‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 41 sur 134 · FIÈVRE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

FIÈVRE SYPHILITIQUE

croïde; il n'infecte pas; il se communique, mais il reste aussi local chez la personne qui le reçoit que chez celle qui le donne. Un jeune médecin avait cité un fait à l'appui de cette théorie qu'il adopte, dans un travail inséré dans deux journaux. Ce fait était offert par une femme de Lourcine. M. Cullerier, chef de service de cet hôpital, donna tous les détails de l'observation qui prouvait précisément le contraire de ce que ce médecin avait avancé, puisque des chancres simples, considérés comme non infectants et contractés avec un homme ayant le même symptôme (la même forme de chancre), puis communiqués sous la même forme à un autre homme, ont été suivis chez cette femme de roséole, d'alopécie, d'engorgements cervicaux, de condylomes à l'anus1. Est-ce clair ?. Il est arrivé là un désagrément auquel devront s'attendre tous les faiseurs de lois pathologiques plus ou moins absolues.

ARTICLE IV

FièTre syphilitique.

Cette fièvre pourrait à la rigueur être comparée aux fièvres éruptives, car elle précède quelquefois les syphilides et elle s'éteint souvent quand elles ont poussé ; il arrive aussi qu'elle persiste au moins par quelques-uns de ses symptômes qui apparaissent sous la forme intermittente d'accès nocturnes avec grande chaleur et sueurs abondantes. Si la fièvre était toute dans l'accélération du pouls, certes il y aurait très-peu de fièvres syphilitiques, du moins précédant ou accompagnant les accidents consécutifs; il n'y aurait guère que la fièvre syphilitique des accidents primitifs, telle qu'elle a été observée par M. Castelnau 2 et telle que vient de la décrire M. Chausit*. Ce n'est pas que le sang ne soit profondément altéré quand" cette fièvre des accidents consécutifs survient, mais elle a le caractère de chronicité que revêtent en général ces accidents, et les troubles de l'hématose se manifestent ordinairement par des symptômes de chloro-anémie.

Les modifications de la motilité, de la sensibilité sont plus réelles, plus prononcées. Dans le plus grand nombre des cas, avant l'apparition de certaines syphilides, par exemple la roséole, les traits du malade s'altèrent ; il est triste, il se plaint de courbatures, d'abattement, d'affaiblissement des forces musculaires, absolument comme s'il allait se déclarer

1 Union Médicale, G janv. 1855, et Moniteur des Hôpitaux, 30 dée. 1854. - Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IL 3 Voyez le même j ournal, numéro d'avril 1852.

une des éruptions de l'enfance. Ce qui est surtout bien marqué, ce sont les modifications de la sensibilité qu'on a comparées aux douleurs névralgiques , aux douleurs rhumatismales. Elles se manifestent souvent à la tête : ainsi il y a une céphalalgie tantôt diurne, tantôt nocturne. Toute la tête est prise, ou bien c'est seulement une des régions temporales. Alors la douleur revêt quelquefois la forme d'une névralgie périodique. Les douleurs les plus fréquentes sont au voisinage des articulations, quelquefois aux lombes, à la nuque, au sternum, sur les parois costales; ce sont les douleurs rhumatoïdes des modernes. Elles précèdent les plus superficielles manifestations dites secondaires, et peuvent aussi préluder à des accidents du même ordre, mais plus profonds, et accompagner les récidives. Ces douleurs rhumatoïdes ne sont pas continues ; elles sont aussi soumises à une espèce d'intermittence, et les accès seraient provoqués par la chaleur, celle du lit surtout. Selon M. Ricord, les malades qui font de la nuit le jour peuvent ainsi intervertir ces accès. Ceci n'est pas hors de doute. Le même expérimentateur a cherché à distinguer ces douleurs des douleurs ostéocopes, de celles qui se lient à une autre période de la vérole. Les douleurs rhumatoïdes ne viennent pas régulièrement à chaque accès occuper la même place, et la pression exercée pendant les intermittences ne les rappelle pas ; il est, au contraire, des malades qui trouvent du soulagement dans la compression exercée au moment de l'accès, et dans les mouvements des membres endoloris. Ils calment aussi leurs douleurs par l'exposition des parties au froid. Il n'y a d'ailleurs aucune modification dans la couleur de la peau, dans la température des parties, aucune tuméfaction. C'est tout différent pour les douleurs qui se rapportent aux lésions profondes des os. Les douleurs rhumatoïdes sont quelquefois avec roideur des membres ; quelquefois au lieu de douleur c'est un sentiment de pesanteur, un engourdissement. Avec les douleurs rhumatoïdes, avec la céphalée, il y a parfois des contractures musculaires. Ce groupe de symptômes est, dans certains cas, très-distinct et séparé des accidents d'inoculation et des syphilides. Je ne vois donc pas pourquoi il ne porte pas un numéro d'ordre dans les classifications numériques de la syphilis. Voyez ce que j'ai déjà dit sur cette phase de la vérole dans l'article % page 293 et suiv.

Hunter avait déjà parlé de la fièvre syphilitique, et il faut que les médecins qui s'occupent des questions de priorité sachent que ce syphiliographe a dit le premier que cette fièvre ressemblait beaucoup à la fièvre rhumatique l. En parlant ensuite des symptômes constitution-

1 Traduction française, p. 578.

SANG DES SYPHILITIQUES. 303

nels, il fait mention des douleurs semblables aux douleurs rhumatismales1. Mais en général, Hunter considère cette fièvre comme accompagnant les lésions consécutives et non comme prodromique.

C'est surtout l'affection rhumatoïde qui constitue le symptôme le plus spécial de la vérole ; les autres peuvent être observés dans une foule de maladies. On a observé aussi des troubles dans les fonctions digestives , des étourdissements, comme prodromes de la vérole.

M. Ricord a accordé une grande valeur au développement des ganglions de la région cervicale postérieure comme première preuve de l'infection. Ce développement ganglionnaire est réellement manifeste dans la région indiquée ; mais il se produit souvent aussi dans presque toutes les régions où se trouvent des ganglions, et on le constate, en général, quand on veut bien les chercher. Je répéterai, d'ailleurs, ce que j'ai dit quand il a été question de l'adénite considérée comme compagne obligée du chancre induré : les mêmes tumeurs peuvent être produites par la moindre ulcération, le moindre bouton de la peau ; et comme elles sont liées à l'affection strumeuse, comme elles peuvent être antérieures à l'affection syphilitique, on ne devra pas leur accorder une grande valeur dans le diagnostic. M. Salleneuve, interne de M. Ricord, a examiné 50 sujets pour constater, dit-il, les ganglions à l'état normal ; sur ce nombre, neuf seulement étaient sans engorgement ganglionnaire. Il y en avait sur les autres aux aines surtout, puis au cou, aux aisselles 2. Quelle est donc la valeur d'un pareil état pour déceler une lésion pathologique quand il coïncide si souvent avec l'absence de cette lésion.

Je ne quitterai pas ce sujet sans signaler une erreur qui peut être occasionnée par le développement des ganglions appliqués sur les surfaces osseuses. Ainsi sur la face extérieure de l'apophyse mastoïde, un ganglion peut être dur, immobile et simuler une exostose.

ARTICLE V

Sang des syphilitiques.

J'ai déjà prouvé, je prouverai encore que certains produits morbides, pendant la syphilis, sont inoculables. Quant aux sécrétions normales, il en sera question dans le paragraphe relatif aux causes des maladies vénériennes chez les nouveaux nés. On verra que la syphilis

1 Traduction française, p. 559.

2 Thèses de Paris 1852.

peut être héréditaire par le fait du père, ce qui fait supposer une certaine altération du sperme. Je traiterai aussi la question de savoir si la nourrice peut infecter le nourrisson par le lait. Ici il s'agira du sang des syphilitiques.

Selon Waller, la déglobulisation du sang pendant l'existence de la diathèse syphilitique serait en partie justifiée par Faspect et par quelquesuns des accidents que les globules éprouvent; mais la démonstration à l'aide de l'analyse du sang n'aurait pas été faite. Le docteur Lerch, sur la prière de Waller, soumit à une analyse quantitative le sang de plusieurs vénériens sans arriver à aucun résultat positif. Cependant M. Grassi dit avoir fait des analyses desquelles il résulterait que dans le sang des sujets ..atteints d'accidents consécutifs, la proportion des globules diminue et quelquefois d'une manière très-notable : ce serait le contraire pendant l'existence des accidents primitifs. La quantité d'albumine serait en raison inverse de la quantité des globules. C'est ce qui a fait dire à M. Dorvault qui a publié les expériences de M. Grassi : « A mesure que la syphilis se constitue dans l'économie, le fluide nourricier perd peu à peu de sa force par la résolution de ses globules en albumine !. » Tout ce que je puis dire, c'est qu'il est des sujets atteints de symptômes primitifs qui sont fort débilités, chez lesquels le sang ne doit pas être fort riche en globules, tandis qu'il est des individus en pleine vérole, qui restent pléthoriques. Mais ce n'est pas la règle.

On a beaucoup agité la question de savoir si le virus était seulement mêlé au sang et dans des rapports tout à fait physiques, conservant ainsi toutes ses propriétés, ou bien si ces propriétés se modifiaient, s'altéraient. Selon Waller, l'idée du simple mélange du virus avec le sang est contraire aux principes de la physiologie, et les expériences la renversent en démontrant que l'inoculation faite avec le sang est incapable de reproduire un chancre primitif, tandis que la syphilis secondaire peut être ainsi communiquée à des sujets sains. Carmichaël mentionne deux faits confirmatifs ; Waller aussi. De plus, ce dernier médecin a fait une expérience des plus concluantes dont je rapporterai tous les détails. Selon Hunter, le sang n'a aucune qualité contagieuse. « S'il pouvait, dit-il, faire naître dans une plaie saine l'inflammation syphilitique, aucun sujet ayant la matière vénérienne en circulation, c'est-à-dire ayant la syphilis constitutionnelle, ne pourrait éviter un ulcère vénérien toutes les fois qu'il serait saigné ou qu'il se ferait une égratignure avec une épingle ; les petites plaies ainsi produites se transformeraient en autant de chancres. En effet, que le pus vénérien soit

1 Gazette médicale, 1850, p. 200.

SANG DES SYPHILITIQUES

placé à la pointe d'une lancette ou d'une épingle, les piqûres faites avec ces instruments deviennent des chancres l. » On voit naître ici un argument qui a plus tard singulièrement obscurci les questions relatives à l'inoculation expérimentale des accidents secondaires. Hunter voudrait que le virus combiné avec le sang eût les mêmes propriétés, produisît des effets identiques à ceux du pus chancreux : il faudrait donc qu'il produisît des chancres sur le malade même. On a exigé aussi qu'il en fit autant sur les individus sains auxquels on l'aurait inoculé. Waller a déjà répondu à Hunter. D'ailleurs la question doit être autrement posée. On ne doit pas demander si le sang peut transmettre telle ou telle forme de la syphilis, mais s'il peut transmettre la syphilis sous une de ses formes. Si l'on n'élargit pas ainsi la question, on n'aboutira à rien.

Ceux qui nient la possibilité d'une transmissibilité quelconque par le sang, s'appuient sur ce fait que des malades en pleine vérole ont vu leur plaie se réparer comme les sujets sains, ils invoquent les réunions immédiates qu'on obtient à la suite de certaines opérations pratiquées aux syphilitiques. Ceci prouve tout simplement qu'un sang altéré d'une certaine manière, ou mêlé à un poison morbide, peut cependant faire les frais d'une cicatrisation. Cette preuve d'ailleurs avait déjà été fournie par les faits assez nombreux de réunion immédiate à la suite de l'extirpation d'une tumeur pendant l'existence d'une diathèse cancéreuse des plus prononcées , dans les cas, par exemple, d'opérations palliatives du cancer, quand l'ulcération du sang ne peut être mise en doute. Mais ces faits acquis à la pathologie, et que j'ai méconnus dans un temps, ne prouvent pas que le sang d'un vérolé ne puisse, dans aucune circonstance, agir sur l'individu même et produire des accidents syphilitiques d'un certain ordre, que ce même sang ne puisse être le véhicule de la vérole transmise au fœtus par la mère. Le premier effet n'a jamais été nié par personne ; le second, que Hunter semble ne pas admettre, est prouvé aujourd'hui par l'observation la plus directe. Ainsi le sang de la mère porte à l'enfant, c'est-à-dire à un autre être, la cause syphilitique. L'analogie et les faits sont venus montrer ensuite que la vérole pouvait être transmise par le sang d'un individu malade inoculé à un individu sain. M. Diday, qui, un des premiers en France, a soulevé les questions de transmissibilité de la vérole par d'autres humeurs que le pus chancreux, rappelle les inoculations de la morve, du charbon, de la rage par le sang. « Rien ne prouve, ajoute ce médecin, que le sang d'un vérolé étant inoculé à

' Hunter, traduction française, 2e édit. , p. 564 et suiv.

un homme sain ne lui donnera pas la vérole. » Revenant sur les arguments de Hunter sur la non-transmissibilité par le sang, M. Diday ajoute en note : « Le raisonnement de Hunter ne prouve qu'une chose, c'est qu'il a confondu ici le chancre primitif avec l'affection constitutionnelle. De ce que le sang ne donne pas le premier, peut-on légitimement en inférer à priori qu'il ne donnera pas la seconde 1 ? » J'ai déjà dit que Waller possédait deux faits de contagion par le sang et qu'il avait fait une expérience sans réplique; la voici :

« Expérience avec le sang d'un individu affecté de syphilis secondaire. — Friedrich, jeune garçon de quinze ans, inscrit sous le n°5676, avait été rachitique dans son enfance, et portait depuis sept ans un lupus exfoliativus à la joue droite et au-dessous du menton ; ce lupus, de la largeur d'un thaler, était guéri à l'exception d'un petit point de la joue, à la suite d'un traitement prolongé par la cautérisation et l'iodure de potassium. Cet enfant n'a jamais eu de syphilis, et comme tel il était propre à l'inoculation, qui fut entreprise le 27 juillet 1850 à la cuisse gauche. Pour cette expérience, je pris le sang d'une femme (Freund) chez laquelle la syphilis secondaire s'était développée sous nos yeux. Cette jeune fille, autrefois superbe, avait contracté dans ces derniers temps cinq à six fois des ulcérations primitives, sans cependant avoir jamais eu de syphilis secondaire. Mais pendant le traitement des deux derniers chancres, qui s'étaient succédé à quatorze jours d'intervalle, elle commença à maigrir, à pâlir, et lorsque le dernier chancre fut guéri, et qu'il ne restait plus qu'un catarrhe de l'urètre, il se forma des tubercules à la peau du visage, et des taches sur tout le corps.

« L'inoculation fut faite de la manière suivante : La peau de la malade fut scarifiée avec un scalpel neuf, et à l'aide d'une ventouse on lui soutira 3 à ht drachmes de sang. Malgré la rapidité avec laquelle se fit cette dernière opération, le sang était cependant déjà en partie coagulé, avant qu'on l'eût transporté de la chambre de la malade dans celle où allait se faire l'inoculation. Les plaies des scarifications (faites sur l'enfant comme dans l'expérience précédente) 2, furent exactement nettoyées et débarrassées des caillots sanguins par le lavage avec un tampon trempé dans de l'eau chaude; puis le sang à inoculer fut insinué dans ces plaies, en partie à l'aide d'une baguette de bois, en partie au moyen de charpie imbibée de ce liquide, puis appli-

1 Extrait de la Gazette médicale du 29 septembre 1849, premier article sur la Prophylaxie, par M. Diday.

2 Wallef fait allusion à l'expérience que j'ai reproduite à la fin de la première section, quand j'ai traité de l'inoculation de la pustule muqueuse. On fil de petites plaies avec un scarificateur.

SANG DES SYPHILITIQUES

quée et fixée sur la partie scarifiée. 11 ne survint ni inflammation ni suppuration ; au bout de trois jours, les plaies étaient complètement fermées. Le malade allait toujours bien.

« Le 31 août, trente-quatre jours après l'inoculation, je remarquai à la cuisse gauche, là où l'inoculation avait été faite, deux tubercules distincts, ayant la largeur d'un pois, d'une teinte rougeâtre pâle, secs à leur surface, sans démangeaison ni douleur. Les jours suivants ils s'agrandirent, se réunirent par leur base, se couvrirent d'écaillés, et une auréole d'un rouge obscur les entoura tous deux. La base des tubercules, c'est-à-dire la peau sous-jacente et le tissu cellulaire sous-cutané, devint ferme, résistante (indurée), et à la surface des tubercules une ulcération se forma, qui donna lieu à la production d'une croûte mince et brune. C'est de cette façon que se forma, vers le 15 septembre, un ulcère dont la base avait les dimensions d'un œuf de pigeon, dont une auréole rouge cuivré entourait les bords, et qui était recouvert par la croûte en question. Cette croûte étant enlevée, le fond de l'ulcération devint visible; il était enfoncé en infundibulum, lardacé, et saignait facilement sur les bords. Depuis quelques jours, il s'était aussi formé à l'épaule droite un tubercule isolé, gros comme un pois rougeâtre et couvert de rares écailles, sans que le malade pût préciser le jour de la première apparition de cet accident. La santé générale se maintient.

« Le 26 septembre et les deux jours suivants, Friedrich se plaint d'inappétence et d'insomnie. Le 1er octobre, soixante-cinq jours après l'inoculation, et trente-deux jours après l'apparition des premiers tubercules, il survint un exanthème à la peau du bas -ventre, du dos, de la poitrine, des cuisses; exanthème que nous reconnûmes être une roséole syphilitique des mieux caractérisées. C'étaient des taches exactement semblables à celles décrites plus haut (dans la première expérience) ; seulement dans certains points elles étaient un peu plus élevées. L'ulcération de la cuisse avait acquis la largeur d'un thaler, tout en conservant son aspect infundibuliforme, son fond lardacé et son bord cuivré. Dans les jours subséquents, l'éruption des taches devint tellement abondante, que le corps entier, sans en excepter le visage, en fut semé, et paraissait comme tigré. 11 n'y a d'ailleurs ni démangeaison, ni douleur, ni symptômes de catarrhe ou de fièvre... Le 6 octobre, plusieurs taches, notamment à la partie interne des cuisses et au ventre, se soulèventen papules et en tubercules, et dès lors le diagnostic de la syphilide, même sans connaissance des antécédents, devint aussi facile que dans le cas précédent 4. »

1 Waller, Du caractère contagieux de la syphilis secondaire, traduction française de M. Axenfeld, dans les Annales des maladies de la peau et de la syphilis, 3 vol.

On a dû remarquer que les plaies d'inoculation ont été recouvertes par la charpie imbibée de sang, laquelle a été fixée sur ces mêmes plaies. Il y a donc eu un pansement qui mettait celles-ci à l'abri de toute autre contagion. D'ailleurs, il y a eu une incubation si longue que la pensée de l'intervention d'un pus chancreux ne pourra venir à personne, car on sait qu'après l'inoculation de ce pus les phénomènes locaux ne se font pas attendre. Pour M. Ricord, il n'y a même jamais d'incubation.

ARTICLE VI

Peut-on avoir plusieurs fois la vérole?

On a prétendu que le groupe de symptômes consécutifs, exprimant la véritable diathèse syphilitique, ne pouvait se répéter sur le même individu, ou, pour mieux dire, qu'on ne pouvait avoir la vérole qu'une fois dans sa vie, assimilant ainsi cette maladie à la variole,*à la rougeole, qui ordinairement ne se répètent pas chez la même personne. Jusqu'à présent cette loi qu'on a voulu établir n'a été appuyée que sur des assertions et des inductions analogiques. Or il fallait ici une statistique avant tout. Mais des observations assez complètes pour attester que la diathèse syphilitique est épuisée, qu'elle a produit tout ce qu'elle pouvait produire, sont difficiles à recueillir. Ce qui est encore plus difficile, c'est de rassembler un assez grand nombre de faits pour former une statistique dont la résultante puisse être érigée en loi pathologique ayant un caractère réellement sérieux. Les difficultés, on pourrait dire les impossibilités d'un pareil travail, viennent de la durée de la vérole, des modifications et même de la suppression de certaines de ses manifestations, enfin des récidives. La fièvre typhoïde, la variole, la rougeole et les autres maladies auxquelles on a comparé la syphilis l, sont aiguës, elles ne sévissent que pendant un temps très-court; reste donc toujours une grande partie de l'existence humaine encore ouverte aux répétitions que l'on peut alors compter, apprécier. Il faut, au contraire, à la syphilis, pour être complète, un temps presque toujours considérable. Les trois phases marquées par les accidents qu'on appelle primitif, secondaire, tertiaire, ont une durée inégale, mais longua en général. Chaque accident est séparé par un temps de répit dont la durée varie aussi, mais dont la somme s'élève à un gros chiffre.

1 C'est à force de réfléchir que des unicistes ont fini par découvrir qu'on ne pouvait avoir la rage qu'une fois !

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