COMPOSÉS MERCURIELS
Le mercure métallique , comme on Ta vu , devait être administré à doses assez fortes pour produire les effets voulus, ce qui était un inconvénient ; on l'a donc combiné avec d'autres corps, ce qui l'a rendu beaucoup plus actif, et ce qui a permis de l'employer à des doses infiniment inférieures.
Chlorures mercurîels. — C'est une des combinaisons les plus employées , surtout le deutochlorure.
1° Protochlorure. — Le protochlorure ou calomel, dont on s'était
MERCURE A l' INTÉRIEUR, COMPOSÉS MERCURIELS. 321
servi beaucoup autrefois , est d'un usage très-restreint quand il s'agit d'affections réellement syphilitiques. Étant insoluble , il doit , pour produire des effets curatifs , être administré à doses assez fortes , et alors il provoque trop souvent , trop promptement la salivation , et agit d'une manière trop vive sur l'intestin; aussi ce sel est- il plus souvent employé comme purgatif que comme antisyphilitique. Cependant la formule suivante est encore acceptée dans la thérapeutique antisyphilitique, parce qu'elle provoque moins le ptyalisme que les autres :
Calomel 25 centigrammes.
Opium. 12 centigrammes.
Extrait mou de réglisse 4 grammes.
Faites s. a. 60 pilules. A prendre de 1 à 7 ou 8 par jour.
2° Deutochlorure de mercure , ou sublimé corrosif. — Il était déjà anciennement connu quand Rich. Wiseman , Hoffmann et Boerhaave le préconisèrent comme antysiphilitique. L'usage du sublimé fut bien plus efficace et plus répandu encore lorsque Van Swieten eut réglé son mode d'administration d'après la pratique de Boerhaave.
Voici la composition de la liqueur célèbre qui porte encore le nom de Van Swieten. Je transcris la formule du dernier Codex :
Liqueur de Van Swieten.
Deutochlorure de mercure 1 partie.
Eau pure 900 parties.
Alcool rectifié 100 parties1.
On l'administre d'abord à la dose d'une cuillerée à bouche dans une tasse d'eau sucrée , de lait ou de gruau , pour détruire le goût métallique de la liqueur qui se trouve ainsi plus ou moins décomposée. Je reconnais mieux que jamais aujourd'hui tous les avantages qu'on peut tirer de la liqueur de Van Swieten,, surtout quand le mercure a déjà été inutilement administré sous d'autres formes et dans les cas de syphilides récidivées. Mais je crois qu'on ferait bien de revenir à la véritable formule de Van Swieten , qui lui venait de Sanchez. Au lieu donc d'une liqueur hydroalcoolique , il vaudrait mieux qu'elle fût tout à fait alcoolique comme celle-ci.
Deutochlorure de mercure 35 centig.
Eau-de-vie de grain 220 grammes.
Une cuillerée, c'est-à-dire 15 grammes malin et soir.
1 Je ferai observer que la véritable liqueur de Van Swieten était tout à fuit alcoolique.
Après chaque cuillerée, Van Swieten faisait boire au malade 500 grammes de décoction de racine de guimauve ou d'orge coupée avec un tiers de lait. Van Swieten donnait quelquefois jusqu'à deux cuillerées matin et soir de sa liqueur à des sujets forts et robustes. Les résultats étaient prompts et remarquables. Je ne saurais trop recommander cette dernière formule.
Pour éviter le goût désagréable des solutions de deutochlorure et faciliter le secret dans le traitement, on en est venu bientôt à composer des pilules avec le sublimé. Les formules ici ont encore été très-variées. Je vais faire connaître celle de Cullerier et celle de Dupuytren.
Pilules mercurielles de Cullerier.
Deutochlorure de mercure 1 gramme.
Farine de froment 15 grammes.
Gomme pulvérisée 2 grammes.
Eau distillée q. s.
Faites des pilules de 15 centigrammes. 2 matin et soir.
En exposant la thérapeutique du chancre , j'ai déjà fait connaître la formule que j'adopte ; elle se rapproche beaucoup de celle de Dupuytren. Il entre dans ma formule un cinquième de grain de sublimé par pilule. Mais voici celle de l'ancien chirurgien de l'Hôtel- Dieu de Paris telle qu'il l'avait rédigée :
Pilules de Dupuytren.
Sublimé corrosif l/16eà 1/4 de grain.
Extrait gommeux d'opium.... 1/4 ou 1/2 grain.
Extrait de gaïac 4 grains.
Pour 1 pilule. On en donnera 2 par jour.
J'ai déjà dit que je n'employais guère ces pilules que contre les accidents primitifs. Quand la vérole est confirmée , j'en viens aux moyens suivants :
Iodures mercnricls, — Ils ont été introduits dans la thérapeutique par Biett. C'est donc un agent nouveau , et cependant il est déjà parvenu à une réputation qui tend à éclipser celle du deutochlorure. Il est évident que les syphilides sont très-avantageusement modifiées par les composés d'iode et de mercure.
Biett avait d'abord essayé le bi-iodure ; il le mêlait àlathridace. Mais sa grande activité , la difficulté de le manier, firent que le proto-iodure fut préféré par Biett et ses élèves.