé, le virus passe dans le sang, se met en rapport avec tout l'organisme, et peut produire un double empoisonnement : un aigu avec réaction locale sur le point contaminé et caractérisé par ce qu'on appelleaccident primitif ;VsLaire chronique, plus profond, et selon M.Cazenave, pouvant être constamment augmenté par toutes les infections nouvelles, jusqu'à l'état de cachexie : cet empoisonnement est caractérisé par les accidents consécutifs.
J'ai dit qu'on avait voulu réduire l'accident primitif au chancre ; ce ne serait que par sa surface que le virus syphilitique pourrait être absorbé. Hais le chancre n'est pas indispensable à l'infection. En effet, comme je l'ai déjà avancé et comme l'enseigne Hunter, le virus appliqué sur certains points de la muqueuse peut arriver jusqu'au torrent circulatoire sans solution de continuité tégumentaire ; la muqueuse est imprégnée par lui, car l'absorption qui s'exerce irrésistiblement sur la plupart des agents toxiques à l'état liquide, et sur certains corps demi-solides, ne se ferme pas, sans doute, au virus syphilitique seul,^ surtout quand on voit le virus de la morve, celui de la variole passer
dans le sang par simple application surdes surfaces saines^ Yabsorption physiologique enisie donc.
Une fois absorbé^ le virus syphilitique peut sommeiller^ rester un temps plus ou moins long à Tétat inerte et demeurer une cause sans effet. Ce temps est le temps d'incubation. On appelle vérole d'emblée celle qui s'établit ainsi^ sans Tintermédiaire d'aucun accident primitif. L'infection générale précéderait donc l'apparition des accidents qu'on appelle à tort locaux. C'est ainsi que la pustule vaccinale n'arrive qu'après une modification générale de l'organisme par le virus vaccin^ comme l'a prouvé M. Bousquet. Quand je parlerai du chancre^ je produirai les faits qui me sont personnels^ concordant avec ceuxdes syphiliograpbes qui ont traité cette question avec le plus de maturité. D'ailleurs l'analogie justifiait déjà l'incubation^ car tous les virus ont pour caractères d'être contagieux, de sommeiller pendant quelque temps et de se reproduire ensuite ; ils restent ainsi, pendant quelque temps, des causes sans effet, ou du moins sans effet observable. M. Ricord nie Vincîtbation et la vérole d'emblée. Selon lui, il y a fatalement, tout d'abord, un effet local produit par le virus sur le point où il est appliqué. Dès que la lancette a mis le virus en rapport avec les tissus vivants, ce virus agit, et révolution de l'accident syphilitique primitif commence: il y a d*aboi^i une rougeur comme celle d'une piqûre de puce, une papule s'élovant à peine au-dessus de la peau, puis la pustule; enfin arrive le chancre, et cela sans interruption. Mais le procédé parlequel une plaie a été faite d'abonl à la peau par lequel cette peau a été plus ou moins irritée, le pix>eédéqui met le pus en contact direct avec des tissus divisés n*est pasTaete physiologique qui applique le virus sur une surface, qui «^xorce sur cette surface des espèces de frictions lesquelles peuvent favoriser l'absorption qui reste physiologique, conmie les tissus restent intacts. On no peut guère comparer l'inoculation au coït que quand il y a déchirure dans l'exercice de celui-ci : alors, en effet, il y a immédintcmont un état pathologique ; il y a d'abord un travail local et la Kcèno conmience instantanément ; il n'y a pas incubation ; ou, si Ton vont, IVffrt général ne précède pas l'effet local; ils sont simultanés.