DOCTRINES
Les syphiliographes qui aujourd'hui sont considérés comme partisans des anciennes doctrines et ceux qui se flattent d'en avoir une nouvelle admettent le virus, et sont en réalité les uns et les autres élèves plus ou moins directs de Fernel. Seulement , les derniers se croient obligés à un déguisement moderne, tandis que les autres croient pouvoir s'en passer, ne courant point après la popularité. Les Broussaisiens
1 Ga~. medic. du 13 février 1854.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES
seuls avaient déserté l'école de Fernel, et il n'y a actuellement plus de Broussaisiens.
Je me suis cru dans la nécessité de faire ce petit paragraphe, tellement le mot doctrine est altéré ou incompris. Ainsi, on appelle doctrine un fait, une pratique et même une erreur, quelquefois sans originalité. D'où il résulte que chacun peut avoir sa doctrine, far qui n'est pas capable d'une petite erreur? Une doctrine médicale, il faut que je le dise aux élèves, a sa base dans l'étiologie qui régit tous les faits. Or, en syphiliographie, il n'y a jamais eu que deux doctrines sérieuses, celle qui admet le virus, celle qui le nie. Il n'y a eu que deux grands chefs d'école, Fernel et Broussais.
La doctrine qui admet le poison, le fait pénétrer dans l'économie où il agit d'une manière spéciale sur les liquides, sur les solides et détermine des phénomènes morbides qui sont des manifestations, des symptômes de l'empoisonnement : cette doctrine participe de l'humorisme; c'est la doctrine du virus, la seule qui existe maintenant. L'autre doctrine repousse toute idée de virus, de poison, ou bien elle ne veut pas qu'une cause matérielle pénètre dans l'économie. Pour celle-ci, les maladies vénériennes primitives sont des foyers d'irritation qui, dans certaines circonstances, provoquent, par sympathie, des affections dans des organes plus ou moins éloignés, affections dont les caractères tiennent à la texture, à la manière de réagir de ces mêmes organes. C'est évidemment là une forme du solidisme. Ainsi, dans la première doctrine, les accidents consécutifs sont des expressions, des symptômes d'une maladie dont l'élément principal essentiel est le virus; dans la seconde, les accidents consécutifs sont d'autres maladies nées à l'occasion de telles ou telles lésions venant de certains rapports intimes. Cette doctrine n'a pas été professée par tous les sectateurs dans ces termes et dans toute sa pureté, car il en est qui ont admis un virus., mais ce virus n'a pas pénétré dans l'économie, il n'a agi que localement, et cette action locale a provoqué des sympathies qui ont fait naître des lésions semblables ou analogues à celles qui sont nées sous l'action locale directe de l'agent spécifique.