CAUSES DÉTERMINANTES
ARTICLE III
Causes déterminantes.
J'ai déjà dit que le virus pouvait rester une cause sans effet et que la diathèse ne s'établissait pas par le fait seul de l'absorption de cet agent. Il faut d'autres causes qui poussent à cette diathèse. Ces causes ont été cherchées dans l'idiosyncrasie, le sexe, l'âge, les tempéraments, les circonstances hygiéniques, pathologiques.
Il est évident que tous les sujets ne sont pas également favorables au développement de la diathèse ; il en est même qui sont sous ce rapport complètement réfractaires. Chez eux, le virus introduit dans l'économie reste toujours à l'état d'innocuité, ou bien il est détruit ou expulsé sans que nous sachions comment. En effet, des chancres parfaitement caractérisés et abandonnés à eux-mêmes ou seulement traités par des moyens insignifiants, ont été cependant guéris radicalement, c'est-à-dire qu'après la réparation de l'ulcère tout a été fini, et rien de syphilitique n'a plus été remarqué chez ces malades. Les partisans de la doctrine physiologique, ceux qui niaient le virus et dont la thérapeutique était en rapport avec cette idée, ont publié des faits assez nombreux qui prouvent que le virus peut se borner à produire ce qu'on appelle les symptômes primitifs. Voilà ce qu'on sait parfaitement. Mais ce qu'on ignore, ce sont les âges, les constitutions, les tempéraments, le sexe, qui peuvent promettre le plus souvent cette immunité. On a pensé que les constitutions strumeuses étaient plus favorables au développement des symptômes consécutifs. Les faits ont prouvé seulement que dans ces circonstances la vérole exerçait de plus grands ravages ; voilà tout. Et encore faudra-t-il tenir compte des cas assez nombreux prouvant que de superbes constitutions ont été tout aussi maltraitées par la syphilis que les constitutions les plus détériorées.
Pour ce qui est des sexes, ce que je puis dire, c'est qu'à Lourcine, dans le service des femmes, j'ai relativement moins observé de véroles confirmées qu'à l'hôpital du Midi, où je ne traite que des hommes. Ceci n'est qu'un souvenir et non une statistique comme il la faudrait pour établir l'influence des sexes sur la production des accidents consécutifs. Mais il est généralement reconnu que chez la femme la syphilis est moins grave que chez l'homme.
Quant à l'âge, on peut dire que dans la première enfance la vérole étant héréditaire, on n1 observe guère que les accidents dits secondaires;
ce sont ordinairement des pustules, et la syphilis est très-grave alors. A mesure qu'on s'éloigne de la première enfance, la syphilis constitutionnelle est moins fréquente. Une fois l'adolescence arrivée, les affections consécutives redeviennent fréquentes et elles s'aggravent à mesure qu'on s'éloigne de cet âge. Non-seulement alors ces lésions offrent généralement plus de danger, mais les formes graves sont plus fréquentes que les formes légères.
Il est des circonstances hygiéniques, d'autres qu'on peut appeler pathologiques, dont l'influence est réelle sur la production des symptômes consécutifs. Ainsi, une mauvaise alimentation, les excès de table, la fatigue excessive, un changement brusque de température, peuvent avoir une grande part dans le développement de la syphilis constitutionnelle et sur les récidives. On a vu l'apparition de la vérole coïncider avec un voyage d'un climat chaud à un climat froid ou humide, comme on a observé des guérisons s'opérer par un voyage en sens contraire. Cependant il ne faudrait pas trop exagérer l'influence de la température sur la production des symptômes consécutifs, car à côté des faits qui accusent le froid il en est qui accusent la chaleur : ainsi j'ai observé un forgeron qui n'eut des syphilides que sur les avant-bras, les mains, sur les parties enfin les plus exposées au feu de la forge. Le défaut de soins, la malpropreté, la misère, sont on ne peut plus favorables au développement de certains symptômes ; tous les jours on peut constater cette vérité par ce qui se passe chez ces malheureux ouvriers qui arrivent à l'hôpital du Midi, couverts de plaques muqueuses, et qui sont si promptement soulagés par le repos et des bains locaux et généraux.
Quant aux circonstances pathologiques, on a vu des syphilides survenir après un accès de fièvre. Mais qui sait si ce n'était pas là une fièvre, éruptive syphilitique ? On a vu apparaître une syphilide après une phlegmasie de l'abdomen , de la poitrine. Cependant, sur ce point, c'est-à-dire sur l'influence des circonstances pathologiques, les syphiliographes sont moins d'accord que sur l'influence de l'hygiène. Pour certains auteurs, toutes ces causes sont impuissantes. Toute l'étiologie de la vérole est dans la forme du chancre. Si le chancre est induré, il y aura vérole, c'est-à-dire infection générale. Si le chancre n'est pas induré, l'affection restera locale, il n'y aura pas de vérole, l'ensemble de l'organisme ne sera nullement compromis quelles que soient les influences qui pourraient jouer le rôle de causes déterminantes. On voit ici un retour vers l'opinion qui admet la pluralité des virus. Selon ces médecins, le chancre infectant induré transmet seul le chancre infectant, celui qui donne la vérole ; l'autre est un chan-