CHAPITRE III
BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME
L'inflammation spéciale que je vais décrire atteint plusieurs muqueuses. La femme donc peut avoir plusieurs blennorrhagies. Elles se confondent trop souvent pour que je les décrive dans des articles séparés, comme je l'ai fait pour l'homme. Je préfère n'établir ici que des variétés que je décrirai dans le même chapitre.
Pour peu que la vitalité des organes génitaux de la femme soit modifiée, ils deviennent le siège de certaines sécrétions morbides confondues sous la dénomination de flueurs blanches, qui peuvent communiquer des blennorrhagies et ont nécessairement été considérées elles-mêmes comme des blennorrhagies. La femme peut donc donner un écoulement qu'elle n'a pas reçu et celui qu'elle a reçu. C'est ce qui a fait dire que, quant à la blennorrhagie, la femme donne plus qu'ellê ne reçoit.
siège. — Placer exclusivement le point de départ de la pblegmasie à la vulve, au vagin ou à l'urètre, c'est s'exposer à sortir des faits La blennorrhagie peut avoir ces trois points de départ, et c'est plus souvent par le vagin qu'elle débute. Voilà ce qu'on peut dire de plus positif; Elle peut être limitée à un des points indiqués, en envahir plusieurs et s'étendre en même temps sur toute la muqueuse génitale et sur celle de l'urètre.
Variétés. — Je vais étudier la blennorrhagie chez la femme dans ces trois régions. Je diviserai donc cette maladie en trois variétés qui seront basées sur le siège. Il y aura ainsi une variété vulvaire, une vaginale à laquelle je joindrai les variétés utérines et une urétrale. On verra dans les deux premières variétés des analogies avec la blennorrhagie balano-préputiale, analogies qui avaient déjà été remarquées par Hunter.
1° Blennorrhagie vulvaire. — On sait que la vulve comprend le cli-
toris et son prépuce, le vestibule, les petites et les grandes lèvres, les caroncules et ce qu'on appelle l'anneau vulvaire. Ces parties peuvent être affectées séparément, ce qui est très exceptionnel. Dans le plus grand nombre des cas, la vulve est prise dans son ensemble. La blennorrhagie est superficielle, c'est-à-dire simplement érythémateuse et bornée à la muqueuse; ou bien les glandules, les tissus, qui doublent cette membrane, prennent part à l'inflammation. La phlegmasie peut même s'étendre à la peau qui avoisine les parties génitales, surtout chez les femmes qui ont beaucoup d'embonpoint.
En général, la blennorrhagie vulvaire est avec prurit très-incommode, chaleur vive, rougeur très-prononcée, tuméfaction. Il y a quelquefois des érosions comme dans la balanite. Chez beaucoup de femmes, le début est marqué par de grands désirs vénériens. Mais c'est exceptionnellement que cette espèce de nymphomanie suit toutes les phases de la blennorrhagie. La marche échauffe les parties et les rend douloureuses. Quelquefois la malade souffre en s'asseyant. Même en l'absence de toute urétrite, l'émission de l'urine est douloureuse, surtout, à la fin, quand les dernières gouttes se répandent en nappe sur la vulve enflammée.
Il y a souvent un gonflement œdémateux et inflammatoire en même temps; il peut aller jusqu'à l'oblitération du vagin, à l'étranglement, à une espèce de paraphimosis des nymphes. L'urètre même est quelquefois comprimé, d'où douleur pendant tout le temps de l'émission de l'urine, car il y a dysurie. A ce degré de l'inflammation, quand elle s'étend à la peau de la vulve et des parties voisines, l'humeur est trèsâcre et la femme exhale une odeur des plus fétides. Les glandutes qui doublent la membrane muqueuse de la vulve, celles qui sont dans l'épaisseur des lèvres, peuvent être envahies par l'inflammation. Quand on croyait que l'écoulement blennonhagique n'était autre chose qu'une matière séminale, on plaçait le siège de la maladie à ces glandes considérées alors comme des réservoirs du sperme. Ainsi on peut voir dans Astruc que « les prostates, les glandes de Cowper « sont considérées comme des points de départ de la blennorrhagie. Pour ce qui concerne la femme, cet auteur dit très-explicitement que ces dernières glandes « sont situées dans le périnée, près de l'anus, lesquelles « s'ouvrent dans la vulve par deux conduits qui sont au commence- « ment du vagin, pr>s les caroncules myrtiforrnes i. » Ce sont là évidemment les corps glanduleux décrits naguère par M. Huguier. Eh bien ! ces glandes peuvent aussi s'enflammer comme les follicules plus
1 Traité des maladies vénériennes, l. III, p. 7
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ou moins profonds, et alors la vulvite revêt une forme phlegmoneuse. Il se forme des abcès qui, s'ils ne sont pas ouverts convenablement, peuvent très-bien devenir le point de départ d'une fistule borgne, c'est-à-dire avec une seule ouverture à la vulve, ou d'une fistule corn plète dont la seconde ouverture sera au rectum, très-près de l'anus. J'ai depuis très-longtemps fait connaître les caractères de ces abcès et indiqué les conséquences qu'ils pouvaient avoir.
Selon que la vulvite est plus ou moins superficielle, plus ou moins récente, selon qu'elle s'étend en profondeur, en surface, elle peut donner lieu à un écoulement d'abord muqueux, puis muco-purulent, puis tout à fait purulent. Le pus s'offre ordinairement avec tous ces caractères quand les glandes ont suppuré. Si l'inflammation s'est étendue à la peau voisine, il suinte de cette surface une humeur comme celle d'un vésicatoire. C'est alors surtout que la fétidité est insupportable.
La vulvite est observée assez souvent chez les petites filles un peu lymphatiques. Elle se manifeste d'abord par un écoulement muqueux qui se trouble peu à peu ; elle peut être avec des démangeaisons et quelquefois avec des cuissons et une véritable douleur. Dans le plus grand nombre des cas, cette blennorrhagie est spontanée. Il est rare qu'elle soit due à des attouchements.
2° Blennorrhagie vagi no-utérine. — Sous ce titre, j'étudierai la blennorrhagie qui se borne au vagin et celle qui remonte jusqu'à la matrice. La vaginite est une extension de la vulvite, ou bien, ce qui est le plus fréquent, c'est la vaginite qui commence. Le vagin peut être entièrement envahi, ou seulement dans sa portion la plus voisine de la vulve, ou celle qui embrasse le col utérin. Si la blennorrhagie se borne au cul-de-sac en rapport avec le col, et si l'humeur s'accumule dans cette impasse, on peut, si l'on visite superficiellement une femme, la déclarer saine quand elle recèlera en réalité de quoi infecter très-facilement celui qui aura des rapports avec elle. Il faut introduire le doigt profondément dans le vagin, déprimer sa face postérieure, former là un sillon. On voit alors l'humeur filer le long du doigt pour arriver à la vulve. Il vaut encore mieux, lorsqu'il y a possibilité, appliquer le spéculum et examiner avec soin l'état de la muqueuse à mesure qu'on retire l'instrument.
Ici encore l'inflammation peut n'être qu'érythémateuse, catarrhale ou phlegmoneuse, selon qu'elle se borne à la surface muqueuse ou qu'elle envahit la doublure du tégument et les follicules muqueux, ce qui rend x la maladie très-tenace. En parlant de la vulvite, je n'ai pas fait mention des phénomènes qui se passent dans la sphère génitale et plus loin , parce qu'ils sont rares alors. Mais quand il y a vaginite, il est fréquent
d'entendre les femmes se plaindre de pesanteurs aux aines, d'embarras, de douleurs dans le bassin, d'un malaise général, de courbature. La douleur locale est ici généralement moins prononcée; il est même des femmes qui ne souffrent à aucune période de la vaginite et chez lesquelles le coït n'éveille aucune sensation désagréable. Or comme quelquefois elles le désirent plus que jamais, les hommes qui vivent dans leur société se trouvent fort exposés. Il arrive aussi que la vaginite est très-douloureuse, que le toucher le plus méthodique est insupportable et que la femme souffre même pendant la défécation. On observe surtout ces phénomènes de sensibilité quand l'inflammation de la muqueuse passe aux tissus sous-jacents. Si en général la douleur est moindre dans la vaginite, l'écoulement, au contraire, est plus considérable. L'inspection du vagin montre la muqueuse plus rouge qu'à l'état normal ; la rougeur est vive, franche, et elle se fait principalement remarquer sur les rides alors plus saillantes. Quelquefois la surface vaginale a l'aspect d'une plaie qui bourgeonne : c'est alors ce qu'on a appelé la vaginite populeuse ou granuleuse. M. Deville croit qu'elle est spéciale aux femmes enceintes. Il est vrai qu'on l'observe plus souvent dans cette circonstance, mais elle peut être constatée aussi chez la femme en dehors de l'état de grossesse.
Comme on a vu chez l'homme la blennorrhagie débuter par la fosse naviculaire, parcourir l'urètre, aller jusqu'à sa partie la plus profonde, et là s'établir à l'état chronique, se compliquer d'un gonflement prostatique, on voit aussi, chez la femme, la blennorrhagie commencer par la vulve, parcourir le vagin, séjourner à son cul-de-sac et se fixer au col de l'utérus qui se gonfle et subit diverses modifications pathologiques. Ce sont les altérations de cette partie de la matrice, ce sont les sécrétions morbides dont elle devient le siège qui, pour le dire en passant, donnent le plus de chaude-pisses. A cet état chronique, la femme ne souffre nullement du coït. Comme la maladie est ancienne, elle croit qu'elle est passée, et les sécrétions morbides sont confondues par elle avec les écoulements qu'on appelle flueurs blanches.
La blennorrhagie peut même aller plus loin; elle peut parcourir l'intérieur du col de l'utérus. Alors l'humeur est plus muqueuse, elle sort du vagin par masses filantes ; elle a une ténacité qu'on n'observe pas quand il y a seulement vaginite. Enfin, le corps même de l'organe peut être envahi et on a même des raisons de croire que l'inflammation pourrait arriver aux ovaires par les trompes d'Eustache, comme elle arrive aux testicules par le canal déférent à une certaine période de la blennorrhagie urétrale chez l'homme. Quand je traiterai des accidents, je citerai des faits qui semblent autoriser à admettre une ovarite bien-
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norrhagique , laquelle serait l'analogue de Forchite blennorrhagique.
3° Blennorrhagie urétrale. — L'urètre est d'abord affecté ou bien c'est consécutivement par extension de Finflammation de la vulve ou du vagin. La symptoniatologie de la blennorrhagie urétrale chez la femme ressemble beaucoup à celle de l'urétrite chez l'homme. 11 y a quelquefois une légère démangeaison, une cuisson qui se transforme en une douleur véritable, douleur qui devient brûlante pendant l'émission des urines. Pour acquérir la certitude que le siège de l'inflammation est réellement à l'urètre, on introduit le doigt index dans le vagin, on tourne sa face palmaire vers le pubis et l'on presse sur l'urètre, en allant du col de la vessie au méat. Dans les cas d'urétrite, le cordon formé par l'urètre dans le vagin paraît plus volumineux : il est plus sensible, et la pression amène à l'extérieur une quantité plus ou moins considérable de muco-pus.
Accidents. — Les accidents de la blennorrhagie, chez la femme, sont bien moins nombreux que cbez l'homme. On a de moins ici la prostatite, l'épididymite. Quant à l'ophthalmie et l'arthrite blennorrhagiques, elles s'observent moins souvent. L'inflammation du corps de la vessie, celle surtout du col de cet organe, est bien moins fréVquente que chez l'homme. Un accident qu'on peut comparer en quelque sorte à Forchite, c'est l'ovarite. Je l'ai constatée plusieurs fois ; elle n'a pas échappé à l'observation de M. Ricord, et, dans ces derniers temps, M. Mercier a prouvé par lanatomie pathologique que non-seulement l'inflammation pouvait envahir les trompes, enflammer les ovaires, mais aller jusqu'au péritoine, donner lieu à une inflammation de cette séreuse, à l'oblitération des trompes, et devenir ainsi une cause de stérilité.
Voici les symptômes de l'ovarite blennorrhagique. Après ceux de la vulvite et de la vaginite, après quelques accidents du côté de l'utérus, on observe des douleurs dans une ou dans les deux régions iliaques, avec tension, gonflement, douleur à la pression. Un signe qui a paru constant à M. Ricord, et auquel il accorde la plus grande valeur, c'est celui-ci : Toutes les fois qu'on fait coucher une femme ainsi malade sur le côté où existe le gonflement, la douleur diminue, car, à mesure que la position change, les tiraillements exercés par l'organe affecté diminuent, et par suite la douleur dont ces tiraillements sont la cause.
Quelquefois l'affection se propage à l'utérus et à l'ovaire, non pas pendant le fort de la vaginite, mais après un certain temps, comme on voit chez l'homme Forchite survenir après le deuxième ou le troisième septénaire de la blennorrhagie. En général, il existe l'analogie la plus
parfaite entre Fovarite blennorrhagique et Forchite. Presque toujours on obtient la guérison. La suppuration a lieu très-rarement. Je crois l'avoir observée une fois. C'était une ovarite qui survint après une vaginite intense, avec extension à l'utérus. Il y eut douleurs très-vives vers les deux fosses iliaques, douleurs qui néanmoins n'étaient pas manifestement augmentées par la pression. En explorant ces deux régions, après avoir vidé le gros intestin par deux lavements, on sentait un empâtement. Le haut des cuisses était douloureux ; il y avait des crampes aux membres inférieurs. Des vomissements, des douleurs d'estomac se déclarèrent.. Le pouls était médiocrement accéléré, assez souple. Céphalalgie. Dix jours après les premiers symptômes de l'ovarite, après la cessation des douleurs, pendant le calme, j'appliquai le spéculum. A peine fut-il introduit qu'il s'échappa par le col utérin une grande quantité de pus bien lié, mais ayant une odeur des plus repoussantes. J'ai pensé que ce pus venait des ovaires, qu'il avait été conduit dans l'utérus par les trompes, ou que cet organe avait subi une solution de continuité quelconque.
Je vais maintenant transcrire une observation importante de M. Mercier. Je ferai ainsi connaître un fait qui éclaire l'anatomie pathologique de la blennorrhagie chez la femme sous sa forme la plus intense et la plus extensive. On verra tous les points, que j'ai considérés comme pouvant être le siège de la blennorrhagie, envahis. Il y a en effet des traces de vulvite, d'urétrite, de vaginite, de métrite, etc.
« Il s'agit d'une fille de dix-neuf ans qui, affectée de blennorrhagie depuis quelques semaines, fut prise de prodromes d'une fièvre typhoïde. Pendant ce temps, une douleur intense se manifesta dans le bassin : une application de quarante sangsues amena une amélioration, mais la fièvre typhoïde ayant, malgré cela, poursuivi son cours, la mort survint au bout d'un mois.
« Voici ce que nous trouvâmes à l'autopsie :
« Dans le canal digestif, il existe environ soixante ulcérations à différents degrés... Face interne des grandes lèvres rouge et boursouflée ; à gauche surtout elles sont excoriées çà et là. Les nymphes sont couvertes de granulations serrées de la grosseur de têtes d'épingle. La vessie, très-petite, contient un peu d'urine puriforme. Sa membrane interne est rosée, surtout aux environs des uretères et de l'orifice urétral. La partie inférieure de l'urètre, jusqu'à trois lignes environ, offre une teinte rouge uniforme très-foncée. Plus haut, ce canal ne présente plus que des taches rouges assez nombreuses. Le vagin, depuis la vulve jusqu'à 1 pouce 4/2 de hauteur, a une teinte rouge extrêmement foncée. Dans cet endroit aussi les rides transversales sont plus prononcées que
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de coutume, surtout en avant, où l'on voit de petites saillies serrées et semblables à de petites végétations. Plus haut, la teinte rouge est bien moins foncée. Le col de l'utérus est un peu plus rouge que la partie du vagin qui l'entoure. Son ouverture qui est une fente transversale assez large, indique que cette femme a été mère. La cavité du col a une conleur rouge presque violette. Le tissu de la matrice n'est pas enflammé, mais sa membrane muqueuse est d'une couleur lie de vin très-foncée. L'inflammation se continue dans les trompes qui ne sont pas oblitérées, du côté de la matrice. La cavité de ces diverses parties contient un mucus puriforme assez abondant; on n'y trouve point d'ulcérations. Dans toute l'étendue de l'abdomen, excepté dans le petit bassin, le péritoine est parfaitement sain. Les intestins ne nous ont pas présenté la moindre perforation. D'ailleurs le péritoine, à sa surface, n'offrait aucune altération ; mais dans le cul-de-sac vésico-utérin, en bas de la face postérieure de la vessie et de la face antérieure de la matrice, existaient de fausses membranes rougeâtres, molles, granuleuses, minces et faciles à détacher. Dans le cul-de-sac utéro-rectal, le péritoine est également enflammé, livide çà et là et recouvert d'adhérences filamenteuses qui s'étendent de la matrice au rectum ; des adhérences également filamenteuses recouvrent les ligaments larges, les ovaires et les trompes, à tel point qu'on ne peut retrouver les franges de la cavité gauche, qui est ainsi oblitérée. Malgré les adhérences nombreuses qui environnent le pavillon droit, sa cavité communique encore avec le péritoine 1 »
Si la fièvre typhoïde n'avait pas tué cette femme, elle aurait vécu avec le pavillon de la trompe gauche oblitéré, et comme les franges du côté droit auraient pu empêcher le pavillon de ce côté de s'incliner vers l'ovaire, il aurait pu y avoir stérilité. D'ailleurs ce n'est pas la première fois qu'on a trouvé des oblitérations du pavillon et des trompes chez lés femmes vénériennes. Ce fait d'anatomie pathologique avait même été signalé par Morgagni. M. Mercier a demandé si là ne serait pas la cause principale de la stérilité chez les prostituées.
Diagnostic . — En décrivant les trois variétés, je crois avoir suffisamment établi le diagnostic quant au siège. Je n'ai rien dit alors de l'acidité de l'humeur pour la vaginite, de l'état alcalin pour les autres blennorrhagies, ni des animalcules, parce qu'il est reconnu que ces caractères sont loin d'être constants et d'avoir l'importance qu'on leur a attribuée. Sur ce point encore, je suis d'accord avec M. Baumès. Le diagnostic, quant aux causes, à la connaissance de la nature de l'écou-
1 Gazette des hôpitaux, t. Y III, 2e série, p. 432.
lement, ce diagnostic est aussi obscur,. et même plus, chez la femme que chez l'homme, et cette obscurité provient surtout des leucorrhées qui simulent la blennorrhagie et jouent souvent le même rôle, car elles peuvent, comme cette maladie, devenir contagieuses. 11 est certain que la réunion des circonstances qui se rattachent à la maladie, le temps qui s'est écoulé depuis les rapports suspects, les dispositions que la femme avait antérieurement à contracter des écoulements, les renseignements sincères de celles qui n'ont que le désir de guérir et aucun intérêt à tromper ; il est certain que tout cela peut conduire à des probabilités, sans donner cependant la certitude. Elle ne s'obtient pas davantage par la considération du siège de la blennorrhagie, car celle qui est urétrale n'est pas plus syphilitique ni plus contagieuse que celle qui est vaginale. La nature, la couleur des taches, n'apprennent rien. La douleur qui se manifesterait pendant la blennorrhagie, et qui serait absente pendant la leucorrhée, est un caractère encore plus trompeur, car il est des écoulements qui, à une certaine période, sont d'une indolence remarquable et qui n'en sont pas moins très-contagieux et manifestement syphilitiques. Pour M. Ricord, le siège de la blennorrhagie éclaire son étiologie. Ainsi, d'après ses recherches, i'urétrite, chez la femme, serait toujours communiquée. Si on l'interroge avec soin, elle convient qu'elle s'est exposée, qu'elle s'est livrée à un coït suspect. Pour les blennorrhagies vulvaire, vaginale, souvent elle n'en convient pas* Ici M. Ricord, en général si méfiant, croit à la femme et admet, comme je l'ai déjà dit, que les blennorrhagies urétrales chez elle sont communiquées, tandis que les autres peuvent être plutôt considérées comme spontanées. Mais des relevés faits sur une grande échelle constatent que, chez les filles publiques qui, par métier, s'exposent à l'infection, la blennorrhagie urétrale est très-rare. On le voit, l'obscurité règne encore ici. Mais une chose bien établie, c'est que chez la femme peuvent naître, sans rapports suspects, des écoulements très-contagieux. Dire que les hommes qui puisent à cette source une blennorrhagie ne peuvent la communiquer à une autre femme, c'est, je crois, émettre une hypothèse qui a des dangers.
Pr©iiostl€. — Le pronostic, envisagé au point de vue du siège de la blennorrhagie, a été assez indiqué dans la description des trois variétés. Il est certain que la vulvite superficielle, et pour ainsi dire tout à fait extérieure, est d'une facile et prompte guévison. Il n'en est pas de même si elle devient phlegmoneuse, si les glandules s'enflamment. J'ai déjà dit qu'alors il pouvait survenir des abcès, des fistules, dont la guérison est longue, difficile, surtout quand il s'agit de la dernière complication.
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La vaginite, même superficielle, est généralement plus difficile à guérir que la vulvite ; à plus forte raison si le tissu cellulaire est plus ou moins pris et lorsque tout le vagin est affecté, surtout son cul-desac supérieur. Par la rapidité de laguérison, l'urétrite tiendrait le milieu entre la vulvite et la vaginite. L'urétrite peut facilement être modifiée par les résineux, par ce qu'on appelle les antiblennorrhagiques, lesquels n'ont guère d'influence sur les autres variétés. La blennorrhagie est surtout tenace quand elle envahit le col, le corps de l'utérus. Elle revêt alors la forme de catarrhe, se complique d'engorgements qui passent facilement à l'état chronique.
Traitement. — Quand je me suis occupé de la blennorrhagie en général, j'ai indiqué l'hygiène et les principes de thérapeutique qu'on fera bien de consulter. En parlant de la blennorrhagie chez l'homme, jrai exposé des préceptes dont plusieurs trouvent aussi leur application ici. Je vais donc m'occuper maintenant de ce qu'il y a de spécial dans le traitement de la blennorrhagie chez la femme, et, pour plus de clarté, je me servirai des divisions que j'ai établies lorsque j'ai voulu décrire avec détail la maladie.
1° Blennorrhagie vulvaire. — Celle qui est superficielle, outre les bains généraux et locaux, exige un pansement qui consiste en des plumasseaux isolant les surfaces enflammées. Les solutions affaiblies de nitrate d'argent, d'acétate de plomb que j'ai conseillées dans la balanite, trouvent ici une application utile. En général, ces moyens suffisent pour guérir l'état local en huit jours, ou pour l'améliorer manifestement, ïl est bien entendu qu'il s'agit de la phlegmasie superficielle de la muqueuse seulement. Mais si l'inflammation est phlegmoneuse et les glandules affectées, alors le traitement devra être plus sérieux : il faudra en venir, dans certains cas, aux émissions, sanguines ; toujours on insistera sur les bains, sur les topiques émollients laudanisés. Gomme, avec la vulvite profonde, il peut y avoir des chancres au commencement du vagin, en dehors des caroncules, chancres qui, par leur peu d'étendue et leur position, échappent quelquefois à notre examen, on devra s'abstenir de la saignée locale, car les piqûres de sangsues qu'on appliquerait à l'anus, au pli génito -crural, pourraient très-bien être inoculées. Il vaut mieux alors, si la femme est jeune, robuste, un peu sanguine, pratiquer une saignée, laquelle n'arrête pas toujours la marche de la phlegmasie, n'empêche pas toujours le pus de se former, mais abat, en général, la douleur et limite beaucoup le foyer inflammatoire.
Pour en revenir aux topiques, je dirai qu'il faut préférer ici les cataplasmes de fécule, ceux de farine de riz à ceux de iin, qui, appli-
qués sur des parties aussi échauffées, déterminent trop souvent de l'eczéma, pour peu qu'ils séjournent.
Il faudra surveiller les parties pour agir dès que la suppuration se manifestera. En effet, en se hâtant d'ouvrir les abcès, on limite beau: coup le foyer inflammatoire, et Ton place la poche dans les circonstances les plus favorables pour qu'elle revienne facilement sur ellemême et qu'elle s'efface ; on évite enfin les clapiers, les fistules. Comme ici il y a un avantage réel à pratiquer une grande incision, quand l'abcès est dans l'épaisseur d'une grande lèvre, je préfère attaquer la surface cutanée que la surface muqueuse. Je crains qu'en pratiquant l'ouverture de ce dernier côté, on facilite le passage des humeurs vaginales dans le loyer qu'on vient d'ouvrir, ce qui peut empêcher d'abord l'effacement de la poche purulente, et favoriser une résorption purulente grave. J'ai observé plusieurs faits qui me confirment dans ces craintes et me font insister sur le précepte que je viens de donner.
On arrive quelquefois trop tard : l'abcès est déjà vaste, la muqueuse est décollée, amincie ; l'ouverture par la surface cutanée n'empêcherait donc pas la perforation spontanée du côté du vagin. On ne se contentera pas alors d'une grande incision ; il faudra exciser la muqueuse altérée, mettre tout le fond de l'abcès à nu, afin d'avoir là une surface, autant que possible, de niveau avec les autres points de la muqueuse et non un cul-de-sac. Mais, pour cela, il faut exciser non-seulement la muqueuse malade, mais une» partie des tissus sains.
2° Blcnnorrhagie v igino-utérine. Ici on emploie beaucoup les injections. Dans ces derniers temps, on y a joint le tamponnement. Mais si la vaginite est aiguë et compliquée de phénomènes inflammatoires avec réaction, on commencera par les antiphlogistiques directs et indirects. On pourra pratiquer d'abord une saignée; on entretiendra la liberté du ventre. Il sera donné des boissons délayantes ; on conseillera les bains tièdes avec injections pendant le séjour dans le bain; puis les décoctions émollientes et légèrement narcotiques de têtes de pavot, avec quelques cuillerées d'amidon. Ces décoctions doivent être employées tièdes. La vivacité de l'inflammation peut nécessiter l'emploi de véritables cataplasmes intra-vaginaux. On injecte alors dans le vagin de la fécule, la farine de graine de lin en consistance demi-solide. Ces cataplasmes ne sont guère possibles que chez les femmes qui ont l'anneau vulvaire assez large. On se sert alors d'une seringue à laquelle on a enlevé la" canule.
Quand l'inflammation a perdu de son intensité et qu'il n'y a plus de réaction, il faut en venir à des injections astringentes. Je conseille d'abord la formule suivante :
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Eau commune
Sous-acétate de plomb Sulfate de zinc .......
Une injection matin et soir.
600 grammes.
1 gramme.
1 gramme.
On en vient ensuite à la solution que voici :
Eau de rose. . . .
Acétate d'argent
300 grammes.
15 centigr.
La dose peut être progressivement augmentée pour ce qui concerne ces deux formules. Je conseille quelquefois d'alterner ces injections avec la décoction concentrée de feuilles de noyer seule, ou mêlée avec portion égale d'eau de goudron. A mesure que la vaginite revêt la forme chronique, on rend les injections plus astringentes. M. Ricord recommande alors la formule suivante :
On peut augmenter progressivement la dose de l'alun. Les malades feront dans les premiers temps deux injections par jour. Le sousacétate de plomb liquide peut être employé dans la même proportion. M. Ricord arrive enfin à cette formule :
Les injections àl'acétate de plomb doivent être préférées, quand, aux autres symptômes de la vaginite, se joint un prurit des organes génitaux. Dans les autres cas, M. Ricord choisit l'alun.
C'est encore contre les écoulements blennorrhagiques vaginaux chroniques qu'on a conseillé les injections avec le vin rouge dans lequel on a fait bouillir des roses de Provins.
Ou bien on se sert de la formule suivante :
Pour pratiquer le tamponnement après l'injection , le liquide étant sorti, on applique le spéculum qui découvre les parties les plus profondes du conduit membraneux. Alors, avec une pince, on introduit au fond du spéculum des boulettes de charpie fine, ou de coton cardé, de manière à former un cylindre plein de ces substances. C'est alors un tampon élytroïde. Ceux qui ont suivi quelque temps les visites de Lourcine comprendront tous les avantages de cette pratique. Elle a un
Alun
Eau commune froide
4 à 8 grammes.
1 litre.
Acétate de plomb Eau
20 grammes.
1 litre.
Tannin pur.
Eau
10 grammes.
1 litre.
inconvénient : c'est la nécessité de renouveler le tampon au moins une fois par jour, ce qui est désagréable pour la femme, assujettissant pour le médecin. Hourman préférait le coton cardé. Il vaut mieux la charpie sèche. Le coton est un excitant mécanique qui , par sa finesse même, irrite un peu les parties avec lesquelles il est en contact. Il n'absorbe pas aussi bien les liquides vaginaux que la charpie. On préférera la charpie de fil. Chaque pelote ou bourdonnet de charpie ou de coton, sera liée avec un fil dont les bouts pendront à l'extérieur et faciliteront l'extraction du corps étranger.
Si la vaginite résistait aux injections et au tamponnement , on en viendrait à l'azotate d'argent solide. On applique d'abord le spéculum,, on met le col utérin à découvert et l'on badigeonne toute la muqueuse vaginale avec le crayon, à mesure que l'on retire le spéculum. On cautérise ainsi cette membrane dans toute son étendue , en procédant d'arrière en avant.
A. Injections intra-vaginales. — Quand il y a blennorrhagie du col , je fais surtout les injections ou douches intm-vaginales. Le liquide est une décoction très-concentrée de feuilles de noyer , à la température de la salle , quelle que soit la saison. L'instrument est une grosse seringue à lavement. Le spéculum à deux valves est appliqué; il saisit et découvre bien le col de l'utérus. C'est sur ce col que le jet est lancé de toutes les forces de l'aide qui pousse le piston. Immédiatement après, on place sur cette partie de la matrice un fort tampon de charpie.
Un pareil liquide ainsi injecté exerce une espèce de compression sur le col et abaisse sa température ; il doit agir encore par ses qualités astringentes; aussi observe-t-on parfois des phénomènes curieux. On voit le col pâlir et s'amoindrir ; il éprouve une espèce de retrait. Ce phénomène ne se produit pas toujours , surtout pour ce qui a trait à la pâleur. Quelquefois , au contraire, j'ai vu la coloration se prononcer davantage au moment de l'injection. Il est arrivé aussi qu'une matrice débarrassée des mucosités qui pendaient à son col avant l'injection , a rejeté , au moment où le liquide l'a frappée, de nouvelles mucosités, ce qui prouverait encore le retrait dont j'ai parlé , et peut-être même une espèce de contraction de la matrice.
Presque jamais la femme injectée n'éprouve de la douleur au moment de l'injection. De retour à son lit, quelquefois des coliques se déclarent. Elles portent surtout à l'hypogastre et vers les régions iliaques. J'ai souvent observé ces coliques au moment où la guérison commençait à s'opérer. Au lieu d'en être inquiet, j'en tirais un bon augure.
Voici qui est bien remarquable : dans les premiers temps de ces in-
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jections, il y avait un nombre bien plus considérable de coliques qu'aujourd'hui , et cependant c'était le même liquide, le même procédé ; c'était la même manière de l'appliquer. Qu'on ne dise pas que les femmes s'y étaient habituées , car on en injectait tous les jours de nouvelles. Il faut plutôt dire que l'esprit de la salle s'y était habitué. Je reviendrai sur cette circonstance.
Ces espèces de douches ont souvent hâté d'une manière marquée la guérison de certains engorgements anciens , et procuré en très-peu de temps la cicatrisation des ulcérations les plus rebelles. J'ai vu à Lourcine une femme d'une quarantaine d'années qui avait au col utérin une ulcération granulée de 8 à 10 lignes de diamètre dans tous les sens : deux ou trois injections en réduisirent les dimensions à moitié.
Ces injections ont d'ailleurs un avantage que personne ne contestera : elles débarrassent le vagin et le col des mucosités, des humeurs phis ou moins irritantes, lesquelles ont plus d influence qu'on ne pense dans la persistance et même dans la production de certaines ulcérations. Le tampon de charpie, appliqué sur le col, l'empêche d'être en contact avec le vagin, ce qui est une circonstance favorable pour la cicatrisation. D'ailleurs le jet de liquide détermine une compression instantanée qui est un moyen de résolution de tout engorgement.
Ces injections sont faites deux fois par semaine. On les suspend pendant les règles, et même deux jours avant et deux jours après. On s'en abstient pendant la grossesse. Elles ne sont commencées que quatre mois après l'accouchement ou un avortement. Quand le col est trèsrouge, turgescent, des sangsues sont appliquées à l'anus; des bains de siège, des bains entiers, complètent le traitement. Les jours de repos pour les douches sont employés par la femme ; elle fait des injections astringentes pendant qu'elle est couchée, et autant que possible le bassin relevé.
B. Injections intra-utérines. — Elles consistent à faire pénétrer le liquide modificateur non-seulement dans le col, mais encore dans la cavité du corps de l'utérus. Elles sont donc employées quand la blennorrhagie est allée jusqu'à la matrice, et qu'elle a revêtu une forme chronique, quand il s'est établi une espèce de catarrhe utérin.
Ces injections ont d'abord rencontré une forte opposition dans les cours, dans les journaux ; puis s'éleva la question de priorité, ce qui prouvait déjà un véritable succès. J'ai été obligé de me défendre alors d'avoir inventé ce moyen ; j'ai dit que je ne prétendais qu'au mérite de l'avoir conservé à la thérapeutique , et j'ai même désigné plusieurs inventeurs contemporains : le tout pour avoir la paix , et je n'ai pas réussi ! Plus tard, j'ai trouvé un procédé bien plus simple d'enterrer la
question de priorité. J'ai imaginé de trouver l'invention chez les Grecs. J'ai pour cela fait appel aux connaissances historiques et à l'obligeance de M. Daremberg. Il a bien voulu me remettre une note qui prouve jusqu'à l'évidence que la chirurgie grecque , très-hardie comme on le sait, allait jusqu'à la cavité utérine même, qu'elle faisait littéralement des injections intra-utérines.
Une première objection devait surgir : on devait reprocher aux injections intra-utérines d'exposer à la péritonite. On a donc supposé que le liquide passerait de la cavité utérine dans la cavité péritonéale ; alors les injections intra-utérines deviendraient des injections intra-abdominales; le péritoine s'enflammerait. Je ne dirai pas toutes les variantes de ce thème ; je ne puis noter tous les tons des petites déclamations qu'on s'est permises à ce sujet. Je répondis à ce qu'il y avait de sérieux dans le reproche , et je commençai par invoquer l'expérimentation. J'instituai trois séries d'expériences sur le cadavre , pour constater si le liquide injecté dans la cavité utérine pouvait arriver dans les trompes et de là dans le péritoine :
1° Injections forcées ; 2° injections abondantes ; 3° injections modérées.
1° Pour exécuter les injections forcées, on a employé une seringue dont on se sert dans les amphithéâtres pour injecter les artères ; la canule introduite dans le col, on a jeté une ligature sur celui-ci et on l'a serrée de manière à rendre impossible tout retour du liquide. Le piston a été poussé avec toute la force d'un homme jeune et vigoureux.
Ainsi forcées et prolongées , ces injections ont été dirigées dans des matrices détachées du cadavre et à l'état de repos , c'est-à-dire à l'état non puerpéral, mais appartenant à des femmes ayant eu des enfants. Le liquide a fini par pénétrer d'abord dans les vaisseaux de l'utérus et quand ceux-ci ont été vidés peu à peu, et très-lentement, le liquide a parcouru les trompes et est arrivé jusqu'à leur extrémité péritonéale. Cette première série d'expériences prouve l'extrême difficulté de pénétrer dans les trompes, en injectant avec une très-grande force ; elle prouve la possibilité d'injecter les veines de l'utérus par ce procédé. Les difficultés de la pénétration du liquide dans les trompes sont telles, que, si l'on se contente de lier le col de l'utérus par le procédé ordinaire, le reflux a lieu, le liquide passe entre la canule et le col. Il faut, pour éviter ce reflux, parcourir, avec un fil , l'épaisseur du museau de tanche, à la faveur d'une aiguille courbe, afin d'embrasser une couche moins épaisse du col qui alors s'applique très-immédiatement sur la canule.
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Je ne dois pas indiquer ici toutes les conséquences de cette premier* série d'expériences, et cela non-seulement au point de vue de la question thérapeutique que je traite actuellement , mais encore au point dv vue des fonctions de Futérus , de l'histoire de ses maladies et de la thérapeutique en général.
2° Pour la seconde série d'expériences , pour les injections abondantes , on introduisait dans le col de l'utérus une canule ayant les diamètres d'une sonde de femme ; on ne liait pas le col sur l'instrument, et Ton injectait longtemps. Eh bien ! le liquide refluait, il passait entre la canule et le col-, il arrivait aussi quelquefois , mais lentement, jusqu'aux trompes; quelquefois encore il pénétrait dans h s vaisseaux.
Cette série a fourni le plus de variations dans les résultats , ce qiK> devaient faire prévoir Fanatomie de l'utérus , les modifications que lui impriment l'âge et les fonctions qu'il remplit. Ainsi , si l'on injecte un 1 femme qui n'a pas eu d'enfants , on trouvera l'orifice du col utérin étroit; la canule le remplira, et le liquide retournera plus difficilemei i dans le vagin que si la même opération est pratiquée sur une femnrh , mère de plusieurs enfants et ayant un col largement ouvert. Les diamètres des ouvertures de communication des trompes doivent aussi offrir des différences marquées qui font qu'il est des femmes plus ou moins perméables.
On devra donc varier le calibre des canules selon l'état du col, ne pas injecter une grande quantité de liquide, et l'on ne prolongera pas l'injection. Remarquez bien ces deux points : Le liquide ne pénètre dans les trompes (s'il y pénètre) que quand il est en grande quantité et quand on le pousse pendant longtemps. Dans tous les cas, il lui fa / un très-long temps pour parcourir les trompes.
3° Pour la troisième série d'expériences, pour pratiquer les injectù . s modérées, on a choisi une seringue à injections urétrales ; on n'a inti <>duit dans la matrice que 20 grammes de liquide. Quand il n'a été pom e qu'avec la force nécessaire à une injection ordinaire dans le eond; .t auditif, le liquide n'est pas arrivé jusqu'aux trompes, il esttoujoias tombé dans le vagin en passant entre le col et la canule. Il ne faut pas être très-vitaliste pour comprendre que le passage du liquide dans (es canaux comme les trompes utérines est encore plus impossible sur \v vivant que sur le cadavre .
Maintenant, avec un peu de réflexion sur ces expériences et sur >s faits prétendus malheureux dont il a été parlé, on arrivera à dire que m ces cas malheureux ont existé, c'est qu'où a fait des injections abonder > < plus ou moins forcées, et que si l'on s'était borné à des injections mo.c-
rées, on n'eût rien observé de semblable. Avant moi, on se servait pour les injections intra-utérines d'un clysopompe ou de la seringue à hydrocèle. Eh bien, je prétends que même alors il n'y a pas eu accident, en prenant ce mot dans sa signification la plus exacte. Il m'a été dit que M. Récamier lavait à grande eau l'intérieur de la matrice sans sourciller le moins du monde; et mon confrère, le docteur Cardeilhac, m'a assuré avoir fait passer et repasser dans la matrice d'une de ses malades des pintes d'un liquide chargé d'un principe sulfureux. 11 a guéri ainsi un catarrhe utérin purulent qui avait résisté à plusieurs médications dirigées par des praticiens en réputation.
Les expériences nous apprennent qu'il est d'une difficulté extrême de pénétrer dans les trompes en injectant l'utérus d'un cadavre. En prenant les précautions voulues pour que le liquide ne pénètre pas, et cela sur le vivant, on aurait bien du malheur si l'on arrivait à un résultat contraire, et il serait vraiment singulier que la femme vivante fût plus perméable que la femme morte.
Voici la manière de procéder :
On applique d'abord le spéculum à deux valves, et l'on redresse le col, s'il est dévié : une canule d'argent ou de verre est introduite dans le col ; elle doit être d'un bon tiers moins grosse que la sonde d'une femme ordinaire. 11 faut avoir des canules plus déliées pour les femmes qui n'ont point eu d'enfants, pour les cols vierges et étroits. On comprend l'importance de cette précaution que j'ai indiquée, dès qu'il m'a été possible de prendre la plume pour faire connaître mon procédé, précaution que j'ai mise en pratique, dès qu'il m'a été donné d'expérimenter sur le vivant. Je voulais ainsi faciliter le retour du liquide.
Une petite seringue de la contenance de 20 grammes de liquide est adaptée à la canule, et l'on pousse brusquement le liquide par un seul coup de piston. Dans les premiers temps, j'injectais de la décoction de feuilles de noyer, je poussais aussi un liquide contenant de l'iodure de potassium et de l'iode. J'en suis venu à me servir, le plus souvent, d'un décigramme d'azotate d'argent dans 100 grammes d'eau. On peut augmenter la dose d'azotate ; on n'injecte que A ou 5 grammes de solution par séance.
La quantité de liquide est si petite ; il est poussé si brusquement, et avec un instrument dont l'extrémité joue si bien dans le col de l'utérus, que Ton comprend toute l'impossibilité qu'il y a alors pour la moindre partie de ce liquide de parvenir jusqu'aux trompes. Ce qu'il faudrait craindre, c'est que l'injection ne parvînt pas jusqu'à l'utérus. Il est des cas où réellement on n'y arrive pas. Cela a lieu quand, avant l'injection
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médicamenteuse, on ne procède pas à une douche, a une injection préparatoire, à un nettoyage quelconque du col, car celui-ci est, dans le plus grand nombre des cas, encombré par des mucosités qui arrêtent la marche du liquide destiné au corps de la matrice. Mais quand on a enlevé ce bouchon, cette mèche ; quand le col a été redressé, l'injection est facile et complète. On peut pratiquer une injection tous les matins ; rarement j'ai été obligé d'en faire plus de huit pour tout le traitement.
Dans tous les cas, l'injection ne devra être faite que quand on aura établi le diagnostic de l'affection contre laquelle on la dirige ; il faut reconnaître qu'il s'agit surtout d'un catarrhe utérin entretenu par une cause locale. Et comme l'utérus est un organe très-changeant, qu'il n'est pas, à l'approche des règles, un peu après les règles, comme pendant le repos complet, cet organe est surtout dans des conditions différentes après les couches, après un avortement ; on devra éloigner le plus possible de ces états les injections intra-utérines. La prudence veut aussi qu'on interroge les autres viscères de l'abdomen. Sans ces précautions préalables, on peut voir naître des phénomènes, des accidents même, qu'on attribue aux injections et qui ne sont dus, en réalité, qu'à leur application inopportune.
On devra éviter, avant tout, d'injecter après les couches, quand les veines sont encore largement béantes dans l'utérus. On a parlé dans les journaux d'une eau chlorurée qui a été poussée dans un utérus se trouvant dans les conditions que je viens d'indiquer. Des accidents n'ont pas tardé à apparaître.
A Lourcine, on voulut injecter une femme dont les antécédents ne furent pas soigneusement recueillis. Il y avait eu un avortement récent. Les accidents qui succédèrent à l'injection portèrent d'abord du côté du ventre ; ils ressemblèrent aux préludes d'une péritonite, mais ils prirent un caractère nerveux singulier. Les membres inférieurs restèrent froids; on ne pouvait les réchauffer ; enfin survint une espèce de fièvre intermittente que je combattis par le sulfate de quinine. Cette femme resta endolorie plutôt que malade pendant près d'un mois, mais elle sortit de Lourcine guérie de son catarrhe utérin.
Je recommande encore d'interroger les autres viscères abdominaux. Il est certain que si, du côté de l'estomac, des intestins, il y a plus ou moins d'irritation, si les digestions sont au moins difficiles, si les selles sont fréquentes, si surtout le gros intestin souffre, nous devons nous abstenir des injections intra-utérines, ou ne les employer qu'après avoir combattu celte complication. Voici un exemple qui prouve la nécessité d'interroger le tube intestinal avant de procéder à l'injection.
Une femme de vingt ans dit avoir toujours eu des fïueurs blanches ; l'examen au spéculum montre une rougeur du col ; une quantité considérable de mucus trouble sort de la matrice. On fait une injection au nitrate d'argent ; immédiatement après, la malade est prise de coliques et de frisson, elle a six selles dans la journée ; le soir il y a un mouvement fébrile. Cette femme, mieux interrogée sur ce qui a précédé l'injection, dit qu'elle avait eu déjà des coliques, qu'elle faisait difficilement ses digestions. Elle n'avait pas voulu accuser ces états dans la crainte d'être mise à la diète. Cette malade a été guérie comme les autres après quatre injections ; les trois dernières n'ont été suivies d'aucune colique. Il est évident que les coliques, la diarrhée, enfin les légers accidents qui ont été observés chez cette femme après l'injection, existaient avant, mais à un degré moins prononcé. Le tout a été exaspéré par cette petite opération, et le repos seul a suffi pour la guérison des accidents.
Voici un extrait d'une autre observation qui est un exemple de guérison et qui donne en même temps l'idée des modifications de la sensibilité qu'on observe quelquefois après les injections. On verra que cet état ne constitue pas un accident, mais un phénomène qui est à peine morbide. Une fille de vingt ans n'ayant point eu d'enfants, mais incommodée par des flueurs blanches très-anciennes, a une ulcération du col d'un aspect fongueux, large comme une pièce de 1 franc. Les douches sur le col et la cautérisation font disparaître l'ulcération. Reste un muco-pus qui coule par le museau de tanche. Après une injection détersive, on fait une injection au nitrate d'argent dans l'utérus, et dix jours après cette femme n'a plus aucune leucorrhée. Ici il y a eu douleurs abdominales immédiatement après l'injection ; ces douleurs étaient comparées par la malade à celles qui précèdent les règles. Vingt-quatre heures après l'injection, la femme n'éprouva plus aucune douleur, et cela sans avoir rien pris pour être calmée 4.
Les douleurs abdominales après l'injection sont loin d'être constantes. Le plus souvent les femmes qu'on injecte dans les hôpitaux semblent tout à fait étrangères à ce qui se passe ; il arrive que les malades accusent, au moment même de l'injection, un sentiment de brûlure qui part du bassin et monte vers l'ombilic ; il peut arriver aussi que la douleur ou la modification de la sensibilité éclate dans une région iliaque. Il est rare que la douleur instantanée, celle qui a lieu.
1 D'autres observations ont encore été recueillies par M. Caillaut, alors mon interne. Les sujets étaient des femmes qui furent évacuées sur l'hôpital du Midi pour faire place à Saint-Lazare aux insurgés blessés en juin 1848.
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au moment même où le liquide pénètre dans l'utérus, soit de longue durée.
Au lieu d'éprouver une douleur instantanée, il est des femmes qui souffrent une ou plusieurs heures après l'injection, quelquefois plus tôt. Ces douleurs durent rarement vingt-quatre heures après l'injection ; elles cessent en général trois heures après leur début. Mais, je le répète, ces coliques sont exceptionnelles; on les observe à peine sur un dixième des femmes qui ont été soumises à ce moyen ; elles cessent par le repos seul, et ne sont nullement abrégées par la thérapeutique. Cependant, comme en général les femmes aiment qu'on s'occupe d'elles, on fera bien, pour agir sur leur moral, de formuler une potion calmante quelconque. Ce qui vaut encore mieux, ce sont des paroles rassurantes, des antécédents, des succès qui font naître la confiance et la fortifient au moment où la femme se croit en danger.
Si l'on constate une douleur abdominale qui persiste longtemps après l'injection, si l'on interroge bien la malade, on finit bientôt par savoir qu'il y avait, là où la douleur est accusée, une ancienne douleur, une ancienne lésion. J'avais injecté à Lourcine une femme qui se plaignit longtemps après d'une douleur dans une des régions iliaques. Je découvris, à force de questions et par des palpations répétées, qu'il existait chez cette femme une ancienne maladie d'un ovaire.
J'en ai dit assez pour caractériser les douleurs qui ont tant elfrayé les médecins ; elles ne sont pas produites par des irritations , des inflammations du péritoine, lequel aurait été mis en rapport avec un liquide irritant; ces douleurs sont le fait d'un spasme utérin, et il n'est pas toujours nécessaire, pour les provoquer, d'agir directement sur la surface interne de l'utérus, de pénétrer dans sa cavité. Des attouchements du col, des cautérisations, des douches sur cette partie, de simples injections vaginales avec les décoctions les plus émollientes, et telles que les font les femmes, c'est-à-dire dépassant à peine l'anneau vulvaire, de pareilles injections peuvent donner lieu à de violentes coliques. Encore un mot de réflexion à ce sujet sur un de mes critiques (et celui-ci était de très-bonne foi et connaissait les maladies de l'utérus). Ce cher confrère observe des accidents formidables à la suite d'une injection vaginale faite par la femme elle-même. Croyez-vous que cet observateur va imprimer que les injections vaginales peuvent avoir des dangers? Pas le moins du monde ; il rédige un très-bel article pour prouver par ce fait qu'il est dangereux de pratiquer des injections intra-utérines !
3Û Blennorrhagie urétrale. — Elle doit être traitée chez la femme comme la blennorrhagie correspondante chez Y homme. Le copahu, le
cubèbe devront être administrés ici comme je l'ai déjà indiqué et d'après les formules déjà transcrites. Ainsi l'électuaire que je compose avec deux tiers cubèbe et un tiers copahu produit chez la femme des effets analogues à ceux qu'on obtient chez l'homme. Seulement il faudra ici modérer les doses, car les accidents du côté des voies digestives sont plus faciles à provoquer ; on observe plus souvent des tranchées, de la diarrhée.
Quant aux injections, ce sont, en général, les astringents que je conseille : c'est le sulfate de zinc et le sous-acétate de plomb dans de l'eau de rose, ou l'azotate d'argent, mais non à dose cautérisante. Si l'on désirait produire cet effet, il vaudrait beaucoup mieux se servir du sel à l'état solide , et ici le crayon ordinaire des trousses pourrait suffire.
En parlant des accidents de la blennorrhagie, j'ai fait mention de l'ovarite et de la péritonite locale. Quand on soupçonnera ces complications, on devra pratiquer des saignées locales, c'est-à-dire appliquer des sangsues sur les points douloureux, aux fosses iliaques, donner des bains qu'on prolongera, et faire des onctions mercurielles là où l'on aura appliqué les sangsues.