‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 39 sur 134 · ÉPOQUE, ORDRE, APPARITION · texte numérisé non relu

ÉPOQUE, ORDRE, APPARITION

d'après les observateurs qui ont plus spécialement étudié la question relative au temps qui s'écoule entre les symptômes primitifs et les symptômes secondaires. Ainsi MM. Legendre, Martins et Cazenave ont établi une moyenne qui est bien au-dessus du maximum donné par M. Rieord. M. Legendre, un des élèves les plus distingués de l'hôpital Saint-Louis, auteur d'une thèse remarquable sur les syphilides, dit en propres termes: « J'ai obtenu pour moyenne générale de l'intervalle de temps qui sépare les symptômes primitifs des syphilides ( accidents secondaires) cinq ans, résultat absolument semblable à celui que M. Martins avait déjà consigné dans son mémoire. »

Le lecteur qui voudra soutenir ma thèse est prévenu qu'on lui objectera le mercure comme ayant le pouvoir de retarder l'apparition des accidents. Or comme le mercure a presque toujours été employé quand le malade arrive à cette période de la syphilis, l'objection lui sera donc faite très-souvent. Donc très-souvent les accidents arrivent plus tard qu'on ne dit. Voilà le fait. Le reste est une explication.

3° Accidents tertiaires. — Ce sont des altérations spéciales du tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux, des testicules, des tissus fibreux et osseux et des organes profonds. Ces accidents non-seulement ne s'inoculeraient pas, mais ils ne sauraient se transmettre par voie d'hérédité avec leur physionomie spéciale; seulement, en vertu d'une sorte de dégénérescence ou d'une modification de la syphilis, ils sont peut-être une des sources les plus fécondes des scrofules.

a. Ayant déjà prouvé que les tissus fibreux et osseux peuvent être lésés avant la peau , que devient la dénomination d'accident tertiaire appliquée à cet ordre de lésions ?

b. Pour ce qui est de la transmissibilité par voie héréditaire, je fais mes réserves. Ces questions reviendront quand il s'agira des maladies vénériennes chez les nouveaux nés.

c. Quant aux transformations d'une maladie en une autre, surtout des diathèses, cette idée, d'ailleurs très- ancienne, n'a pas encore trouvé de faits à l'appui. On ajoute que les accidents tertiaires ne paraissent jamais avant le sixième mois, et peuvent se manifester plusieurs années après l'apparition des accidents primitifs. Je réponds que j'ai observé des périostoses beaucoup plus précoces : je les ai observées pendant l'existence des symptômes primitifs et bien avant le sixième mois. D'ailleurs, il peut y en avoir d'emblée, c'est-à-dire apparaissant comme première manifestation de la syphilis.

En résumé, les distinctions des trois catégories d'accidents qui se fondent sur leur transmissibilité ou leur non-transmissibilité ne peuvent être absolues, et l'époque de leur manifestation est mal com-

prise, puisqu'on ne tient pas compte du groupe de symptômes qui se rapporte à l'affection rhumatoïde et qui précède les syphilides. D'ailleurs le fait, très-exceptionnel si l'on veut, mais le fait réel de l'apparition d'emblée des accidents secondaires et même des tertiaires, enlève toute valeur au caractère emprunté au temps qui se passerait entre les accidents primitifs et les autres, puisque la vérole peut ne se composer que d'une syphilide ou d'une exostose sans autre affection syphilitique préalable.

Il faut qu'on sache aussi que les trois divisions indiquées ne sont pas suffisantes pour classer tous les accidents, toutes les phases de la syphilis. Ainsi, après le chancre, et quelquefois longtemps après sa guérison, il peut survenir un bubon réellement syphilitique qui ne saurait être accepté logiquement comme un accident primitif, puisqu'il a été précédé d'un autre accident. Cependant on ne veut pas le classer parmi les accidents secondaires, parce qu'il peut s'inoculer et qu'on a posé en principe la non-inoculabilité de l'accident secondaire. On en fait alors un accident successif. Mais comme le même accident, le même bubon, peut survenir sans chancre préalable et d'emblée, il se trouve qu'il peut être tantôt primitif, tantôt successif ! Maintenant, étudiez bien les divers accidents de la troisième catégorie, et vous verrez que de l'affection spéciale du tissu cellulaire sous- cutané ou sous-muqueux, que de l'apparition de ces espèces de tubercules à l'exostose, il peut se passer encore un temps considérable, des années. Ces tubercules sont même plus voisins des accidents secondaires que des tertiaires. On les a appelés accidents de transition. Ainsi voilà encore deux ordres d'accidents, les successifs et ceux de transition, qui, acceptés comme unités, élèvent à cinq le nombre des accidents syphilitiques, ou si l'on ne veut les admettre que comme des fractions d'accidents, on n'ira pas jusqu'à cinq peut-être ; mais, dans tous les cas, la triade sera fort compromise, car on aura été obligé d'en venir aux moyens termes. La difficulté serait bien autre, si on se trouvait dans l'obligation de cl asser la phase que j'appellerai rhumatoïde ! Mais la trouvant trop embarrassante, on la supprime. Elle n'est pas dans les livres des positivistes ; elle n'est plus que chez le malade.

Je ne soulève pas toutes ces objections pour le plaisir de les soulever, mais pour familiariser les jeunes médecins avec les exceptions, surtout quand elles sont aussi nombreuses et aussi importantes, et pour leur montrer que ce qui paraît si simple, vu de loin et à l'école, peut être très-complexe, vu de près, en présence de la nature et à la lueur de la vraie philosophie médicale.

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